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Figures of Knowledge and Spaces of Influence in the Arab and Muslim World 18th-21st Centuries

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Publié le jeudi 08 juin 2006 par Corinne Cassé

Résumé

A partir des différentes disciplines (histoire, anthropologie, politologie, musicologie), des chercheurs de diverses nationalités (de l’Europe, du nord de l’Afrique, du Moyen-Orient, de la Turquie, etc.) participant à ce programme transversal s’interrogent sur les modalités et les outils de communication, de persuasion et de pression élaborés et utilisés par les gens de savoir pour agir sur les sociétés des mondes arabe et musulman et, comme conséquence, de constituer des mouvements d’opinion, en allant du local à l’international, entre le 18e et le 21e siècle.

Annonce

« Fabriquer l’opinion publique. Figures de savoir et espaces d’influence dans le monde arabe et musulman (18e–21e siècles) »

A partir des différentes disciplines (histoire, anthropologie, politologie, musicologie), des chercheurs de diverses nationalités (de l’Europe, du nord de l’Afrique, du Moyen-Orient, de la Turquie, etc.) participant à ce programme transversal s’interrogent sur les modalités et les outils de communication, de persuasion et de pression élaborés et utilisés par les gens de savoir pour agir sur les sociétés des mondes arabe et musulman et, comme conséquence, de constituer des mouvements d’opinion, en allant du local à l’international, entre le 18e et le 21e siècle. Nous nous intéressons donc aux acteurs, aux réseaux et aux structures qui façonnent l’opinion publique, à l’implication particulière de ces personnes. La tranche chronologique choisie entre le 18e et le début du 21e siècle est volontairement large, cherchant à inclure les évolutions des nouveaux enjeux internationaux qui se manifestent, en particulier, avec les guerres et les autres trajectoires de la colonisation européenne au 19e et au 20e siècle et le réaménagement des enjeux locaux qui vont contribuer à modifier les contours et l’organisation même de ce monde, s’identifiant aujourd’hui comme « arabe et musulman ».

Programme transversal de recherche :

IREMAM-MMSH, Aix-en-Provence, France

dirigé par :


Randi DEGUILHEM, historienne, CNRS, IREMAM-MMSH, Aix-en-Pce

Hélène HAWAD-CLAUDOT, anthropologue, CNRS, IREMAM-MMSH, Aix-en-Pce


Comment se fabrique l’opinion publique dans le monde « arabe et musulman » moderne et contemporain ? Quelles sont les figures de savoir qui s’impliquent dans cette tâche et pourquoi ? Quels procédés et quels moyens mobilisent-elles pour créer, soutenir ou transformer l’opinion ? Comment construisent-elles leurs espaces d’influence, d’action et de mobilisation dans les sociétés étudiées ?

Ce programme s’intéressera notamment aux modalités et aux outils de communication, de persuasion et de pression élaborés et utilisés par les gens de savoir pour agir sur la société et constituer des mouvements d’opinion. Nous nous intéresserons donc aux acteurs, aux réseaux, aux structures qui façonnent l’opinion publique, à l’implication particulière de ces personnes. Quelles relations mobilisent-elles avec les autres intervenants ? Quels rapports entretiennent-elles avec le pouvoir politique ? Quels moyens utilisent-elles ? Ont-ils une spécificité ?

La tranche chronologique choisie entre le 18e et le début du 21e siècle est volontairement large, cherchant à inclure les nouveaux enjeux internationaux qui se manifestent en particulier avec les guerres de colonisation européenne au 19e et au 20e siècle et le réaménagement des enjeux locaux qui vont contribuer à modifier les contours et l’organisation même de ce monde, s’identifiant aujourd’hui comme « arabe et musulman ».

