AccueilVariations, variétés

ColloqueLangage

Dates

Catégories

*  *  *

Publié le jeudi 11 mai 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

The 44 papers proposed for the conference by members and friends of AFLS range over a number of varieties of French, from Canada to La Réunion, verlan to vocabulary, learner varieties to technolects. Thematic strands group together papers on FLE, diachrony, regional, stylistic and social varieties, syntax and film.

Annonce


Programme AFLS 2006

La conférence aura lieu à Clifton Hill House, Bristol du mardi 5 au jeudi 7 septembre.

Pour vous renseigner sur les transports et le logement, veuillez vous diriger au site-web suivant : http://www.cliftonhillhouse.co.uk/

Pour avoir accès au formulaire d’inscription, cliquez ici.

Le mardi 5 septembre au matin aura lieu l’atelier des doctorants auquel vous êtes cordialement invités. Cliquez ici pour le programme. Un déjeuner suivra sur place.

Les abstracts se trouvent par ordre alphabétique en bas de cette page.

Mardi 5 septembre

11.00-12.30 Accueil et inscription des participants

12.30 Déjeuner

13.30 Discours de bienvenue Wills Reception Room

14.00 PLENIERE / SONIA BRANCA Wills Reception Room

Diatopie/Phonétique

Wills Reception Room

Bilinguisme

Symonds Music Room

Diachronie/diaphasie

Fisher Drawing Room

15.00 - 15.30

Arnaud

SALMON

COURBON

15.30 - 16.00

Boughton

TREFFERS-DALLER

LODGE

16.00 - 16.30

HornSby

ARESKI

BUSON

16.30 - 17.00 / PAUSE

17.00-17.30

SOBOTTA

GHUILLEBERT

defay

17.30-18.00

Dankova

MCLAUGHLIN

hermann

18.00 - 19.00 PLENIERE / Gaétane Dostie Wills Reception Room

19.30 Dîner sur place – Dining Room

20.30 Excursion en ville –

Mercredi 6 septembre

09.00- 10.00 PLENIERE / RAYMOND MOUGEON Wills Reception Room

FLE

Wills Reception Room

Diatopie

Symonds Music Room

Syntaxe

Fisher Drawing Room

10.00 - 10.30

KAGLIK

VIOLIN-WIGENT

ingham

10.30 - 11.00

LEWIS

VITEZ

hadermann

11.00 - 11.30 PAUSE

11.30 - 12.00

mYLES

LEDEGEN

labeau

12.00 - 13.00

TYNE

WILLIAMS

PAYRE-FICOUT







13.00 Déjeuner sur place – Dining Room

FLE

Wills Reception Room

Diatopie/ « Cités »

Symonds Music Room

Syntaxe

Fisher Drawing Room

14.00 – 14.30

GUILLOT

FAGYAL

ROWLETT

14.30 - 15.00

LEMEE

GASQUET-CYRUS

SZLAMOWICZ

15.00 – 15.30

LENART

HAMBYE

TSIRLIN

15.30- 16.00 PAUSE

16.00 - 16.30

TIDBALL & TREFFERS-DALLER

PLANCHENAULT

SERPOLLET

16.30 - 17.30 PLENIERE / PIERRE REZEAU Wills Reception Room

17.30 - 19.30 ASSEMBLEE GENERALE DE L’AFLS Wills Reception Room

19.30 Apéritif – offert par Cambridge University Press Foyer

20.30 Dîner du Colloque Fisher Drawing Room/Symonds Music Room


Jeudi 7 septembre

09.30- 10.30 PLENIERE / FRANÇOISE GADET Wills Reception Room

Diaphasie

Wills Reception Room

Film/FLE

Symonds Music Room

10.30 – 11.00

MORIM

BERRIER

11.00 - 11.30 PAUSE

11.30 - 12.00

RENTEL

SARTINGEN

12.00 - 12.30

ROSSI

12.30-13.00 Table Ronde Fisher Drawing Room

13.00 Déjeuner

15.00 Visite de Bristol/CREAM TEA

ABSTRACTS / Résumés

ARESKI, Abdelatatif : Bilinguisme,biculturalisme et identité en Algérie.

Si nous prenons un cas représentatif du bilinguisme dans les pays francophones, l’Algérie est logée à la bonne enseigne et ce depuis des lustres. Le bilinguisme est un fait incontournable, un vécu quotidien palpable qui se matérialise depuis deux années par sa reconnaissance officielle et son introduction dans l’école publique. L’échantillon le plus représentatif est incontestablement la Kabylie. En effet, depuis des millénaires, cette frange de la population algérienne est toujours bilingue voire trilingue. Un fait qu’elle assume sans complexe et de façon quasi-parfaite. En plus de sa langue d’origine qui est le berbère, il se trouve dans le besoin de sa survie d’apprendre d’autres langues dont l’arabe algérien, une sorte de Koïnè commune à tous les Algériens en dépit de ses variantes régionales très proches dans la réalité et q Avant l’introduction du berbère, le français était une langue seconde incontestable aux côtés de l’arabe classique très peu maîtrisé du reste par la masse. Il était plutôt réservé à une poignée d’élite arabophone totalement coupée du reste de la population.

Le français a donc investi tous les interstices de la vie sociale, littéraire, économique médiatique et politique du pays. Sa réalité et sa présence sur le terrain et dans la vie de tous les jours sont une réalité incontestable. La majorité des Algériens maîtrisent cette langue qui s’impose d’elle-même non seulement comme instrument efficace de communication mais aussi comme un outil de travail, d’échange et d’accès à la modernité.

Pour preuve, dans les dernières réformes qu’a connu l’école algérienne, le français retrouve son prestige et sa place d’antan. Son apprentissage devient obligatoire dés la deuxième année de la scolarisation- enfants de 7 ans- avec un volume horaire de 04 heures hebdomadaires. Ce qui n’est pas négligeable et qui augure de lendemains meilleurs pour cette langue mais aussi et surtout pour le plurilinguisme, puisqu’à l’age de 14 ans, l’enfant est appelé à apprendre 4 langues à la fois : berbère, arabe, français et anglais ! N’est ce pas un parfait exemple de plurilinguisme ?

L’interrogation qui s’impose d’elle-même est celle-ci: Quelle(s) influence(s) cela a t-il sur l’enfant et par ricochet sur la société tout entière ? Quelles valeurs véhiculent ce plurilinguisme ? Comment se manifeste-t-il concrètement dans le comportement quotidien des populations bilingues ou multilingues tel que le cas de la Kabylie?

Vivre cette situation est pour le moins intéressant pour fournir un élément de réponse car de prime abord le dynamisme de cette diversité culturelle est facilement observable chez des groupes en quête d’émancipation. La confrontation à d’autres cultures joue le rôle d’une loupe qui amplifie -dans le sens positif - les modifications des valeurs et surtout la volonté de sortir des sentiers battus. Amin Malouf illustre bien cette idée : «Les hommes sont plus les fils de leur temps que de leurs pères »

En somme la diversité culturelle et linguistique est inéluctablement le pivot de toute diversité. C’est grâce au bilinguisme et/ou plurilinguisme que les possibilités créatrices sont accrues mais, au même temps, certaines réalités spécifiques ont du mal à trouver leur ‘‘traduction’’ dans les langues d’écriture. Les cas en littérature sont légion.

ARNAUD, Vincent: Une analyse sociophonétique des voyelles orales en usage à Saint Claude (Haut Jura, france)
Situé à proximité de la Suisse et sur une ancienne frontière linguistique séparant les parlers comtois de langue d’oïl au nord de l’aire de diffusion du francoprovençal au sud, le Haut-Jura connaît une situation singulière. Si les particularités historiques, économiques et géographiques confèrent à cette ville une valeur sociale de référence par rapport à l’environnement rural avoisinant, ce dynamisme ne peut faire oublier sa position isolée, en périphérie de l’Hexagone. Cette collectivité constitue donc un lieu d’enquête propice à l’examen d’une possible mutation de caractéristiques régionales en «dialectes de classes urbains » (Labov, 1976). Reposant sur une analyse spectrographique des fréquences centrales des trois premiers formants (F1, F2 et F3), la problématique développée s’articule autour de l’étude des voyelles orales accentuées, segments qui, dans cette région, n’ont quasiment pas été examinés. Les occurrences vocaliques ont été extraites d’un corpus de dix neuf témoins de sexe masculin, enregistrés lors d’entrevues sociolinguistiques semi dirigées.

L’analyse a permis de mettre en évidence quelques particularités phonétiques régionales, et notamment l’utilisation de la variante [] dans le mot jeune ou l’apparition de la variante [] en finale absolue. Les données formantiques récoltées témoignent également du possible maintien de l’opposition entre // et // dans les usages de deux groupes d’âge disjoints : les plus 55 ans et les 20 35 ans. La comparaison des fréquences formantiques actualisées par ces deux groupes indique une antériorisation des réalisations du // et du // en syllabe fermée chez les plus jeunes. Les analyses de régression linéaire indiquent, par ailleurs, que le statut socioprofessionnel, le niveau d'études et le degré d'implication des locuteurs au sein de pratiques sociales reconnues comme spécifiquement locales ont un impact plus modeste que la variable groupe d’âge sur la distribution des données au sein des espaces biformantiques F1/F2 et F2/F3.

LABOV W., 1976, Sociolinguistique, Éditions de Minuit, Paris [Ed. originale : 1972].

BERRIER, Astrid : Authentique ? Réalisme ? Culture inventée ? Ou pragmatique ?

Nous voudrions dans la présente communication comparer les dialogues tirés de deux manuels de FLE destinés à l’Afrique, Transafrique 2, (Macmillan-Hachette) et On y va. (Clé- International). Les deux manuels ont été publiés à dix ans d’intervalle, le premier en 1991 et le second en 2002. Les dialogues choisis concernent les interactions entre les clients et les vendeurs; nous possédons un corpus d’enregistrements de conversations « authentiques » chez des libraires et chez un dépanneur au Québec (voir Berrier, 2005, Chambéry; Berrier, 2004, Birmingham).

Nous nous posons la question suivante : A dix années d’intervalle, les dialogues des manuels sélectionnés sont-ils plus authentiques, plus réalistes, plus conformes à ce qui se dit dans la vie quotidienne ? Relèvent-ils d’une observation pragmatique ? En bref, illustrent-ils mieux la dimension culturelle de la langue de la société qu’ils prétendent présenter ?

Bardovi-Harlig (1991) s’était intéressée à cet aspect dans les manuels d’anglais langue seconde. Elle constatait que la clôture des conversations présentée dans ces manuels n’était pas complète; comme l’acte de clore et celui de dire au revoir varient, ces dialogues représentaient un aspect culturel important qui, en frisant l’inexactitude, pouvait conduire à des quiproquos, sinon à des insatisfactions chez des élèves placés en situation (voir Let’s get together sometime ! au Canada).

L’observation des deux manuels révèlent des différences : par exemple une pléthore de prédicats dans l’un (les élèves doivent pratiquer les verbes), de l’invention pure et simple, et dans l’autre, des marqueurs pour l’oral et un rythme de phrase orale inadéquats.

La communication se divisera comme suit : une première partie sera constituée d’une mise au point théorique sur des notions didactiques; une deuxième portera sur l’examen des dialogues tirés des manuels; une troisième sur la dimension langagière pragmatico-culturelle des dialogues (politesse, réalisations langagières, actes de parole). En dernier recours, la question qui se pose est de savoir comment « mettre en relief les rapports entre la structure linguistique et le contexte socioculturel » (Lindenfeld (1993 :71) et où placer la compétence pragmatique (Bachmann, 1990; House, 1996; Tateyama, 1997; etc.), la question principale restant : D’où part-on ? De quel aspect ?

BOUGHTON, Zoe & ARMSTRONG, Nigel :Mind the gap: When perception isn’t reality. Accent identification, perceptual dialectology and variation in French

In a recent article exploring Parisian and Provençal speakers’ views of regional variation in French, Kuiper (2005) makes the bold claim that ‘perception is reality’. In this paper, we investigate and critique exactly what is meant here by the terms ‘perception’ and ‘reality’, for example by comparing earlier perceptual research (Kuiper, 1999) with an accent identification experiment conducted in Rennes, Brittany (Armstrong & Boughton, 1998). What emerges from this comparison is some evidence for an interesting ‘gap’ between what native speakers believe about variation in French, and what they actually know about it when asked to judge authentic voice samples.

The question of informants’ ability accurately to identify other native speakers’ social and geographical origins on the basis of their speech is then pursued by the presentation and analysis of new data arising from a further accent identification experiment recently conducted in north-western France. The method used in the elicitation of this new data differs significantly from the test conducted earlier in Rennes, mentioned above. Subsequent discussion will therefore focus on a comparison of these two perceptual tests; on whether the results of the earlier test are confirmed or undermined, and on the relative merits of the different methods adopted. The results may allow us to propose responses to the following questions: what do we learn about native speakers’ ability to perceive and identify others’ accents, and about attitudes to variation in French? What can we say about the extent of ‘levelling’ in northern urban spoken French? It may be that we will find more evidence for the ‘gap’ between folk beliefs about the extent of accent variation in France, and what is actually the case at the beginning of the twenty-first century.

