Accueil Pour une histoire de la mémoire entre Europe et Méditerranée

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Publié le mardi 07 mars 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Atelier "Mémoires en Méditerranée, entre histoire et politique" dans le cadre du réseau euroméditerranéen de recherche Ramsès 2.

Annonce

Le couple histoire / mémoire est, depuis une vingtaine d’années, au cœur de débats scientifiques, sociaux et politiques, qui culminent en ce moment même, dans la multiplication des revendications et des conflits mémoriels dont l’enjeu est l’affirmation ou la redéfinition d’identités plurielles. Jamais, sans doute, le rôle social et politique de l’histoire, comme mode d’écriture du passé, n’avait de ce fait été posé dans le débat public avec autant d’acuité, comme le montrent en France les prises de position contradictoires de la communauté historienne sur les « lois mémorielles » et le débat sur la mémoire coloniale.

Au-delà des cheminements très divers que ce phénomène a pris dans le monde, en fonction de contextes spécifiques (et ces contextes seraient à expliciter dans le cadre méditerranéen), deux grands systèmes de causalités ont été avancés pour expliquer ce « tournant mémoriel » qui s’est pleinement révélé dans les années 1990. D’une part les conséquences traumatiques des grands crimes de masse qui ont ponctué le XXe siècle, dont les ondes de chocs se sont répercutées de générations en générations. D’autre part la sensibilité des sociétés occidentales aux questionnements liés à la mémoire serait à mettre en relation avec un changement du rapport que ces sociétés entretiennent avec le passé et plus largement avec le temps ou, pour reprendre le concept proposé par F. Hartog, un changement de régime d’historicité (Hartog : 2003).

Ainsi le rapport couple histoire / mémoire est-il devenu problématique classique pour les historiens, et l’on dispose aujourd’hui d’un vaste corpus de réflexions théoriques, mais aussi d’analyses situées. Pourtant, la façon dont ce problème ressurgit au cœur du débat public est peut-être un indice qu’il demeure des flous, des opacités dans l’appréhension de ces questions.

Au final, il est nécessaire de ne pas faire l’impasse sur les motivations et les implications mêmes d’un tel programme de recherche. Le surgissement de nouveaux récits partagés (alimentant ce que l’on appelle parfois faussement « mémoire collective ») à partir d’une relecture du passé paraît survenir chaque fois qu’une redéfinition de l’identité du groupe s’impose. Un récit de la « renaissance méditerranéenne » s’impose-t-il aujourd’hui, pour combattre l’exclusivité des mémoires particulières, parfois lourdes d’affrontements et de violence ? Comment les sciences humaines peuvent-elles, dans ce contexte, participer à l’édification d’une « juste mémoire », loin du sens commun historique de plus en plus souvent conforté, voire édifié, par les médias ?

Le propos de cette première rencontre de notre atelier sera donc de mettre en commun, autour de quelques grands questionnements problématiques et à partir de traditions épistémologiques sans doute diverses, les outils, concepts et méthodes, permettant d’ouvrir le champ à une pensée plurielle mais cohérente des rapports entre la mémoire et l’histoire dans l’aire méditerranéenne. Les participants des trois tables rondes proposées seront ainsi invités à inscrire la présentation de leurs travaux respectifs dans une réflexion d’ensemble, méthodologique et problématique, permettant à chacun de s’approprier les travaux de tous dans une dynamique intellectuelle collective. Ces tables rondes, ouvertes au public, permettront, par ailleurs, d’engager la réflexion et le dialogue que les conférences présentées en introduction de la journée ne manqueront pas de susciter.


 

 

Programme

9h00

Présentation du programme Ramsès2 (T. Fabre, coordinateur scientifique) et du WPS 1.1. (M. Crivello, UMR TELEMME, responsable)

9h30-10h15

Conférence. Titre provisoire : La construction d’un champ des études euroméditerranéennes (Ph. Joutard, professeur émérite, université de Provence)

10h15-11h00

Conférence. La guerre de libération : un « présent de l’histoire » de l’Algérie (A. Moussaoui, IDEMEC, Aix-en-Provence)

11h00-12h30

Table ronde 1. Figures de la mémoire : mémoires du conflit, du silence et de l’oubli

Les mémoires « bruyantes » imposent, particulièrement autour de la Méditerranée, les notions de conflits et de guerres, de blessures et de traumatismes. Dans le sens commun, comme dans la pensée scientifique, on oppose fréquemment à ces mémoires qui ont acquis une « visibilité » sociale importante, le silence ou l’oubli comme des « antimémoires », à combattre au nom de la « reconnaissance » ou de la vérité de la restitution historique. Cette coupure instaurée dans l’ordre de la mémoire ne semble guère pertinente, comme le montre, à propos de l’articulation de la mémoire et de l’oubli, plusieurs réflexions récentes (Candau :1996, Ricoeur : 2002, Robin : 2003). Comment restituer dans l’analyse, pour les sujets individuels ou collectifs concernés, l’économie générale du processus mémoriel ? Comment également penser les « non lieux » ou les « mauvais lieux » des histoires nationales ? Ces interrogations nécessitent de préciser, au préalable, la nature des phénomènes mémoriels en présence ; ce sera ainsi l’occasion de « mettre sur la table » l’important corpus conceptuel dont on dispose aujourd’hui (mémoire collective, sociale, idéologique « encadrée », silencieuse, oubli – obstruction ou oubli – oblitération etc.).

