AccueilL'étude et l'observation des professionnels et institutions de soin : positions du chercheur et regards des professionnels

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Publié le jeudi 15 juin 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Ces journées ont pour objectif de discuter des relations qui se constituent entre enquêteurs et enquêtés sur le terrain de la santé, de leur conception spécifique (et leur évolution) de la recherche et de la place du chercheur(e). Comment l’enquêteur(trice) entend-il sa position sur le terrain ? Comment négocie t-il entre son souci d’impartialité et sa subjectivité, ses catégorisations, son éthique, voire son désir d’action ? Comment les enquêtés définissent-ils le champ de son étude et la place qu’il doit occuper ?

Annonce

L’étude et l’observation des professionnels et institutions de soin : positions du chercheur et regards des professionnels.

Journées scientifiques annuelles

Réseau de doctorants et post-doctorants « Santé et société » : http://doctorants.mshparisnord.org/

30 novembre et 1er décembre 2006.

Bordeaux, Faculté des Sciences de l’Homme, Place de la Victoire.

Animation scientifique et organisation : Matthieu Biancucci (LAPSAC, Bordeaux 2), Anne-Laurence Penchaud (LAPSAC, Bordeaux 2).

Ces journées ont pour objectif de discuter des relations qui se constituent entre enquêteurs et enquêtés sur le terrain de l’étude, de leur conception spécifique (et leur évolution) de la recherche et de la place du chercheur(e). Comment l’enquêteur(trice) entend-il sa position sur le terrain ? Comment négocie t-il entre son souci d’impartialité et sa subjectivité, ses catégorisations, son éthique, voire son désir d’action ? Comment les enquêtés définissent-ils le champ de son étude et la place qu’il doit occuper ?

Afin de mener sa recherche et avoir accès au plus grand nombre d’informations, le chercheur doit nouer des relations privilégiées avec les acteurs de terrain. Dans le cadre de l’observation participante, définie par Bogdan et Taylor (1975) comme une « recherche caractérisée par une période d’interactions sociales intenses entre le chercheur et les sujets, dans le milieu de ces derniers. Au cours de cette période des données sont systématiquement collectées […].», l’observateur s’immerge personnellement dans le quotidien, la vie et le travail des observés, et partage leurs activités. Adler et Adler (1987) présentent différents types de rapports au terrain : dans l’observation participante périphérique, le chercheur considère qu’un certain degré d’implication est nécessaire pour obtenir la confiance des individus et comprendre ce qu’ils jouent, mais qu’il ne doit pas assumer de rôle trop important au risque de nuire à l’analyse. La posture de la stricte observation directe peut être une manière de résoudre les tensions et les dilemmes du chercheur entre l’action de sa recherche et la prise de position. Elle peut également être conçue comme un gage de confiance pour les enquêtés. De plus, elle peut s’imposer au chercheur qui, par exemple, étudie le corps médical et est dans l’impossibilité de participer à ses activités par manque de compétences spécialisées.

L’observation participante complète recommande aux chercheurs de « devenir le phénomène qu’ils étudient » (Mehan et Woods, 1975), d’être acteurs de la situation. Ce rapport au terrain concerne des enquêteurs qui travaillent déjà au sein de l’institution observée (des praticiens qui s’investissent dans la recherche) ou ceux qui désirent pousser à l’extrême la participation. Selon Fortin (in Deslauriers, 1987), depuis les années 1960, on parle de plus en plus de participation observante ou d’observation participante dans un contexte de recherche action : une sociologie ou une ethnologie engagée. Junker (1960) distingue l’observation participante traditionnelle, à visée uniquement savante, de la recherche action où « grâce à une diffusion plus populaire, en particulier dans le milieu concerné, on espère avoir une influence sur le cours des choses ». Elle devient outil de changement et peut satisfaire l’éthique et le besoin d’action du chercheur.

L’observateur doit s’interroger sur sa présence en tant qu’elle peut modifier les pratiques et les réactions routinières des observés. Avant même d’intégrer le milieu étudié, l’observateur a conçu des catégories qui évoluent au cours de l’enquête, influencées par ses implications et ses résultats. On peut considérer qu’il en est de même pour les observés qui travaillent désormais dans un contexte inhabituel, avec la présence d’un enquêteur. Ils ont au préalable des représentations de la discipline, de l’objectif et de la place du chercheur qui peuvent changer à son contact et informer de leurs normes professionnelles.

