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La région, 50 ans après

Entre passé, avenir et intemporalité

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Publié le lundi 06 mars 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Apparemment jeunes (on fêtera leur cinquantenaire en 2006), nos régions sont pourtant, aujourd’hui, relativement bien intégrées dans le cadre administratif français. Est-ce parce qu’elles apparaissent (ou peuvent apparaître) comme héritières d’entités antérieures, comme les anciennes provinces, et qu’elles s’inscriraient ainsi dans une certaine continuité historique ? Est-ce au contraire, parce que, originellement conçues comme un outil pour l’aménagement du territoire, elles se tournent résolument vers l’avenir ? Est-ce, enfin, parce que de plus en plus appréhendées comme un élément du « patrimoine » national, elles revêtent un certain caractère d’intemporalité ? L'objectif du colloque sera d’appréhender ces trois temporalités présentes dans la perception du fait régional, de voir si elles s’opposent ou se combinent, et de quelles manières.

Annonce

La région, 50 ans après

Entre passé, avenir et intemporalité

L’année 2006 marque le cinquantenaire de la naissance des régions de programme, et, par conséquent, de l’apparition d’une première forme d’aboutissement du régionalisme administratif.

Conçues en 1956 pour servir de cadre à l’aménagement du territoire (ce qui n’était pas la seule motivation des premiers architectes de la question régionale, à la jointure entre XIXe et XXe siècles), elles semblaient être tournées vers les défis de l’avenir. Apparemment, aucune comparaison n’était donc possible avec les anciennes provinces d’Ancien Régime. Héritée de la IIIe République, la vieille opposition entre républicains et monarchistes avait en effet rendu impossible tout véritable retour à un passé largement discrédité. Mais si les frontières des régions ne coïncidaient pas forcément avec celles des provinces, certaines dénominations avaient été reprises. De plus, hors de toute affiliation à l’idée de province, la référence à des temps antérieurs pouvait constituer, pour les partisans de la région, un moyen de contrer certaines critiques, notamment celles de régions artificielles créées par des technocrates.

Au total, la rupture avec le passé fut-elle donc pleine et entière, ou bien est-il possible de trouver quelque continuité entre les anciennes provinces et les nouvelles régions ? La question n’est peut-être pas inutile, à l’heure ou, aujourd’hui, le passé, souvent assimilé à l’idée de « racines », est à nouveau valorisé. Nombre de Conseils régionaux n’appuient-ils pas leur communication sur des images et des représentations oscillant entre tradition et modernité ?

Etablies pour tenter d’assurer le développement futur, « nos belles régions » constituent également parfois une sorte d’espace mythique de l’intemporel. Dans la publicité, dans les medias, et dans l’imaginaire « populaire » des Français, elles renvoient en effet à des représentations plus larges, qu’elles rencontrent sans les épouser totalement : des représentations centrées sur l’idée de « nature » ou bien encore de « tradition », synonymes d’un ancrage temporel rassurant. Comment ce type de représentations s’est-il formé ? Est-il véritablement neuf, ou bien s’explique t-il en partie par la tendance à naturaliser et à historiciser tout cadre territorial dont on souhaite favoriser la pérennisation ? Cet espace du « de tout temps » pourrait-il, dans le second cas, être rapproché de l’image traditionnelle de « provinces » immuables ? Acceptées ou critiquées, les régions sont-elles devenues, ou peuvent-elles devenir un élément du « patrimoine » national, et revêtir ainsi un certain caractère d’intemporalité ?

Ici différenciées pour la clarté de l’analyse, ces trois temporalités (avenir, passé, intemporalité) peuvent aussi, bien évidemment, être reliées. Depuis les précurseurs de la fin du XIXème siècle jusqu’à nos jours, les promoteurs de l’idée régionale ont en effet souhaité créer puis renforcer les régions pour des raisons relevant à la fois du passé (histoire, culture, langue…), de l’avenir (économie, aménagement…) ou d’un perçu intemporel (spécificités du peuplement ou de l’espace…). Sont-ils parvenus à conférer aux régions les trois temporalités que certains voyaient en elles ? Celles-ci sont-elles « conciliables » (pour reprendre une terminologie chère aux premiers régionalistes) ou, au contraire, à l’origine de conflits qui demeurent encore quant au découpage régional ?

