AccueilLa genèse de la décision : chiffres publics, chiffres privés dans la France du XXe siècle

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Publié le lundi 29 mai 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Ces journées d'études invitent les historiens et les spécialistes des différentes sciences humaines et sociales à s'intéresser à la construction et aux usages des outils statistiques, qu'ils soient publics ou privés, dès qu'ils servent la prise de décision.

Annonce

La genèse de la décision : chiffres publics, chiffres privés dans la France du XXe siècle

Université Paris VIII-IDHE/CNRS – Université Paris XII-Institut Jean-Baptiste Say

Béatrice Touchelay - Philippe Verheyde

Journées d’études

Orientation générale et problématique

L’organisation de deux journées d’études en 2006 et en 2007 vise à stimuler les réflexions sur les relations qui s’établissent entre la décision, qu’elle soit publique ou privée, et l’élaboration des données quantitatives dans la France du XXe siècle.

La période retenue, des années 1880 à nos jours, correspond à l’affirmation d’un appareil statistique performant, à l’émergence et au développement d’une normalisation et d’une harmonisation comptables et à la diffusion des pratiques de gestion dont le point commun s’articule autour de la nécessité de « penser le chiffre ». Les travaux d’Eric Brian (La mesure de l’Etat. Administrateurs et géomètres au XVIIIe siècle, Albin Michel, 1994), d’Alain Desrosières (La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, La Découverte, 1993), de Michel Volle (Histoire de la statistique industrielle, Economica, 1982) et les contributions et témoignages réunis par Joëlle Affichard (Pour une histoire de la statistique, deux tomes, INSEE/Economica, 1987) peuvent naturellement servir de référence, et/ou de point de départ à la réflexion.

Le chiffre, quel qu’il soit et d’où il émane, peut être abordé à travers ses fonctions ou finalités majeures :

- un instrument de mesure, de comptage et/ou de quantification

- un moyen pour développer la vérification interne

- un outil permettant d’anticiper, de prévoir et/ou de comparer

- un appareil au service du contrôle externe

- un outil de gestion, de légitimation et/ou de pouvoir

Sans négliger les critiques qui doivent être adressées à ces chiffres (science sans conscience…), nous formulons l’hypothèse que leur affirmation joue un rôle moteur à la fois dans la mise en place d’un Etat moderne, mais aussi dans l’évolution des formes de gestion privée des entreprises, puisqu’ils permettent à l’ensemble des décideurs de disposer d’instruments présentés comme scientifiques pour étayer leurs décisions. Ces journées permettront de discuter cette hypothèse.

Le champ couvert est très vaste puisqu’il va de l’étude des institutions produisant des statistiques publiques ou privées, à celle des outils eux-mêmes, à l’examen des motivations et de l’usage de leurs commanditaires et de leurs utilisateurs. Un tel champ est propice à une approche pluridisciplinaire. Les comptables, les gestionnaires, les économistes, les sociologues et les juristes qui adoptent une démarche historique sont fortement invités à se joindre aux historiens pour nourrir la réflexion commune en éclairant les aspects techniques de l’élaboration des statistiques ou de comptabilités et surtout en permettant de souligner leurs enjeux.

Après la première journée organisée le 7 avril 2006 à l’Université de Paris XII–Créteil et qui portait plus particulièrement sur les chiffres et l’Etat et leurs rôles dans la décision, une deuxième journée est organisée au début de 2007.

2ème journée d’études

Vendredi 9 février 2007

Université de Paris VIII - Saint-Denis

Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis

LA GENESE DE LA DECISION

chiffres privés : construction, usage et perception

La seconde journée veut s’intéresser aux chiffres établis par les acteurs de la vie économique (entreprises, associations et/ou syndicats professionnels et ouvriers, banques et établissements financiers, par exemple). Elle vise à développer la réflexion sur la manière dont les acteurs élaborent leurs propres repères chiffrés, sur leurs motivations, sur la diffusion et sur les usages de ces chiffres ainsi que sur leur réception éventuelle par les tiers. Elle cherche à évaluer la « qualité » et les finalités de ces outils. L’histoire et l’usage des notions comptables – amortissement, bénéfices, bilan, etc. - qui émergent peu à peu et les enjeux qu’ils induisent trouvent naturellement toute leur place dans cette journée. L’examen critique des chiffres privés et de leurs enjeux constituent les axes privilégiés de la réflexion.

Comme pour la précédente journée, nous souhaitons lancer un appel à communication le plus large possible qui puisse retenir l’attention non seulement des historiens mais aussi des comptables, des gestionnaires, des économistes, des sociologues et des juristes…

Quatre pistes de réflexion, non exhaustives, peuvent guider les propositions :

1°/ Des chiffres privés, pour légitimer ou prendre la décision ?

