AccueilTravail et organisation : recherches croisant ethnographie et histoire

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Publié le samedi 29 avril 2006 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

Organisé par le groupe pluridisciplinaire PraTO, le colloque qui se déroulera à la Maison méditerranéenne des sciences de l'Homme d'Aix-en-Provence les 30 et 31 mai 2006, a pour thème l'articulation du passé et du prèsent dans les recherches sur les pratiques de travail et d'organisation.

Annonce

Depuis plusieurs années, des recherches de sciences sociales portant sur les pratiques de travail et d’organisation combinent des modes d'investigation relevant de l'ethnographie et de l'histoire, et travaillent à l'articulation du présent et du passé. Ainsi, des recherches en sociologie, sciences de gestion ou anthropologie associent à leurs analyses contemporaines des analyses du passé saisi au travers de sources archivistiques et de traces historiques de l'activité. Des historiens et historiennes du travail et des organisations non seulement convoquent des débats contemporains pour interroger le passé, mais aussi pratiquent l’enquête ethnographique au présent : études monographiques, présence de longue durée sur le terrain, constitution de corpus de sources de première main, recueil d'archives orales, etc. Le plus souvent, qu’ils soient d’une sorte ou de l’autre, ces travaux s’attachent à décrire et à expliciter des pratiques, des activités, des expériences, des usages, plutôt que des processus formels, des discours officiels ou des dispositifs de gestion désincarnés.

Le groupe pluridisciplinaire PraTO (Pratiques, travail, organisation), au sein duquel sont réalisés et discutés des travaux de ce type depuis 1996, organise un colloque autour de l'articulation du passé et du présent dans les recherches sur les pratiques de travail et d'organisation avec une triple intention :

– rendre compte de la diversité des pratiques de recherche qui combinent ethnographie et histoire sur ces terrains ;

– identifier ce qui impose cette démarche à l'agenda des chercheurs, en lien avec de nouveaux objets, de nouveaux contextes, de nouveaux paradigmes interprétatifs, des changements intervenus dans les attentes que se donnent les sciences sociales, un rapport transformé au temps… ;

– interroger ce qu'on peut attendre, en termes de renouvellement théorique, d’une telle confrontation des analyses du présent et du passé en général ou sur un objet donné.

Pour les sciences sociales, le recours combiné à l'ethnographie et à l’histoire se distingue d’une sociologie historique ou d'une ethno-histoire qui se placent délibérément dans des périodes historiques lointaines. Il se distingue également d’une sociologie du contemporain qui reconstitue un « historique » mince de ses terrains afin de les contextualiser. Pour les recherches considérées ici, le passé devient un domaine de l'enquête, le terrain et l'objet acquièrent une dimension historique. Il ne s’agit plus de s’appuyer sur quelques entretiens avec les représentants officiels des collectifs étudiés (administrateurs, cadres-dirigeants, représentants syndicaux,…) mais d’appliquer à l’étude du passé la même rigueur qu'à celle du présent. Cela passe, notamment, par des retours sur le terrain, par l’analyse fine de récits de vie, par le recueil de documents et d'archives de première main... Une telle prise en compte du passé amène à sortir de la dichotomie entre avant et maintenant, à ne pas considérer toujours le présent en termes de rupture radicale avec un passé homogénéisé (cf. les débats sur la fin du taylorisme, la nouvelle « logique compétence », la disparition de la classe ouvrière, l’intensification du travail…). En évitant d'envisager les changements à partir des seuls dispositifs de gestion ou à partir des intentions, publiques ou cachées, de leurs promoteurs, porter l’attention sur les pratiques permet de saisir la variété des mises en œuvre techniques et sociales de ces dispositifs pour bien en resituer le sens pour les acteurs. C'est l'une des conditions qui permettent d'échapper à la simplification rétrospective du passé, qui engage bien souvent à celle du présent.

Les historiens ethnographes, de leur côté, estiment que la formulation des questions à partir du présent ne peut être laissée ni aux seuls entretiens ni à « l’imprégnation instinctive » mais doit découler d’« une observation volontaire et contrôlée », pour reprendre des expressions de Marc Bloch. En s’appuyant sur une variété de méthodes – dont l’observation directe, plus ou moins participante –, ils entreprennent l'analyse d'une référence au présent comme appui pour l'exploration du passé. Cette relation construite entre présent et histoire se distingue d'une histoire « à rebours », qui s’ordonne de façon téléologique à partir du présent. Contre une histoire linéaire, elle prend soin de rouvrir sans cesse les possibles du moment, qui ont été fermés par les choix opérés et par les « sentiers » empruntés, et elle souligne la diversité des rythmes du temps. En ce sens, cette formulation de l’histoire du travail et des organisations s’éloigne d’une perspective évolutionniste et fonctionnaliste. Concrètement, cela se joue aussi dans l'invitation à rechercher des sources non conventionnelles pour l'étude du passé à partir de ce qui a été vu de leur pertinence au présent de l'enquête de terrain.

