AccueilDynamiques et enjeux des relations interconfessionnelles en Égypte

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Publié le mardi 09 mai 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Le dernier recensement égyptien, effectué en 1996, comptabilisait 3,5 millions de coptes soit environ 6% de la population. Ces chiffres, jugés beaucoup trop faibles par la plupart des coptes mais confirmés par des études indépendantes (Courbage and Fargues 1997; Denis 2000) font néanmoins de ceux-ci la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Le discours officiel, tenu aussi bien par le gouvernement que le Pape Copte et les représentants de l’Islam d’état, insiste sur la bonne entente interconfessionnelle dans le pays et sur l’égyptianité de tous. L’âge d’or de la lutte pour l’indépendance sous l’égide du parti Wafd où chrétiens et musulmans œuvraient ensemble à l’expulsion de l’occupant britannique est ainsi régulièrement invoqué pour démontrer l’attachement et l’appartenance de tous à l’Egypte et occupe une place centrale dans le discours nationaliste officiel égyptien (Droz-Vincent 2002).

Annonce

Présentation de l'atelier

Le dernier recensement égyptien, effectué en 1996, comptabilisait 3,5 millions de coptes soit environ 6% de la population. Ces chiffres, jugés beaucoup trop faibles par la plupart des coptes mais confirmés par des études indépendantes (Courbage and Fargues 1997; Denis 2000) font néanmoins de ceux-ci la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Le discours officiel, tenu aussi bien par le gouvernement que le Pape Copte et les représentants de l’Islam d’état, insiste sur la bonne entente interconfessionnelle dans le pays et sur l’égyptianité de tous. L’âge d’or de la lutte pour l’indépendance sous l’égide du parti Wafd où chrétiens et musulmans œuvraient ensemble à l’expulsion de l’occupant britannique est ainsi régulièrement invoqué pour démontrer l’attachement et l’appartenance de tous à l’Egypte et occupe une place centrale dans le discours nationaliste officiel égyptien (Droz-Vincent 2002).

La réalité des relations interconfessionnelles est cependant loin d’être aussi cordiale que le discours officiel veut le laisser entendre même si les discriminations sont loin d’être aussi systématiques et organisées que le laisse entendre les militants coptes en diaspora et ceux qui les soutiennent à l’étranger. Les discriminations à l’embauche, le plafond de verre (notamment dans l’administration et l’armée), l’interdiction de pratiquer l’obstétrique ou d’enseigner l’arabe, les contraintes légales et administratives liées à la construction et à l’entretien des lieux de cultes chrétiens, la faible visibilité de la religion copte dans l’arène politique et les médias d’état ainsi que dans les programmes scolaires et plus généralement l’hostilité de certains musulmans vis-à-vis des coptes , y compris au sein de l’appareil administratif, sont autant de preuves non seulement des discriminations bien réelles auxquelles ceux-ci doivent faire face mais également du manque d’empressement des autorités d’y mettre fin.

Parfois imputée à la montée de l’islamisme, la communautarisation des coptes est en fait un prolongement d’un mouvement de réforme plus ancien initié à la fin XIXème siècle, en réponse à la menace des missions étrangères (El-Khawaga 1993). Comme le réformisme musulman, le renouveau copte se prolongera au XXème siècle en se nourrissant des doutes et des inquiétudes suscités par l’irruption de la modernité et la conséquente déstabilisation des structures sociales traditionnelles, aboutissant à une méfiance croissante entre les deux communautés (Mayeur-Jaouen and Voile 2003). La tension interconfessionnelle, minimisée par les élites séculières aussi bien coptes que musulmanes, va cependant s’exprimer de manière dramatique. Ce sont les coptes qui, parce que minoritaires, subissent les conséquences néfastes de cette tension ; qu’il s’agisse attaques verbales, comme lors de l’affaire Al-Nabaa ou de violences physiques, comme à Al-Kosheh en décembre 1999, ou dernièrement à Alexandrie.