Des chiffres au service de la décision des dirigeants ? Des actionnaires ? Des salariés ? Des pouvoirs publics (comités d’organisation, direction générale des impôts, autorité des marchés financiers (ex-COB) ? Certains chiffres répondent à des obligations légales (question de la fourniture de documents comptables au comité d’entreprise dans les années 1950 par exemple) et d’autres résultent d’une initiative de l’entreprise désireuse, mais souvent contrainte, d’informer ses partenaires. La présentation de l’histoire de l’obligation comptable est l’une des manifestations de l’augmentation de l’emprise de l’Etat - par l’intermédiaire de la fiscalité - et mérite que l’on s’y intéresse. Il en va de même de la production facultative de chiffres par les entreprises qui est un révélateur des difficultés auxquelles elles se heurtent notamment dans les phases importantes de son développement, le cas des comptes consolidés en étant un exemple parmi d’autres. Aborder l’histoire des entreprises par celle de leurs comptes offre un angle d’approche original et qui devrait s’avérer prometteur.

2°/ Quelles sont les méthodes employées pour produire ces chiffres ?

L’histoire des pratiques de comptabilité et de gestion (calcul du prix de revient par exemple) et leurs effets sur la politique de l’entreprise (politique de prix) est déjà ébauchée, mais elle doit être complétée. Il conviendra par exemple de s’interroger sur le lien entre la rationalisation du travail entre les deux guerres (voir les travaux de Aimée Moutet) et le développement des pratiques de gestion dans les entreprises. Les modalités des études de certains syndicats patronaux sur les salaires par exemple pourront également être présentées. La comparaison des méthodes employées par les différents partenaires pour établir des chiffres (données sur le coût de la vie, données utilisées pour définir les salaires… par exemple…) serait aussi enrichissante.

3°/ Quels sont les moyens mis en œuvre pour produire les chiffres privés ?

Qu’il s’agisse des entreprises industrielles ou commerciales, des cabinets comptables, des syndicats professionnels, …, il s’agit ici de savoir quels sont les instruments utilisés pour produire les chiffres privés. Dans quelle mesure les producteurs de chiffres privés font-ils usage des enquêtes publiques (statistiques de la SGF, puis de l’INSEE ou du CREDOC par exemple) ? Cherchent-ils à s’appuyer sur des sources publiques ? Réclament-ils un cadre comptable (profession et normalisation) pour produire leurs chiffres ? Ces questions ouvrent une multitude de pistes et de travaux qui se situent entre le niveau macro-économique, l’échelle micro-économique, et la dimension méso-économique.

4°/Quels sont les enjeux de ces chiffres privés ?

La question doit être placée à deux niveaux : celui du producteur lui-même pour qui la production et la diffusion de données quantifiées va nécessairement induire des changements d’organigramme (création d’un service comptable, d’un service de gestion, une concurrence entre services n’est pas à exclure…), un partage du pouvoir entre la direction générale, qui doit déléguer une partie du pouvoir qu’elle détient de la connaissance (même approximative) des résultats de l’entreprise… Les enjeux de la production de chiffres se manifestent aussi dans les relations de l’entreprise qui les produit et de son environnement. La défense du sacro-saint « secret des affaires », l’évolution de la législation en matière d’obligation comptable et statistique et de confidentialité constituent un aspect important de la question qu’il faudra examiner afin de déterminer dans quelle mesure et avec quel empressement l’Etat facilite ou ralentit la production de chiffres publics à partir de chiffres privés.

Les réflexions entamées aux cours des journées d’avril 2006 et [certainement] de février 2007 n’épuiseront sans doute pas toutes les interrogations que pose la genèse de la décision. Elargissant le spectre du questionnement, des problématiques nouvelles, centrales et/ou transversales sont apparues et apparaîtront encore, nécessitant de continuer ce chantier. Le souhait de poursuivre des analyses et des approches différenciées sur des questions communes et la volonté de développer une interdisciplinarité effective nous conduiront probablement à proposer pour l’avenir d’autres journées d’études.

Dépôt des propositions

Un descriptif rapide de votre proposition de communication (une page maximum avec titre) ainsi qu’un bref CV sont à envoyer avant le 1er septembre 2006 par voie électronique (préciser dans objet : « Genèse de la décision ») aux organisateurs :

beatrice.touchelay@wanadoo.fr

philippeverheyde@hotmail.com

Comité scientifique

Didier Bensadon, Université de Nantes Nicolas Praquin, Université de Marne la Vallée

Albert Broder, Université de Paris XII Béatrice Touchelay, Université de Paris XII

Danièle Fraboulet, Université de Paris XIII Philippe Verheyde, Université de Paris VIII

Michel Margairaz, Université de Paris VIII


Catégories

Lieux

  • Saint Denis
    Saint-Denis, France

Dates

  • vendredi 01 septembre 2006

Contacts

  • B Touchelay
    courriel : beatrice [dot] touchelay [at] wanadoo [dot] fr
  • P. Verheyde
    courriel : philippeverheyde [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Beatrice Touchelay
    courriel : beatrice [dot] touchelay [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La genèse de la décision : chiffres publics, chiffres privés dans la France du XXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 29 mai 2006, http://calenda.org/191641