References

Armstrong, Nigel and Zoë Boughton (1998). ‘Identification and evaluation responses to a French accent: some results and issues of methodology’. Revue PArole, 5/6: 27–60.

Kuiper, Lawrence (1999). ‘Variation and the Norm: Parisian Perceptions of Regional French’. In Preston, Dennis (ed.), Handbook of Perceptual Dialectology, volume 1. Amsterdam: John Benjamins, 243–262.

Kuiper, Lawrence (2005). ‘Perception is reality: Parisian and Provençal perceptions of regional varieties of French’. Journal of Sociolinguistics, 9/1: 28–52.

BUSON, Laurence : La variation diaphasique chez les enfants de 9 à 11 ans (France)

La dimension diaphasique de la variation, après avoir été longtemps négligée (Bell, 1984), fait l'objet aujourd'hui d'un regain d'intérêt pouvant sans doute s'expliquer par le fait qu'il s'agit d'un concept en clé de voûte, essentiel à la recherche sur la variation dans son ensemble (Gadet, 2005).

Nous nous proposons d'étudier le phénomène de souplesse diaphasique(capacité, en partie consciente, à s'adapter au cours de l'interaction et à agir dans la co-construction de celle-ci) chez les enfants de 9/11 ans.

Nos hypothèses sont les suivantes : a) les enfants possèdent des représentations de la variation stylistique ; b) ils effectuent des adaptations stylistiques qu'ils sont susceptibles d'interpréter comme telles ; c) la nature et l'amplitude de leurs répertoires stylistiques diffèrent en fonction de l'origine sociale et du réseau de pairs.

Notre méthodologie se décline en deux phases : 1) une étude perceptive (entretiens individuels) menée auprès de 196 enfants ; 2) une analyse des répertoires stylistiques oraux de quelques enfants défavorisés fréquentant des écoles de profils sociaux différents (socialement mixtes ou non). L'analyse des discours prendra tout particulièrement en compte les dimensions lexicales, prosodiques et pragmatiques.

Les premiers résultats montrent que : 1) plus l'enfant est issu d'un milieu favorisé, plus il a recours à des explications qui relèvent du concept d'interaction pour interpréter la variation ; 2) les attitudes les plus normatives sont présentes chez les enfants issus de milieux intermédiaires/défavorisés ; 3) les enfants issus d'un milieu défavorisé fréquentant une école socialement mixte semblent faire davantage référence à la notion d'interaction que ceux d'une école non mixte.

Cette recherche vise donc une meilleure compréhension du phénomène de variation diaphasique et des facteurs sociaux susceptibles d'influer sur le développement de larges répertoires communicatifs.

Références bibliographiques

andersen, e.s. (1990) : Speaking with style : the sociolinguistic skills of children, Routledge.

armstrong, n. (2001) : Social and stylistic variation in spoken French, a comparative approach, John Benjamins.

bell, a. (1984) : "Language style as audience design", in Language in Society, n° 13, p. 145-204.

bell, a. (2001) : "Back in style : reworking audience design", in P. Eckert & J.R. Rickford (eds) : Style and sociolinguistic variation, Cambridge University Press, p. 139-169.

bernicot, j. (1992) : Les actes de langage chez l'enfant, P.U.F.

billiez, j., de robillard, d. (coord., 2003) : Français : variations, représentations, pratiques, Cahiers du français contemporain, n°8, E.N.S. Editions.

eckert, p., rickford, j.r. (eds, 2001) : Style and sociolinguistic variation, Cambridge University Press.

gadet, f. (1996) : "Il y a style et style", in Le français aujourd'hui, n°116, p.23-31.

gadet, f. (1998) : "Cette dimension de variation que l'on ne sait nommer", in Sociolinguistica, n°12, p. 53-71.

gadet, f. (2000) : "Vers une sociolinguistique des locuteurs", in Sociolinguistica, n°14, p. 99-103.

gadet, f. (2003) : La variation sociale en français, Ophrys.

gadet, f. (coord., 2004) : Le style comme perspective sur la dynamique des langues, Langage et Société, n° 109, Maison des Sciences de l'Homme.

gadet, f. (2005) : "Research on sociolinguistic style", in Ammon, U. & al. (eds) :Sociolinguistics, De Gruyter, p. 1353-61.

garitte, c. (1998) : Le développement de la conversation chez l'enfant, De Boeck Université.

gombert, j.e. (1990) : Le développement métalinguistique, P.U.F..

gumperz, j. (1982) : Discourse strategies, Cambridge University Press.

gumperz, j. (1989) : Engager la conversation. Introduction à la sociolinguistique interactionnelle, Editions de Minuit.

labov, w. (1976, 1ère édition anglaise 1972) : Sociolinguistique, Editions de minuit.

lafontaine, d. (1986) : Le parti pris des mots, normes et attitudes linguistiques, Mardaga.

milroy, l. (1987, 1ère édition 1980) : Language and social networks, Basil Blackwell.

varro, g. (2003) : Sociologie de la mixité. De la mixité amoureuse aux mixités sociales et culturelles, Belin.

COURBON, Bruno : Diasystématique et variation diachronique : autour de quelques expressions en usage et hors l’usage entre le XVIIe siècle et aujourd’hui

Dans cette communication, nous nous proposons d’examiner l’évolution sémantique d’un petit ensemble d’expressions construites avec les mots fortune,chance(s) et risque(s) : courir(la/une) fortune / courir la (les/sa…/ses…)chance(s) / courir un (le/des)risque(s), tenter (la) fortune /tenter la (sa…) chance et prendre un(des/les) risque(s).

Il s’agira d’abord de décrire et analyser l’évolution des usages linguistiques de ces expressions entre français classique et français moderne, avant de tenter d’en dégager quelques-unes des motivations potentielles. Nous ferons notamment appel à deux variables qui nous paraissent jouer un rôle de première importance dans le phénomène de restructuration sémantique, à savoir l’adaptation du registre de langue à la situation d’énonciation (diaphasie) et – élément plus problématique à déterminer dans ce cadre – l’emploi de marqueurs sociolectaux (diastratie). Ensuite, nous mettrons en regard les résultats obtenus avec ce que nous apprend, pour la période concernée, la tradition lexicographique, cette dernière reflétant en effet une rupture assez radicale en ce qui concerne les unités décrites (chance, fortune et risque).

La confrontation des hypothèses au corpus de textes exploité (issu pour partie de Frantext) fait émerger, a posteriori, des difficultés liées notamment au mode d’affectation de variables – en particulier, de la variable diastratique – à certains types d’énoncés anciens. Néanmoins, la mise en correspondance entre, d’une part, les usages nouveaux (ex. : tenter sa chance) ou les usages en voie de disparition (ex. : courir la fortune) et, d’autre part, les sphères d’emploi discursif au sein desquelles ils se répartissent, permet de préciser, autant que faire se peut – et dans les limites du corpus d’étude proposé –, le rapport nécessaire qu’entretiennent changements sociohistoriques et variation sémantique diachronique.

DANKOVA, Natalia : Tu vois ce que je veux dire vs t’sais. Raconter en français de France et en français québécois au-delà des mots

Notre étude s’intéresse au discours narratif oral en français langue maternelle parlé par des locuteurs français et des locuteurs québécois monolingues. Le corpus est composé de récits d’images et récits de film ayant un support commun (série d’images Histoire du chat et film d’animation sans texteQuest), et de récits personnels qui rapportent une expérience vécue dans le passé.

Nous avons analysé les différents types d’informations exprimés par chaque groupe d’informateurs. Chaque langue a sa propre façon d’encoder des informations grâce à des moyens lexicaux, morphologiques et syntaxiques dont elle dispose (Slobin, 1991 et 2003, Lambert, 1997, Hickmann et al., 1992, Lambert & von Stutterheim, 1998, Dankova, 1999 et 2002). Dans notre étude, les deux variétés de français sont traitées de façon différentielle.

Nos analyses montrent que les Français et les Québécois exploitent différemment les ressources de la langue française. La configuration des moyens utilisés pour exprimer des évènements et des relations temporelles et causales entre ces derniers témoigne des différences dans la conceptualisation du temps et des évènements en contexte. Les locuteurs français et québécois focalisent leur attention sur des aspects différents des situations perçues et adoptent des stratégies différentes pour les exprimer. Les différences frappantes concernent, entre autres, le temps de narration, le choix d’adverbes temporels, le recours aux verbes exprimant la perception (par exemple, voir, regarder, entendre) et l’activité mentale (penser, se rendre compte), l’expression de la modalité et de la causalité.

Nous avons comparé les résultats obtenus avec des résultats des données similaires en anglais canadien pour examiner l’impact de l’anglais dans le contexte canadien, ce que nous retenons comme une des sources de la variation en français québécois.

Références

Dankova, N. (2002) : « Conceptualisation et expression du temps en français québécois et en français de France », Langues et linguistique, n° 28, pp.45-70.

Dankova, N. (1999) : « L’espéranto. De ça n’a pas marché àcomment ça marche », in F.S. Martinez & C.H. Gonzalez (ed) : Las lenguas en la Europa Comunitaria III, Dialogos Hispanicos, n° 23, pp. 423-453.

Hickmann, M. & F. Roland (1992): « Déterminants sémantiques et pragmatiques dans l’acquisition du temps et de l’aspect: étude comparative du français, de l’allemand et de l’anglais », Réseau Européen de Laboratoires sur l’acquisition des langues, Lyon.

Lambert, M. (1997): « En route vers le bilinguisme », AILE, n° 9, pp.147-172.

Lambert and von Stutterheim (1998): “Crosslinguistic analysis of temporal perspectives in learner film re-telling. A comparison between German and French advanced learners of English and native German, French and English native speakers” (paper), Conference ESF, Maratea, September, 26th - October, 1st 1998.

Slobin, D. I. (1991): “Learning to Think for Speaking. Native Language, Cognition and Rhetorical Style”,Pragmatics, n° 1/1, pp.7-26.

Slobin, D. I. (2003) : “Language and Thought Online: Cognitive Consequences of Linguistic Relativity”, in D. Gentner & S. Goldin-Meadow (eds) (2003), Language in mind: Advances in the Study of Language and Thought, Cambridge, MIT Press, pp.157 – 192.

DEFAY, Emmanuel : L’analyse des interactions verbales pour une meilleure compréhension du phénomène de variation diaphasique

Parmi les multiples études consacrées aux variations linguistiques, certaines font aujourd’hui figure de référence en ce qui concerne le type de variation dite diaphasique. On citera par exemple les travaux de Halliday (1964), ceux de Coseriu (1988) ou encore ceux un peu plus récents de Biber (1994), Leckie-Tarry (1995) ou Mougeon (1999).

Certes, on ne saurait contester l’importance de ces travaux sur le plan théorique, d’autant plus que le domaine de recherche manquait de bases solides pour appréhender un phénomène déroutant par les « mécanismes » socio-psycho-linguistiques qui sous-tendent son fonctionnement. Cependant, toutes ces approches ne sont pas complètement satisfaisantes dans le sens où elles intègrent, la plupart du temps, la notion d’interaction verbale communicative dans leur cadre théorique, mais ne semblent pas oser franchir le seuil de cette activité linguistique très courante, lorsqu’il s’agit de confronter les modèles à la réalité discursive : on recense ainsi les caractéristiques externes de l’interaction à l’origine du choix fait par le locuteur de tel ou tel registre (profil des interlocuteurs, setting, canal, etc.), mais jamais on ne s’intéresse à ce qui se joue au cours de l’événement interactionnel même.

Après avoir effectué un rapide retour sur certains travaux évoqués précédemment, nous exposerons la démarche que nous avons entreprise dans un travail de thèse pour tenter de répondre à une question basique : quel point de vue nouveau adopter pour appréhender de façon plus complète le phénomène de variation diaphasique ? C’est dans cet état d’esprit que nous présenterons le cadre théorique auquel se réfère notre travail, qui revêt un caractère nécessairement interdisciplinaire, ainsi que la méthodologie, qui consiste en une observation des manifestations diaphasiques à la lumière de l’analyse d’interactions verbales. Les exemples qui illustreront nos propos proviennent tous d’un corpus dont la cohérence repose sur une idée simple, mais peu suivie jusqu’alors : les interactions verbales qui constituent ce corpus ont été recueillies au cours des activités langagières quotidiennes d’un même et unique locuteur.

Eléments bibliographiques:

Biber, D., (1994) in Sociolinguistic Perspectives on Register, “An analytical framework for register studies”, Oxford, Oxford University Press.

Halliday, M.A.K., (1964) The linguistic sciences and language teaching, London, University Park Press.

Coseriu E., (1988) Sprachkompetenz. Grundzüge der Theorie des Sprechens, Tübingen, UTB Francke.