Mardi 30 mai

9h30 accueil des participants

9h45 interventions d’ouverture

10h-11h30 : plénière 1

Anne-Marie Arborio (Université de Provence, LEST), Yves Cohen (EHESS, CRH), Pierre Fournier

(Université de Provence, LAMES), pour le Comité d’organisation

Jean-Michel Chapoulie (Université Paris I, GETI), Sur le développement en France d'un programme de recherche unissant perspective historique et travail de terrain : un point de vue Blumerien

Nicolas Hatzfeld (Université d’Evry, IDHE), De l'ethnographie à l'histoire. Entre expériences, mémoires et traces, regards croisés sur un passé présent

11h50-13h : plénière 2

Michael Burawoy, (Berkeley), Revisits: An Outline of a Theory of Reflexive Ethnography

Lynne Haney, Ruth Horowitz (Department of Sociology, New-York University), The Possibilities for History and Ethnography: beyond the Revisit

14h30-16h20 : ateliers parallèles 1

Transformations et continuités professionnelles (1)

Laure de Verdalle (CNRS, Printemps), Décrire et comprendre le travail théâtral, de la RDA aux nouveaux Länder

Manuel Schotté (Université Paris X), Articulation des temporalités et descriptions de trajectoires : les coureurs marocains professionnels

Claire Zalc (CNRS, IHMC), Françoise de Barros (Université Paris VIII, CSU), Salaires et salariés d’une entreprise familiale : une étude de cas (Lens, 1945-1975)

Pratiques outillées (1)

Laurence Dumoulin (ENS Cachan, GAPP), Christian Licoppe (ENST Paris), Ethnographie et histoire des premières audiences par visio-conférence en France. Le cas de la juridiction de Saint-Pierre et Miquelon

Alexandra Bidet (Université Paris IV, IDHE), L’activité téléphonique : esquisse d’une continuité entre histoire et ethnographie

Liora Israël (EHESS, CMH), Le travail de l’avocat politique. Une approche ethnographique

Règles et normes : le passé incarné au présent

Stève Bernardin (Université Paris I, RIVES), De la quête d’archives à la découverte d’une mémoire collective : retour sur une enquête ethnographique aux Etats-Unis

Séverin Muller (Université Lille I, CLERSE), L’usage des méthodes comme signature d’un rapport idéologique du chercheur à son terrain : le cas de la normalisation du travail par la règle sanitaire

Alexis Spire (CNRS, CERAPS), Approches historique et ethnographique de la notion de pratique. Regards croisés sur l’activité des agents chargés du contrôle de l’immigration

16h40-18h30 : ateliers parallèles 2

Transformations et continuités professionnelles (2)

Marc-Olivier Déplaude (Université Paris I, CRPS), Des usages croisés des archives ministérielles et de l’enquête ethnographique : vers une analyse élargie du pouvoir des groupes professionnels

Blanka Koffer (Lehrstuhl für Zeitgeschichte Humboldt-Universität Berlin), Transforming Work in the Humanities: Ethnographers in the GDR after 1989

Laurent Riot (Université Paris VIII, GETI), A l’arrière-plan des discours d’urgence sur l’insertion des jeunes : une histoire des pratiques éducatives lors des formations en alternance

Pratiques outillées (2)

Delphine Gardey (CRHST, Centre Alexandre Koyré), La sténographie comme technologie démocratique ?

Histoire et ethnographie du service du compte-rendu intégral de l’Assemblée Nationale (1848-2004)

Caroline Hodak (CMH), Comment appréhender la genèse d'une profession : le statut des entrepreneurs et directeurs de spectacles au tournant du XVIIIe siècle au regard des années 1990

Philip Scranton (Rutgers University), Histories of Technological Practice: Creating Jet Propulsion in France and the US

Mercredi 31 mai

9h-10h50 ateliers parallèles 3

Les discontinuités générationnelles (1)

Véronique Bontemps (Université de Provence, IDEMEC), Les ouvriers des savonneries à Naplouse : groupe en voie d’extinction ?

