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Publié le mardi 21 mars 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Si l’injonction patrimoniale de notre société occidentale est de se reconnaître à travers des objets communs, les sciences humaines et sociales se doivent de confronter leurs postures et leurs objets de recherche pour voir ce qui y est effectivement en commun, de la construction de l’objet patrimonial à la réception des publics, car le patrimoine « touche à quelques uns des principaux ressorts de notre fonctionnement social, au temps du basculement occidental du cultuel au culturel » (Pascal Ory, 2002).

Annonce

Les patrimoines, prétextes de rencontres

Table ronde interdisciplinaire de doctorants

Ecole doctorale de Lettres de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour
Avenue de l'Université
BP 576
64012 PAU cedex

Appel à participation

Le 15-16 juin 2006 (à confirmer)

Alors qu’on reprochait à l’architecture moderne son caractère an-historique et a-culturel (car technique), des bâtiments comme ceux de la cité de Firminy de Le Corbusier et la façade du lycée Jean Jacques Rouseau à Sarcelle (qui date des années soixante) sont considérés aujourd’hui comme des patrimoines chargés de valeurs intrinsèques, témoins d’une époque et support d’une mémoire collective (Yves Belmont, 2004). Cette forme de réenchantement a participé et participe encore de l’explosion patrimoniale. Depuis les années quatre-vingt, la multiplication de ce type de manifestation est autant revendiquée que décriée. Si l’on parle du « tout-patrimoine», c’est souvent pour dénoncer le patrimoine comme notion floue et polysémique, en expansion continue en terme d’objets, d’époques et d’espaces, dans un contexte où l’on ne cesse de parler du caractère commun de tous ces objets…

La dialectique pluralité / sens commun fonde la lecture problématique du patrimoine. La donne patrimoniale a émergé de la désignation d’objets particuliers (monuments, sites naturels), nourrie d’un contexte idéologique inhérent à la modernité, mais les patrimoines ont leurs propres histoires culturelles, sociales et institutionnelles qui en ont multiplié les dimensions et les conceptions (religieuses, monumentales, esthétiques, identitaires). Aussi, les publics du patrimoine sont de plus en plus diversifiés dans un contexte de démocratisation de la culture.

C’est autour de ces tensions que nous voulons construire notre table ronde. Si l’injonction patrimoniale de notre société occidentale est de se reconnaître à travers des objets communs, les sciences humaines et sociales se doivent de confronter leurs postures et leurs objets de recherche pour voir ce qui y est effectivement en commun, de la construction de l’objet patrimonial à la réception des publics, car le patrimoine « touche à quelques uns des principaux ressorts de notre fonctionnement social, au temps du basculement occidental du cultuel au culturel » (Pascal Ory, 2002).

Dans le cadre de la « montée du contemporain » (Pierre Nora, 1990) qui ancre nos sociétés dans l’immédiateté, le présent s’impose tout à la fois comme temps d’émergence et de vie des patrimoines. Dans un monde où s’imposent de plus en plus des mémoires singulières, laissant émerger une pluralité de patrimoines (Jean-Michel Leniaud, 2002) faisant craindre la crispation nostalgique sur un passé révolu, ou un repli identitaire, s’interroger sur l’universalité du patrimoine permet de dépasser toutes les divisions qui président habituellement à l’étude du fait patrimonial.

Dans un premier temps, l’objectif serait alors d’éclairer les mécanismes discursifs et matériels de la mise en valeur inhérents aux objets du patrimoine, pour essayer de voir s’il y a une production idéologique commune qui dépasse les catégories d’objets (naturels, monumental, historique, littéraire, linguistique…), les espaces (rural, urbain, français, espagnol…) et les temporalités.

Dans un second temps, dans la même perspective de dépassement et de production de valeurs communes, il s’agirait de voir s’il y a récurrence dans les modes de réceptions de ces patrimoines de la part des publics, c'est-à-dire tenter de déterminer comment les jeux sociaux (de domination, du communautarisme à l’institution…) jouent sur ces mécanismes et peuvent produire des expériences collectives et/ou identitaires.

Nous tenterons alors de répondre à la question sous-jacente quel monde commun le patrimoine peut-il construire ?

