AccueilFondations pieuses et religion civique à la fin du Moyen Âge (France et Allemagne)

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Publié le lundi 01 mai 2006 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

La Mission Historique Française en Allemagne (Olivier RICHARD) organise le samedi 10 juin 2006, en collaboration avec Pierre MONNET (EHESS), un atelier consacré aux liens entre les fondations pieuses et la religion civique dans les villes d’Occident à la fin du Moyen Âge, en particulier en France et en Allemagne

Annonce

La MHFA (Olivier Richard) organise le samedi 10 juin 2006, en collaboration avec Pierre Monnet (EHESS), un atelier consacré aux liens entre les fondations pieuses et la religion civique dans les villes d’Occident à la fin du Moyen Âge, en particulier en France et en Allemagne. Cette rencontre souhaite explorer les liens entre religion civique et pratiques individuelles.

Depuis plus de dix ans, les recherches sur le thème de la religion civique se sont multipliées. Plusieurs colloques ont été consacrés ou ont touché à cette question. La recherche y part d’une définition stricte de la religion civique, comprise comme « l’appropriation de valeurs inhérentes à la vie religieuse par des pouvoirs urbains, à des fins de légitimation, de célébration et de salut public », mise en œuvre dans des pratiques qui accordent un rôle déterminant au pouvoir politique « tant au niveau de l’initiative que de la gestion du sacré » (A. Vauchez). Dans les études qui ont été effectuées jusqu’à maintenant, deux objets ont été privilégiés : le premier est la procession, modèle de manifestation collective, impliquant idéalement toute la cité et contrôlée par les pouvoirs urbains: un grand nombre d’entre elles ont été analysées en suivant cette grille d’interprétation. Le second est le culte des saints patrons de la ville, maintenant bien étudié.

Ces recherches peuvent être prolongées en élargissant la notion de religion civique, pour porter l’attention non plus sur ses manifestations collectives, qui nécessitent effectivement sinon l’initiative, du moins la gestion par les autorités urbaines, mais sur des pratiques individuelles. En effet, l’identité urbaine des habitants des villes et leur attachement à leur cité, comme espace ou comme corps politique, s’expriment dans leurs pratiques religieuses. Ce qui a pu être appelé le « patriotisme urbain » se reflète dans les fondations pieuses individuelles : quand un échevin lègue par testament une même somme à toutes les paroisses de la cité, ainsi qu’à tous les hôpitaux, voire à tous les reclusoirs, il affirme clairement son identité urbaine et tient à mettre en scène sa mémoire dans l’ensemble du territoire urbain.

L’atelier de la MHFA se propose d’étudier les fondations pieuses des citadins de la fin du Moyen Âge dans cette perspective, en revisitant la vieille question de la communalisation chère à l’historiographie allemande, qui voit par exemple dans l’investissement des bourgeois au sein de leur paroisse les prémisses de la Réforme, et fait dépendre les relations qu’entretient la cité avec la sphère religieuse de sa constitution politique.

Les directions thématiques de l’atelier seront les suivantes :

1-comparer les manifestations de l’identité urbaine à travers les fondations pieuses des citadins dans les différents types de ville. Cette typologie repose sur des aspects politiques, mais aussi sociaux, économiques, géographiques.

  • En France, les bonnes villes sont maintenues sous un contrôle fort de la royauté ; dans l’Empire, villes libres ou villes d’Empire sont gouvernées par les élites bourgeoises, alors que les villes soumises à un prince territorial entretiennent un rapport plus étroit à leur seigneur. Le rapport que les élites urbaines entretiennent à leur cité est-il fondamentalement différent dans les villes de différents types, et les pratiques relevant de la religion civique peuvent-elles s’y exprimer de la même manière?
  • La réussite de la ville semble pouvoir influer de manière fondamentale sur les fondations pieuses des citadins. Par exemple, la situation économique de la ville modifie le statut des élites bourgeoises, les poussant soit à s’y identifier fortement et à s’inscrire résolument dans leur cité, soit à une évasion et à la recherche d’autres horizons. Là aussi, leurs fondations pieuses devraient refléter un rapport différent à la cité.

