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La cité et ses élites

Pratiques et représentations des formes de domination et de contrôle social dans les cités grecques (VIIIe av - Ier ap. J.-C.)

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Publié le lundi 17 juillet 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

S’il est évident que la réflexion sur la structure des sociétés antiques et sur les rapports entre groupes sociaux est loin d’être neuve, on peut noter le renouvellement de ces questions à travers une série de travaux récents consacrés notamment au monde hellénistique et romain. On évoquera par exemple le colloque Les élites et leurs facettes organisé à Clermont-Ferrand en 2000 et consacré à l’analyse du rôle et de la place des élites civiques et régionales à l’époque impériale.

Annonce

Résumé

S’il est évident que la réflexion sur la structure des sociétés antiques et sur les rapports entre groupes sociaux est loin d’être neuve, on peut noter le renouvellement de ces questions à travers une série de travaux récents consacrés notamment au monde hellénistique et romain. On évoquera par exemple le colloque Les élites et leurs facettes organisé à Clermont-Ferrand en 2000 et consacré à l’analyse du rôle et de la place des élites civiques et régionales à l’époque impériale. Dans ce contexte, il nous a semblé qu’une réflexion spécifique sur la cité grecque trouvait naturellement sa place. Il ne s’agit en aucune façon de substituer Poitiers à Copenhague, en d’autres termes de mener une entreprise générale de réflexion sur le phénomène civique. Le colloque que nous proposons est avant tout conçu comme une occasion, à travers l’étude des groupes dominants, de confronter les analyses venus d’horizons disciplinaires complémentaires sur la question des formes de domination, des pratiques de distinction et de contrôle social au sein des cités. La définition d’une période chronologique large, de l’archaïsme au Ier siècle ap. J.-C. a été retenue car elle permet une observation de ces phénomènes sur la longue durée et offre ainsi d’utiles éléments de comparaisons.


Présentation

L’analyse des formes et des processus de domination suppose une réflexion préalable sur la structure des communautés civiques. On sait que l’existence d’un corps de citoyens définissait, de façon spécifique à chaque cité, le groupe hétérogène des non-citoyens, fondant ainsi une première forme de distinction – bien souvent doublée de rapports de domination - essentielle à l’idéologie civique et au fonctionnement de la cité. Dans le champ plus restreint du groupe des citoyens, cette réflexion sur les formes de domination sociale exige une définition de la notion d’élite. On sait que cette définition ne va pas de soi et qu’elle ne peut être univoque, non seulement parce que les modes d’accès et les conditions d’appartenance à l’élite civique variaient d’une cité à l’autre mais aussi parce que ces critères furent constamment redéfinis en fonction des transformations des contextes socio-économiques, culturels ou institutionnels. De ce point de vue, les transformations de l’aristocratie et des pratiques aristocratiques dans les cités archaïques et classiques, mais aussi la réflexion sur l’émergence d’une éventuelle catégorie de « notables » à l’époque hellénistique constituent, à titre d’exemples, des axes qui ont orienté la réflexion sur les élites civiques. De façon plus précise, on sait que l’appartenance à l’élite supposait toujours l’intégration à différents cercles (génè, phratries, groupes de sociabilité, corps particuliers au sein de l’armée civique, etc…) dont on peut tenter de définir l’importance relative, selon le contexte, pour la définition d’une position dominante au sein de la communauté civique.

Quel que fût le mode de définition de l’élite - qu’il fût fondé sur des critères plutôt juridiques ou plutôt économiques - les groupes dominants doivent aussi être envisagés dans leur rapport avec le reste de la communauté, à travers l’étude des différents processus et procédés de domination. Celle-ci pouvait passer par la mise en place de pratiques de distinction permettant à la fois de signer l’appartenance à l’élite et d’exprimer un rapport de domination, notamment par la constitution et la fermeture de groupes de sociabilité. On sait qu’une partie de la tradition sociologique, fortement inspirée par le travail de Pierre Bourdieu, a fait de ces questions un axe privilégié d’analyse des sociétés contemporaines, forgeant ainsi des concepts importants. Si personne ne songe à les appliquer sans précaution aux sociétés antiques, on peut cependant s’interroger sur leur pertinence, au moins partielle, pour rendre compte de la forme des rapports entre groupes sociaux au sein des cités grecques. Il est par exemple évident qu’une analyse de l’éthique et de la culture aristocratiques apporte beaucoup à la compréhension des processus de fermeture et de reconnaissance sociale des groupes dominants.

