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L'oubli

Appel à contribution de la revue Interrogations

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Publié le jeudi 20 avril 2006 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

Ce troisième numéro de la revue ¿ Interrogations ? (mise en ligne prévue pour décembre 2006) se propose de mettre en cause ou du moins en question l’évidence de l’oubli.

Annonce

Ce troisième numéro de la revue ¿ Interrogations ? (mise en ligne prévue pour décembre 2006) se propose de mettre en cause ou du moins en question l’évidence de l’oubli. Il conviendrait donc, d’une part, de se demander si l’oubli peut constituer un concept ou un thème autonome pour les sciences sociales. Du désordre, Bergson a dit qu’il ne peut se penser que comme le contraire de l’ordre. En va-t-il de même pour l’oubli ? N’est-il que le contraire de la mémoire ? D’autre part, il serait souhaitable d’explorer l’idée que l’oubli est premier et que la mémoire se construit à la fois contre l’oubli (elle est lutte pour ne pas oublier) mais aussi avec lui (la mémoire n’est possible que grâce à l’oubli). La mémoire ne consiste jamais à tout retenir du passé mais à en sélectionner certains traits, répondant aux intérêts du sujet de la mémoire, pour précisément se construire en tant que mémoire.

Les sciences humaines et sociales ne traitent, généralement, de l’oubli qu’en rapport avec la mémoire (dans ses différentes composantes), et il en est tenu pour le simple négatif (dans tous les sens). L’oubli ne serait alors que mémoire en défaut (l’absence de mémoire, l’insuffisance de la mémoire, la perte de la mémoire), résultat des simples déficiences ou défaillances de la mémoire. Celle-ci serait première et l’oubli second. Cependant, actes d’effacement, les trous de mémoire servent aussi à détourner le regard, à faire diversion. S’il peut servir des stratégies, l’oubli n’est-il alors qu’une mémoire, passivement, renversée ? A. Rey nous rappelle que « oublier » est issu du latin oblitare impliquant l’idée de réfection : si la mémoire est un travail d’écriture, l’oubli en est son correcteur.

Fruit d’un travail collectif, l’écriture de cet appel à propositions nous a fait sentir la difficulté qu’il y a à penser l’oubli hors la mémoire. De ce fait, ce numéro de la revue ¿ Interrogations ? (mise en ligne prévue pour décembre 2006) se propose de mettre en cause ou du moins en question l’évidence de l’oubli. Il conviendrait donc, d’une part, de se demander si l’oubli peut constituer un concept ou un thème autonome pour les sciences sociales. Du désordre, Bergson a dit qu’il ne peut se penser que comme le contraire de l’ordre. En va-t-il de même pour l’oubli ? N’est-il que le contraire de la mémoire ? D’autre part, il serait souhaitable d’explorer l’idée que l’oubli est premier et que la mémoire se construit à la fois contre l’oubli (elle est lutte pour ne pas oublier) mais aussi avec lui (la mémoire n’est possible que grâce à l’oubli). La mémoire ne consiste jamais à tout retenir du passé mais à en sélectionner certains traits, répondant aux intérêts du sujet de la mémoire, pour précisément se construire en tant que mémoire.

Sur cette double base, s’il ne s’agit pas d’écrire une élégie à l’oubli, la revue ¿ Interrogations ? souhaite se pencher sur la possibilité de réhabiliter l’oubli ou, du moins, d’en souligner les aspects positifs et constructifs et non pas seulement négatifs et pathologiques. Nous espérons que ce numéro sera le terrain de nombreux dialogues et débats interdisciplinaires. Pour ce faire, la revue propose quatre entrées dans ce thème, cette liste ne se veut pas exhaustive et tout autre voie, pour peu que l’oubli en soit le sujet principal, sera examinée avec attention.