Le travail réflexif de l’observateur s’impose d’autant plus s’il privilégie la méthode de l’observation complète et la recherche action. Par sa participation, il peut introduire de nouvelles valeurs qui bouleversent la situation étudiée, provoquer des changements par une conception du soin et une prise en charge alternatives, par exemple. D’ailleurs, ces possibles modifications de la situation ne sont-elles pas à l’origine du choix de la posture participante ? Les observés peuvent considérer que cette participation aide à la compréhension de leur quotidien et sert la défense de leurs intérêts. Cependant, elle peut mettre en doute leur conception de la recherche et l’objectivité du chercheur. Comment est-elle appréhendée quand l’action et les propositions du chercheur vont à l’encontre des normes et enjeux professionnels ?

Le projet privilégie trois axes principaux.

Le premier axe concerne les regards que les professionnels et les institutions de soin portent sur le chercheur en sciences humaines. Comment appréhendent-ils la recherche et l’observation en sciences humaines ? En quoi leurs représentations du chercheur et leurs réactions d’enquêtés renseignent-elles sur les pratiques et les normes professionnelles ?

Au préalable, nous pouvons interroger et analyser les conditions d’acceptation ou de refus du terrain. Quelle place les professionnels du soin octroient-ils au chercheur et quelles pratiques observables accordent-ils ? Pour accéder au terrain, le chercheur est amené à rencontrer plusieurs professionnels (les « gatekeepers » qui ont le pouvoir statutaire d’ouvrir les portes du terrain, comme le responsable de l’institution de soin qui autorisera à présenter de nouveau la recherche aux acteurs concernés - médecins, psychologues, patients, …). Comment ces divers professionnels « accueillent-ils » le chercheur et son sujet d’étude : accord ou refus du terrain, autorisation de circuler librement ou de manière limitée ? Leurs réponses informent sur leurs conceptions des sciences humaines, de leur corpus théorique et méthodologique, de leur pertinence dans la compréhension des normes professionnelles, des prises en charge et des parcours de soin, par exemple.

Sur le terrain, comment les conditions d’observation sont-elles renégociées ? Quels éléments participent à la redéfinition de la place de l’observateur : sa discrétion, son implication, sa neutralité de simple observateur ou sa volonté d’action et son engagement dans la situation ? Du fait des contacts prolongés, le chercheur peut être autorisé à observer des pratiques qui lui furent refusées lors des premières rencontres. A l’inverse, les professionnels peuvent restreindre au quotidien les libertés officiellement accordées : refus d’accéder à des dossiers, d’observer certaines consultations ou d’interroger certains patients…

En tant qu’il peut influer sur la place octroyée au chercheur et la nature des informations fournies, le secret médical, tel qu’il est conçu par les différentes catégories professionnelles, constitue un thème particulièrement intéressant. Les enquêtés peuvent avancer l’argument du secret professionnel afin de limiter l’accès au terrain et conserver une part d’analyse et de définition de leurs activités. Toutefois, constitue t-il un réel rempart à la recherche qualitative ? Au quotidien, le chercheur peut observer un écart entre le discours public sur le secret professionnel et l’usage que les enquêtés en font et, finalement, se procurer et disposer d’informations dites confidentielles. Au fond, le secret professionnel ne renvoie t-il pas davantage à une éthique que l’enquêteur tient à se donner, tel que le refus d’accéder à des informations sur des patients qu’il connaît ?

D’une manière générale, pour les professionnels, le chercheur doit-il rester « spectateur » ou est-il invité à prendre la parole, voire à prendre position, lors de réflexions ou de désaccords ?

Le deuxième axe concerne les positions que le chercheur adopte sur le terrain et la confiance dans la relation enquêteur/enquêté. Afin de garantir la portée scientifique de sa recherche et de ses résultats, le chercheur peut opter pour un comportement de neutralité, mettre à distance toute implication émotionnelle et personnelle, convaincu que les professionnels créditeront à son enquête sérieux et légitimité. Effectivement, il peut être mieux accepté, circuler et obtenir plus aisément des renseignements et des confidences si les professionnels sont assurés de son impartialité. Seulement, comment gère t-il cette demande des professionnels quand il fait partie intégrante de l’institution en tant que praticien ou qu’il conçoit sa présence et sa production comme des outils de changement ?

