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Les ruptures dans la société de l’information et l’économie du savoir

Colloque International de l'Université de Tunis El-Manar

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Publié le samedi 10 juin 2006

Résumé

Dans les pays émergents, les nouvelles technologies de l’information et la société du savoir semblent supplanter la société industrielle, qualifiée désormais de « classique ». Comme tout phénomène exogène qui ne relève pas de l’auto dynamisme intérieur et endogène de la société, il implique de nouvelles adaptations, de nouveaux aménagements. C’est à la sociologie des ruptures, nouveau paradigme en formation, qu’est dévolue cette double tâche heuristique et de transformation.

Annonce

Le colloque International de l'Université de Tunis El-Manar, se tiendra à Tunis le 15-16-17 Février 2007, sur le thème: "Les ruptures dans la société de l’information et l’économie du savoir"

APPEL A COMMUNICATIONS

Colloque International

Université de Tunis El-Manar, 15-16-17 février 2007

Alain Touraine annonçait, il y a vingt ans, la société de l’information dans son ouvrage Le retour de l’acteur. Ce phénomène est aujourd’hui universel. Les nouvelles technologies de l’information, la société du savoir semblent supplanter la société industrielle, qualifiée désormais de « classique ». Comme tout phénomène exogène qui ne relève pas de l’auto dynamisme intérieur et endogène de la société, il implique de nouvelles adaptations, de nouveaux aménagements. C’est à la sociologie des ruptures, nouveau paradigme en formation, qu’est dévolue cette double tâche heuristique et de transformation.

A cet effet, l’Université de Tunis El Manar organise un colloque international sur les ruptures engendrées par les nouveaux phénomènes, sur les tendances à l’œuvre ainsi que sur leurs perspectives, et propose à la réflexion des participants les axes suivants :

Le premier axe : la ségrégation de type sexuel

Sans remettre en cause les acquis réalisés par l’émancipation féminine au détriment de la société patriarcale, peut-on aujourd’hui soulever la problématique de l’usage qu’en fait l’économie dans ses objectifs de productivité et de croissance économique au mépris des enjeux sociaux ? Le patriarcat et le capitalisme, dans leur phase d’apogée, ont réduit la femme à être l’auxiliaire obéissante de l’homme. Aujourd’hui les tendances à l’œuvre, tout en détrônant le caractère absolu du patriarcat classique, offrent une évolution du nouveau capitalisme vers une ségrégation sexuelle, en apparence au profit des femmes (sur le plan purement quantitatif : 60 à 65% des étudiants en Tunisie sont de sexe féminin, à titre d’illustration), mais, au fond, génératrice de tensions futures entre les deux sexes.

Quels sont donc les aménagements nouveaux que se donnent les facteurs de rupture dans les nouvelles situations générées par la société de l’information annoncée par les sciences sociales ? Quels sont les moyens à même de conjurer les effets de tels facteurs de rupture ?

Le deuxième axe : l’exclusion professionnelle (l’employabilité)

La nouvelle société qui émerge à l’ère des TIC (technologies de l’information et de la communication) et des données toujours renouvelées de la société de l’information tend à créer un fossé entre une minorité qui va en se rétrécissant (sous l’effet traditionnel de l’invasion des machines et des conquêtes technologiques, dont les travaux de Jurgen Habermas ont stigmatisé l’empreinte idéologique), qui occupe des emplois et constitue une population active à l’abri du désœuvrement et du chômage, et une majorité de plus en plus grandissante en termes quantitatifs, mais réduite au désœuvrement et à la société de consommation, sollicitée par la profusion des espaces de loisir, de culture et d’information qui l’appellent à consommer tout en l’excluant du marché de l’emploi.

Comment peut-on rééquilibrer (dans la sphère du travail et de la production de la richesse) le rapport entre masse effective de travail et masse critique de chômage, de façon à rendre nos sociétés moins soumises aux aléas et aux soubresauts nés d’une gestion déficiente des ressources humaines et d’une mauvaise allocation du facteur « emploi » ?  Comment initier une politique, en matière professionnelle, moins exclusiviste ? En quoi l’emploi est-il à articuler avec les besoins de la société, que le marché de l’emploi est censé refléter ? Quels sont les emplois utiles à nos sociétés, quels sont ceux qui sont artificiels ? Quels sont les emplois prioritaires, exigeant une formation des ressources humaines correspondante, et quels sont les emplois moins prioritaires, pouvant être traités dans la marge auxiliaire de la formation prioritaire ? Quels emplois génèrent des richesses matérielles, quels emplois génèrent des richesses immatérielles ? Quel personnel, quel employé, quel travailleur manuel ou intellectuel favoriser ? Quels rapports entre ces deux types d’emplois ? Quelle formation y pourvoir ? Qu’attend-on des enseignements en amont de l’enseignement supérieur à la lumière d’une telle problématique de l’employabilité soumise à l’épreuve des ruptures dans la nouvelle société de l’information ?

Le troisième axe : dans le domaine du travail l’élitisation provoquée par la tendance prégnante du secteur immatériel et des métiers « nobles » sur le secteur matériel1

La tendance prégnante et grandissante des activités immatérielles, (sous l’effet de la nouvelle société qui émerge), sur les activités matérielles, est en train de générer, sur le plan de la hiérarchie sociale, un fossé entre ces deux types de populations en faveur des détenteurs d’emplois nobles2 et/ou immatériels. L’élitisation de l’emploi, en cours, comporte des risques que l’on doit prévenir.