Une entrée psychologique et psychopathologique. En tenant compte de la problématique précédente, comment la psychologie contemporaine conçoit-elle ce que la philosophie et la psychologie classique ont longtemps traité comme l’une des facultés fondamentales de l’esprit humain (la mémoire) ? Que nous apprend la psychologie génétique sur la formation de la mémoire chez l’enfant (là encore en tenant compte du rôle positif qu’y joue l’oubli) ? Si l’oubli est premier, la mémoire peut-elle se développer ? Sous l’effet de quelles contraintes et de quelles injonctions ? Pour quels bénéfices ou opportunités ? Que nous apprennent les troubles et les défiances de la mémoire (par exemple l’amnésie, l’hypermnésie, la maladie d’Alzheimer, etc.) quant au fonctionnement de la mémoire ? Plus globalement, quelles sont les conséquences sur le sujet de ces différentes maladies de la mémoire (dans son rapport au temps mais aussi dans son rapport à l’autre, à son identité, etc.) ? Comment, de positif (constructeur de la mémoire) qu’il est, l’oubli devient-il négatif (destructeur de la mémoire) ? Nous pouvons ainsi imaginer une confrontation mais aussi une tentative de compromis entre une approche nietzschéenne de l’oubli pour qui l’oubli est au principe de la création et une approche psychanalyste de l’oubli qui rapproche l’oubli du refoulé et le considère, à l’inverse, au principe de la répétition. Quels sont les apports éventuels des neurosciences à toutes ces questions ? Quid de la perspective psychanalytique qui s’intéresse aux souvenirs refoulés, volontairement ou non, par le sujet ?

Une entrée sociologique et ethnologique. Il faudrait se proposer de revisiter la littérature de ces disciplines sur le thème de la mémoire collective (Halbwachs, Gurvitch, etc.) pour y scruter la présence ou l’absence chez eux du thème de l’oubli. Quels rôles et places accordent-ils (ou non) à l’oubli dans leur analyse des modes de constitution et de fonctionnement de la mémoire collective ? Que signifie leur éventuel oubli de l’oubli ?

On sait, depuis Maurice Halbwachs, que la mémoire n’est pas le passé mais une construction permanente à partir d’événements antérieurs, sélectionnés à la lumière du présent. L’oubli est-il le solde des éléments non-sélectionnés par la mémoire en construction, des laissés-pour-compte mémoriels ou alors les éléments à oublier font-ils l’objet d’une stratégie ? L’oubli pose la question de la transmission et il le fait tant du côté du transmetteur que de celui du récepteur-acteur. Qu’est-ce qu’on ne transmet pas ou qu’est-ce que l’on refuse de recevoir ? Qu’est-ce que l’on a reçu dont on se sépare a posteriori ? Pourquoi cette séparation ? Béatrix Le Wita montre que les souvenirs concernant la famille ne sont pas répartis de manière uniforme selon la classe sociale et le genre. Les souvenirs appartiennent plus à la bourgeoisie qu’au prolétariat, aux femmes qu’aux hommes. Existe-t-il des raisons d’oublier ? Est-ce que seule la mémoire familiale est soumise à ce filtre ? Celui-ci comporte-t-il d’autres dimensions ? Quelle est cette manière d’habiter le monde, d’être au monde qui permet (qui oblige ?) d’oublier ses origines ?

Les cultures fabriquent des machines à voir, à faire diversion, fabriquent collectivement des censures. Ainsi, s’il existe une mémoire collective, ne décèle-t-on pas non plus un oubli collectif ? Ici, l’oubli pose la question de la manière dont les sociétés se construisent une identité, c'est-à-dire identifient des événements comme composant de son histoire collective. Le colonialisme, refoulé à l’échelle d’une nation, en est le témoin.

