AccueilTextes historiographiques et écriture (péninsule ibérique et France, XIe-XIVe siècles)

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Publié le mardi 07 mars 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Ce projet naît d'une double constatation. L'antinomie souvent établie entre historiographie et littérature par des générations de chercheurs, d'une part et le silence des Ars Poetriae médiévaux vis-à-vis de l'écriture historique, d'autre part. L'existence de cette frontière imperméable -toujours réelle, malgré les brèches ouvertes par certains travaux scientifiques depuis une dizaine d'années - ainsi que cette absence totale de théorisation, au Moyen Âge, nous ont conduits à nous interroger sur la nature et la construction textuelle des écrits historiographiques médiévaux ; autrement dit sur l'existence et, au-delà, sur le fonctionnement d'une poétique de la chronique.

Annonce

Ce projet naît d'une double constatation. L'antinomie souvent établie entre historiographie et littérature par des générations de chercheurs, d'une part et le silence des Ars Poetriae médiévaux vis-à-vis de l'écriture historique, d'autre part. L'existence de cette frontière imperméable -toujours réelle, malgré les brèches ouvertes par certains travaux scientifiques depuis une dizaine d'années - ainsi que cette absence totale de théorisation, au Moyen Âge, nous ont conduits à nous interroger sur la nature et la construction textuelle des écrits historiographiques médiévaux ; autrement dit sur l'existence et, au-delà, sur le fonctionnement d'une poétique de la chronique. L'on pourrait nous objecter que l'historiographie étant une discipline secondaire, asservie à d'autres telles que le droit, la philosophie ou la théologie, elle n'était envisagée qu'en tant qu'instrument, simple outil propédeutique qui ne méritait pas que l'on réfléchisse à ses règles d'écriture. Pourtant, la réalité de nombreux textes médiévaux vient infirmer la validité tant de la dichotomie historiographie/littérature que de l'affirmation susdite.
En mai 2006, le pôle 2 de l'axe 3 : « Mémoire et Poétique » de l'Irpall se propose de réunir des chercheurs, hispanistes, littéraires, linguistes et historiens, autour de la problématique « Poétique de la chronique » afin d'amorcer une réflexion permettant de nuancer, voire de dépasser, les opinions généralement acceptées en la matière.
Nous comprenons le terme « poétique » comme l'ensemble des règles formelles et discursives qui régissent l'écriture d'un texte qui, au-delà de sa dimension historiographique évidente, semble un objet dont les contours et les caractéristiques restent encore à définir :  la chronique. Le projet étant ambitieux, il nous a paru préférable de circonscrire notre réflexion à une comparaison entre la production écrite en Péninsule ibérique et en France au cours de cette période charnière que sont les XIe et XIVe siècles.
Le propos de ce colloque est non seulement de réfléchir à l'existence de normes textuelles sous-tendant la construction de la chronique mais également de déterminer si ces codes se caractérisent par leur unicité ou au contraire leur diversité. Seront ainsi proposées de nouvelles perspectives d'approche en vue d'une meilleure compréhension d'un objet d'étude encore trop souvent relégué au rang de simple support informatif, « réservoir » d'événements alimentant notre connaissance du passé.
Notre réflexion s'articulera autour des axes suivants :
- La ou les chroniques ? Différentes études de cas nous permettront de déterminer si la chronique apparaît comme un objet uniforme ou, au contraire, polymorphe selon les époques, les aires géographiques et les contextes de productions envisagés.  Existe-t-il une évolution dans la conception de la chronique au cours des XIe et XIVe siècles ? Cette conception est-elle différente selon les zones considérées et selon qu'il s'agit de chroniques monastiques, urbaines ou écrites à la cour ?
- Une forme au carrefour de formes ? Dans quelle mesure la chronique est-elle redevable des apports d'autres formes textuelles telles que l'hagiographie, la poésie, l'épopée ou le conte ? Comment se cristallisent les relations qu'elles entretiennent ?
- Les écrivains face à la Tradition. Quelle est l'attitude qu'ils adoptent face aux auctoritates ? Doit-on réduire cette écriture à une simple transmission ou adaptation ou bien, au contraire, la comprendre en termes de réinvention voire d'innovation, le choniqueur accédant ainsi au statut d'auteur ?
Ces thèmes, colonne vertébrale de notre réflexion, nous permettront de considérer la chronique sous différents angles. Une table ronde récapitulative concluera cette manifestation et, synthétisant les premiers éléments de réponse ayant émergé autour de la problématique « Poétique de la chronique », en dégagera les enjeux tant esthétiques qu'idéologiques.




