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Pratiques religieuses contemporaines

Les figures de l'engagement individuel et collectif

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Publié le mercredi 29 mars 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Qu’en est-il du processus d’individualisation dans le champ des identités religieuses ? Ici comme ailleurs, nombre d’études ont montré que la modernité a convoqué les formes intériorisées d’une croyance plus personnelle que collective (Hervieu-Léger 1999), parfois doublée d’une fonction de béquille psychothérapeutique contre l’angoisse et la « fatigue d’être soi » (Ehrenberg 1998). Dans sa modalité la plus extrême, l’individu est même devenu l’artisan de son propre croire, consommateur triomphant – ou désespéré – de biens de salut puisés dans le marché mondialisé des produits symboliques (Champion 1990).

Annonce

L’une des caractéristiques essentielles de la modernité est l’avènement d’une individualisation. Particulièrement dans cette "région" qu’on nomme Occident (et dont les propriétés sont confondues à celles d’un monde globalisé), l’idée que les sociétés modernes ont imposé à l’individu l’impératif d’être quelqu’un d’original s’est lentement constituée (Taylor 1998) jusqu’à devenir une évidence normative pour chacun de nous (Singly 2001) et le socle liminaire des théories sociologiques (Kaufmann 2004). Avec plus ou moins d’excès ou de modération, les sciences sociales admettent désormais ce processus social qui découlerait du délitement progressif des instances de la « sociabilité primaire » (Castel 1995). « L’individu n’est plus protégé par la famille, l’Etat ou la classe sociale, et c’est donc seul, en tant qu’individu, et non pas comme membre d’un groupe social particulier, qu’il doit construire son histoire de vie (Touraine). Le processus décrit alors ce mouvement inédit, fragile et bricolé, par lequel l’individu est amené à construire sa biographie en période de modernité réflexive » (Delorme 2002 : 263).

Ce préalable théorique pourrait être ici un point de départ à notre réflexion sur les identités religieuses : qu’en est-il du processus d’individualisation dans le champ des identités religieuses ? Ici comme ailleurs, nombre d’études ont montré que la modernité a convoqué les formes intériorisées d’une croyance plus personnelle que collective (Hervieu-Léger 1999), parfois doublée d’une fonction de béquille psychothérapeutique contre l’angoisse et la « fatigue d’être soi » (Ehrenberg 1998). Dans sa modalité la plus extrême, l’individu est même devenu l’artisan de son propre croire, consommateur triomphant – ou désespéré – de biens de salut puisés dans le marché mondialisé des produits symboliques (Champion 1990).

Pourtant, si ce degré d’autonomie – qui n’a jamais été autant affirmé théoriquement – est une part essentielle des identités contemporaines, il n’en épuise pas non plus toutes les dimensions. Les processus de construction des identités religieuses singulières méritent aussi d’être examinés à l’aune des faisceaux de déterminations historiques et sociales, c’est-à-dire des « configurations locales des champs religieux » que Bourdieu décrivait comme une « structure structurante qui rappelle celle de l’art, de la langue, des mythes et qui permet de concevoir sérieusement la possibilité d’une analyse des formes symboliques » (1971). Or, qu’il soit linguistique, mythologique ou religieux, un système symbolique est toujours une configuration d’interdépendances qui donne la forme des possibles et des pensables. Appréhender en ces termes les identités des individus en religion suppose dès lors d’interroger, au travers de leurs engagements personnels, des configurations spécifiques relatives à un lieu, une époque, un groupe, une « catégorie confessionnelle ».

Plusieurs pistes peuvent êtres envisagées autour de l’examen (ethnographique, historique, sociologique…) de ces identités religieuses :

- Quelle est, au sein d’un même champ religieux, la multiplicité des modes d’identités pensables ? En s’appuyant sur le concept wébérien d’idéal-type, on peut interroger la multiplicité des figures qu’un champ religieux autorise. Avant que l’autonomie d’ego ne soit le fruit de son individuation personnelle, elle est le fait d’un degré d’ouverture/fermeture de son champ religieux. Les grandes figures exemplaires wébériennes (magicien ordinaire, prophète, fonctionnaire) cohabitent-elles toujours et selon quels régimes ? Mais à une époque historique marquée par un regain des engagements spirituels, et où la frontière jadis fort stricte entre le fidèle profane et le spécialiste ne cesse de s’émousser, il convient aussi d’ouvrir la question à un spectre plus large d’identités (missionnaire, prédicateur, pratiquant, pèlerin, évangélisateur…) et de confessions (Catholicismes, Protestantismes, Islams…) qui révèlent la diversité des engagements et des itinéraires possibles.

- Quels modes d’articulations entre l’identité religieuse individuelle et la fonction, rôle et statut endossé auprès (et avec) d’un groupe ? L’invention de son histoire personnelle, de son élection, de sa révélation ou de sa conversion participe du processus de construction d’une identité religieuse intime. Comment celle-ci va-t-elle ensuite s’articuler aux attentes d’un groupe et aux reconnaissances collectives ? Dans cette perspective, on pourrait s’intéresser aux manières dont certaines figures religieuses (saint local, guérisseur, prophète…) témoignent parfois d’identités ambivalentes, appartenant à des registres de légitimité qui sont multiples et non nécessairement compatibles.

- Enfin, une autre piste féconde serait aussi d’interroger les modes de relations tissées avec l’(les) entité(s) surnaturelle(s) : contrat, dépendance, alliance, partenariat, filiation... A quel(s) type(s) de ces régimes (ou à d’autres) les diverses figures renvoient-elles ? Considérant qu’une identité religieuse procède inévitablement de relations spirituelles, souvent mises en narrations, celles-ci mériteraient une attention particulière afin d’éclairer ladite identité à la lumière de ses commerces symboliques, et notamment dans ses évolutions, métamorphoses et constances.

Vendredi 7 avril 2006

Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme

Aix en Provence


9h30    Introduction
Christophe Pons
Ethnologue (IDEMEC)

10h    Les voies de la tradition. De quelques manières contemporaines d’être moine orthodoxe en France
Laurent Denizeau
Doctorant. (Centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques – Lyon 2).

11h15    Les guérisseurs contemporains au Caire : entre saints et charlatans.
Barbara Drieskens
Docteur en anthropologie sociale et culturelle (Institut Français du Proche-Orient à Beyrouth)

14h    Giuseppe Moscati, "Il Medico Santo" : un médiateur entre science et foi
Abderrahmane Moussaoui
Ethnologue (IDEMEC)

15h    "Shamans et néo-shamans" (titre provisoire)
Laetitia Merli
Ethnologue (Post-doc à Mongolia & Inner Asia Studies Unit, University of Cambridge)

16h15    L'ange ambassadeur ou comment mettre son prochain en de bonnes dispositions.
Anne Manevy
Docteur en anthropologie

17h15    Discussion
André Julliard – discutant –
Ethnologue (IDEMEC)

Catégories

Lieux

  • Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 07 avril 2006

Contacts

  • Christophe Pons
    courriel : cpons [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Agnès Rabion
    courriel : rabion [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Pratiques religieuses contemporaines », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 29 mars 2006, http://calenda.org/191378