Mougeon, F., (1999), Les français et leurs styles : variation stylistique dans le français parlé de trois locuteurs du québec, de l’ontario et de france,Thèse de doctorat en Sciences du Langage, Université de Paris X-Nanterre (non publiée).

Leckie-Tarry, H., (1995) Language and context : a functional linguistic theory of register, London, New York : Pinter Publishers.

FAGYAL, Zsuzsanna : Rhythmic typology nd the talk of the cités: meet the speaker

Adolescents from the banlieueshave been repeatedly portrayed as the ‘movers and shakers’ of language change in French. Male speakers of North African origin in particular have been claimed to speak with a characteristically overemphatic and uneven speech rhythm, atypical to standard French (Cerquilini 2001).

Based on read-aloud and conversational speech samples recorded from ten ethnically French and ethnically Arabic pre-adolescents in fieldwork conducted in La Courneuve(2001-2003), this paper examines whether boys in these two groups pattern in two different rhythm classes, referred to as ‘syllable-timed’ (e.g. French) vs. ‘stress-timed’ (e.g. Arabic).

Using acoustic phonetic measurements of rhythm type (Ramus et al. 1999, Grabe & Low 2002), the paper shows differences in speakers’ overall tendencies towards a more vocalic vs. more consonantal type of speech rhythm. Rather than ethnic origin, however, inter-speaker differences in the amount of lenition of intervocalic consonants and devoicing of high vowels more readily account for the observed variations. A particular twist in the findings is that vowel devoicing, an important correlate of a more consonantal type of speech rhythm, is absent in Beurspeakers’ speech, but present in the readings of boys of French ethnic descent. Despite glottal stops preventing vowel coalescence, i.e. the formation of longer vocalic sequences in Beur speech, the rhythm of some speakers of the cités appears more ‘syllable-timed’, i.e. closer to more ‘vocalic’ Romance languages like Italian, than Northern Parisian French.

Cerquilini, B. (2001). Le français d'aujourd'hui ÇA BOUGE ! Construire, 7, On-line edition, 13-2-2001.

Grabe, E., & Low, E. L. (2002). Durational Variability in Speech and the Rhythm Class Hypothesis,Papers in Laboratory Phonology 7: Mouton, 515-546.

Ramus, F., Nespor, M., & Mehler, J. (1999). Correlates of linguistic rhythm in the speech signal.Cognition, 73(3), 265-292.

]

Gasquet-Cyrus, Médéric, JAMIN, Mikaël & TRIMAILLE, Cyrille : De la convergence dans la divergence? Le cas des quartiers
pluri-ethniques en France

La recherche dont nous proposons de rendre compte poursuit des travaux initiés en 2005 sur le français de jeunes urbains habitant dans des quartiers pluriethniques et multilingues de grandes villes françaises. Nous nous intéressons ici plus particulièrement à la palatalisation/affrication des plosives dentales /t/ et /d/.

Par le croisement de démarches variationniste et interactionniste et de données discursives mettant en lumière des représentations et des attitudes à l’égard des variantes étudiées, nous mettons en évidence la présence et la diffusion de formes phonologiques vernaculaires similaires dans trois villes de France (La Courneuve, Grenoble et Marseille) et proposons de l’interpréter comme une convergence sociale et linguistique de formes divergentes par rapport au français standard, ce dans un contexte de nivellement dialectal.

Un des résultats de ce croisement de méthodes et de l’examen de différentes situations de communication enregistrées est de montrer que la variable étudiée semble l’objet très peu de variation stylistique, ou d’une variation plutôt atypique pour une variante non standard.

La démarche qui vise à comprendre la distribution et, semble-t-il, l’évolution, de cette variante, nous conduit à explorer les dynamiques sociales au sein de réseaux de pairs et à appréhender les représentations sociales et sociolinguistiques comme des facteurs de diffusion.

GHILLEBAERT, Christian-Pierre : Flemish French from French Flanders

In Northern France local linguistic variance from standard French must be accounted by the two main dialects that have long been or sometimes still are spoken, namely Picard and Flemish. The latter is a specific form of West-Vlaams and is commonly called Vlaamsch. That non-standard Dutch variety was the mother language of the majority of people in the district of Dunkirk 50 years ago and is now reportedly used or understood by only some 80,000 people. However the influence of Vlaamsch on local French has so little decreased in this era that many inhabitants are more or less handicapped in their daily life, especially at school or at work. This paper aims at analysing both the influences of Vlaamsch on French and the consequences of such influences for Vlaamsch-speakers and Vlaamsch ignoramuses. I will first and foremost describe those influences on the pronunciation of French, on French grammar and even on the meaning of a whole set of words. I will then show that Vlaamsch influences depend on several factors such as original acquaintance of Vlaamsch, original social class and goal social class, political / cultural attitudes towards France and French culture. Regarding the consequences of Flemish French for its speakers, I will produce some evidence of a feeling of inferiority broadly shared in that district. I will focus on the difficulties pupils are faced with and the mocking of adults’ “sale accent”. I will eventually assume that their acquaintance with Flemish French – and all the more with Vlaamsch – may be useful to the inhabitants and can bee seen as an advantage for learning foreign languages (Germanic languages, that is).

GUILLOT, Marie-Noëlle: Développement pragmatique en interlangue : analyse comparée des phénomènes d’interruptions

Cette communication rendra compte d’une étude comparative des phénomènes d’interruption chez des étudiants de FLE de niveau avancé avant et après une période de résidence dans un pays francophone, par rapport à a) des productions de locuteurs natifs et b) des productions de locuteurs natifs et non-natifs en anglais dans des interactions à plusieurs de type adversatif, à savoir un type d’interaction relativement peu représenté dans les recherches en pragmatique contrastive. L’étude s’inscrit dans le cadre d’un projet consacré à l’étude de l’évolution des stratégies de prise de parole dans ce type d’interaction à différents moments d’acquisition (point de vue organisation séquentielle, forme des tours, choix du discours), et aux facteurs y inhibant ou facilitant la participation. Un travail antérieur sur les tours de parole introduits par mais dans le même corpus (par rapport à but en anglais) révèle un développement pragmatique significatif et une plus grande aisance d’un point de vue interactionnel suivant la période de résidence à l’étranger, mais également des méprises sur les valeurs pragmatiques de maissusceptibles d’affecter pernicieusement le progrès vers la ‘norme’ cible. On peut se demander s’il s’agit là de phénomènes isolés ou plus généralisés, et donc si, et dans quelle mesure, ils s’appliquent ici aux phénomènes d’interruptions.

HADERMANN, Pascale, PIERRARD, Michel, VAN RAEMDONCK, Dan, WIELEMANS, Valerie : L’emploi deaussi et de si en contexte négatif : alternance arbitraire ou motivée ?

Aussi est généralement défini comme un adverbe établissant un rapport d’égalité entre deux entités, alors que siexprimerait avant tout l’intensité. Selon le B.U. (§ 2073) si se substituerait à aussi-adverbe d’égalité dans des contextes négatifs et interrogatifs. Pourtant, l’usage réel semble obéir à des règles plus complexes :

1. a [ils] interprètent les promotions réalisées par les grandes surfaces à l'automne 1997 (moins de 5000 francs) comme la preuve que « les ordinateurs ne devraient pas coûter aussi cher ».

b L'argument plaît beaucoup aux actionnaires, toujours très sensibles à la croissance bénéficiaire des entreprises. Dans la réalité, les économies promises ne se trouvent pas toujours aussifacilement que prévu.

  1. a […] le grand Retable de saint Jean-Baptiste de Luis Borassa, oeuvre fort étrange. Elle aurait sa place dans les collections du Louvre, qui ne sont pas siriches en peinture espagnole.

b Il prend sa plume pour dire à Saura que ces portraits ne sont pas si imaginaires qu'il le croit.

Notre analyse vise à mieux comprendre l’alternance entre aussi et si lorsqu’ils sont employés avec ou sans le mot que dans des phrases négatives et elle s’inscrit dans le cadre de théories récentes sur la comparaison, sur l’intensité et sur la négation.

Nos données sont issues de trois corpus : Frantext pour les exemples littéraires, Le Mondepour les occurrences journalistiques et l’Internet pour des illustrations de l’écrit oralisé. Afin de mieux comprendre la variation observée, plusieurs paramètres ont été pris en compte :

- syntaxiques : la nature du négateur (plus précisément : pas, plus et jamais)

la nature du comparant dans les constructions avec que

- sémantiques : le sémantisme du comparant

- textuels : l’importance du co(n)texte dans l’interprétation de l’adverbe

la possibilité de restitution du comparant

Les tendances suivantes se dégagent d’un premier dépouillement[1].

- Avec le négateur jamais,aussi l’emporte nettement sur si et glisse vers l’expression de l’intensité. Notons que jamaisdonne souvent un sens générique à la phrase (parfois appuyé par le déterminant un) et empêche ainsi d’attribuer au premier terme de la comparaison « une référence individuelle déterminée, et par là le dispose à inclure le référent du second », d’où l’effet d’intensité (cf. Milner, 1978 : 369).

- Avec le négateur plus, les rares attestations de aussi et si ne permettent pas d’observer de véritables différences : les deux adverbes semblent se limiter à l’égalité.

- Pour pas, si prend le dessus sur aussi sauf si le mot que entre en jeu. La présence d’un comparant introduit par que semble en effet privilégier la structure en aussi. Dans les cas où la structure en si … que … est tout de même utilisée, il faut souligner que la sélection de comparants possibles se fige et que nous retrouvons des expressions de type que cela, qu’il le croit, … Pour ce qui est de l’emploi sans que, si paraît seulement endosser la valeur intensive, alors que aussi opère tantôt dans des contextes intensifs, tantôt dans des comparatives d’égalité selon la restitution possible du comparant dans le co(n)texte. Dans de nombreux exemples, cette restitution peut d’ailleurs être effectuée par le biais d’une analyse attentive des chaînes référentielles.

Notre étude permettra de montrer que l’alternance entre si et aussi ne peut pas être assimilée à une simple opération de substitution – aussi dans des assertions / si dans des négations – mais que la langue tend, à travers de multiples indices, vers un subtil équilibre entre l’expression de l’égalité et de l’intensité d’une part et entre l’assertion et la négation d’autre part[2].


Références (selection)

Haspelmath M. & Buchholz O., 1998, “Equative and similative constructions in the languages of Europa”, in Van der Auwera J. (éd.), Adverbial constructions in the languages of Europe, Berlin – New York, Mouton de Gruyter, pp. 277-334.

Lefeuvre F. & Noailly M. (éds.), 2004, Intensité, comparaison, degré (Travaux du Cerlico 17)

Milner J.-C., 1978, De la syntaxe à l’interprétation : quantités, insultes, exclamations, Paris, Seuil, 407p.

Muller C., 1991, La négation en français : syntaxe, sémantique et éléments de comparaison avec les autres langues romanes, Genève, Droz, 470p.

Romero C., 2002, « L’intensité en français: analyse sémantique et pragmatique (présentation de thèse) », in L’information grammaticale 93, pp. 52-53.

HAMBYE, Philippe : « Parlers » de la marge en Belgique francophone. Une étude sociolinguistique ethnographique en milieu scolaire

Alors que les travaux décrivant ce que l’on appelle les « parlers jeunes » sont nombreux en France, on connaît peu les contours que prennent ces façons de parler en Belgique francophone. À l’heure actuelle, les questions qui se posent sont multiples : comment caractériser les locuteurs qui font usage de ces « variétés » non standard ? quels en sont les traits linguistiques principaux ? quelles sont les frontières inter-groupes que ces traits délimitent ?

Dans cette contribution, nous examinerons ces questions sur base de données recueillies lors d’une enquête ethnographique (dans la lignée de Heller 1999) dans les écoles de la ville de Liège (Wallonie). Après avoir posé un regard critique sur la notion de « parlers jeunes » (v. Hambye 2006), nous proposerons une description des pratiques et des attitudes linguistiques de locuteurs appartenant à divers groupes, distingués selon leur investissement dans la “culture scolaire”. Il s’agira ainsi d’analyser de quelle manière certains traits phonétiques ou lexicaux deviennent des symboles identitaires au sein de l’espace scolaire.

Le corpus sur lequel repose notre étude est constitué d’entretiens enregistrés avec les élèves ainsi que de notes prises au vol lors des séances de cours. L’analyse qui en découle repose sur des données qualitatives et quantitatives et s’intègre dans une démarche sociolinguistique s’intéressant principalement aux significations sociales des pratiques linguistiques (v. Eckert 2000) et aux relations sociales qui les déterminent.

Bibliographie

Eckert, Penelope. 2000. Linguistic Variation as Social Practice. The Linguistic Construction of Identity in Belten High. Oxford : Blackwell.

Hambye, Philippe. 2006 (à paraître). « Variation linguistique et processus de différenciation sociale chez les jeunes francophones de Belgique. Regard critique sur les “parlers jeunes” ». Dans G. Ledegen (dir.), Pratiques linguistiques des jeunes et parlers jeunes en situation de plurilinguisme. Paris : L’Harmattan.