o Eléonore Andrieu, Bordeaux III, Département de Lettres Modernes, MCF.
« Exercices de style: amplification de la forme et amplification de la matière dans deux chroniques des rois des Francs (XIIIème siècle) ».
Primat de Saint-Denis, qui fut chargé de la rédaction en français des Grandes Chroniques de France à la fin du XIIIème siècle, disposait en réalité d'un modèle, parvenu jusqu'à nous par un manuscrit unique, conservé à la bibliothèque de Chantilly: Ce texte, qui précéde celui de Primat de plusieurs décennies, propose la première version connue de l'histoire des rois des Francs en français. Il fut produit à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dont on commence à comprendre aujourd'hui le rôle fondateur dans l'écriture des rois des Francs. Entre le texte de l'Anonyme de Chantilly et celui de Primat, se produit un transfert/une translatio qui permet de rendre compte de deux essais d'écriture de la chronique des rois des Francs au XIIIème siècle, au moment où les historiens sont chargés de translater des modèles dans le creuset de la nouvelle langue. Il est donc possible de comparer deux exercices de style, Primat s'efforçant de corriger radicalement la tentative de son modèle, qui pratique une rhétorique de l'amplification de la forme en asservissant la narration à la performance littéraire et à la démonstration exemplaire: les Grandes Chroniques de France combattent le risque de fiction et aussi le risque de dilution dans le discours de l'historien par une amplification de la "matière" et des structures narratives. Entre Saint-Germain et Saint-Denis se joue ainsi une joute stylistique fondamentale dans l'histoire du genre de la chronique, qui se termine par la victoire sans appel du "voir dit" de l'abbaye dionysienne.

o Francisco Bautista, Queen Mary,University of London & SEMYR.
« Poética y archivo en la historiografía medieval: el ejemplo de la General estoria »
El hecho de que la historiografía sea un género destinado en principio a la preservación del pasado, el que su fundamento sea evitar que su memoria se pierda, y el que tal pasado sea o se manifieste casi siempre ya como un texto, todas estas circunstancias propiciaron durante la Edad Media que el género historiográfico diera acogida a textos diversos y que en algunas ocasiones fuera más apreciable la presencia de éstos que la voluntad de construir un nuevo conjunto, coherente y unitario. La propia escritura histórica se acerca conceptualmente al archivo o al tesoro, al depósito del pasado en el que quedan recogidos o registrados los sucesos más importantes y las vidas más reseñables. Es a esta condición de la historiografía como tesoro a la que debe atribuirse la presencia, primero, de poemas épicos o leyendas históricas, y después, de documentos cancillerescos, que poco a poco identifican el lenguage de la historia, con el que llegarán casi a identificarse. La presente ponencia pretende analizar las dimensiones poéticas de esta condición en ese caso privilegiado que representa la General estoria, dirigida por Alfonso X y compuesta entre 1270 y 1284.

o Helena de Carlos Villamarín, Université de Saint-Jacques de Compostelle, Département de Latin et Grec, MCF.

« Dares Frigio y el concepto de la historia en Isidoro de Sevilla »
En el capítulo de las Etimologías que Isidoro de Sevilla dedica a la "historia", Dares Frigio es considerado el primero de los historiadores paganos; su obra es definida por el obispo hispalense como "una obra sobre griegos y troyanos escrita en hojas de palma". El hecho de que el propio Isidoro distinga entre "historia", "argumentum" y "fabula", pero sin embargo considere historiador al autor tardoantiguo que nosotros hoy en día tachamos de "novelista", nos mueve a reflexión sobre los requisitos que el género de la historia poseía en el mundo antiguo y medieval. La revisión de los prólogos de crónicas e historias latinas medievales manifiesta una clara conciencia de la relación entre el género de la historia y la puesta por escrito de los hechos narrados, así como un cierto cuidado por los aspectos materiales de la actividad escritoria. Prueba de ello es que la incidencia en este tema puede ser utilizada como argumento de veracidad en obras de ficción, como en el caso del propio Dares. A lo largo de este trabajo me propongo revisar el modo en que el argumento de la puesta por escrito y de la reflexión sobre las cuestiones materiales en la transmisión de los hechos históricos resulta consustancial al género literario historiográfico.

