AccueilLa France en Europe. Quelle géopolitique des régions transfrontalières ?

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Publié le mercredi 20 septembre 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

La question transfrontalière, portée depuis quinze ans par la politique de développement de l’Union européenne, se pose aujourd’hui en des termes si ce n’est nouveau, en tout cas différents pour la France. L’intégration économique, voire l’insolente bonne santé, des pays anciennement périphériques comme l’Espagne, et l’échec du référendum sur la constitution européenne questionnent, dans un débat électoraliste anti-européen, la place de ces espaces dans les politiques régionales et nationales d’aménagement du territoire. D’autre part, elles conduisent l’Union européenne à repenser et à accélérer l’intégration des politiques régionales transfrontalières à une stratégie commune de l’Union. L’élargissement à vingt-cinq modifie la perception des périphéries à intégrer et multiplie le champ des espaces transfrontaliers à structurer.L’objet de notre journée d’études consiste à interroger ces espaces et leurs dynamiques géopolitiques. A l’heure de la métropolisation et de l’Europe des 25, quelles sont les modalités de gestion politique et de structuration de ces espaces stratégiques ? Quelles politiques d’aménagement du territoire aux différentes échelles découlent des stratégies mises en œuvre localement ? A l’instar de la région nord catalane, la structuration de ces espaces en France révèle-t-elle systématiquement des déséquilibres institutionnels et politiques avec l’autre côté de la frontière ? Le refus du référendum sur la constitution européenne modifie-t-il localement les positions et les projets ?

Annonce

Cacique de l’argumentaire politique et aménagiste européen, les régions transfrontalières constituent un objet d’étude en renouvellement permanent. Les rapports Europe 2000 et Europe 2000 + avaient, en leurs temps, mis en évidence le rôle singulier de ces espaces transfrontaliers, particulièrement pour l’Europe du Sud et la péninsule ibérique. Les ambitions d’une Europe régionalisée, affichées dès Interreg I (1990) puis Interreg II, se sont poursuivies avec Interreg II-A qui fonde la politique de régionalisation européenne sur un principe de développement intégré des transports régionaux (notamment par le TGV) et de mise en cohésion des stratégies de développement local, particulièrement pour les agglomérations frontalières.

La question transfrontalière, portée depuis quinze ans par la politique de développement de l’Union européenne, se pose aujourd’hui en des termes si ce n’est nouveau, en tout cas différents pour la France. L’intégration économique, voire l’insolente bonne santé, des pays anciennement périphériques comme l’Espagne, et l’échec du référendum sur la constitution européenne questionnent, dans un débat électoraliste anti-européen, la place de ces espaces dans les politiques régionales et nationales d’aménagement du territoire. D’autre part, elles conduisent l’Union européenne à repenser et à accélérer l’intégration des politiques régionales transfrontalières à une stratégie commune de l’Union. L’élargissement à vingt-cinq modifie la perception des périphéries à intégrer et multiplie le champ des espaces transfrontaliers à structurer. Si les différentes moutures d’Interreg, levier principal d’intervention, offrent un important bilan quantitatif, qu’en est-il du bilan qualitatif en matière de développement local, d’articulation des échelles et de stratégies politiques mises en œuvre pour des territoires encore " à fabriquer " ? Stratégie d’autant plus difficile à réaliser que dans le cas français les aléas de la décentralisation s’additionnent aux faiblesses récurrentes des régions en matière de coopération transfrontalière. A ce titre, la question des échelles de pouvoir se pose comme un élément majeur de l’analyse. Le pré carré de l’Etat en matière de politique étrangère additionné aux affres d’une décentralisation plus gestionnaire que politique fait des régions transfrontalières de la France les " petits Poucet " de la construction régionale européenne. La géographie institutionnelle française, perturbée par la décentralisation, n’offre qu’une lisibilité médiocre pour d’éventuels partenariats et un déséquilibre de pouvoir patent avec d’autres structures institutionnelles (lands allemands, provinces espagnoles). Si l’on ajoute à ces facteurs handicapants l’absence récurrente de projets de coopération transfrontalière de certains présidents de région, (le Languedoc Roussillon en est un exemple éloquent) et les enjeux électoraux et politiciens qui s’y jouent, il n’est guère étonnant que lors de la dernière visite de M.Maragall, président de la Généralité de Catalogne en Languedoc Roussillon, seuls le président du conseil général des Pyrénées Orientales et le maire de Perpignan se soient déplacés !