Dans le domaine des rapports économiques, poser la question des conditions socio-économiques de la domination des élites civiques revient à réinvestir un débat que l’on sait fortement marqué par les analyses marxistes. S’il ne s’agit pas de reprendre les termes de ce débat, il peut paraître utile et intéressant, en se fondant sur des études archéologiques ou l’analyse des modalités de l’échange et des processus de productions, de proposer une réflexion sur les formes de répartition et de partage des richesses au sein des communautés civiques.

Le constat d’un partage inégalitaire du pouvoir au sein des cités, quelles que furent les formes de la politeia, doit aussi conduire à une réflexion qui porte non seulement sur les modalités de contrôle du pouvoir mais aussi sur les fondements de la légitimité à l’exercer et sur les modes de régulation des tensions internes à la communauté civique. Il est en effet évident que l’exercice du pouvoir était un enjeu qui éprouvait en permanence - mais de façon plus ou moins aiguë selon le contexte - les formes d’organisation sociale et institutionnelle des cités. On sait que des pratiques de régulation et de contrôle social, garantes d’une forme de stabilité, furent souvent mises en place par les groupes dominants tout en étant acceptées par l’ensemble de la communauté civique. A titre d’exemple, personne n’ignore sur ce point précis le témoignage de Thucydide sur le mode de gouvernement de l’Athènes péricléenne. On sait aussi que le contrôle social n’avait pas qu’une dimension verticale. L’ensemble ou du moins l’essentiel de la communauté adhérait également à un système de normes qui, fondant les modalités de participation à la communauté, constituait aussi un des éléments essentiels du processus de contrôle social.

Liste des intervenants :

Vincent AZOULAY (Université de Marne-la-Vallée) : « La question des élites dans l’œuvre d’Isocrate »

Sylvain ROUX (Université de Poitiers) : « Le problème de l'aristocratie dans la Politique d'Aristote »

Patrice BRUN (Université de Bordeaux III) : « Fractures dans l'élite athénienne : le conflit Démosthène-Eschine est-il affaire politique ou sociale? »

Catherine APICELLA (Université d’Amiens) : « La représentation du roi à la fin de la période achéménide à Sidon, entre modèle grec et modèle oriental »

Paola GRANDINETTI (Université de Rome) : « Le élites cittadine d'Asia Minore in età ellenistica : il caso di Mileto, Priene e Kyme »

Yves LAFOND (Université de Poitiers) : « L’idéal d’excellence et l’éthique des cités grecques à l’époque de Trajan »

Damiana BALDASSARA (Université de Venise) : « Osservazioni prosopografiche su Messene dalla dinastia flavia al III secolo d.C. »

Marcel PIÉRART (Université de Fribourg) : « Restaurer et embellir pour la plus grande gloire des dieux. Une visite guidée à Delphes au temps de Plutarque.»

Didier VIVIERS (Université de Bruxelles) : « Élites et processions dans les cités grecques : une géométrie variable ? »

Francis PROST (ENS Paris) : « Tyrannie et lois somptuaires, ou comment définir une frontière sociale en Grèce ancienne. »

Jean-Manuel ROUBINEAU (Université de Rennes II) : « Les élites athéniennes et les pauvres »

Christel MÜLLER (Université de Paris I) : « L’assise économique des élites béotiennes aux époques hellénistique et romaine »

Sylvie ROUGIER-BLANC (Université de Toulouse) : « Les épopées homériques et la poésie archaïque : un témoignage sur les pratiques aristocratiques et la place des élites dans les premières cités »

Christophe PÉBARTHE (Université de Paris VIII) : « La vie politique des Athéniens illustres au Ve siècle »

Sophie COLLIN-BOUFFIER (Université de Lyon II) : « Les élites face au tyran dans la Sicile grecque aux Ve-IVe siècles av. J.-C. »

Alain DUPLOUY (Université de Paris I) : « Observations sur les noms en -ides et en -ades »

Jérôme WILGAUX (Université de Nantes) : « Le mariage des élites dans le monde grec des cités »

Alain FOUCHARD (Université de Grenoble II) : « Comment reconnaître les élites dans les cités grecques ? »

Catégories

Lieux

  • Poitiers, France

Dates

  • jeudi 19 octobre 2006

Contacts

  • Laurent Capdetrey
    courriel : laurent [dot] capdetrey [at] montaigne [dot] u-bordeaux [dot] fr
  • Yves Lafond
    courriel : yves [dot] lafond [at] gmx [dot] de

Source de l'information

  • Laurent Capdetrey
    courriel : laurent [dot] capdetrey [at] montaigne [dot] u-bordeaux [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La cité et ses élites », Colloque, Calenda, Publié le lundi 17 juillet 2006, http://calenda.org/191767