o Ludivine Gaffard, UTM, Département d'Etudes Hispaniques, Doctorante.
« La poesis de la chronique dans la collection diplomatique (Sahagun, XIIe-XIIIe siècles) ».
Chronique et collection diplomatique constitueraient deux genres différenciés par des canons d'écriture spécifiques, la plume du chroniqueur se mettant au service du récit historiographique des événements du passé, celle du disposant créant l'action juridique consignée dans l'acte. Il semble pourtant difficile d'affirmer l'existence d'une frontière générique aussi nette entre ces deux produits textuels. Dans leur entreprise de construction mémoriale, les moines qui évoluent dans le scriptorium du monastère léonais de Sahagun recourent tour à tour au matériau chronistique ou diplomatique afin de préserver la memoria de leur communauté et de ses bienfaiteurs. Chronique et diplomatique entretiennent donc des liens privilégiés en tant qu'instruments d'une même élaboration identitaire, des liens présents dans les profondeurs de la textualité diplomatique qui, ignorant les clivages de la typologie générique traditionnelle, s'élabore autour de relations d'interférence avec la poesis de la chronique.

o Michel Garcia, Paris III, Département d'Etudes Hispaniques, Professeur Emérite.
« La chronique en Castille à l'époque d'Ayala, un art majeur »
Pero Lopez de Ayala clôt le long cycle de la chronique royale castillane inauguré par Alphonse X, le genre présentant au XVe siècle des évolutions qui l'éloignent du canon primitif. Cette volonté de poursuivre une oeuvre séculaire n'entraîne pas, pour autant, de la part du Chancelier, une attitude systématiquement conservatrice. Bien au contraire, il innove en ce domaine comme dans les autres genres littéraires qu'il a abordés, démontrant, cette fois encore, une grande maîtrise de son art. Nous nous appuierons sur le témoignage de la chronique incomplète d'Henri III , dans les différents rédactions conservées, pour tenter de montrer que le chroniqueur s'est forgé un certain nombre de règles dont la réunion s'apparente à une poétique du genre.

o Christophe Imbert, UTM, Département de Lettres Modernes, MCF.
« Le Défi du réel, dynamique de l'écriture dans la Chronique de Ramon Muntaner »
Notre étude voudrait se situer à un moment idéalement significatif pour la saisie d'une poétique de la Chronique : lorsque la Chronique délaisse le Latin pour illustrer la dignité de la langue vulgaire, lorsque la Chronique tend à réassumer pleinement les prérogatives de l'Histoire, lorsque le chroniqueur quitte sa réserve pour acquérir la forte présence d'un mémorialiste. Ces mutations s'affirment à divers degrès dans les textes qui constituent les "Grandes Chroniques catalanes" du XIII°-XIV° siècle, et s'accomplissent en particulier dans celle de Ramon Muntaner, sans doute, précisément parce que cet homme d'action, ce témoin majeur, était à la fois conscient de l'enjeu idéologique contenu dans l'affirmation linguistique du Catalan, et contraint - par sa culture assez restreinte selon les critères du temps - de construire son discours empiriquement, en combinant les modèles auxquels il avait accès et en particulier ceux de l'epos et du roman de chevalerie. Nul doute que ce modèle littéraire figure au mieux pour lui et ses auditeurs/lecteurs un mode de vie collectif, mis en scène dans la Chronique, un "viure cavalleresc" (Marti de Riquer) reposant sur des gestes et des paroles publiques, un rituel social propre à devenir un rite poétique, un style. Cependant, bien souvent, le narrateur convoque des référents épiques ou romanesques pour les montrer dépassés par la réalité des hauts faits accomplis sur le terrain de l'Histoire. Il n'y a pas là seulement une hyperbole, un recours rhétorique propre justement au romancier qui ferait passer en force ses héros dans le panthéon littéraire. Il nous semble qu'au contraire, Muntaner considère en définitive comme légitime le dépassement de la fiction poétique par la prose droite qui se tient du côté de la vérité historique, soit la vérité du plan de Dieu. La justification providentialiste de l'impérialisme catalan explique de fait la réussite et la bravoure exceptionnelles des hommes. Le texte biblique soutient dès lors peut-être autant la composition de Muntaner que le plus visible modèle chevaleresque; il offre à lire figuralement ou analogiquement la geste des preux catalans et l'aventure de la dynastie comme une histoire sacrée. L'"empirisme organisateur" de la chronique, qui combine des recours variés sur un plan rhétorique et poétique, trouve donc le secret de sa cohérence sur un plan idéologique, dans la conscience forte et (presque) religieuse du grand moment historique vécu par un "moi" qui témoigne pour toute une communauté, engagée autour de ses rois, au tournant du XIII° et du XIV° siècle.

