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La fabrique de l’honneur

Les médailles et les décorations en France (XIXe-XXe siècles)

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Publié le mardi 06 juin 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Dans l’Europe moderne, la pérennisation du pouvoir de la monarchie, en particulier française, s’est appuyée sur un ensemble de techniques et de pratiques de gouvernement qui vont du processus de curialisation à celui des représentations de la mondanité dont les fondements s’établissent sur une logique de l’honneur. Parmi le dispositif auquel a recours le pouvoir royal, l’attribution d’une médaille ou d’une décoration, permettant de mettre à l’honneur un individu et de le faire entrer dans un espace social restreint qui relève de la proximité du pouvoir, figure comme un usage de plus en plus courant à l’image de l’ordre du Saint-Esprit (1578) ou de celui de Saint-Louis (1693). Les révolutionnaires de 1789 décrètent la suppression de ces ordres royaux mais l’Assemblée Nationale de 1791 considère qu’il y a toujours lieu d’attribuer des marques d’honneur aux citoyens qui l’ont mérité par le service de l’Etat. Bonaparte reconnaît au conseil d’Etat, le 4 mai 1802, qu’une telle technique n’est pas incompatible avec l’idéal républicain.

Annonce

JOURNEE D’ETUDES

UMR CNRS LARHRA (5190) et TRIANGLE (5206)


La fabrique de l’honneur
Les médailles et les décorations en France
(XIXe-XXe siècles)
(Lyon, 28 mars 2007)

Dans l’Europe moderne, la pérennisation du pouvoir de la monarchie, en particulier française, s’est appuyée sur un ensemble de techniques et de pratiques de gouvernement qui vont du processus de curialisation à celui des représentations de la mondanité dont les fondements s’établissent sur une logique de l’honneur. Parmi le dispositif auquel a recours le pouvoir royal, l’attribution d’une médaille ou d’une décoration, permettant de mettre à l’honneur un individu et de le faire entrer dans un espace social restreint qui relève de la proximité du pouvoir, figure comme un usage de plus en plus courant à l’image de l’ordre du Saint-Esprit (1578) ou de celui de Saint-Louis (1693). Les révolutionnaires de 1789 décrètent la suppression de ces ordres royaux mais l’Assemblée Nationale de 1791 considère qu’il y a toujours lieu d’attribuer des marques d’honneur aux citoyens qui l’ont mérité par le service de l’Etat. Bonaparte reconnaît au conseil d’Etat, le 4 mai 1802, qu’une telle technique n’est pas incompatible avec l’idéal républicain : " Je défie qu’on me montre une République ancienne ou moderne dans laquelle il n’y a pas eu de distinctions… ". Ainsi, l’honneur devient une affaire de mérite que les institutions de pouvoir entendent rationaliser afin de fabriquer et de diffuser, à leur guise, un modèle d’élites qui les servent.
Recevoir une décoration, c’est donc être honoré et mis à l’honneur publiquement par l’institution qui la décerne. L’individu qui est ainsi récompensé, incarne désormais un exemple de “vertu” et de “mérite”. L’attribution d’une médaille appartient à une logique de “distinction” et devient progressivement une “technique de gouvernement” auxquelles ont recours nombre d’organisations administratives et d’institutions de pouvoir. Dès le début du XIX° siècle, un véritable engouement pour les médailles et les décorations s’empare de la nouvelle société bourgeoise au point qu’Alain Corbin a pu parler d’un processus de “héroïsation” pour qualifier cette soif d’honneur qui permet à un individu ou à une lignée d’affirmer sa visibilité sociale. Chaque régime politique s’emploie désormais à mettre sur pied une nouvelle “élite de l’honneur” par la création d’une distinction qui donne lieu à l’attribution d’une médaille. L’Empire et la République mais également l’Eglise ont chacun distribué à profusion ces marques de reconnaissance qui signifient l’entrée dans un ordre ou un corps, sorte de nouvelle noblesse. Dès lors, une telle inflation de récompenses honorifiques jusqu’au milieu du XX° siècle doit conduire à s’interroger sur ce phénomène de mise à l’honneur par la médaille et la décoration qui n’a jusqu’alors guère suscité l’intérêt des chercheurs.
Préalablement considéré comme poussiéreux et futile, réservé aux numismates et aux érudits, cet objet d’étude peut être revisité sous une double approche qui envisage la médaille et la décoration comme une technique appartenant aux “sciences de gouvernement” et un outil de fabrication des nouvelles élites pour la société post-révolutionnaire. Il est suggéré de mettre sur pied une journée d’études portant sur les médailles et les décorations dans la France contemporaine des XIX° et XX° siècles, des lendemains de la Révolution avec la création de la Légion d’Honneur (1802) à la Vème République, réorganisant l’attribution des récompenses honorifiques par l’institution de l’ordre national du Mérite (1963). En faisant appel conjointement aux politistes et aux historiens, il est envisagé d’aborder à la fois les multiples aspects entourant la “technique de gouvernement” que suppose l’obtention d’une médaille honorifique par une institution de pouvoir, et les différents profils d’élites que fabrique la “pratique décorative”.




