AccueilLe travail comme outil de libération des femmes ?

Le travail comme outil de libération des femmes ?

Colloque organisé par Nouvelles Questions Féministes

*  *  *

Publié le mercredi 07 juin 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Dans les années ‘70 pour le mouvement féministe occidental, le travail rémunéré, comparé au travail domestique gratuit, représentait à la fois l’autonomie matérielle, l’accès à l’espace public et, dans le cadre de la conjugalité hétérosexuelle, l’indépendance face au mari. Il symbolisait la fin de l’assignation à la sphère privée et donc à brève échéance le partage des tâches domestiques et familiales.

Annonce

Dans les années ‘70 pour le mouvement féministe occidental, le travail rémunéré, comparé au travail domestique gratuit, représentait à la fois l’autonomie matérielle, l’accès à l’espace public et, dans le cadre de la conjugalité hétérosexuelle, l’indépendance face au mari. Il symbolisait la fin de l’assignation à la sphère privée et donc à brève échéance le partage des tâches domestiques et familiales. Jusqu’au milieu des années ‘80 les recherches sur le travail féminin sont rares – l’ouvrier englobant l’ouvrière ! -, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ainsi, on observe qu’en dépit de la crise, de la flexibilité et de la précarité grandissantes, le nombre de femmes actives croît régulièrement, mais les enquêtes montrent que la situation des femmes sur le marché du travail ne cesse de se dégrader. Les modalités atypiques d’emploi, dont le temps partiel, sont féminines ; la ségrégation horizontale et verticale est à peine égratignée, l’écart de salaire entre femmes et hommes de formation égale ne se réduit pas ou si peu ; en dépit de leur investissement accru et soutenu dans la sphère professionnelle, les femmes – les mères tout particulièrement - continuent d’assumer la majorité des tâches domestiques et familiales.

On est dès lors en droit de s’interroger sur le caractère émancipateur du travail salarié pour les femmes en particulier, non seulement en raison de ce que leur offre le marché du travail, mais encore au vu de l’efficacité toute relative des mesures politiques et institutionnelles visant à assurer la dite égalité des chances. Ainsi, par exemple, la revendication « à travail égal, salaire égal » est une supercherie puisqu’elle passe outre la ségrégation professionnelle sexuelle ; une énergie folle et coûteuse dans tous les sens du terme est dépensée à tenter de démontrer qu’un emploi dans une branche ou une fonction en vaut un dans une autre. Les dispositions prises pour susciter des carrières féminines, telles qu’à dossier de qualité égale préférence sera donnée aux femmes, ne crèvent pas le plafond de verre auquel les femmes se heurtent. De plus, beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas dans la définition de la carrière selon les critères masculins. Car s’imposer, se placer dans des rapports de concurrence, investir son temps sans compter dans le travail professionnel signifie faire passer au second plan tous les autres aspects de la vie quotidienne.

Mais il y a plus. L’emploi féminin s’inscrit dans le contexte plus large des mutations à l’œuvre dans le monde du travail global. Leurs incidences sur la situation des salarié.e.s sont nombreuses ; trois points en particulier retiennent l’attention. D’abord, les frontières entre sphère professionnelle et sphère privée, entre travail rémunéré et travail gratuit, sont de plus en plus poreuses, à tel point que l’organisation de la vie quotidienne, familiale notamment, est rendue de plus en plus difficile. Or, cette situation, aux incidences multiples et graves, n’est la plupart du temps appréhendée que sous la seule question de la « conciliation entre famille et travail » ; n’est-ce pas là une manière de faire diversion en faisant de la dérégulation salariale, temporelle et spatiale une « affaire de femmes » ?

Si la conciliation se décline au féminin, le chômage, lui, se décline au masculin. Or, les chiffres le montrent, partout en Europe les taux de chômage des femmes sont systématiquement plus élevés que ceux des hommes. Mais le chômage féminin n’a pas le même impact médiatique que celui des jeunes ou des cadres ; le chômage féminin est socialement toléré car insidieusement assimilé à l’inactivité, autrement dit au travail domestique non rémunéré.

Enfin, aujourd’hui plus qu’hier, une des tâches relevant du travail domestique, le travail de consommation (les achats pour le dire vite) est de plus en plus perçu (souvent vécu) comme une forme de loisir, voire une quête d’identité. Ce phénomène mérite réflexion et ce d’autant plus qu’il s’inscrit dans un contexte politique qui fait de la « croissance » l’unique solution à la pénurie d’emploi et à la dégradation des conditions de travail. Il existe une vaste littérature dans ce domaine mais les réflexions féministes sont, semble-t-il, rares (ou méconnues). Qu’avons-nous à dire sur la poursuite effrénée de la croissance ?

En résumé, on est en mesure aujourd’hui de dénoncer, chiffres à l’appui, les injustices faites aux femmes, en revanche on a des difficultés à proposer des projets d’émancipation. Une analyse critique de la production des recherches féministes devrait nous permettre d’interroger la portée émancipatrice du travail rémunéré ; c’est l’objectif de ce colloque. Ainsi, par exemple :

- « À travail égal, salaire égal » : une revendication cache-sexe ?
- Comment se défaire de l’assignation des femmes à la « conciliation famille - travail » ?
- Voulons-nous nous restreindre à la notion de « carrière » au masculin ?
- Qu’est-ce que les féministes ont à dire sur le travail de consommation, fondement de la croissance ?
- Que pouvons-nous retirer des expériences de modes de vie alternatifs et féministes qui tentent de changer le rapport au travail et à la consommation (squat féministe, communauté lesbienne, par exemple) ?

En outre, nous savons déjà qu’une lacune importante des recherches sur le travail, c’est de n’avoir pas pris en considération les situations que vivent les femmes non occidentales ici et ailleurs et les liens systémiques entre leurs conditions de vie et de travail et celles des femmes occidentales. Les différentes approches réunies sous l’étiquette « études post-coloniales » jettent un regard différent sur le travail féminin, salarié ou non, et peuvent de ce fait nous aider dans notre questionnement. Plus largement, comment la réponse à cette interrogation sur le travail se module-t-elle selon l’appartenance de race, de nationalité, de classe, l’orientation sexuelle et selon la nature du travail ?

Les propositions d’une page environ doivent être envoyées pour le 1er juillet 2006 au plus tard
en format Word par courriel à Info-Liege@unil.ch.
La sélection sera transmise d’ici au 6 septembre 2006.
Les contributions retenues seront attendues pour le 15 février 2007.

Une partie des communications sera ensuite publiée dans la revue Nouvelles Questions Féministes.

Catégories

Lieux

  • Lausanne, Confédération Suisse

Dates

  • samedi 01 juillet 2006

Contacts

  • Nouvelles Questions Féministes
    courriel : Info-Liege [at] unil [dot] ch

Source de l'information

  • Gaël Pannatier
    courriel : Gael [dot] Pannatier [at] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Le travail comme outil de libération des femmes ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 juin 2006, http://calenda.org/191675