o Stéphanie Jean-Marie, UTM, Département d'Etudes Hispaniques, Doctorante.
« L'Historia de rebus Hispaniae de Rodrigue Jiménez de Rada. Eléments de poétique »
L'on se propose, à travers cette communication, de présenter un panorama des procédés d'écriture mis en œuvre dans l'Historia de rebus Hispaniae achevée en 1243 par l'archevêque de Tolède, Rodrigue Jiménez de Rada. Il s'agira donc d'analyser les règles formelles et discursives qui régissent le texte. On s'attachera, dans un premier temps, à faire apparaître les structures du texte en examinant les modalités de construction du récit englobant et en mettant en évidence les micro-structures qui viennent s'y enchâsser. On s'intéressera ensuite aux contenus narratifs (organisation, emploi des temps, instances et modes de narration, recours à des formes textuelles aux caractéristiques génériques définies comme l'épopée…) ainsi qu'aux traits stylistiques qui témoignent d'une nette influence des préceptes de la grammaire et de la rhétorique. On s'interrogera à travers cette étude sur la possibilité d'une mise en système des mécanismes d'écriture dans l'Historia de rebus Hispaniae (correspondances entre un ensemble de mécanismes et un contenu ou une valeur particuliers : l'écriture de la guerre, du roi, de la fiction…) et, dans une perspective comparatiste, sur la spécificité de l'emploi de ces mécanismes dans l'Historia de rebus Hispaniae.

o Enrique Jérez, Université Autonome de Madrid, Département de Philologie Hispanique, Doctorant.
«Arte compilatoria pelagiana: la formación del Liber cronicorum»
Durante la primera mitad del s. XII, desde la catedral de Oviedo se retoma e impulsa, con una intensidad insólita hasta el momento, la tradición historiográfica compilatoria, de estirpe gótico-isidoriana y ambición universalista. Puesta al servicio de intereses diocesanos, la apasionada labor cronística de Pelayo Ovetense se convertirá, a la postre, en nudo y encrucijada en el camino que conduce a las compilaciones castellana y leonesa que, sucesivamente, llevarán a cabo el anónimo monje de Nájera y el diácono leonés Lucas de Tuy (respectivamente a finales del s. XII y en la primera mitad del XIII). A pesar del espacio medular que el legado de Pelayo ocupa dentro de la historiografía medieval hispana, no contamos aún con una aproximación de conjunto enteramente satisfactoria en torno a su naturaleza y sentido. A ello ha contribuido, sin duda, la lamentable pérdida de los originales «visigóticos», que nos obliga a recuperar el denominado corpus pelagiano a través de códices intermediarios, cuyo análisis, en cualquier caso, precisa ser sometido a coordenadas distintas a las centradas exclusivamente en el entorno catedralicio ovetense del primer s. XII, y por tanto a tener presentes los filtros (temporales, espaciales, codicológicos, textuales) a través de los que el proteico material en cuestión ha llegado hasta nosotros. En la presente comunicación, asistido de las herramientas que ponen a nuestro alcance la codicología o la crítica textual, es mi intención proponer un acercamiento al proceso de elaboración del discurso histórico pelagiano subyacente en las tres «formas» conservadas del corpus, correspondientes a sendas «etapas» que conocen su expresión más acabada en el Liber cronicorum. En última instancia, el trabajo pretende aportar alguna luz al enrevesado rompecabezas textual pelagiano.

o Marta Lacomba, Bordeaux III, Département d'Etudes Hispaniques, MCF.
« De l'Estoria d'Espanna à la Crónica de Castilla, enjeux discursifs de la chronique castillane à la fin du XIIIe siècle »
Le but de cette communication sera d'envisager la production historiographique castillane de la fin du XIIIe siècle dans sa continuité, autrement dit, d'établir les éléments qui, au-delà de la simple filiation textuelle, pourraient éventuellement permettre de définir la chronique comme "genre". Pour ce faire, je m'intéresserai aux propos affichés des chroniqueurs, aux présupposés épistémologiques qui déterminent leur travail, ainsi qu'aux dispositifs narratifs et formels mis en oeuvre pour bâtir le récit.

o Daniel Lacroix, UTM, Département de Lettres Modernes, Professeur.
« Le genre de la saga islandaise : entre chronique et fiction »


Table Ronde
Michel Banniard, UTM, Département de Lettres Modernes, Professeur.
Georges Martin, Paris IV, Département d'Etudes Hispaniques, Professeur.
Philippe Sénac, UTM, Département d'Histoire, Professeur.

Lieu Université de Toulouse, Maison de la recherche

Catégories

Lieux

  • Toulouse, France

Dates

  • jeudi 20 avril 2006

Contacts

  • Amaia Arizaleta
    courriel : ariza [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Amaia Arizaleta
    courriel : ariza [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Textes historiographiques et écriture (péninsule ibérique et France, XIe-XIVe siècles) », Colloque, Calenda, Publié le mardi 07 mars 2006, http://calenda.org/191266