MATINEE : 9h00 -12h30

Accueil : Olivier FARON (ENS-LSH Lyon)

Introduction de la journée : Bruno DUMONS (CNRS Larhra) et Gilles POLLET (IEP Lyon)

Présidence : Olivier FARON (ENS-LSH Lyon)
9h20 Olivier IHL (IEP Grenoble), Les distinctions honorifiques dans la France post-révolutionnaire : une indulgence d’Etat ?
9h40 Natalie PETITEAU (Université d’Avignon), Légion d’honneur et normes sociales
10h00 Anne VERJUS (CNRS Triangle), Le mérite individuel entre familles et patrie à l’aube de l’Empire
10h20 Jacques-Olivier BOUDON (Université Paris IV), Le clergé et l’honneur sous le Premier Empire : l’épiscopat et la Légion d’Honneur

10h40 Discussion
11h00 Pause

11h10 Stéphane GERSON (Université de New York), La mesure de l’érudition. Le Comité des Travaux Historiques et ses correspondants provinciaux (1830-1870)
11h30 Sudhir HAZAREESINGH (Balliol College Oxford), Les vertus de l’honneur : les médailles de Sainte-Hélène sous le Second Empire.
11h50 Bruno DUMONS (CNRS), La romanisation des élites catholiques françaises au XIX° siècle. Ordres et décorations du Saint-Siège

12h10 Discussion

12h30 Repas

APRES-MIDI : 14h30-18h00

Présidence : Gilles POLLET (IEP Lyon)

14h30 Xavier BONIFACE (Université du Littoral Côte d’Opale), Décorer les militaires (XIX°-XX° siècles)
14h50 Jacqueline LALOUETTE (Université Paris XIII), Les villes décorées de la Légion d’honneur. L’exemple des villes bourguignonnes
15h10 Marianne THIVEND (Université Lyon II), L’école républicaine et ses héros : les institutrices et les instituteurs décorés des palmes académiques sous la Troisième République
15h30 Michel DREYFUS (CNRS), Mutualistes, notables et décorations (1852-1945)

15h50 Discussion
16h10 Pause

16h20 Didier RENARD (Université Lyon II), Décorations et carrière administrative : la direction de l’Assistance Publique du ministère de l’Intérieur (1886-1914)
16h40 Olivier VERNIER (Université de Nice), Les décorations “sociales” sous la Troisième République : de la Médaille d'Honneur de l’Assistance Publique au Mérite Social
17h00 Sophie CHAUVEAU (Université Lyon II), Décorer le don : du diplôme au Mérite du Sang (années 1940-1960)
17h20 Frédéric CAILLE (Université de Mulhouse), Une mémoire fragmentée : les décorations entre gouvernement collectif et gouvernement de soi (XIXe-XXe siècles)

17h40 Discussion

Les travaux des deux séances se dérouleront dans les locaux de l’ENS LSH
17, parvis René Descartes - 69007 - LYON

Catégories

Lieux

  • Lyon, France

Dates

  • mercredi 28 mars 2007

Contacts

  • Bruno Dumons
    courriel :

Source de l'information

  • Bruno Dumons
    courriel :

Pour citer cette annonce

« La fabrique de l’honneur », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 06 juin 2006, http://calenda.org/191673