Une entrée historique. Plus que toute autre science humaine et sociale sans doute, l’histoire a eu affaire à la mémoire. D’une part, parce que la mémoire est la grande rivale de l’histoire : Clio doit sans cesse tenir Némésis à distance, voire batailler ferme contre elle. D’autre part, parce que l’histoire a fréquemment affaire à la mémoire collective (ou même individuelle) à la fois comme objet d’étude et comme document. Que nous apprend l’histoire sur les raisons et les modes de l’oubli collectif ? Pourquoi, dans une société donnée, les hommes et les femmes oublient-ils/elles tels événements et non pas tels autres ? Pourquoi inversement tels événements passés sortent-ils de leur oubli à certains périodes (on retrouverait ici une sorte de théorie des « lieux de mémoire » mais en négatif) ?

Qu’en est-il du « devoir de mémoire » dont le champ n’a cessé de s’étendre ces dernières années, depuis la Seconde Guerre mondiale (et notamment les crimes et génocides nazis) jusqu’à l’histoire de la colonisation, y compris son épilogue (les guerres coloniales) ? Pourquoi accuser et culpabiliser politiquement l’oubli ?

Inversement, quid des oublis « volontaires » ? Comment peut s’organiser un effacement de la mémoire collective ? Comment peut-on rechercher et imposer un devoir d’oubli (à l’opposé d’un devoir de mémoire) qui prendrait ici le sens quasi-biblique de « pardon », voire de « réconciliation » (par exemple : les rapports France/Algérie, la construction des nouveaux Etats de l’ex-Yougoslavie, etc.) ?

Une entrée artistique (intéressant en fait l’histoire de l’art, la sociologie de l’art ou la philosophie esthétique). L’oubli tout comme la mémoire ont fait l’objet de multiples exploitations dans le cours de l’histoire de l’art, en particulier dans la littérature (romanesque ou dramatique) ou dans le cinéma. Comment ces supports ont-ils traité de l’oubli ? Que nous ont-ils appris à son sujet ?

Toute proposition d’article devra être adressé au coordinateur de la revue [coordinateur@revue-interrogations.org] avant le 31 août 2006, délai de rigueur après lequel aucune participation ne sera acceptée pour ce dossier thématique. Les propositions d’articles devront être rédigés aux normes de la revue, normes présentées sur le site d’¿ Interrogations ? : www.revue-interrogations.org

Par ailleurs, en plus des articles répondant à l’appel à contributions précédent, le prochain numéro de la revue ¿ Interrogations ? accueillera volontiers, comme les précédents, des articles pour ses autres rubriques, articles qui ne se proposent pas de répondre à cet appel et qui peuvent par conséquent traiter d’un tout autre thème que celui de l’oubli. Pour cette même raison, ces articles ne sont soumis à aucun délai quant à leur réception.

La rubrique « Des travaux et des jours » est destinée à des articles présentant des recherches en cours dans lesquelles l’auteur met l’accent sur la problématique, les hypothèses, le caractère exploratoire de sa démarche davantage que sur l’expérimentation et les conclusions de son étude (cette partie étant ainsi propice à la présentation des thèses de doctorat). Ces articles ne doivent pas dépasser 20 000 signes.

La rubrique « Fiches techniques » est destinée à des articles abordant des questions d’ordre méthodologiques (sur l’entretien, la recherche documentaire, la position du chercheur dans l’enquête, etc.) ou théoriques (présentant des concepts, des paradigmes, des écoles de pensée, etc.) dans une visée pédagogique. Ces articles ne doivent pas non plus dépasser 20 000 signes.

Enfin, la dernière partie de la revue recueille des « Notes de lecture » dans lesquelles un ouvrage peut être présenté de manière synthétique mais aussi vivement critiqué, la note pouvant ainsi constituer un coup de cœur ou, au contraire, un coup de gueule ! Elle peut aller jusqu’à 10 000 signes.

Catégories

Dates

  • jeudi 31 août 2006

Contacts

  • Schepens Florent
    courriel : coordinateur [at] revue-interrogations [dot] org

Source de l'information

  • Schepens Florent
    courriel : coordinateur [at] revue-interrogations [dot] org

Pour citer cette annonce

« L'oubli », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 20 avril 2006, http://calenda.org/191457