Heller, Monica (avec la collaboration de Mark Campbell, Phyllis Dalley & Donna Patrick). 1999.Linguistic Minorities and Modernity. A Sociolinguistic Ethnogaphy. London : Longman.

HERMANN, Dorit : Variation lexicale dans la presse quotidienne régionale (PQR) de la Suisse romande et la France voisine. Faits et opinions

Je voudrais présenter ma thèse sur la variation lexicale dans la PQR de la Suisse romande et la France voisine. Selon beaucoup de linguistes, les différences lexicales entre ces régions seraient minimales. Or, la politique linguistique des deux pays est différente et l’opinion des usagers de langage ne correspond pas nécessairement à celle des linguistes.

La Suisse se distingue de la France par une acceptabilité des anglicismes plus grande et par une féminisation des noms de métiers beaucoup plus avancée. Le français n’est plus la langue la plus importante du monde et la France en est très soucieuse. En plus, elle a peur pour l’unité nationale à cause de l’immersion de la langue anglaise dans le français. La Suisse ne craint guère que l’anglais pollue le français. Pourtant, la Suisse, qui se définie par son statut quadrilingue, a peur de la domination d’UNE langue. Quant à la féminisation des noms de métiers, la Suisse est très libérale, la France est conservatrice.

De multiples études linguistiques sont au sujet de la variation linguistique, pourtant, les usagers de langage ne les connaissent souvent pas et gardent leur opinion stéréotypée. Il arrive que ce que les linguistes appellent régionalisme soit appeléfrançais populaire par les usagers. Il arrive en plus que les linguistes décrivent des particularités régionales que les usagers ne voient pas du tout. Ces différences d’opinion pourraient être la conséquence du caractère multidimensionnel des variétés, qui n’est pas toujours traité de façon sérieuse par les linguistes.

Dans ma présentation, je voudrais rendre public les résultats de mon analyse lexicale de 15 journaux de l’année 2003 et d’une 50aine d’interviews menées en 2004 avec des lecteurs et journalistes de ces journaux.

HORNSBY, David : Ni patois, ni français régional: dual-status variables in vernacular northern French

It is generally accepted that France’s traditional dialects have been in decline at least since the first world war, and that new varieties have emerged from contact with the national language. A distinction is usually drawn between français dialectal (FD) forms which are perceived locally to belong to ‘patois’, and français régional (FR) forms which are seen to be ‘français’, and may only seem geolinguistically marked to an outsider. Unlike FR variants, FD forms are generally obsolescent, and show a strong tendency to co-occur with each other. Investigations in the town of Avion in the Pas-de-Calais, however, revealed a number of variants whose status was ambiguous. Like FD forms, they were used almost exclusively by older speakers. But like FR forms, they co-occurred freely with FD and Standard French variants even in short sequences, and occurred in the speech of some informants who used no other FD forms.

This paper will focus on the behaviour of four such variants, comparing our own findings with those of other researchers, notably Pooley (1996), elsewhere in the Nord–Pas-de-Calais. Their indeterminant status proves surprising, and presents a challenge to some long-held assumptions about variation and change in France. FR, for example, is routinely assumed to be a dialect residue, yet these forms - the very variants which show greatest vitality in the substrate dialect - were clearly obsolescent, while many local FR markers, which showed no evidence of decline, had little or no dialect pedigree. We shall argue that dual status variants offer strong evidence that the ‘substrate residue’ conception of FR is untenable, and suggest an alternative model.

Reference

Pooley, T. (1996) Chtimi: The Urban Vernaculars of Northern France. Clevedon: Multilingual Matters.

INGHAM, Richard : Changes in the syntax of later anglo-norman and continental French

This paper considers the status of Anglo-Norman within a medieval French dialect continuum also including Eastern and North-eastern France (Trotter 2003). AN-specific features of the morpho-syntax are noted, as regards imperfect and conditional verb forms. However, these are shown to have been accompanied in later Anglo-Norman by a reflection of changes in continental French (CF) varieties with respect to pronoun use and verb syntax. Data are drawn from insular and continental correspondence collections of the mid 13th to the mid 14th century. In CF the use of the full form before, and the clitic form after, infinitives gave way in the later C14 to the use of the clitic pronoun series, e.g.:

(1) Et voir le nous convenra autrement que de paroles (1324) Pirenne 1900, 163

(2) … et de lui allier au roy, ensi comme ses peres i fu (1298) Funck-B 1896: 282-3 fn 1

(3) … qui y auront este a lemener en noz dis greniers (1364) Philippe V Corresp.,14

In AN the same development is found:

(4) …ke jeo asuase par deboneirete de treiter les en amur (1268) Henry III, 2, 321

(5)…pour aus eider et conseiler (1249) Henry III 2,53

(6) …qe ascun s’entremet de lesfaire entrer (1334) Litt. Cant. II 62

In C14 CF we find a tendency to erosion of verb-second syntax after adjuncts (Vance 1997), while it is retained after preposed objects. Again, AN presents a similar pattern (Ingham, in press). We conclude from our empirical examination of these features that the maintenance of AN in the period in question involved the transmission of morpho-syntactic knowledge in an intriguingly native-like fashion, contrary to the received view of later Anglo-Norman. Finally, the issue of how far French may have been an instructed language before 1350 (cf. Rothwell 1968, 1976, 1996) is reviewed.

L’impact de l’âge de l’exposition initiale et de la distance typologique entre la L1 et la L2 sur le niveau final de l’acquisition de la prononciation ( niveau segmental et suprasegmental) chez des locuteurs polonophones quasi- natifs du français L2.

L’âge de la première exposition était longtemps considéré comme facteur principal, responsable du résultat final dans le domaine de l’acquisition des langues secondes. « Less is more » comme avance Newport ne fait pas de doutes. Toutefois adhérer à l’hypothèse aussi pessimiste selon laquelle les contraintes biologiques dans l’apprentissage d’une langue étrangère à l’âge adulte seraientinévitables et irréversibles W.Penfield, ne nous paraît pas recevable.

Nous avons donc décidé de relever le défi et de tester la pertinence du concept de la période critique en nous intéressant aux phénomènes phoniques. Rappelons que Scovel (1985) a radicalisé l’hypothèse de l’âge critique en précisant qu’elle s’applique uniquement au niveau articulatoire et prosodique du langage car c’est le seul aspect de la performance linguistique qui repose sur une base neuromusculaire et qui a une réalité physique.

De nombreuses études démontrent que l’acquisition de la prononciation authentique chez des apprenants tardifs de L2 n’est pas une exception. Nous avons alors entrepris de mettre en rapport l’influence de deux facteurs : Âge et Distance typologique, déterminant le niveau final de l’acquisition.

Etant donné que les résultats de l’étude pilote réalisée en 2003 ont démontré que la perception de la consonance étrangère dans les productions des polonophones tardifs en français L2 se situe au niveau de la répartition des indices suprasegmentaux ,nous nous intéressons tout particulièrement à l’organisation suprasegmentale du discours.

Cette étude analyse des performances de groupes des locuteurs polonophones du français langue seconde dont la prononciation est considérée comme naturelle, et qui passent pour des locuteurs natifs de cette langue. La pratique du français est courante pour tous nos participants. Ils ont tous réussi socialement et font partie des catégories socioprofessionnelles suivantes : médecin, avocat, architecte, professeur, ingénieur, acteur de cinéma, musicien. Ils résident en France depuis au moins dix ans et ont commencé l’acquisition du français dans l’une des tranches d’âge suivantes : aux alentours de 3 ans, 6 ans (débutants précoces) et après l’âge de 15 ans (apprenants tardifs).

Les productions de chaque groupe sont comparées avec celles des locuteurs natifs (groupe contrôle), et par la suite jugées du point de vue de leur authenticité par un groupe de juges experts sur échelle de 5 points. Les données d’un autre groupe contrôle, celui de natifs polonophones unilingues servent de base à l’analyse contrastive. Tous les groupes sont testés par le biais d’un seule tâche : récit du film. L’ensemble des données est soumis à l’analyse acoustique afin d’analyser la structuration accentuelle et l’organisation prosodique en rapport avec la structuration informationnelle du discours.

Nous tâcherons de répondre aux questions suivantes :

  1. La performance en L2 de tous les groupes expérimentaux diverge-t-elle de performances linguistiques de groupes contrôles ?

  2. La différence dans les performances à travers les trois groupes linguistiques est-elle en corrélation avec l’âge de la première exposition à L2 ?

  3. La distance typologique entre le polonais et le français déterminerait-elle plus considérablement le niveau final que l’âge de la première exposition ?

  4. La motivation intégrative et la promotion sociale seraient-elles plus déterminantes dans la réussite en L2 que l’âge de la première exposition ?

LABEAU, Emmanuelle & McMANUS, K. : Les tiroirs narratifs du roman policier : sur la piste du PS
La narration suit généralement un ordre chronologique qui réclame la progression de l'histoire. Le passé simple (PS), temps perfectif, s'y prête particulièrement en offrant une perception globale d'une situation dans ses bornes. Par conséquent, ces caractéristiques le désignent comme temps de la narration par excellence. Pourtant, au cours du 20ème siècle, un recul du PS semble s'être manifesté dans la langue française (voir Labeau, à par. pour les comptes rendus sportifs). Cette régression menace son utilisation courante et implique la compétition d'autres tiroirs. Le passé composé (PC), temps perfectif, avec ses valeurs de passé simple (Ex. L'an dernier, j'ai vu le dernier Harry Potter) et de présent parfait (ex. J'ai déjà vu le dernier Harry Potter), présente des ambiguïtés. En plus, le PC implique une relation d'antériorité au moment de l'énonciation, absente du PS. L'imparfait (IMP), temps imperfectif et donc aspectuellement aux antipodes du PS, est traditionnellement considéré descriptif et le présent (PRES) désigne une situation concomitante au moment de l'énonciation, qui ne lui permet pas de se prêter temporellement à la narration du passé. Pourtant, le PC, l'IMP et le PRES peuvent agir comme temps de narration grâce au cotexte et au contexte.

Notre étude examinera le PS dans le roman policier et s'interrogera sur son recul potentiel dans ce genre. De récentes recherches (Labeau 2005, Maillard et Masmoudi 2003) traitent les tiroirs narratifs dans la littérature, mais cette étude comprend une approche systématique du roman policier et analysera quantitativement et qualitativement chaque temps utilisé pour relever ses tendances et ses utilisations dans le genre.

Le corpus comprend six romans policiers : trois des années trente et trois d'après la deuxième Guerre Mondiale pour évaluer l'effet possible de la rupture de la guerre et de l'innovation littéraire des années cinquante sur les pratiques d'écriture des auteurs de policiers.

L'étude testera les questions de recherche suivantes :

_ Le PS est-il le temps principal de narration dans le roman policier?

_ Quels autres temps concurrencent le PS et quels sont leurs effets ?

Références
Daeninckx, D. (1996) Le poulpe, Nazis dans le métro. Allemangne, Librio.
Engel, D. M. (1990) Tense and Text, a Study of French Past Tenses. London / New York, Routledge.
Labeau, E. (2005) 'L'imparfait dans la narration chez Simenon: une dérive aspectuelle?', Le langage et l'homme, No. 1 (vol. 40) : 181-196.
Labeau, E. (à par.) 'Et un, ou deux, ou trois ? Les temps-champions du compte rendu sportif depuis 1950'. In Caudal, P., Labeau, E. & Vetters, C. (éds) Sémantique et Diachronie du système verbal français. Cahiers Chronos. Amsterdam / Philadelphia: Rodopi.
Maillard, M. / Masmoudi I. (2003) Temps de la vie et temps de la mort dans Les Thanatonautes de B. Weber : une exploitation originale des ressources aspecto-temporelles du français. In : Benninger Céline / Carlier, Anne / Lagae, Véronique (éds.) Temps et texte. No. 11 : 47-58.
Pouy, J.B. (2005) Le rouge et le vert. France, Gallimard.
Simenon, G. (1932) Le passager du « Polarlys ». Paris, Fayard.
Simonin, A. (1953) Touchez pas au grisbi ! France, Gallimard.
Steeman, S.A. (1932) Les atouts de M. Wens. Paris, Librairie des Champs-Élysées.
Véry, P. (1934) L'assassinat du père noël. Paris, Gallimard.

LEDEGEN, Gudrun : Inventaire morpho-syntaxique des traits particularisant le français de la Réunion : interférences, « régionalismes grammaticaux » ou français « ordinaire » tout court ?

L’étude du français « ordinaire » (Gadet 1989) tel qu’il est pratiqué à l’Île de la Réunion, Département d’Outre Mer français situé dans l’Océan Indien, éclaire l’étude du français « ordinaire » tout court. En effet, l’étude historique et sociolinguistique du français dans ce département permet d’identifier les éléments qui relèvent de la variation interlinguistique (qui est ici particulière car due aux contacts avec le créole réunionnais), et ceux qui concernent la variation intralinguistique.