Comment maintenir un détachement quand les professionnels souhaitent que l’enquêteur prenne explicitement position lors de conflits au sein d’une équipe ou de désaccords avec l’administration, pour défendre des intérêts et promouvoir la reconnaissance de certains acteurs ? La prise de parole et l’implication du chercheur peuvent faciliter son accès au terrain et la participation à son enquête. Mais, peut-il toujours s’exprimer ? Comment maintenir la relation de confiance quand son point de vue ne coïncide pas avec celui des professionnels ?

Le troisième axe concerne l’observation et l’étude de « situations problématiques » : le chercheur peut-il rester neutre quand il observe des situations qu’il juge intolérables (inégalités des soins, racisme, négligence…) ? Dans ces cas, comment les professionnels négocient-ils avec sa présence ? L’enquêteur peut-il et doit-il s’engager, mener de la recherche action et dépasser sa position, plus ou moins confortable, de chercheur ? Comment peut-il en parler avec les intéressés ? Est-ce qu’il peut maintenir un équilibre entre jugement et intelligibilité, entre éthique personnelle et épistémologique ?

Enfin, des situations telles que les pratiques illégales (administration de médicaments sans prescription par les infirmières, euthanasie, …), la faute professionnelle ou l’erreur médicale sont-elles accessibles à l’enquêteur ? Peut-il les observer ? Comment peut-il remarquer que les professionnels ont commis une négligence ? Comment et est-ce que les professionnels en parlent assez facilement durant les entretiens, par exemple ? L’enquêteur n’est-il pas obligé d’effectuer un détour par les professionnels pour comprendre la situation sur le plan médical ?

Ces journées, qui donnent suite aux dernières journées scientifiques organisées par le réseau de doctorants et post-doctorants « Santé et société », ont pour but d’échanger et de valoriser les travaux et les réflexions relatifs au champ de la santé. L’appel à communication est ouvert aux doctorants et post-doctorants menant des recherches dans les domaines des sciences humaines et sociales (sociologie, anthropologie, psychologie, histoire, philosophie, …). Les contributions traiteront des axes séparément ou de manière transversale et pourront s’appuyer sur des recherches empiriques ou proposer une revue de la littérature.

Nous espérons que tous les membres du réseau se reconnaîtront dans cette thématique, quelque soit leur discipline et leur terrain de recherche. Les doctorants et post-doctorants qui souhaitent participer à ces journées et qui ne sont pas membres du réseau sont invités à s’inscrire au réseau : doctorants@mshparisnord.org.

Les journées fonctionneront sur le mode de communications individuelles de 20 minutes, suivies d’un temps de discussion, avec la présence de discutants qui animeront les débats. Nous vous invitons à nous faire parvenir vos propositions de communication (un résumé de 250 mots), précédées des informations suivantes : titre de la communication, noms et prénoms, discipline, université, laboratoire de rattachement et adresse e-mail (nous vous informons que le petit-déjeuner et les déjeuners sont pris en charge, ainsi que des remboursements de frais de transport si votre laboratoire ne peut financièrement s’engager).

Les propositions de communication doivent être envoyées le 31 juillet 2006 au plus tard aux adresses électroniques suivantes (un accusé de réception vous sera retourné):

- Anne- Laurence Penchaud : alpenchaud@yahoo.fr

- Matthieu Biancucci : matthbianc@yahoo.fr

Nous vous informerons des suites données à votre proposition de communication ainsi que du déroulement des journées durant la première quinzaine de septembre 2006.

Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter : Anne- Laurence Penchaud (alpenchaud@yahoo.fr).

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Catégories

Lieux

  • Bordeaux, France

Dates

  • lundi 31 juillet 2006

Contacts

  • Anne-Laurence Penchaud (LAPSAC, Bordeaux 2), Matthieu Biancucci (LAPSAC, Bordeaux 2) ~
    courriel : alpenchaud [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Anne-Laurence Penchaud ; Matthieu Biancucci
    courriel : alpenchaud [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'étude et l'observation des professionnels et institutions de soin : positions du chercheur et regards des professionnels », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 15 juin 2006, http://calenda.org/191702