Valérie Brustolin (GTMS, CMH), Un exemple d’histoire sociale contemporaine racontée par ses acteurs : postures et impostures d’une analyse socio-historique de la discrimination dans la dernière mine de fer de Lorraine

Pierre Fournier (Université de Provence, LAMES), Les générations au travail : du passé au présent

Dynamiques et processus organisationnels (1)

Séverine Louvel (Université Pierre Mendès-France, CRISTO), Ethnographie et durée font-ils bon ménage en sociologie ? Quelques réflexions à partir de l’analyse ethnographique de trajectoires de laboratoires académiques

Hervé Serry (CNRS, CSU), L'histoire comme enjeu de l'économie éditoriale. Les Editions du Seuil entre 1935 et 2005

Julien Tassel (Université Paris IV, CELSA), La production organisationnelle de l’histoire dans le Groupe Caisse d’Épargne

Contrôle croisé des sources

Daniel Bizeul (Université d’Angers, GETI), Peut-on statuer sur ce qui est hors d’atteinte ? Le zèle des curés vers 1930 selon les archives et selon les témoins

Marie Cartier (Université de Nantes, CENS), Jean-Noël Retière (Université de Nantes, CENS), A la croisée des regards archivistique et ethnographique : le syndicalisme et "le droit de cuissage" dans les tabacs

Vincent Porhel (Université de Rennes II), Du mythe autogestionnaire à la pluralité du monde du travail : le cheminement d'une enquête historienne sur l'usine CSF de Brest en mai-juin 1968

11h10-13h ateliers parallèles 4

Les discontinuités générationnelles (2)

Vincent Chabault (EHESS, CSU), Processus de segmentation de la main-d’oeuvre et conflits de travail. Les générations d’employé(e)s de la FNAC Paris

Léonie Hénaut (Université Paris VIII, GRASS), La transformation des pratiques de travail dans un atelier de restauration : le cas des peintures conservées au musée du Louvre

Yasmine Siblot (Université Paris I, Laboratoire Georges Friedmann-CMH), Usages des données biographiques et travail de terrain. L’analyse du rapport au public de plusieurs « générations » d’employées de guichet

Dynamiques et processus organisationnels (2)

Ariel Mendez (Université de la Méditerranée, LEST), Delphine Mercier (CNRS, LEST), L’empreinte des tissus industriels anciens dans les territoires : l’exemple de deux territoires à l’épreuve de leur passé : La Ciotat et Grasse

Christelle Pouliquen (Université de Bretagne Occidentale, ARS), Analyse du marché du travail de la construction navale militaire brestoise. Quand l’histoire s’impose à l’ethnographie

Andrea Reikat (Université de Francfort, Université de Ouagadougou), Forcé ou voulu ? Les perceptions des travaux communautaires et des impôts en Afrique de l’Ouest depuis la période coloniale

La mobilisation du passé

Michel Anteby (Harvard Business School), Patriotic and Professional Jurisdictions: Technical Expertise among French Aeronautics Workers

Christian Chevandier (Université de Paris I, CHS), Les infirmières : discours d’aujourd’hui, pratiques d’hier

Birgit Müller (CNRS, LAIOS), Remembering “Socialist Competition” in East Berlin Enterprises after Privatization

14h30-16h20 : plénière 3

Jean Peneff (Université de Provence), Quand l’ethnographie rencontre les lacunes de l’histoire

Florence Weber (ENS, CEE-CMH), Quand l’ethnographie amène à relire l’histoire

Cédric Lomba (CNRS, CSU), Les usages différenciés des documents d'entreprise comme support de pratique et comme source

Discussion : Alf Lüdtke (Universität Erfurt)

16h40-18h : plénière 4

Philippe Masson (Université de Nantes, GETI), Marc Suteau (Université de Nantes, GETI), Ethnographie et histoire : d’autres lignes de partage

Gilles Laferté (INRA, CESAER), Perception du passé en ethnographie de la France : de l’étude des traditions a-historiques à la compréhension sociologique de l’histoire

Conclusions : Yves Cohen (EHESS, CRH), Séverin Muller (Université de Lille 1, CLERSE), pour le Comité d’organisation

18h30 : projection-débat

Louis Malle, Humain, trop humain (1974)

Lieux

  • Aix-en-Provence, France

Dates

  • mardi 30 mai 2006
  • mercredi 31 mai 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Comité d'Organisation
    courriel : colloque [dot] dijon [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Séverin Muller
    courriel : severin [dot] muller [at] univ-lille1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Travail et organisation : recherches croisant ethnographie et histoire », Colloque, Calenda, Publié le samedi 29 avril 2006, http://calenda.org/191499