M’appuyant sur le grand corpus oral Valirun (Variétés Linguistiques de la Réunion[1]), je présenterai l’inventaire des traits morpho-syntaxiques qui particularisent le français de la Réunion, comme l’interrogative indirecte in situ (je sais pas c’est qui), l’omission du subjonctif (il faut que je pars), le traitement particulier des clitiques objet de 3° personne, par exemple l’emploi du pronom clitique direct pour la forme indirecte : je la donne seize ans, … Ces différents traits sont souvent décrits dans la société réunionnaise – plus particulièrement de la part des enseignants – comme étant dus à l’interférence avec le créole réunionnais ; ils relèvent pourtant souvent du français « ordinaire » attesté aussi dans d’autres régions francophones, et ne se révèlent jamais comme des « régionalismes grammaticaux » (Tuaillon, 1983) attestées dans cette unique région (mais bien parfois comme des « régionalismes de statut » par leur fréquence remarquable).

Ainsi, m’inscrivant dans une définition globale et non-hiérarchique de la francophonie, je procède à la comparaison des données réunionnaises avec d’autres corpus constitués dans l’Hexagone, au Québec, en Guyane, sur le continent africain, ainsi qu’à l’Île Maurice, l’île sœur ; cette comparaison permet d’identifier, pour ce qui concerne le français « ordinaire » réunionnais, les éléments qui relèvent d’une variation interlinguistique particulière, qui est le contact avec le créole réunionnais, système linguistique qui nous renseigne sur d’anciens états de la langue française. Ces éléments sont différenciés de ceux qui relèvent plus particulièrement de la variation intralinguistique du français, mettant en jeu des zones de la morpho-syntaxe du français instables dans toute variété de français « ordinaire », et qui révèlent souvent des évolutions existantes ou en devenir.

Dans les faits, ces deux types de variation viennent parfois se renforcer l’une l’autre sur le terrain réunionnais et donnent ainsi lieu à des radicalisations paradigmatiques qui viennent éclairer les pratiques de français « ordinaire » attestées ailleurs : par exemple, l’interrogative indirecte in situqui est d’un usage sociolinguistique non marqué et attestée à une forte fréquence à la Réunion, à la différence de l’usage métropolitain par exemple, se réalise avant tout avec le prédicat c’estet des mots Qu- monosyllabiques (Ledegen, à paraître a), éclairant ainsi cette structure peu étudiée en français « ordinaire » de l’Hexagone ou d’ailleurs. Le renforcement mutuel de ces deux facteurs de variation est d’autant plus fort à la Réunion que près de 15% des pratiques ordinaires se situent dans un no man’s land linguistique, où le linguiste ne peut décider si tel énoncé appartient au créole (acrolectal) ou au français (Ledegen, à paraître b).

Références

Blanche-Benveniste, C., 1990, « Grammaire première et grammaire seconde : l’exemple de EN »,Recherches sur le français parlé, n° 10, pp. 51-73.

Cellier, P., 1985, Comparaison syntaxique du créole réunionnais et du français, Publications de l’Université de la Réunion.

Coveney, A., 1995, « The use of the QU-final interrogative structure in spoken French »,Journal of French Language Studies, n° 5, pp. 143-171.

Gadet, F., 1989, Le français ordinaire, Paris, Colin.

Ledegen, G. & Canut, C., septembre 1998, « Après que... ou la fluctuation des modes en français parlé », Langage et Société, n° 85, pp. 25-53.

Ledegen, G., et Quillard, V., 2001, « Quelle référence pour l’interrogation ? Réponses syntaxiques et pragmatiques », dans M. Francard, en collaboration avec R. Wilmet et G. Géron (Eds), Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain, n° 27.1, Actes du colloque « Le français de référence », pp. 297-312.

Ledegen, G., à paraître a, « L’interrogative indirecte in situ à la Réunion : elle connaît elle veut quoi », Actes du Colloque « Le français parlé du XXIième siècle : normes et variations », Université d’Oxford, 23 et 24 juin 2005.

Ledegen, G., à paraître b, « Prédicats « flottants » entre le créole acrolectal et le français à la Réunion », in Chamoreau, C. & Goury, L. (Eds), Systèmes prédicatifs des langues en contact, Actes du séminaire de recherche « Langues en contact » de la Fédération de recherche « Typologie et Universaux Linguistiques » (FR 2559) du CNRS.

Lefebvre, C. et Maisonneuve, H., 1982, « La compétence des adolescents du Centre-Sud : les structures complexes », in Lefebvre, C. (Ed.), La syntaxe comparée du français standard et populaire : approches formelle et fonctionnelle, Tome 1, Québec, Office de la langue française, pp. 171-206.

Tuaillon, G., 1983, « Régionalismes grammaticaux », Recherches sur le français parlé, n° 5, pp. 227-239.

LEMEE, Isabelle : La variété orale dans le récit des apprenants du français enfants et adultes

Il existe parmi les formes linguistiques « correctes » de l’inégalité liée à la variation selon les situations de parole. On en rend compte avec la notion de registres de langue qui décrit les manifestations de la variation diaphasique.

Produire un récit de fiction par exemple exige un registre formel qui exclut certaines formes typiques à l’oral, comme les dislocations SN + il ou l’existentiel il y a. Ces formes sont toutefois fréquemment utilisées par les apprenants enfants et/ou adultes.

La présente étude est basée sur des récits produits par des enfants francophones de 4, 7 et 10 ans, ainsi que par des apprenants du français adultes, débutants et avancés, tous issus d’une même classe sociale. L’adéquation des configurations syntaxiques employées est fortement déterminée par les usages des adultes francophones (groupe de contrôle) qui se conforment aux exigences du récit, genre discursif plutôt formel.

A titre d’exemple, chez les enfants, l’existentiel il y a, quasiment absent dans le corpus adulte, est plus productif que le présentatif c’est (pour introduire un nouveau référent). Ce dernier devient fréquent à 7 ans, sans pour autant être systématiquement suivi d’une relative, ni de l’histoire de.

Quant aux dislocations, leur nombre diminue avec l’âge et le niveau de compétences de l’apprenant mais reste supérieur aux emplois adultes (4,3 % chez les adultes natifs, 12 % chez les apprenants avancés et 50,4 % les enfants de 10 ans).

En bref, les résultats obtenus témoignent d’une adaptation graduelle de la production des apprenants au registre formel qu’exige le récit, avec cependant des différences inter et intra-groupes importantes dues en partie aux facteurs cognitifs.

LEWIS, Annie & BEECHING, Kate : Les apprenants anglophones sont-ils hermétiques au genre grammatical en français? Etude comparative.

Cette communication s’inscrit dans le cadre de notre recherche sur les difficultés d’acquisition du genre grammatical – attribution et accord - chez les apprenants anglophones du français langue étrangère au niveau universitaire. Notre étude s’appuie sur l’analyse d’un corpus oral (dialogues) et écrit (dissertations) d’étudiants de première et dernière année de licence de français.

Nous comparerons nos résultats avec ceux de J.M Dewaele et D.Véronique (2001) sur l’acquisition du genre grammatical en français chez les apprenants flamands et ceux de I.Bartning (2000) chez les apprenants suédois. Nous viendrons à nous demander si les apprenants anglophones dont la langue maternelle ne comprend pas le genre grammatical, améliorent leur niveau de compétences dans l’attribution et l’accord du genre en français au cours de leurs études ou si des facteurs extra-linguistiques tels que l’année en France, ont une influence significative sur leur progrès dans ce domaine.

Références :

Dewaele J.M, Véronique.D, 2001: Gender assignment and gender agreement in advanced French interlanguage: a cross-sectional study. Bilingualism Language and Cognition, 4 (3), 275-297.

Bartning, I, 2000: Pre-advanced vs advanced learners. Studia Linguistica, 54 (2), 224-37.

LODGE, Anthony : Colloquial Parisian in the 18th century

MCLAUGHLIN, Mairi :Syntactic Borrowing from English into French in News Dispatches

I will present the findings from fieldwork carried out in the Paris newsroom of a major international news agency. This work forms part of my doctoral research project on syntactic borrowing from English into French and Italian in the press. It is commonly assumed that syntactic borrowing is likely to be present in journalistic French principally due to the speed of news production and the role played by English in the information services. The aim of the fieldwork and corpus analysis is to determine to what extent this assumption is correct.

I will introduce this work with an outline of the process by which news travels from the reporter in the field to the news wires and beyond. This, alongside data gathered from interviews and questionnaires, allows an overview of the features that could affect the appearance of syntactic borrowing. I will then present results from the analysis of a corpus compiled during the fieldwork. This corpus consists of one thousand news dispatches that were sent out on the newswires first in English and then in French, having been translated by journalists in the Paris newsroom. I will discuss both the frequency of different types of syntactic borrowing as well as the factors, such as speed and topic, that may affect the appearance of syntactic borrowing.

MORIM, Katia : Le technolecte informatique du français en situation de formation : comparaison de situations scolaires et professionnelles

En France, le technolecte informatique est l’objet d’une politique de défense de la langue nationale, qui vise à contrer la lexicalisation d’emprunts à l’anglais par la création de termes conformes aux règles de formation des mots du français. Si ces pratiques terminologiques donnent lieu à des études retraçant la genèse de ces néologismes propres à l’informatique (Depecker, 2001), leur usage effectif en situation de travail ainsi que celui des termes anglais ont été peu étudiés. Notre communication se propose donc d’étudier le technolecte informatique du français à partir de l’analyse de discours oraux produits dans deux situations de formation à l’utilisation d’un logiciel : une situation scolaire et une situation professionnelle.

L’analyse comparée du répertoire lexical propre au domaine informatique dans ces deux corpus montre que les locuteurs ont recours à la terminologie officielle et à l’anglais dans des proportions égales dans les deux situations. Si cette analyse quantitative ne permet pas de contraster ces situations d’échanges à partir d’une entrée lexicale, elle met en évidence néanmoins l’importance des écrits d’écran dans l’explication du maniement d’un logiciel. Ces citations d’écran constituent en effet une ressource permettant à l’enseignant et au formateur de mettre en mot des actions finalisées sur l’ordinateur.

Nous sommes donc amenée à redéfinir ces discours dans le cadre général de réflexions théoriques et méthodologiques qui, en sciences du langage, mettent l’accent sur la dimension actionnelle des conditions de production des discours. Nous montrons notamment comment ces discours oraux peuvent être reliés non seulement aux discours écrits d’incitation à l’action (Adam, 2002), mais également aux discours en situation de travail (Filliettaz & Bronckart, 2005). La prise en compte de la dimension praxéologique des discours analysés permet ainsi de mettre en lumière la variété des ressources linguistiques et contextuelles qu’imposent les activités explicatives propres au domaine informatique.

MYLES, Florence : The morphology/syntax interface in French as a foreign language

A recent longitudinal study of the emergence of morphosyntactic structure in the very early stages of French L2 development (first two and a half years of classroom instruction; Myles, 2005) showed that beginner learners go through three stages: (1) a verbless stage, in which verbs are few, and lack a clear argument structure; (2) a non-finite stage, characterised by its lack of: inflections, verb-raising, auxiliaries and modals, complementizers, wh-movement; (3) a finite stage, during which inflections appear, as well as verb raising, auxiliaries and modals, and subject clitics (this last stage is reached by only a small subset of learners at the end of the study).

The present study investigates the morphosyntactic development of the verb phrase in post-beginners, representing the next stages of development. It is based on a cross-sectional dataset of 90 learners performing a semi-spontaneous aural task aiming to elicit reference to past, present and future events. It traces the development of the verb phrase in four groups of 20/30 learners (after 2, 3, 4 and 5 years of classroom instruction respectively), by documenting the following:

  • distribution of finite and non-finite forms

  • use of clitic pronouns

  • evidence of verb-raising

  • use of inflections

  • use of tense and aspect

The results are discussed within the context of current debates about the Initial State of Second Language Acquisition, and the (subsequent) development of functional categories/features (IP, T, Agr). It is suggested that the distribution of finite and non-finite forms is syntactically constrained, and current issues about the syntax/morphology interface are revisited in the light of the data presented here (Franceschina, 2001; Hawkins, 2001; Herschensohn, 2001; Prévost & White, 2000; Sorace, 2000).

Franceschina, F. (2001). Morphological or syntactic deficits in near-native speakers? An assessment of some current proposals. Second Language Research, 17(3), 213-247.

Hawkins, R. (2001). Second language syntax: a generative introduction. Oxford: Blackwell.

Herschensohn, J. (2001). Missing inflection in L2 French: accidental infinitives and other verbal deficits. Second Language Research, 17(3), 273-305.

Prévost, P., & White, L. (2000). Missing Surface Inflection or Impairment in second language acquisition? Evidence from tense and agreement. Second Language Research, 16(2), 103-133.

Sorace, A. (2000). Syntactic optionality in non-native grammars. Second Language Research, 16(2), 93-102.

PAYRE-FICOUT, Coralie : L’opposition Prétérit / Present Perfect en anglais britannique standard : une opposition en déclin ?