Figures du savoir et cercles d’opinion

Il s’agira, d’une part, de déterminer le parcours, la formation et le profil de ces personnalités qui parmi les gens de savoir se sont notablement investies dans la vie publique et la formation de l’opinion. Nous essayerons également de comprendre qui sont les récepteurs des conceptions et programmes formulés et directement articulés à la vie de la cité ; et par ailleurs, de déterminer où se recrutent les transmetteurs et les défenseurs des théories proposées, et quels modes d’organisation adoptent les divers groupes d’opinion émergeants.

Formes et contenus des discours mobilisateurs

Un deuxième aspect de cette recherche sera de travailler sur les principes qui structurent les modèles d’opinion défendus par ces gens de savoir, d’analyser les registres d’arguments et de légitimation sollicités, en fonction du parcours de ces personnalités dans des diverses institutions savantes transmettant des connaissances et des référents variés.

Le contexte des positionnements défendus par les gens de savoir sera étudié ainsi que les points de rupture ou les lignes de continuité par rapport aux conceptions existantes qui servent d’assise idéologique au pouvoir en place à un moment donné. Nous nous intéresserons particulièrement aux périodes de changements qualitatifs qui se repèrent dans la restructuration de l’espace public lorsque surviennent des bouleversements profonds engendrés, par exemple, par la colonisation, provoquant des ruptures irréversibles dans certains cas, et qui laissent, bien entendu, des traces jusqu’à nos jours (cf. Arjun Appadurai, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, 2001). Il ne s’agit pas pour autant de négliger les continuités quant aux espaces d’influence dans la société qui vont perdurer même si elles empruntent souvent des formes expressives nouvelles.

Communication et diffusion des opinions sur la scène publique

Enfin, autre volet de cette recherche : les moyens techniques utilisés pour la communication et la diffusion de ces conceptions intéressent également cette réflexion collective. Nous pensons, en particulier, aux outils techniques modernes comme la presse, les cassettes, et l’accès à tous les moyens audio-visuels qui ont renouvelé l’oralité en lui donnant une dimension particulière.

Pour mieux saisir les objets d’étude proposés, les participants à ce programme adopteront des méthodes de recherche et d’analyse complémentaires et croisées sur le plan historique, anthropologique, sociologique, politique, juridique et linguistique.

Au sujet de l’« espace public » : après des études comme celles de Jacques LeGoff sur les intellectuels au Moyen-Âge en France ou bien l’ouvrage collectif dirigé par Nicole Racine et Michel Trebitsch : Intellectuelles. Du genre en histoire des intellectuels (2004), entre autres, nous voudrions, dans ce programme de recherche, étudier les lieux et les circonstances concernant l’élaboration de l’opinion publique dans les sociétés pré-modernes (18e siècle), moderne et tout à fait contemporaine. Les moyens de diffuser les opinions varient, bien sûr, mais former l’opinion publique, enjeu bien présent avant le 19e siècle, faisait partie de visées politiques et savantes : poètes, clergés de toutes confessions, hommes de gouvernement et, plus tard, journalistes intervenant auprès de certains groupes d¹influence dans la société, pour former ou essayer de former l’opinion publique.

En quoi la période 18e - 20e siècle est-elle pertinente ? Favorise-t-elle des comparaisons diachroniques ou permet-elle de mettre en relief des évolutions particulières ? Elle est marquée par les grands bouleversements de la colonisation anticipée par les explorations et notamment par la construction raciologique de l’autre et, à ce titre, permet des comparaisons (à la fois synchroniques et diachroniques). C’est le cadre temporel de ce qui va s’appeler modernité et dont nous portons l’héritage direct. Il s’agit pour nous de repérer un moment critique suivant une chronologie différente dans des sociétés différentes, mais qui va signaler quelque part une modernité et une modernisation où il y aura un changement qualitatif dans la diffusion de cette opinion publique. Ceci sera lié au monde des savants qui va se diversifier et qui aura des moyens différents à sa portée. Pas forcément des moyens plus performants, car les productions orales et leur diffusion sont très puissantes dans les diverses sociétés ; mais, par exemple, les journalistes, à partir du milieu du 19e siècle vont toucher un public énorme dans tout le monde arabe et musulman (et au-delà bien sûr). Ce public ne représente pas seulement les lecteurs des journaux proprement dits, mais tous les cercles formés autour de ces lecteurs (dans les cafés où on lit à haute voix ces journaux, dans les familles et autres espaces de proximité sociale).

