AccueilLe sujet des émotions au Moyen Âge

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Publié le mercredi 10 mai 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Placé après la phase de réflexion méthodologique sur l’objet lui-même et avant la prise en compte des émotions dans la fabrique du lien social, le colloque « le sujet des émotions » se donne pour ambition d’explorer les voies qui mettent en relation les émotions et les multiples façons de construire la personne humaine au Moyen Âge. Tous les champs de la médiévistique (histoire, philosophie, littérature, art, etc.) sont concernés par une telle appoche.

Annonce

Colloque interdisciplinaire organisé dans le cadre du programme de l'Agence Nationale de la Recherche EMMA : "Pour une anthropologie historique des émotions au Moyen Âge" (date limite : 1er septembre 2006)


« Le sujet des émotions au Moyen Âge »

Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Aix-en-Provence)

4-5 mai 2007

Placé après la phase de réflexion méthodologique sur l’objet lui-même et avant la prise en compte des émotions dans la fabrique du lien social, le colloque « le sujet des émotions » se donne pour ambition d’explorer les voies qui mettent en relation les émotions et les multiples façons de construire la personne humaine au Moyen Âge. Tous les champs de la médiévistique (histoire, philosophie, littérature, art, etc.) sont concernés par une telle approche. Nous suggérons quelques pistes :

1- Les émotions dans le discours savant sur la personne. Quel rôle occupent les émotions dans l’anthropologie médiévale, que nous définissons comme les discours théoriques sur l’homme ? Tout particulièrement, comment sont pensées les relations entre les émotions et les facultés de la cognition ? A partir de la période scolastique, le divorce s’est accentué entre la cognition et l’émotion dans l’appréhension de l’être, jusqu’à une période très récente où les sciences cognitives ont remis en cause ces lignes de démarcation. Le Moyen Âge est une période de grande complexité, surtout à partir du XIIe siècle, dans la mesure où des conceptions contradictoires cohabitent puis se confrontent : les relations vont de l’opposition frontale émotion/cognition jusqu’à conférer à l’affectivité une capacité supérieure de connaissance. Quels étaient les ressorts et les implications intellectuels, religieux et sociaux de ces théories ? Comment comprendre leur évolution ? Telles peuvent être les questions à poser dans ce premier volet.

2- Corps et émotions. Parallèlement s’impose la question, cruciale à la civilisation médiévale, de la place du corps dans les dynamiques affectives. Sur le plan philosophique, on est là face à un questionnement très ancien (les émotions viennent-elles de l’âme ? du corps ? d’un lieu médian qui fasse interface ?) qui porte de forts enjeux notamment dans le discours moral du christianisme (les émotions, rivées au corps et à ses pulsions, sont-elles des menaces pour l’âme ou au contraire les plénipotentiaires d’un dialogue possible entre le corps et l’âme ?). Or, les émotions s’expriment aussi voire nécessairement par le corps : dès que l’on quitte le discours théorique sur les émotions, la question du rapport au corps devient primordiale. Il faut interroger également les marqueurs physiques de l’émotion - rire, larmes, expressions et gestes, etc. – mais aussi les lignes de partage entre la sensation et l’émotion, puis entre l’émotion et le sentiment.

3- La sexuation des émotions. Quelle place tiennent les émotions dans les discours médiévaux sur la différence des sexes et des genres ? Peut-on parler d’émotions féminines ou masculines voire d’économies émotionnelles distinctes ? Comment la domination masculine s’appuie-t-elle sur l’émotion pour fonder le rapport homme/femme ? Les écrits de femmes méritent évidemment une attention toute particulière : les auteures ont-elles un discours particulier sur les émotions ? Et au-delà des discours, peut-on entrevoir les pratiques émotionnelles au masculin et au féminin ?

4- Emotions et pratiques de piété. Parmi les sources les plus riches en expression de l’émotion, il faut compter l’immense réservoir des textes religieux : prières, sermons, écrits ascétiques et dévotionnels, etc. Les questions qu’ils soulèvent dans le rapport entre l’émotion et ce que l’on nomme parfois de façon évocatrice le « sentiment religieux » sont nombreuses. Parmi celles-ci : on parle de « piété affective » pour le second Moyen Âge – comme si l’affectivité était alors mise au service de pratiques religieuses – mais ne convient-il pas plutôt d’envisager la question à l’envers ? D’un point de vue anthropologique, il apparaît que la perspective religieuse façonne au moins pour partie la psychologie émotionnelle de l’homme médiéval. Il peut être alors judicieux d’envisager et de définir des psychologies affectives selon des voies nouvelles, du point de vue d’un investissement religieux de l’affectivité, inhérentes aux anthropologies exprimant une vision religieuse du monde.

5- Emotions et identité. Les recherches récentes autour de l’identité personnelle au Moyen Âge ont montré que les voies d’expression du moi, de la subjectivité étaient multiples. Les émotions sont-elles des révélateurs de l’être vrai, au-delà des artifices du jeu social et du supposé filtre de la raison, comme de nombreux discours, qu’ils soient du passé ou actuels, tendent à le supposer ? L’historien des émotions est-il alors un navigateur qui progresserait vers l’amont de la construction culturelle ? Mais vers quelle source ? celle de la pulsion, sentinelle d’une hypothétique nature humaine ? Il y a, sur ce terrain du rapport entre l’affect et l’expression de l’intime, un important travail exploratoire à entreprendre, d’autant plus épineux qu’à la diversité des sources médiévales s’ajoute celle des théories modernes (psychanalyse ; psychologie cognitive ; panculturalisme des émotions, etc.). Or peut-on construire une anthropologie historique des émotions sans s’appuyer sur une théorie anthropologique de l’émotion ?

Telles sont là les principales questions que nous proposons d’aborder lors de ces deux journées prévues en mai 2007.

Piroska Nagy et Damien Boquet

Coordinateurs du programme EMMA (ANR)

Nous vous prions d’adresser vos propositions de communication (1500 signes maximum) avant le 1er septembre 2006 conjointement à :

damien.maurice.boquet@wanadoo.fr

nagypir@gmail.com

Catégories

Lieux

  • Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 01 septembre 2006

Contacts

  • Damien Boquet
    courriel : damien [dot] boquet [at] gmail [dot] com
  • Piroska Nagy
    courriel : nagypir [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Damien Boquet
    courriel : damien [dot] boquet [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le sujet des émotions au Moyen Âge », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 10 mai 2006, http://calenda.org/191559