L’emploi du Prétérit simple (P) et du Present Perfect (PP) anglais a été le sujet de nombreux articles et débats. Les théories du parfait ont fait coulé beaucoup d’encre que ce soit chez les linguistes anglo-saxons ou chez les théoriciens français. D’un point de vue sociolinguistique, de nombreux auteurs ont démontré que l’opposition P / PP était sujette à la variation. En effet, plusieurs auteurs ont souligné un réel décalage entre d’une part l’emploi de P et de PP tel qu’ils sont présentés par la grammaire normative et d’autre part l’emploi réel de ces formes verbales par des locuteurs de la langue anglaise (Schottman, 1997 ; Engel, 1998). Ainsi, la tendance en anglais américain à utiliser P dans des contextes exigeant PP est considérée comme un point de différence entre l’anglais britannique et l’anglais américain. De récentes études ont démontré que l’opposition P/PP commençait à évoluer en anglais britannique standard et en anglais australien (Engel et Ritz, 2000), chaque variété d’anglais développant ces propres tendances. Nous avons mené une tache de jugement d’acceptabilité auprès d’une trentaine de sujets adultes britanniques éduqués. Nous avons observé l’acceptabilité de deux tendances notées en anglais britanniques standard : l’utilisation du PP avec des locutions temporelles passées, emploi traditionnellement attribué à P et l’emploi de P avec l’adverbe already, adverbe habituellement, associé à PP. Les résultats de cette recherche permettront de pointer les similarités et différences avec de précédentes études, de proposer des pistes didactiques pour l’enseignement de P et de PP en anglais langue étrangère en accord avec la norme native c'est-à-dire son emploi par les locuteurs anglais tout en prenant en compte les difficultés des apprenants français dans l’apprentissage de cette forme verbale (centration sur la forme des formes verbales du français au détriment de l’usage du temps anglais).

PLANCHENAULT, Gaelle : C’est ta live !’Doublage en français du film américainRize ou l’assimilation du langage urbain des jeunes de deux cultures

La traduction d’un film est un moment délicat et peut signer succès ou mort lors de l’exploitation à l’étranger. Le choix du lexique est capital puisqu’il va être déterminant dans le fait d’emporter ou non l’adhésion du public visé. Dans le cas du film-documentaire américain Rize (David LaChapelle, 2004), les synchronisations des protagonistes nous ont semblé tout à fait intrigantes. Ce film prend pour cadre la communauté noire de South Central Los Angeles et raconte l’émergence d’une nouvelle forme de danse urbaine : le Krumping. Il attirera donc tout d’abord les jeunes intéressés par la culture hip hop. C’est peut-être pour cette raison que les distributeurs de l’Hexagone ont décidé de traduire le langage urbain noir américain par une version tout à fait locale. On retrouve ainsi les phénomènes lexicaux (argot, verlan) et prosodiques propres au langage des banlieues françaises, mais aussi des anglicismes (des termes non traduits de la version originale, considérés comme techniques et propres à la culture du hip hop, tels queKrumping, Clown dancing, battle zone, etc.).

Après avoir présenté un état des lieux de la recherche sur le français dit des cités, nous proposons de montrer une analyse lexicale et prosodique parallèle des versions anglaise et française avant de demander si cette adéquation de deux cultures n’est pas bien plus que dangereusement réductrice : assimiler deux histoires et deux phénomènes sociaux différents ne délivrerait-il pas finalement un message démagogique sur le déclin et la décadence des banlieues.

Références

Andreini, L. (1985). Le verlan. Petit dictionnaire illustré. Paris: Henri Veyrier.

Fagyal, Z. (2003). La prosodie du français populaire des jeunes: traits héréditaires et novateurs. Le Français aujourd'hui, 143, n° spécial ‘Français de l’école et langues des élèves : quel statut, quelles pratiques ?’, pp. 47-55.

Méla, V. (1988). Parler verlan: règles et usages, Langage et société, 45, pp. 47-72.

Merle, P. (2006). Argot, verlan et tchatches. Paris: Milan, les essentiels.

RENTEL, Nadine : Diachronic variation in academic discourse: The case of French research articles in linguistics and medicine

In academic discourse, the process of knowledge transfer is highly influenced by culture-specific norms. However, those norms are subject to diachronic changes and are far from being fixed for eternity. Due to cultural and social changes, the tradition of a certain field of study can vary during the course of time. One reason for emerging variations is the influence of English as the lingua franca of academic discourse. Even if papers are written in languages other than English, the anglo-saxon conventions may have an impact on the structure and the stylistic choices of a French text, for example.

It seems that some academic disciplines are more affected by diachronic variation concerning the structure and the style of the publication of findings and results. While one discipline is strongy influenced by the English traditions or by other cultural changes, the other may remain mainly unaffected.

The paper aims at analysing French research papers in linguistics and medicine in their diachronic change. We adopt a cross-disciplinary perspective and integrate two completely different academic traditions in order to compare the degree of historical variation. Central aspects of the diachronic analysis is the structure of the text, i.e. the type and sequence of parts of the text as well as the stylistic choice, i.e. the realisation of pragmatic speech acts like criticising, boosting own results etc. that are frequent in research articles.

The study is based on a corpus containing French research articles in the two disciplines that have been published in two periods of time: 1960 (first synchronic level of description) and 2000 (second synchronic level of description).

ROSSI-GENSANE, Nathalie : A propos des gérondifs et infinitifs prépositionnels détachés en rupture de construction : une comparaison entre français oral, français écrit journalistique et français écrit littéraire

Après avoir rappelé les caractéristiques communes des constructions dites détachées, telles que la grande latitude positionnelle, la « prédication seconde », la présence d’un « référent sous-jacent » (Combettes, Bernard, 1998, Les constructions détachées en français, Gap-Paris, Ophrys, p. 13), nous nous intéresserons aux gérondifs et infinitifs prépositionnels détachés non conformes à la règle normative selon laquelle le sujet sous-jacent à la construction détachée et le sujet du prédicat (premier) doivent être coréférents :

Exemple 1 : En intégrant dans la constitution le nouveau traité, il acquiert force juridique. (Débat télévisé, 2005)

Exemple 2 : […] pour en garantir l’hygiène, ces toilettes sont nettoyées régulièrement. (Panneau d’information, 2005)

Nous appuyant sur les fréquences respectives de ces structures dans un corpus oral (Elicop), un corpus journalistique (recueilli par Glossanet) et un corpus littéraire (Frantext), nous remarquerons le grand nombre de gérondifs et infinitifs prépositionnels non standard, par rapport à d’autres constructions détachées à forme verbale non finie telles que les participes présents et passés, ainsi que la prépondérance des infinitifs prépositionnels en rupture, par rapport aux gérondifs.

Nous nous attacherons à identifier les facteurs favorisant les ruptures pour les gérondifs et les infinitifs prépositionnels détachés et proposerons de voir dans certaines de ces constructions non standard un passif de la prédication seconde, dans la mesure où elles partagent avec le passif la « fonction principale [de] faire jouer à l’agent un rôle secondaire en ne cherchant plus à le spécifier » (J.-P. Desclés et Z. Guentchéva, p. 81, in Gross, Gaston (éd.), 1993, Sur le passif, Langages, n° 109). Au-delà de la fréquence, nous établirons une typologie de ces ruptures en relation avec les diverses sortes de corpus.

ROWLETT, Paul : Perception, movement and causative verbs: biclausal and monoclausal structures

Perception (e.g., voir), movement (e.g., mener) and causative (e.g., faire/laisser) verbs (henceforth, PMC verbs) can co-occur with an infinitive where, certain restrictions notwithstanding, they are compatible with two structures. The contrast between the two is most apparent if the infinitive is transitive.

In the first structure: the ‘subject’ of the infinitive behaves like the direct object of the PMC verb, following the PMC verb as a bare nominal (1a) or cliticising onto the PMC verb as a direct-object clitic, triggering past-participle agreement in compound tenses (2a); the direct object of the infinitive behaves as expected, following the infinitive as a bare nominal (2a) or pronominalising onto the infinitive (3a); the infinitive can be negated independently of the PMC verb (4a) and can be ditransitive (5a). This suggests a biclausal structure in which the matrix-clause PMC verb takes a clausal argument containing the infinitive and its arguments. The ‘subject’ of the infinitive is then licensed by virtue of the transitivity of the PMC verb, as in ECM constructions in English.

The second pattern is more complex: the ‘subject’ of the infinitive behaves like the indirect object of a complex PMC+infinitive predicate, following the direct object of the infinitive as an à-marked nominal (1b) or pronominalising onto the PMC verb as an indirect-object clitic (2b); the direct object of the infinitive pronominalises onto the PMC (3b); the infinitive can’t be negated independently of the PMC verb (4b) and can’t be ditransitive (5b). This suggests a monoclausal structure in which the PMC and the infinitive appear in a single VP predicate and project a composite argument structure.

Why should the grammar should allow such flexibility? Baschung and Desmets (2000) identify a subtle semantic distinction between the two (causative) structures: the biclausal structure corresponds to ‘strong’ control over the ‘subject’ of the infinitive, the monoclausal structure, to ‘loose’ control. Thus, (1–3a) and (1–3b) aren’t quite semantic equivalents. Such a semantic motivation for the biclausal–monoclausal contrast potentially explains why, in the absence of an overt ‘subject’ of the infinitive, the monoclausal (but not the biclausal) structure is possible (6a, b); it also accounts for the contrast in (7a, b) and (8a, b). Less clear is the situation with respect to the (un)availability of passivised PMC verbs (9a–c).

Biclausal structure: Monoclausal structure:

1.a Jean a vu Marie manger le biscuit. b Jean a vu manger le biscuit à Marie.

2.a Jean l’a vue manger le biscuit. b Jean lui a vu manger le biscuit.

3.a Jean l’a vue le manger. b Jean le lui a vu manger.

4.a Jean l’a vue ne pas manger le biscuit. b *Jean lui a vu ne pas manger le biscuit.

5.a Jean a vu Marie donner le biscuit au chat. b *Jean a vu donner le biscuit au chat à Marie.

6.a *Marie a entendu le chanter. b Marie l’a entendu chanter.

7.a Je l’ai fait manger des épinards. b Je lui ai fait manger des épinards. (B&D)

8.a *Je l’ai fait aimer des épinards b Je lui ai fait aimer des épinards. (B&D)

9.a Hurley et Grant ont été vus faire des emplettes ensemble.

b Il avait été envoyé faire son service militaire.

c *Jean a été laissé ouvrir la porte.

DUBOIS, Sylvie, SALMON, Carole, NOETZEL Sibylle : L’usage des pratiques bilingues dans la communauté cadienne

Plusieurs chercheurs ont décrit le passage du français à l’anglais en Louisiane. Nous savons avec certitude que, dès le début du 19ème siècle, francophones et anglophones cohabitaient en zone urbaine et rurale et que ces derniers étaient présents à tous les niveaux de l’échelle sociale dans le sud de la Louisiane. En ce qui concerne la communauté francophone cadienne, nous savons également que l’anglais est devenu rapidement la langue dominante pour un bon nombre de Cadiens à la fin du 19ème siècle. Le portait sociolinguistique qui se dégage aujourd’hui des générations de locuteurs cadiens se présente ainsi: les gens âgés sont bilingues; les gens d’âge moyen le sont également mais l’anglais est leur langue dominante, et la grande majorité des jeunes dont les parents sont bilingues ne parle pas français.

Le contact de langues en Louisiane a favorisé des phénomènes tels que l’emprunt lexical, l’alternance de code, le calque et la relexification. Dans cette communication, nous comparerons la production variable en anglais cadien de structures présentes en français cadien avec la production variable en français cadien de structures appartenant à l’anglais cadien. Les données sont tirées du corpus sociolinguistique de français/anglais cadien regroupant 120 locuteurs bilingues. Ceux-ci vivent encore aujourd’hui dans les paroisses où ils sont nés et ont été élevés. Pour cette étude, nous avons seulement sélectionné les trente locuteurs de la paroisse d’Avoyelles. Nous avons relevé et codifié des mots isolés, des groupes des mots ainsi que des phrases d’origine anglaise et d’origine française dans chacune des bases de données selon des facteurs linguistiques, l’âge et le sexe. Sur l’ensemble des entrevues en anglais tirées du corpus d’Avoyelles comportant environ 81 000 mots, nous avons trouvé seulement 116 alternances d’origine française, soit un total de .01% de la totalité du lexique. Par contraste, le nombre d’alternances (5 738) d’origine anglaise dans les entrevues menées en français (254 000 mots) s'élevent à 2.2%, un pourcentage relativement identique à celui rapporté à la fois par Flikeid et par King pour le français acadien parlé au Canada.