Comment peut-on restituer au travail matériel le « statut » qu’il occupait dans la société industrielle ou dans la société principalement agraire ? Continuera t-on à fonctionner sur le mirage essentiel de la société de l’information qui consiste à valoriser le spéculatif sur le matériel, l’improductif sur le productif, ou bien oeuvrera t-on à conjurer cet axe de rupture nodale ?

Ces axes sont énoncés à titre indicatif, pour stigmatiser certaines orientations des ruptures en cours. Il appartiendra au colloque d’en dégager d’autres, d’en préciser davantage les contours et d’élargir le débat autour de ces questions essentielles.

Le quatrième axe : le décrochage entre les générations

Comme phénomène irréversible : le vieillissement s’avère être, au-delà de ses aspects positifs liés au bien-être (longévité et espérance de vie plus grande que par le passé), porteur de problèmes quant aux conséquences socio-économiques (dénatalité, population active cotisante, déséquilibre au niveau de la Sécurité Sociale). Ces problèmes sont d’autant plus aigus que l’offre d’emploi se rétrécit, comme cela a été mentionné dans l’axe sur l’exclusion professionnelle, et que les régimes de protection sociale prennent de plus en plus leurs distances à l’égard de la philosophie de la solidarité des générations, qui a prévalu durant des décades voire pour plus d’un siècle. Les taux de couverture des allocations de retraite par l’apport des actifs d’aujourd’hui battent de l’aile, le rapport A/R va dans un sens défavorable à une retraite paisible et les problèmes de reconnaissance sociale vont poser de graves questions de légitimité sociale.

Le cinquième axe : énergie et ruptures :

L’énergie est un double facteur de rupture, par la pénurie (ou manque) qui menace la planète (le prix du baril grimpe à une vitesse vertigineuse, à ce jour inégalée), mais aussi par la pollution qu’elle génère au risque de mettre la vie sur terre en danger : les pronostics à cet effet se caractérisent par le pessimisme scientifique.

La société de l’information et l’économie du savoir appartiennent à l’âge de l’intensification des flux de communication. Par leur consommation énergétique élevée, elles auront à faire face à la pollution écologique, phénomène à agréger à la pollution provoquée par la société industrielle et que cristallise le mieux le secteur du transport.

Quel effets de ruptures provoquent les secteurs de transports sur « l’éco-système social » ? quelle société de l’information pourrait-on prôner, exempte des effets de rupture dus à la pénurie envisageable des sources traditionnelles d’énergie ? quelle société de l’information pourrait-on prôner exempte des effets de la pollution provoqués par un usage inconsidéré de l’énergie ?

Le sixième axe : société de l’information et économie du savoir, l’agenda qui attend l’Université :

Un sixième axe peut être orienté vers la formulation de propositions dérivées des efforts scientifiques du colloque. Ces propositions sont à inscrire dans le rapport de l’université à ces ruptures (effectives ou imminentes) : Quel enseignement supérieur nous évitera-t-il ces dysfonctionnements ? Quel personnel scientifique devrait-on promouvoir dans les allocations des ressources humaines à l’échelle de l’université ? Quel type de programmes pédagogiques et de contenus scientifiques (modules etc.) faudra-t-il initier à l’avenir ? Quelle organisation des disciplines, des filières, des cycles, des diplômes devrons-nous promouvoir ? Quelle serait l’organisation administrative conséquente à ces acquis heuristiques dégagés par le colloque et ses prolongements éventuels ? Quelle réforme institutionnelle correspondrait à cette nouvelle vision ? En définitive, quelle finalité heuristique poursuivre par l’Université dans son rapport à l’environnement social caractérisé par l’avènement de l’économie du savoir et de la société de l’information ?

Date de tenue du colloque : 15-16-17 (jeudi-vendredi-samedi)février 2007.

Fiche d’inscription

Abstract : 30 septembre 2006.

Communication rédigée : 1er décembre 2006.

Pour toutes correspondances :

laroussi_amri@yahoo.com

Aida.Mekni@utm.rnu.tn

Comité scientifique :

Zeineb Mamluk, Laroussi Amri, François Vedelago, James Miller, Amel Aouij.

 

1 On peut exprimer cela sous une forme classique : rapport entre activités productives et activités « spéculatives ». Cela suppose que le travail immatériel est plutôt improductif. Cela est vrai en partie : le commerce électronique est classé dans l’immatériel. Mais il est pourvoyeur de gains matériels et peut être considéré sous cet angle comme productif et non pas improductif. Ceci d’un côté, d’un autre côté, cependant, il peut être considéré comme improductif dans le sens matérialiste du terme, à savoir qu’il ne produit pas une richesse matérielle brute et inscrite dans les deux secteurs de production essentiels : l’agriculture et l’industrie.

2 Par emploi noble on désigne les activités professionnelles qui ne produisent pas de richesses matérielles. On les trouve dans le commerce (courtiers, agents de négoce), le service (intermédiaires entre le savoir et ses usagers : cyberespace), dans les espaces de culture et de loisir (médiateurs culturels et touristiques, animateurs, employés dans le secteur sportif) dans les professions libérales (avocats, médecins) ou para-libérales (universitaires, chercheurs). Par symétrie sémantique on qualifie dans la linguistique classique les emplois productifs de métiers vils.

Catégories

Lieux

  • Université de Tunis El-Manar
    Tunis, Tunisie

Dates

  • samedi 30 septembre 2006

Fichiers attachés

Contacts

  • Laroussi AMRI
    courriel : laroussi_amri [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • François Vedelago
    courriel : vedelago_francois [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les ruptures dans la société de l’information et l’économie du savoir », Appel à contribution, Calenda, Publié le samedi 10 juin 2006, http://calenda.org/191688