Pourtant, alors que les Eurorégions sont perçues comme " l’Europe d’en haut " (celle des grandes métropoles), les régions transfrontalières ne constituent-elles pas en quelque sorte " l’Europe d’en bas ", celles des villes moyennes et des collectivités locales de second plan (départements par exemple) ? Ce qui pose la question de la nature et de la définition de ces espaces. Très souvent, on ne retient pour seuls critères que la proximité et la mobilité des biens et des personnes entre deux espaces séparés par une frontière nationale. Pour l’UE, dans une perspective de régionalisation, les régions transfrontalières constituent un objectif particulier en terme de rééquilibrage des disparités régionales qui vise à combler des déficits de liens ou de développement liés à une position périphérique. Cette approche fonctionnelle minore à l’évidence les dimensions politiques et identitaires d’espaces régionaux plus complexes qu’il n’y paraît, particulièrement dans la zone euro-méditerranéenne. Véritables " entre deux géographique et institutionnel ", les régions transfrontalières françaises (et plus largement européennes) correspondent de plus en plus à une vision politique de l’aménagement et du développement local transfrontalier. Comme le montre l’exemple nord catalan, la structuration en cours d’une région transfrontalière de Gérone à Perpignan (incluant Lerida à l’ouest) s’inscrit dans un projet politique fondée sur une vision originale de cet espace. L’espace transfrontalier nord catalan, apprécié par les acteurs locaux comme l’Eurorégion d’en bas face à celle d’en haut (Eurorégion sud ouest), se présente comme un espace fonctionnel et politique fondé sur l’articulation des réseaux transactionnels des villes moyennes de ce " micro espace régional " (dixit le maire de Figuères) dotées d’une vision commune du devenir local. Le projet régional transfrontalier prend appui sur une double dimension : fonctionnelle (proximité et densité des flux d’échanges), et politique au travers de la mobilisation nouvelles d’acteurs institutionnels secondaires dans la construction euro-régionale (villes moyennes, structures intercommunales, départements et deputacios). L’absence de la région Languedoc Roussillon au débat local est d’ailleurs riche en enseignements.

D’un point de vue géopolitique, ce type d’approche et de positionnement interpelle. Non seulement, il renvoie à de nouvelles configurations stratégiques (alliances entre villes et acteurs institutionnels) et à d’autres échelles de pouvoir (le département, la deputacio) et de développement local, de la part d’acteurs peu expérimentés en matière de construction européenne ; mais en outre, il dévoile des stratégies politiques inédites et souvent complexes, voire conflictuelles, entre ces différents niveaux institutionnels (rivalités département, municipalité). Les représentations parfois divergentes du futur territoire fournissent un important matériau de recherches. De même, les modalités de portage politique et les récupérations électorales des projets renvoient à une dimension très politicienne. Ces questions prennent, dans l’exemple catalan, un caractère singulier avec le nouveau statut de la Catalogne et les déséquilibres politiques et institutionnels que cela induit de part et d’autre de la frontière.

Ces questionnements ne revêtent bien évidemment aucune exclusive catalane. On les retrouve dans l’ensemble du bassin euro-méditerranéen ainsi que pour nombre de régions françaises transfrontalières.

L’objet de notre journée d’études consiste à interroger ces espaces et leurs dynamiques géopolitiques. A l’heure de la métropolisation et de l’Europe des 25, quelles sont les modalités de gestion politique et de structuration de ces espaces stratégiques ? Quelles politiques d’aménagement du territoire aux différentes échelles découlent des stratégies mises en œuvre localement ? A l’instar de la région nord catalane, la structuration de ces espaces en France révèle-t-elle systématiquement des déséquilibres institutionnels et politiques avec l’autre côté de la frontière ? Le refus du référendum sur la constitution européenne modifie-t-il localement les positions et les projets ? En quoi les projets transfrontaliers constituent un outil politique et électoral et à quel niveau institutionnel ? Aux deux dimensions évoquées pour le cas trans-catalan (fonctionnelle et politique) ne doit-on pas aussi (et surtout) ajouter une troisième dimension : identitaire ? En effet, comme le montre l’exemple catalan, la construction d’un espace transfrontalier est l’occasion de formuler des représentations territoriales où l’on réactive une identité catalane (catalanité et son corpus idéologique). En dehors de la Catalogne (on pense au Pays Basque), les projets transfrontaliers ne viennent-ils pas réveiller la question identitaire avec des risques de dérives nationalistes, voire des représentations ethno-centristes du territoire transfrontalier ?

Autant de questions qui méritent un approfondissement de la réflexion et des éclairages au travers de divers exemples. La confrontation entre régions transfrontalières du nord et du sud du pays montrera sans doute les divergences d’approche et la diversité des représentations politiques. Un regard croisé sur la question identitaire porté par la structuration de ces régions en Alsace, au Pays Basque ou pour les Pyrénées Orientales (région catalane) paraît fort utile à la compréhension de dynamiques complexes. De plus, il s’agira aussi d’envisager les régions transfrontalières françaises comme des régions terrestres et maritimes, l’exemple de la Manche sera à ce titre éclairant.

Catégories

Lieux

  • Perpignan, France

Dates

  • vendredi 01 décembre 2006

Contacts

  • David Giband
    courriel : giband [at] univ-perp [dot] fr

Source de l'information

  • David Giband, Marie Anne Lefevre ~
    courriel : giband [at] univ-perp [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La France en Europe. Quelle géopolitique des régions transfrontalières ? », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 20 septembre 2006, http://calenda.org/191922