Nous avons codifié trois catégories de mélange de langues inspirées par la méthodologie de Poplack (1993). La première catégorie est l’emprunt lexical d’origine française ou d’origine anglaise de mots isolés, de locutions nominales et de constituants enchâssés dans la syntaxe française ou anglaise. La seconde catégorie se compose d’alternances de groupes de mots phrastiques et intraphrastiques. La troisième catégorie (émergeant de notre corpus et peut-être seulement pertinente pour celui-ci) est une alternance de codes d’ordre discursif comportant plusieurs phrases, et apparaissant au milieu du tour de parole du locuteur ou quand il débute son tour de parole. Nous voulons déterminer si les générations cadiennes font un usage variable des trois catégories à la fois en français et en anglais. Si c’est le cas, cette divergence est-elle interprétable en termes de contact avec l’anglais ou le français?

SARTINGEN, Kathrin & LANDVOGT, Andrea : Stratégies de mise en relief dans le film

La communication vise à analyser et illustrer les manières de mise en relief verbales et filmiques qui sont utilisées lors de la mise en scène. Dans le cadre de cette étude, nous allons regarder de près comment les stratégies propres au médium filmique servent à rehausser et intensifier l’effet de scènes particulières, notamment des passages concernant le rapport de paroles.

Le film est un médium qui combine plusieurs systèmes sémiotiques : des images, des paroles (écrites et parlées), du son, de la musique, etc. Cela signifie qu’à tout moment, l’expression filmique se compose de signes appartenant aux différents niveaux sémiotiques. Ainsi, le film procure un potentiel de combinaisons multiples de ces types de signes qui va de la concordance à la divergence des niveaux d’expression distincts.

Pour la présente étude, il s’agit de montrer comment ce médium polysémiotique exploite des figures rhétoriques connues – afin de rendre justice à ses objectifs esthétiques et communicatifs. Ce sont surtout des questions de montage qui nous intéresseront : Peut-on distinguer de différents types de montage, tel unmontage-amplification, un montage-climax, unmontage-répétition, un montage-paradoxe,un montage-antithèse ou un montage-antiphrase ?

Dans la mesure que ces stratégies sont au fond manipulatrices, elles servent à ‚guider’, voire à influencer, les spectateurs dans leur opinion. Par conséquent, nous envisageons de les explorer dans un corpus de films ‚documentaires’. Il est à montrer que le jeu complexe des divers niveaux d’expression combinant des discours de provenance variée peut servir à un « dé-montage » des énoncés présentés. C’est surtout dans le « discours autre » cité par le film que se jouent – et se révèlent - les stratégies de mise en relief verbale et filmique. Outre leur description théorique, nous essayerons de les illustrer grâce à des séquences de films concrets.

SERPOLLET, Noelle : « Comment est-ce qu’on fait une omelette chez vous ? » Etude des variations pragmatiques et morpho-syntaxiques du corpus oral ESLO

La linguistique de corpus est devenue une méthodologie indispensable à l’étude de la variation, tant du point de vue pragmatique que morpho-syntaxique ou même social. Cette communication se propose d’étudier ces variations synchroniques au sein d’un corpus de français parlé qui présente le portrait sonore d’une ville. Cette archive sonore est le corpus ESLO (Enquête Sociolinguistique sur Orléans, réalisée entre 1969 et 1971). Nous examinerons ici une partie de ce corpus à travers les réponses apportées à la question suivante : « Comment est-ce qu’on fait une omelette chez vous ? ».

Cette question elle-même a été posée sous diverses formes, comme 1a) « Est-ce que vouspourriez m'expliquer comment on fait une omelette ? » ou 1b) « Pourriez-vous m’expliquer comment vous feriez une omelette s'il vous plaît ? » ou bien 2) « Maintenant je vais vous poser une question qui peut-être va vous faire rire mais je la pose quand même, comment est-ce qu’on fait une omelette chez vous madame ? » Au niveau pragmatique nous examinerons les différentes stratégies utilisées pour justifier une question qui pose problème et qui risque de surprendre. Nous observerons ensuite comment la variation dans la formulation de cette question conditionne la réponse au niveau morpho-syntaxique. Nous avons donc été amenée à classifier les variétés de réponses en deux types = recette-occurrence (je + participe passé) et recette-type (utilisation de on ou vous + présent) selon que la question est directe (cf. exemples 1) a et b) ou qu’elle se trouve dans une zone de transition (cf. exemple 2)) et selon le pronom que l’interviewer a utilisé : l’alternance entre « comment vous, vous faites » et « chez vous» / vous et « m’expliquer » / « comment on fait » et « chez vous » entraînera l’alternance correspondante entre je / vous/ on dans la réponse).

Pour finir, nous présenterons une typologie complète des réponses selon le type de variations non seulement syntaxiques, mais aussi lexicales (diversité du lexique, complexité des unités) et sociales (sexe, âge, niveau socio-professionnel des intervenants) rencontré. Cette typologie pourrait-elle aider à prédire l’identité sexuelle ou l’origine sociale d’un témoin à partir de ses réponses ?

SOBOTTA, Elissa : Expliquer la variation phonologique à l’aide de modèles exemplaristes – l’exemple des clusters obstruante-liquide finals du français

Le contact entre les français régionaux et le français parisien mène par l’emprunt de formes lexicales à la variation et au changement phonologiques. Ces phénomènes ne peuvent pas être analysés dans le cadre de la plupart des modèles phonologiques car ils considèrent le lexique comme marginal. Une nouvelle approche cependant met les représentations au centre de l’intérêt : la phonologie basée sur la parole (usage-based phonology) avec ses modèles exemplaristes.

L’étude se base sur un corpus de 38 heures de parole spontanée, de 100 locuteurs aveyronnais, guadeloupéens et parisiens. L’analyse des clusters obstruante-liquide finals montre des différences lexicales que seule la phonologie exemplariste permet de décrire et d’expliquer :

· Supplétion : L’emprunt d’une nouvelle forme lexicale mène à la coexistence de la forme ancienne et de la forme nouvelle, p.ex. peut-être//~//.

· Changement graduel par l’usage jusqu’à la substitution : La confrontation fréquente avec la nouvelle forme mène à l’augmentation de sa force lexicale et à la diminution ou même à l’élimination de l’exemplaire originel, p.ex. entre //, *//.

· Split : L’emploi dans différents contextes mène à des spécialisations sémantiques ou fonctionnelles, p.ex. autre déterminant vs pronom.

Les raisons pour ces différences lexicales sont à chercher dans la fréquence des contextes dans la parole. Le degré de cohésion (syntaxique et prosodique) joue dans le cas des clusters OL un rôle crucial : entre se trouve toujours en position proclitique et peut être rapproché aux préfixes ; autreet notre se trouvent selon leur fonction – déterminant ou pronom – en position proclitique ou en finale de syntagme etpeut-être, par contre et par exemple forment généralement seuls un syntagme. On peut ainsi conclure : Plus il y a cohésion à l’endroit du cluster OL, plus la liquide est protégée, moins il y a cohésion, plus elle tend à chuter.

SZLAMOWICZ, Jean : De l’écrit à l’oral : éléments de variation syntaxiques et énonciatifs en français.

Contrairement à certaines idées reçues sur la nature de l’oral spontané laissant penser que la langue orale serait une version « dégénérée » de l’écrit mais de nature fondamentalement semblable, nous désirons montrer, après les travaux de Mary-Annick Morel et Laurent Danon-Boileau sur le français contemporain, qu’il s’agit de différences plus profondes. Si les variations entre écrit et oral laissent apparaître des éléments pragmatiques (utilisation de la voix, face à face), c’est l’organisation syntaxique de la langue elle-même, arc-boutée sur un moule intonatif contraignant, qui change radicalement. Nous évoquerons ces facteurs pragmatiques (travail de formulation, tours de parole) mais également les différences de syntaxe profondes entre écrit et oral, décrivant notamment les éléments composant le paragraphe oral qui est délimité par son unité intonative. Il est composé du préambule (comprenant ligateur, point de vue, modus dissocié, cadre, support lexical disjoint) et du rhème et éventuellement du post-rhème. Ces variations entre écrit et oral s’expliquent par la mise en œuvre de la dimension co-énonciative d’une manière nécessairement asymétrique à ce qui se produit à l’écrit. A cet égard, nous exposerons notamment notre concept de co-énonciation indiciée, marquant un rapport co-énonciatif qui met spécifiquement en jeu les indices intonatifs dans la relation intersubjective.

Références bibliographiques

BADER F. (1986), Structure de l'énoncé indo-européen, Bulletin de la Société de linguistique de Paris, LXXXI tome I, 71-115.

CANDEA M. (2000), Contribution à l’étude des pauses silencieuses et des phénomènes dits d’« hésitation » en français oral spontané, thèse, Paris III.

MOREL M-A., BOUVET D. (2002), Le ballet et la musique de la parole, Paris, Ophrys.

MOREL M-A. DANON-BOILEAU L. (1998),Grammaire de l’intonation, l’exemple du français, Ophrys, Paris.

PASSOT F., SZLAMOWICZ J. & VIALLETON E. (2001), Les interrogatives en anglais oral spontané : intonation et énonciation, Anglophonia-Sigma n°8, p.125-152, Toulouse.

SALAZAR-ORVIG A. (1999), Les Mouvements du discours, Paris, L’Harmattan.

SCHIFFRIN D. (1987), Discourse Markers, Cambridge, CUP.

SZLAMOWICZ J. (2003), Les ligateurs énonciatifs et la prosodie, une gestion de la co-énonciation en anglais, dans éds. Mettouchi A. & Ferré G.,Interfaces prosodiques, actes du colloque IP2003, Nantes,.

SZLAMOWICZ J. (2003), Les pauses en anglais : de la faillite du silence à la structuration linguistique, ou de l’iconique au conventionnel, Correct, incorrect en linguistique anglaise, Saint-Etienne, Cierec Travaux 113.

SZLAMOWICZ J. (2005), Ligation, Intonation, Enonciation. La construction du rapport à l’autre à l’oral en Anglais. Ed. Evrard I., Représentation du sens linguistique III, Actes du colloque de Bruxelles (à paraître)

TRAVERSO V. (1996), La conversation familière, analyse pragmatique des interactions, Lyon, PUL.

TIDBALL, Françoise & TREFFERS-DALLER, Jeanine: How to describe a bank robbery? An analysis of motion events in narratives of native and non-native speakers of French in comparison with English

In the current paper we use the typology of lexicalisation patterns developed by Talmy (1985) and Slobin (2004) to study the way British learners of French encode path and manner of movement. Talmy and Slobin distinguish Verb-framed languages (V-languages), such as French and Spanish, from Satellite-framed languages (S-languages), such as English and German: in the former path is expressed by the main verb in a clause (entrer, sortir, etc.), whereas in the latter path is expressed by an element associated with the verb (go in/out/up). In V-languages, elaborations of manner are less codable, and less compact in form, cf. fly out (of the hole), vs. French sortir (du trou) en volant, and a boundary-crossing constraint prevents speakers from using a manner verb and a goal satellite within the same clause.

While many researchers have looked at contrasts between S-languages and V-languages, it remains largely unknown how speakers of S-languages learn to express motion events in V-languages. We provide evidence for the hypothesis that lexicalisation patterns used to express path and manner of movement are so deeply entrenched that learners transfer expressions of motion from English into French. Learners (especially at the lower level) produce sentences such as il court dans la banque, in which a goal satellite is used in combination with a manner verb, which is possible in S-languages he runs into the bank, but not in V-languages, as such sentences violate the boundary-crossing constraint.

The data used are recordings of narratives from 37 learners of French at UWE Bristol. Their narratives are compared with those of 23 native speakers of French and 33 native speakers of English.

TREFFERS-DALLER, Jeanine :Contact-induced variation and change in the use of temporal expressions in Brussels French

In this paper I hope to show how a detailed analysis of the use of temporal expressions in Brussels French can contribute to our understanding of the mechanisms behind contact-induced variation and change. As Thomason (2001) and Jones & Esch (2002: 4) have shown, internal mechanisms of language change have received far more attention from researchers than external factors, and as a result we know much more about the former than about the latter. It remains however very difficult to disentangle internal from external factors in language variation and change. While the use of the expression sur une semaine de temps inj’ai perdu 4 kg sur une semaine de temps from my Brussels French corpus can be explained as the result of influence from the Southern Dutch translation equivalent op een week tijd‘on a week’s time’, there are often competing internal explanations for phenomena that are sometimes too rapidly attributed to transfer.

Temporal expressions form a good topic for a cross-linguistic investigation of transfer, as these expressions are frequent in all corpora. We will follow the methodology proposed in Mougeon (2005) for the investigation of transfer, and compare the occurrence of temporal expressions and their syntactic distribution in three corpora: my own Brussels French corpus (44,000 words), a subset of data from Brussels from the VALIBEL corpus (Francard) and Frantext, an online database of French across the centuries. The analysis shows that some constructions are potentially better explained as archaisms that have survived in Brussels French, whereas others are genuine innovations that result from a process of language contact.

References :

Baetens Beardsmore, Hugo (1971) Le français régional de Bruxelles.

Jones, Mari C. & Edith Esch (2002)Language change: the interplay of internal, external and extra-linguistic factors. Berlin: Mouton de Gruyter.