La mise en perspective production / réception des patrimoines à travers « ce qui nous relie » (Micoud, 2001) peut paraître réductrice aux vues de la complexité des processus patrimoniaux. Mais cette démarche a pour but de donner à chacun la possibilité de mettre en commun des pistes de réflexion qui ne laisseront en reste, ni ceux qui s’intéressent davantage à l’institutionnalisation patrimoniale de leur objet de recherche, ni ceux qui se concentrent sur les expériences qui en font émerger le caractère patrimonial et / ou qui en découlent. Plus qu’une mise en commun, nous voulons donner à cette table ronde des allures de rencontre. Comme son titre l’indique, ce séminaire est pensé selon trois dimensions : rencontres des doctorants tout d’abord, pour que les réflexions sur le patrimoine s’alimentent de nouveaux points de vues en cours de maturation et en train d’être éprouvés ; rencontre des disciplines ensuite, pour que un large panel des dimensions du patrimoine soit exploré et confronté ; rencontre enfin, en ce sens où le patrimoine tend aujourd’hui à être un prétexte de réflexion collective, scientifique ou non, et nous donne lieu à débattre.

Ainsi, nous attendons de cette table ronde qu’elle soit un espace d’échange, où chacune des contributions apportera un point de vue à discuter ensemble pour répondre à la question des patrimoines comme construction commune.

La table ronde s’organisera autour des thèmes suivants :

  • L’invention du patrimoine.

Cette entrée en matière proposera de faire l’état des lieux des prises de conscience patrimoniale par la diversification de la désignation d’objets pour remettre à chacun les clefs historiques qui ont fait le patrimoine foisonnant actuel.

  • La mise en forme des objets du patrimoine : de l’institution à l’instrumentalisation

Ce thème a pour objectif de cerner les différents modes de production des patrimoines, et d’identifier les valeurs promues, les modes de mise en spectacle et la lisibilité qu’offrent les différentes catégories d’objet dans le paysage patrimonial actuel. Il s’agira alors autant des processus de désignation, d’institutionnalisation, que d’instrumentalisation des patrimoines par l’Etat, les sociétés locales, ou la communauté scientifique, toujours dans la mise en perspective de l’idée d’un patrimoine commun. A partir de ces observations on pourra discuter des points communs qui émergent entre les différents objets, les différents processus, et les différentes autorités qui en sont à l’origine

  • La réception des patrimoines : un public ou des publics ?

Ce thème a pour objectif de se questionner sur la manière dont les publics aborde cette pluralité de patrimoine, s’il existe à chaque patrimoine son public, si les cadres d’expérience sont les mêmes et quelle fonction il en émerge. Certainement plus difficile à aborder car il demande un travail de terrain souvent assez conséquent, ce thème peut néanmoins être propice à une réflexion collective informelle sur les données que chacun a récolté dans le cadre de son travail. Cette partie nous semble néanmoins nécessaire pour saisir la cohérence entre les moyens de production et la perception des publics d’une part, et prendre en compte les processus de transmission de ce monde commun s’il est avéré.

Vous pouvez participer en auditeur libre ou en présentant une communication.

Dans le premier cas, contactez nous le plus tôt possible pour que nous puissions faciliter votre séjour palois.

Dans le second cas, envoyez nous un résumé de 250 mots sur le thème que vous voulez aborder avant le 5 mai 2006 (appel prolongé !).

Pour toutes informations, contactez nous :

claire.damery@etud.univ-pau.fr

julie.boustingorry@etud.univ-pau.fr

Catégories

Lieux

  • Pau (64)
    Pau, France

Dates

  • vendredi 05 mai 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Claire Damery
    courriel : claire [dot] damery [at] etud [dot] univ-pau [dot] fr
  • Julie Boustingorry
    courriel : julie [dot] boustingorry [at] etud [dot] univ-pau [dot] fr

Source de l'information

  • Claire Damery et Julie Boustingorry ~
    courriel : claire [dot] damery [at] etud [dot] univ-pau [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les patrimoines prétextes de rencontres », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 21 mars 2006, http://calenda.org/191348