AccueilEthnologie des gens heureux ?

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Publié le mardi 19 septembre 2006 par Corinne Cassé

Résumé

Une première journée d’étude consacrée à l’élaboration d’une « ethnologie des gens heureux » a permis d’envisager certaines voies d’approches de la notion de bonheur en anthropologie comme d’en cerner les biais et limites. L’intérêt qu’elle a suscité nous engage aujourd’hui à poursuivre la réflexion commune par le projet d’une publication d’un ouvrage collectif. Celui-ci, dont la parution est prévue pour le printemps 2007, se veut un mélange de contributions issues des actes de cette rencontre et de contributions originales dont la présente annonce constitue un appel à participation.

Annonce

Publication d’un ouvrage collectif, 30 octobre 2006

Sous la direction de Berthon Salomé, Bour Yan, Chatelain Sabine, Ottavi Marie-Noëlle, Wathelet Olivier (L.A.M.I.C. – U.N.S.A.)

Une première journée d’étude consacrée à l’élaboration d’une « ethnologie des gens heureux » a permis d’envisager certaines voies d’approches de la notion de bonheur en anthropologie comme d’en cerner les biais et limites. L’intérêt qu’elle a suscité nous engage aujourd’hui à poursuivre la réflexion commune par le projet d’une publication d’un ouvrage collectif. Celui-ci, dont la parution est prévue pour le printemps 2007, se veut un mélange de contributions issues des actes de cette rencontre et de contributions originales dont la présente annonce constitue un appel à participation. Enrichi par les contributions de chacun des participants à cette journée, notre questionnement reste sensiblement similaire à celui qui l’aura initié.

Bien que présente dans la plupart des recherches menées en ethnologie, la notion de bonheur n’est que très rarement exploitée systématiquement dans celles-ci. Son écriture relève généralement de la description secondaire, anecdotique, n’autorisant dès lors pas un traitement conceptuel complexe. Pour dépasser ce constat, nous prenons ici le pari que nous gagnerions beaucoup à saisir avec plus de rigueur ces « émotions qui nous fabriquent » ; à interroger et à caractériser avec plus de précision la place de ces événements joyeux et plaisants qui motivent certainement plus qu’ils ne colorent nos comportements.

D’autre part, interroger ce déni épistémologique du bonheur revient également à questionner une discipline sur sa « culpabilité » à saisir certains objets. Si l’anthropologie s’est volontairement placée le plus souvent du côté des disqualifiés, n’a-t-elle pas un peu trop rapidement considéré comme réglée la question de la place du « bonheur ». Plus fondamentalement, ne pourrions-nous pas lire dans ce silence thématique, l’expression d’une hiérarchie tacite des objets de recherche anthropologiques ? Sans être réductible à cette seule dimension polémique, notre intention éditoriale entend cependant mettre en avant les difficultés méthodologiques qui interviennent dans l’appréhension rigoureuse de l’objet bonheur. Aussi, nous demandons aux futurs auteurs de centrer leurs efforts rédactionnels dans le sens d’un travail de définition de cette notion qui possède une valeur heuristique répondant aux questionnements propres à notre discipline. Force est de constater que l’ethnologie ne s’est jamais véritablement attelée à cette tâche, empruntant aux disciplines voisines des définitions difficilement transposables. Pour entamer ce travail, nous proposons les quatre pistes de réflexion suivantes :

1. Un problème de définition. Comment définir la notion complexe et polysémique de « bonheur » ? Comment envisager ses relations aux notions connexes de « plaisir », de « bien-être » », voire de « douleur » ? En quoi, par exemple, certains plaisirs associés à la douleur, à l’effort ou au dépassement de soi remettent-ils en question la dichotomie de sens commun entre bonheur/plaisir et douleur ? Comment dès lors considérer la tentative universaliste de certains travaux en psychologie transculturelle tels que la théorie de l’émotion des visages développé par Ekman ?

2. La question du bonheur partagé. Comment, dans le cadre d’actions collectives, le bonheur se construit, se partage, se fait ou se défait-il ? Quels sont les marqueurs somatiques retenus pour exprimer et déceler ces émotions positives ? Souvent « ressentie », la dimension heureuse de certaines situations étudiées est régulièrement présentée sur ce même registre « émotionnel », ou « intuitif ». Cela pose la question d’une possible ethnographie du bonheur. A ce titre, le registre du récit semble être un matériau ethnographique pertinent. Peut-on envisager d’aborder le bonheur par d’autres voies ?

3. Du terrain à l’écriture. Quels sont les intérêts et avantages méthodologiques à privilégier une définition endogène ou exogène de ces phénomènes sensibles ? Sur le terrain de l’enquête, quelle attitude épistémologique adopter lorsque nous décelons chez autrui la marque d’un sentiment positif ? Autrement dit, comment traiter le bonheur, que ce soit par le biais de l’écriture, de la mise en image ou de l’évocation sensorielle directe (faire revivre l’expérience) ? Lorsqu’il n’est pas l’objet direct de nos recherches, comment lui donner une place mesurée, ni « anecdotisée », ni surévaluée ?

4. Du bonheur comme motivation pour l’action. La notion de bonheur/plaisir est souvent mobilisée comme cadre et fin explicative de comportements sociaux et individuels. Comment dès lors penser le pourquoi de ces comportements ? Comment associer émotion et raison sans réduire l’une à l’autre ? En quoi pouvons-nous (et devrions nous) dépasser l’hypothèse selon laquelle le bonheur serait une résolution de tensions internes provoquée par la satisfaction de besoins « primaires » ?

Les contributions retenues mettront en lumière au moins l’un de ces différents aspects, sachant que la première dimension (1. Un problème de définition) devra nécessairement être abordée. Les propositions (une page, interligne simple) doivent nous parvenir sous la forme d’un fichier attaché sous Word, accompagnées d’un court CV. Une réponse sera communiquée à l’issue de l’examen de l’ensemble des propositions reçues, au plus tard deux semaines après la fin du délai de réception des propositions. Si votre proposition est retenue, une première version d’un article de 20 000 signes (espaces compris) sera attendue pour le 15 janvier 2007 au plus tard.

Date limite d’envoi des propositions : le 30 octobre 2006

Pour l’envoi des propositions et tous renseignements, contacter Salomé Berthon (sberthon@unice.fr), Sabine Chatelain (chatelainsabine@wanadoo.fr), et Olivier Wathelet (owathelet@gmail.com), doctorants au sein du LAMIC (UNSA).

Catégories

Dates

  • lundi 30 octobre 2006

Contacts

  • Salomé Berthon
    courriel : sberthon [at] unice [dot] fr
  • Sabine Chatelain
    courriel : chatelainsabine [at] wanadoo [dot] fr
  • Olivier Wathelet
    courriel : info [at] lesensolier [dot] com

Source de l'information

  • Sabine Chatelain
    courriel : chatelainsabine [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ethnologie des gens heureux ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 septembre 2006, http://calenda.org/191910