2-Les politiques des autorités urbaines vis-à-vis des fondations pieuses. Dans de nombreuses villes de l’Empire (Berne, Zurich, Ratisbonne), on constate une volonté d’aiguillage des fondations pieuses au profit d’institutions proches du conseil urbain, comme sa chapelle ou les hôpitaux gérés par la commune. Les liens privilégiés entre les conseils urbains et les couvents des ordres mendiants pourraient être examinés à travers cette question. Enfin, la ville exerce parfois un contrôle sur les fondations pieuses, par exemple en gardant la haute main sur leur financement ; elle peut en outre limiter les donations ou fondations pieuses dans le cadre de lois somptuaires.

3-Ce dernier thème est lié à la question de la concurrence entre autorités urbaines et institutions ecclésiastiques. La religion civique a été interprétée, par les historiens allemands protestants de la fin du XIXe siècle, puis par leurs successeurs, comme un effort de communalisation, voire de sécularisation. André Vauchez propose une voie inverse en introduisant le terme de « sursacralisation » du pouvoir urbain.

La journée mettra l’accent sur les villes françaises et allemandes de la fin du Moyen Âge, tout en proposant une mise au point sur l’Italie, tant cette région est fondamentale pour aborder la question de la religion civique.

Elle aura lieu dans la salle de conférences du Max-Planck-Institut für Geschichte, Hermann-Föge-Weg 12, D-37073 Göttingen.

Programme:

Matin

Président de séance Pierre Monnet (EHESS)

-9h00-9h15 : Introduction (Olivier Richard)

-9h15-10h00 : Gabriela Signori (Constance) : « Begriffe auf dem Prüfstein: "Bürgerreligion" (religion civique) oder "Sakralgemeinschaft" ? »

-10h00-10h45 : Isabelle Heullant-Donat (Paris X) : « Religion civique, identité urbaine et fondations pieuses en Italie aux derniers siècles du Moyen Âge ».

10h45-11h : Pause

-11h00-11h45 : Thierry Dutour (Paris IV) : « La religion civique dans les villes du royaume de France ».

-11h45-12h30 : Stefanie Rüther (Münster) : « Zwischen Integration und Distinktion – Zur sozialen Logik der Stiftungen im Kontext der Ratsherrschaft ».

12h30-14h30 : Repas en commun

Après-midi

Président de séance : Frank Rexroth (Göttingen)

-14h30-15h15 : Ludovic Viallet (Clermont-Ferrand) : « Fondations pieuses, identité urbaine et réforme de l'Église : autour des couvents franciscains en France et en Allemagne, XVe - début XVIe siècle ».

-15h15-16h00 : Christian Kuhn (Bamberg) : « Stiftungen und ihre Wahrnehmung im Großen Tucherbuch ».

16h-16h15 : Pause

-16h15-17h00 : Olivier Richard (MHFA) : « Memoria et institutions communales à Ratisbonne à la fin du Moyen Âge ».

-17h00-17h45 : Benjamin Scheller (Humboldt-Universität, Berlin) : « Doppelte Inklusion : Die Augsburger Fuggerei, ihr Stifter und ihre Empfänger ».

-17h45-18h : Pause

-Conclusions (Pierre Monnet)

20h00 : Repas commun

Catégories

Lieux

  • Göttingen (Allemagne)
    Göttingen, Allemagne

Dates

  • samedi 10 juin 2006

Contacts

  • Olivier Richard
    courriel : olivier [dot] richard [at] uha [dot] fr

Source de l'information

  • Olivier Richard
    courriel : olivier [dot] richard [at] uha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Fondations pieuses et religion civique à la fin du Moyen Âge (France et Allemagne) », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 01 mai 2006, http://calenda.org/191500