Enfin, nous nous intéresserons aux principes qui structurent la forme et les contenus des discours mobilisateurs à une époque donnée et qui souvent utilisent une logique et une rhétorique légitimante communes aux partis qui s'opposent ou plutôt se posent en s’opposant ; également, à l’émergence de nouveaux thèmes mobilisés pour faire bouger l’opinion comme, par exemple, la surinterprétaion du motif du jihad à la période coloniale, ou du messie, ou plus tard de « l’évolution », de la démocratie, etc.

Etudes de cas

Concrètement, il sera proposé, dans un premier temps, d’analyser, sous la forme d’études de cas, des personnalités spécifiques du savoir dans leur relation à l’espace public et au groupe de pression qu’elles contribuent à créer, à façonner, à développer et à rendre agissant dans l’espace sociétal. Comment ces figures emblématiques de divers courants d’influence articulent-elles leur position à l’opinion institutionnalisée, qu’elles s’inscrivent dans l’univers religieux, politique, culturel, technique, artistique – sous toutes ses formes (poésie, narration orale ou écrite, danse, etc.) ou autre ?

A travers les études de cas, une typologie pourrait émerger. Il y aura, bien évidemment, de grandes divergences, vue l’extrême diversité des sociétés étudiées sous le label « monde arabe et musulman », mais aussi des axes communs dans la fabrication de l’opinion publique, entérinée, transmise ou contestée dans des espaces d’influence soumis à divers facteurs structurants : par exemple, les lieux et les modes d’habitation (urbain, rural, sédentaire, nomade), ainsi que les espaces culturels ou religieux qui transcendent les différences de mode de vie. Les provenances socio-économiques et les parcours de formation des gens de savoir ainsi que ceux des destinataires de ces savoirs jouent également leurs rôles, conditionnant de quelle manière, pour quelles raisons, auprès de qui et dans quels réseaux passent tels savoirs plutôt que d’autres, tel contenu et telle forme relationnelle qui font sens dans un lieu donné, mais pas forcément dans un autre.

Ces itinéraires différents seront examinés non seulement pour ce qui est des personnalités célèbres mais aussi d’individus moins en vue ayant joué néanmoins des rôles important dans le domaine de la fabrication de l’opinion et de son soutien ou, en revanche, de la création d’opinions qui vont à contre-courant de l’opinion reçue. Nous tenterons de dégager les motivations et les modes d’actions de ces gens de science, formés pour certains dans de grandes structures éducatives étatiques, et pour d’autres dans des réseaux de savoir d’une autre nature. Nous prendrons en compte enfin le fait que si les modalités d’engagement sociétal des gens de savoir sont plurielles, elles sont fortement liées aux contextes politiques et aux marges de manœuvre possibles dans telle ou telle société à un moment donné.

Randi Deguilhem deguilhem@mmsh.univ-aix.frrandi.deguilhem@wanadoo.fr

Hélène Hawad-Claudot hawad@univ-aix.frclaudothawad@mmsh.univ-aix.fr

Catégories

Lieux

  • Jordanie
    Amman, Jordanie

Dates

  • mercredi 14 juin 2006

Contacts

  • Randi Deguilhem
    courriel : randi [dot] deguilhem [at] gmail [dot] com
  • Hélène Hawad-Claudot
    courriel : hawad [at] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Randi Deguilhem
    courriel : randi [dot] deguilhem [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Creating Public Opinion », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 08 juin 2006, http://calenda.org/191682