Présidente : O. Polycandrioti (NHRF, Athens)

Discutants :

- J.-L. Bonniol (IDEMEC, Aix-en-Provence)

- K. Dirèche (UMR TELEMME, Aix-en-Provence)

- A.-M. Losonczy (E.P.H.E., Paris)

- D. Nicolaïdis (Oxford University)

Déjeuner

14h-14h30

Conférence. Guerres et mémoire collective au XXe siècle, en Europe et en Méditerranée (J.-M. Guillon, professeur, université de Provence)

14h30-16h30

Table ronde 2. La pluralité des espaces d’identification : échelles de la mémoire, échelles de l’histoire

Le présupposé des enquêtes sur les « lieux de mémoire », en France comme ailleurs, est l’existence d’un sentiment d’identification collective à une entité territoriale ou politique donnée. Est-il possible, pour la Méditerranée, de dessiner les contours et la nature de cet espace d’identification ? Peut-on poser – en dehors de tout essentialisme – un « sentiment méditerranéen », comme base à l’inventaire des lieux dans lequel il s’est investi ?

Par ailleurs, parmi les « points aveugles » de la réflexion historienne (en témoigne non seulement l’historiographie française et européenne, mais également maghrébine ou moyen-orientale), l’on relève l’enfermement des problématiques de la mémoire – et en particulier l’approche par les « lieux de mémoire » – dans le cadre national, au détriment de la prise en compte de la pluralité des échelles qui stratifient les mémoires collectives et individuelles, et de la diversité des territoires d’identification. L’on interrogera l’importance d’une pensée des « échelles » dans le contexte des études euroméditerranéennes, aussi bien à partir d’un choix d’objets particulièrement susceptibles d’en éclairer l’articulation, que par la considération de travaux ayant procédé à quelques renversements théoriques féconds. Devraient être privilégiées avec profit ici les sources du récit, du témoignage ou de l’expérience individuelle, comme lieux de résonance forte des dynamiques mémorielles.

Président : D. Nicolaïdis

Discutants :

- K. Basset (TELEMME, Aix-en-Provence)

- M. Crivello (TELEMME, Aix-en-Provence)

- P. Garcia (IUFM, Versailles)

- J.-N. Pelen (TELEMME, Aix-en-Provence)

- O. Polycandrioti (Institute of Neohellenic Research, Athens)

16h30-18h30

Table ronde 3. Mémoire des lieux ou lieux de mémoire : les processus de la patrimonialisation

L’une des conséquences de l’appropriation sociétale du concept de « lieux de mémoire » est d’avoir abrogé, dans le sens commun, la distinction entre mémoire et patrimoine. Ainsi, alors qu’elle constitue le terreau même du patrimoine, la mémoire se trouve-t-elle elle-même transformée par son intégration dans le processus de patrimonialisation (Rautenberg : 2003). Ce changement de nature du phénomène mémoriel n’a pas épargné le projet scientifique même des Lieux de mémoire, ce que Pierre Nora dut reconnaître en constatant la fin de « l’histoire mémoire », absorbée par « l’histoire patrimoine » (Nora : 1997). Dans ces conditions, la problématique des « lieux » est-elle toujours porteuse d’intelligibilité ? Peut-elle encore éclairer des phénomènes de patrimonialisation échappant souvent, qui plus est, au cadre strict des grandes constructions narratives nationales ? N’est-il pas nécessaire d’adopter des grilles de lecture différenciées, permettant, notamment, de distinguer la construction et la transmission sociales de la mémoire patrimoniale, de leurs pendants institutionnels, mais aussi d’observer leur articulation ?

Président : J.-Y. Empereur (Centre d’Etudes Alexandrines)

Discutants :

- M. Chalvet (DESMID, Aix-Marseille 1)

- H. Jaïdi (Département d’histoire, Université de Tunis)

- Ph. Jockey (Centre Camille Jullian, Aix-en-Provence)

- V. Siniscalchi (IDEMEC, Aix-en-Provence)


Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, Aix-en-Provence - salle Paul-Albert Février

Catégories

Lieux

  • Aix-en-Provene (13100)
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 10 mars 2006

Contacts

  • Maryline Crivello
    courriel : crivello [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Laurence Lablache
    courriel : lablache [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pour une histoire de la mémoire entre Europe et Méditerranée », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 07 mars 2006, http://calenda.org/191267