Mougeon, Raymond, Terry Nadasdi & Katherine Rehner (2005). Contact-induced innovations on the continuum of language use: the case of French in Ontario. In Treffers-Daller & Raymond Mougeon (eds.). Special issue of Bilingualism: Language and Cognition (Cambridge University Press), volume 8, nr 2 . The role of transfer in language variation and change: Evidence from contact varieties of French, pp. 99-115.

Thomason, Sarah Grey (2001) Language Contact. Edinburgh University Press.

Treffers-Daller, Jeanine (in press) Brussels French une fois: transfer-induced innovation or system-internal development. In Treffers-Daller, Jeanine & Raymond Mougeon (eds.) (2005) Special issue of Bilingualism: Language and Cognition (Cambridge University Press), volume 8, nr 2 (2005). The role of transfer in language variation and change: Evidence from contact varieties of French, pp. 145-157.

Databases:

Valibel database: http://valibel.fltr.ucl.ac.be (Francard, Louvain-la-Neuve)

Frantext: http://www.atilf.fr/_ns/atilf.htm

TSIRLIN, Marc : « Y a-t-il vraiment intérêt à augmenter à l’infini le nombre d’entités inaudibles et invisibles ? »

Depuis plus de cent ans, des linguistes (entre autres, Gauthiot 1902 ; Bally 1922 ; Jakobson 1939 ; Frei 1950 ; Sebeok 1975 ; Anscombre 1986) cherchent à découvrir toutes sortes d’entités implicites (signes zéro, vides, ellipses, pauses, etc.) et à les classifier. Ces derniers temps, la quantité des travaux sur le sujet a de nouveau augmenté (Langages 1991 ; Travaux linguistiques du CERLICO 1996 et 1997 ; Tsirlin 1998 et 2002 ; Adler 2005). Avec cela, il y a toujours eu des opinions sceptiques sur l’existence même d’éléments implicites autonomes (par exemple, Meier 1961 ; Giry-Schneider 1991), le fait qui s’explique, en partie, par l’absence fréquente d’homogénéité fonctionnelle entre les signes linguistiques de même nom dans les langues à comparer. Un exemple typique dans ce sens est le soi-disant article zéro en anglais se distinguant par ses fonctions à bien des regards (sinon à tous) de son homonyme français et se rapprochant plutôt de ses variétés explicites : défini, indéfini et partitif. D’un autre côté, comme on sait, un signe peut changer de fonction ou cesser d’exister ou, au contraire, apparaître dans la même langue traversant des étapes successives de son évolution. Dans notre communication, nous nous proposons d’analyser différentes causes et conséquences de l’état actuel de choses en la matière et de formuler les critères essentiels de délimitation pour des silences significatifs variés. L’application de ces critères devrait, à notre avis, non seulement contribuer à la résolution du fameux problème des signes implicites, mais permettrait également de voir sous un jour nouveau beaucoup d’autres phénomènes linguistiques controversés.

Références bibliographiques :

Adler S., (2005) : Un paramètre discursif dans l’ellipse des régimes prépositionnels.JFLS, Cambridge University Press, v.15, n.3, pp.219-234.

Anscombre J.-Cl., (1986) : L’article zéro en français : un imparfait du substantif ? Langue française, Déterminants et détermination, Paris, Larousse, n.72, pp.4-39.

Bally Ch., (1922): Copule zéro et faits connexes. Bulletin de la Société de linguistique de Paris, t.23, fasc. 1, n.70, pp.1-6.

Frei H., (1950) : Zéro, vide et intermittent. Zeitschrift für Phonetik und allgemeine Sprachwissenschaft, Heft ¾, S.161-191.

Gauthiot R., (1902) : Note sur le degré zéro. Mélanges linguistiques offerts à M. Antoine Meillet, Paris, pp.49-60.

Giry-Schneider J., (1991): L’article zero dans le lexique-grammaire des noms prédicatifs. Langages, Absence de déterminant et déterminant zéro, par Jean-Claude Anscombre, 102, Paris, Larousse, pp.23-35.

Jakobson R., (1939) : Signe zéro.Mélanges de linguistique offerts à Charles Bally, Genève, Georg, XII, pp.143-152.

Langages, (1991): Absence de déterminant et déterminant zéro, par Jean-Claude Anscombre, 102, Paris, Larousse.

Meier G.F., (1961) : Das Zero-Problem in der Linguistik. Kritische Untersuchungen zur strukturalistischen Analyse des Relevanz sprachlicher Form, Berlin, Akademie-Verlag.

Sebeok Thomas A., (1975): Six Species of Signs: some propositions and structures. Semiotica, 13, pp.233-260.

Travaux linguistiques du CERLICO, (1996) : Absence de marques et représentation de l’absence, par Jean Chuquet et Marc Fryd, PressesUniversitaires de Rennes, n.9, v.1.

Travaux linguistiques de CERLICO, (1997) : Absence de marques et représentation de l’absence, par Gérard Deléchelle et Marc Fryd, Presses Universitaires de Rennes, n.10, v.2.

Tsirlin M., (1998) : Remarques sur l’article intermittent français et quelques faits connexes.Actes du XXIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes, v.VI : De la grammaire des formes à la grammaire du sens, Bruxelles, Max Niemeyer Verlag, pp.543-548.

Tsirlin M., (2002) : La prépositionde et le problème de l’implicite dans l’article français. Actes du Colloque PREP AN 2000, Université de

Tel-Aviv, 3-9 septembre 2000, Publication de l’Université Marc Bloch (Strasbourg-2), SCOLIA, n.15, pp.177-184.

TYNE, Henry & BILGER, Mireille : Les séquences « rection » en français langue seconde

A partir de l’Approche Pronominale, développée par K. Van den Eynde et C. Blanche-Benveniste (voir Blanche-Benvensite et al. 1984), et des apports des études en macro-syntaxe (entre autres, Blanche-Benvensite et al. 1990) il est possible d’analyser les productions à partir des relations fonctionnelles qu’entretiennent les différents éléments. Ce type d’analyse permet de segmenter le discours en « séquences fonctionnelles », lesquelles forment des unités. L’idée d’étudier la distribution de ces séquences (en français L1) a été proposée par Bilger & Campione (2002), et ces auteurs ont montré que la distribution de certains types de séquences fonctionnelles variait selon le type de production.

Nous nous proposons ici de rendre compte de la typologie et de la distribution des séquences rection (SéqR), relevées dans les productions orales d’apprenants du français et de locuteurs francophones natifs. Cette étude comparative nous permettra de relever des différences quantitatives dans l’emploi des séquencesSéqR dans les deux groupes (apprenants et natifs). Cela nous permettra également de signaler que les apprenants de niveaux différents se distinguent non seulement en fonction du quantitatif mais aussi en fonction du qualitatif, ainsi que dans l’emplacement des SéqR dans les unités syntaxiques.

BLANCHE-BENVENISTE Claire et al., 1984, Pronom et syntaxe : l’approche pronominale et son application au français, Paris, SELAF.

BLANCHE-BENVENISTE Claire et al., 1990, Le français parlé : études grammaticales, Paris, Editions du CNRS.

BILGER Mireille & Estelle CAMPIONE, 2002, « Propositions pour un étiquetage en ‘séquences fonctionnelles’ », Recherches sur le français parlé17, pp. 117-36.

VIOLON-WIGENT: Anne : La loi de position revisitée : Le cas des voyelles moyennes en français briançonnais

De nombreux chercheurs ont montré la régularité de la loi de position pour les voyelles moyennes dans le sud de la France. A l’aube du 21e siècle, avec l’influence grandissante du français parisien, les locuteurs méridionaux continuent-ils à suivre cette loi sans exceptions ? Cette présentation se propose d’analyser la situation actuelle des voyelles moyennes dans la région de Briançon (Hautes-Alpes), une région restée géographiquement reculée et isolée des influences extérieures pendant de nombreuses années.

Un échantillon de 27 locuteurs forme la base de cette étude pour laquelle plusieurs facteurs sont pris en compte. Les facteurs linguistiques incluent la structure syllabique à la base de la loi de position (syllabe ouverte ou fermée), l’identité de la voyelle (/E/, /Œ/ ou /O/), la position dans le mot (syllabe finale ou non-finale), l’étendue d’utilisation du mot (nationale ou régionale) et le registre de langue (conversation ou lecture). A ces facteurs s’ajoutent des facteurs sociaux, tels que l’âge des locuteurs, leur sexe, leur niveau d’éducation, l’origine géographique des parents, etc.

Les résultats montrent que la loi de position n’est plus une loi absolue dans la région de Briançon. En effet, les locuteurs les plus jeunes ne suivent pas cette loi dans de nombreux cas et en particulier dans le cas des syllabes finales de certains mots nationaux comme ‘jaune’ et ‘rose’. Il semble aussi que les trois voyelles moyennes ne soient pas affectées de la même façon puisque /E/ et /Œ/ suivent davantage la loi de position que /O/. La différence entre les groupes d’âge coïncide avec la fin de la deuxième Guerre Mondiale qui a profondément changé la structure sociale dans le Briançonnais. Le développement d’une économie de service a sonné la fin de l’isolement et a entraîné l’ouverture vers d’autres horizons et variétés de langue.

VITEZ, Primoz: Stressing the French television «accent»

Prosodic features as they are actualized by professional speakers on French TV-news programmes present some specific functional characteristics. As the television speech has a wide social influence on the development of the linguistic competence in general, these specifics may globally affect the prosodic image of the speech performances within French language communities.

The analysis of a recorded corpus reveals that one of the two typical manifestations of prosodic marking of syllables in French, i.e. lexical stressing, is actually being sistematically redefined. Affecting the first syllable of the lexical unit, its use has been revealed as an automatized proceeding in the structuring of informational media messages. The routine of such utilization allows to conclude that stress no longer figures exclusively as a feature of lexical level; it becomes gradually and (in the media discourse) systematically a prosodic property of the whole accent unit, which in French utterances is a virtual category depending on communicative intention and on the speech rate. This means that - in specific types of speech - the stress regularly affects the first syllable (regardless of its accentuability, e.g. articles or personal indicators je, tu, il) of a relatively large segment in the speech chain.

Given the delimitative and orientative function of the other accentual type in French, i.e. the final accent, the accentual unit is in these conditions being prosodically marked on its both limits: at the beginning (stress) and at the end (final accent). Stressing the first syllable of the unit can therefore be explained as functionally redundant and lacking any structural motivation. However, its undoubtedly perceived manifestation can be interpreted as an intervention of a prosodic feature carrying out the phatic functioning of the specific utterances and speech itself.

Williams, Lawrence & van Compernolle, Rémi A. : Variation of negative particle use in electronic French discourse: Educational and non-educational contexts

This presentation aims to compare variation of French negative particles as they are used in synchronous electronic discourse (i.e., real-time chat) in educational and non-educational communication environments. After presenting the distribution of two-particle (2Neg) negation (e.g.,ne...pas) and single-particle (e.g., Æ...pas) negation in each corpus, we will focus on an analysis of the use of 2Neg and 1Neg in selected semantic, syntactic, and pragmatic environments.

The data from the non-educational context (NEC) show a relatively low rate of ne use in most types of negation (e.g., pas, rien, jamais, etc.) and sentence types (e.g., declarative, interrogative, etc.). However, the use ofne is higher in direct imperative phrases with post verbal negation, which might be explained by the fact that ne is used to emphasize a negation or prevent confusion. The data also suggest that ne has a certain ludic function in some semantic environments (e.g., imitations, jokes, truisms, etc.). The NEC data also provide many examples of negated verbal clauses in which the subject clitic pronoun has been dropped (e.g., faut pas, y a pas, etc.), which resembles the use of these expressions in spoken French.

Data from the educational context (EC) suggest that students (first, second, and third year U.S. university levels) learn and use primarily formal or standard structures (e.g.,ne and pas in negation), even when engaging in small-group discussion with peers, which would be an ideal time to practice using less formal discourse that might be inappropriate when addressing a teacher. The lack of sociostylistic and pragmatic variation in the EC data are—at least in part—due to the sometimes less-than-authentic discourse presented and used in many U.S. French textbooks and pedagogical materials.


[1]Les corpus littéraire et journalistique présentent en gros les mêmes tendances. Les données de l’écrit oralisé n’ont pas encore été entièrement encodées et nous préférons ne pas avancer de conclusions prématurées pour cette partie du corpus.

[2]Afin de vérifier la valeur de nos hypothèses et conclusions, nous ferons une rapide comparaison avec les structures en (au)tant que.


Catégories

Lieux

  • Bristol, Grande-Bretagne

Dates

  • mardi 05 septembre 2006

Contacts

  • Kate Beeching
    courriel : Kate [dot] Beeching [at] uwe [dot] ac [dot] uk

Source de l'information

  • Defay #
    courriel : emmanuel [dot] defay [at] univ-lyon2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Variations, variétés », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 11 mai 2006, http://calenda.org/191564