La tension interconfessionnelle pose un double problème à un régime qui reste autoritaire malgré des évolutions cosmétiques (Kienle 2001) et se préoccupe avant tout de sa propre survie. Au niveau domestique, il s’agit de maintenir l’ordre public que des violences interconfessionnelles pourraient mettre à mal avec le risque d’une déstabilisation plus large du régime. Au niveau international, le maintien d’une image positive du régime à l’étranger participe non seulement à la légitimation du régime mais permet également de perpétuer la manne financière de l’aide.

Les manifestations récentes de tension interconfessionnelle combinées aux pressions américaines, soutenues par les organisations coptes en diaspora en provenance des Etats-Unis, ont finalement brisé le tabou médiatique en Egypte sur les discriminations dont font l’objet les coptes. Dans le même temps, le régime a pris plusieurs mesures pour apaiser leurs revendications. Des contentieux entourant des Awqaf chrétiens ont été résolus grâce à la nomination d’un modéré à la tête du ministère en ayant la charge. La loi régissant la construction des lieux de cultes non-musulmans a été amendée. Le 7 janvier, jour du Noël copte est devenue fête nationale. Symboliques ou ayant des effets limités, ces mesures restent néanmoins significatives d’une volonté de prendre en considération les revendications coptes mais également d’une crainte des réactions de la majorité musulmane. Le fait que ces mesures aient été prises au plus haut niveau de l’Etat, sans débat ni consultation préalable des instances « représentatives » égyptiennes, est à ce sujet évocateur du caractère extrêmement sensible des relations interconfessionnelles pour les autorités.

A l’heure où les récents évènements d’Alexandrie et l’entrée des Frères Musulmans sur la scène politique égyptienne suscitent des inquiétudes sur la situation des coptes, l’atelier vise à mettre à jour des éléments de compréhension des dynamiques et des enjeux des relations interconfessionnelles en Egypte. Réunissant dans une optique pluridisciplinaire des historiens, anthropologues, sociologues et politologues travaillant sur différentes dimensions du phénomène, il s’agira aussi bien d’éclairer la genèse des tensions actuelles que ses manifestations passées et présentes. Il s’agira également de comprendre, dans un contexte général de retour du religieux qui affecte différemment plusieurs secteurs de la société égyptienne, comment, en fonction de leurs intérêts et de leur logique propres, les différents acteurs du champ politique et religieux mais aussi de la société civile égyptienne ont contribué et/ou contribuent par leur action, inaction ou simple prise de position à désamorcer, entretenir ou enflammer les tensions aujourd’hui observables.

Plus généralement il s’agira de s’interroger sur la place de la religion comme référence sociale et politique dans des sociétés multiconfessionnelles, en particulier dans le monde arabe.


Liste des intervenants:


- Alain Roussillon, CEDEJ/CNRS

" Les Coptes au peril de la politique"


- Paul Sedra, Universite de Dalhousie a Halifax

" Negotiating a Modern Coptic Subjectivity in Nineteenth-Century Egypt"


- Insaf Ouhiba, Paris X / IISSMM

"Le cinema copte: une questions de genre"


- Sandrine Keriakos, Universite de Geneve

"Lorsque la piété deviant une passerelle entre chretiens et muslulmanes en

Egypte"


- Anne-Sophie Viver-Muresan, UMR Mondes Indien et Iranien (sous reserve)

"Les Coptes orthodoxes et les enjeux du discours identitaire"


- Gregoire Delhaye IREMAM/Georgetown University (organisateur)

"Unité nationale ou persécution ? Les récits concurrents sur la situation des coptes en Egypte"


Voir le résumé des interventions en pièce jointe

Catégories

Lieux

  • Amman, Jordanie
    Amman, Jordanie

Dates

  • lundi 12 juin 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Gregoire Delhaye
    courriel : gd58 [at] georgetown [dot] edu

Source de l'information

  • Gregoire Delhaye
    courriel : gd58 [at] georgetown [dot] edu

Pour citer cette annonce

« Dynamiques et enjeux des relations interconfessionnelles en Égypte », Colloque, Calenda, Publié le mardi 09 mai 2006, http://calenda.org/191541