Notre objectif, lors des journées d’étude, sera d’appréhender, par une approche interdisciplinaire (histoire, géographie, sociologie…), ces trois temporalités présentes dans la perception du fait régional, afin de voir si elles s’opposent ou se combinent, et de quelles manières.


Le colloque aura lieu à la Maison de la recherche de l'université de Bretagne Sud (site de Lorient)


Programme

Mardi 21 mars

9 h 30 – 10 h : Accueil des participants et du public.

Première session : Le passé en héritage.

10 h – 10 h 25 : Provinces et régions : Ruptures et continuités par Gérard-François Dumont, professeur de géographie à l’université de Paris IV Sorbonne.

10 h 25 – 10 h 50 : La perpétuation des folklores régionaux : héritages, reconstructions et instrumentalisations par Pierre Guillard, doctorant en ethnologie à l’EHESS et chargé de cours à Paris XIII - Villetaneuse.

10 h 50 – 11 h 15 : Les traces du discours ducal dans les identités bretonnes actuelles, par Joseph Rio, maître de conférence en langues, littératures et civilisations bretonnes et celtiques à l’université de Bretagne Sud.

11 h 15 – 11 h 45 : Discussion

Deuxième session : Prospective et avenir

14 h – 14 h 25 : La région selon Charles-Brun, par Mireille Meyer, ethnologue, ingénieur à l’IDEMEC / CNRS, Aix-en-Provence.

14 h 25 – 14 h 50 : Sociogenèse de la division régionale de 1956 par Romain Pasquier, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, CRAPE (IEP de Rennes).

14 h 50 - 15 h 15 : La région, une solution d’avenir ? par Pierre Sadran, professeur de sciences politiques à l’IEP de Bordeaux.

15 h 15 – 15 h 45 : Discussion

15 h 45 – 16 h 00 : Pause

Troisième session : Intemporalité

16 h 00 – 16 h 25 : La « naturalisation » de l’idée de région par Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bretagne Sud.

16 h 25 – 16 h 50 : De l’intemporalité du fait régional : le cas breton, par Ronan Le Coadic, sociologue, maître de conférence à l’IUFM de Bretagne.

16 h 50 – 17 h 15 : La région : Le lieu fait lien par Michel Maffesoli, professeur de sociologie à Paris V Sorbonne.

17 h 15 – 17 h 45 : Discussion

Mercredi 22 mars

Quatrième session : Dynamiques entre les temporalités

9 h 30 – 9 h 55 : La perception des premiers régionalistes : La région pour hier, pour demain, pour toujours par Michel Le Guénic, doctorant et moniteur en histoire contemporaine à l’université de Bretagne Sud.

9 h 55 – 10 h 20 : La carte de Vidal de la Blache : De la région naturelle à la région économique par Marie-Vic Ozouf-Marignier, géographe, directeur d’études à l’EHESS.

10 h 20 – 10 h 45 : Temporalité et action politique : La région entre tradition et modernité, par Olivier Feix, ancien directeur de communication de la région Picardie, enseignant à l’université de Paris I Sorbonne.

10 h 45 – 11 h 15 : Discussion

Conclusion

11 h 15 – 11 h 45 : Conclusion par Marie-Vic Ozouf-Marignier, géographe, directeur d’études à l’EHESS.



Catégories

Lieux

  • Lorient, France

Dates

  • mardi 21 mars 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Michel Le Guénic
    courriel : leguenic [dot] michel [at] neuf [dot] fr

Source de l'information

  • Le Guénic
    courriel : leguenic [dot] michel [at] neuf [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La région, 50 ans après », Colloque, Calenda, Publié le lundi 06 mars 2006, http://calenda.org/191258