AccueilLes approches pragmatiques de l'action publique

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Publié le mercredi 11 octobre 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Dans un contexte de renouvellement des cadres théoriques portant sur l'action publique, l'objet de ce colloque international est de discuter les forces et les faiblesses des approches pragmatiques. Celles-ci entendent "suivre les acteurs" et rendre compte des compétences mobilisées dans l'action, en plus d'être attentives aux coordinations, ajustements et arrangements. Ne recouvrant pas un paradigme au sens strict, il s'agit davantage d'un courant de recherche qui entend explorer des dimensions du politique, qui sans être nouvelles, restent largement impensées, comme le rôle des objets, la dimension morale, les enjeux liés aux temporalités et enfin les questions épistémologiques et éthiques.

Annonce

Les approches pragmatiques de l'action publique

Colloque international, 3 mai 2007

Bruxelles

 

Organisé par

 

le Centre de Recherche en Science Politique (CRESPO) des Facultés Universitaires Saint-Louis (FUSL), le Groupe de Recherche sur l'Action Publique (GRAP) de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et le Groupe de Sociologie Politique et Morale (GSPM) de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)

 

Activité soutenue par le Groupe de Travail "Action publique" de l'Association Belge de Science Politique (ABSP-CF) et par l'Ecole Doctorale en sciences politiques en Communauté française

 

Conseil scientifique : Marc Breviglieri (IUT de Paris V et GSPM/EHESS), Fabrizio Cantelli (FUSL/ULB), Jean De Munck (UCL), Nicolas Dodier (GSPM/EHESS), Abraham Franssen (FUSL), Jean-Louis Genard (La Cambre/FUSL/ULB), Steve Jacob (Laval/Canada), Marc Jacquemain (ULG), Guy Lebeer (ULB), Thomas Périlleux (UCL), Danny Trom (GSPM/EHESS), Luca Pattaroni (EPFL), Olivier Paye (FUSL), Marta Roca (Genève), Christine Schaut (FUSL), Joan Stavo-Debauge (GSPM/EHESS), Virginie Tournay (McGill/Canada et CRISTO/PACTE - Grenoble), Danny Trom (GSPM/EHESS), Yannick Vanderborght (FUSL), Didier Vrancken (ULG), Jean-Marc Weller (LATTS/CNRS), Nathalie Zaccai-Reyners (ULB/FNRS).

 

L'action publique se renouvelle, autant d'ailleurs que les cadres théoriques qui cherchent à la comprendre et à l'analyser. On ne compte plus les différentes perspectives qui se développent actuellement dans ce domaine. Les approches stratégiques et organisationnelles ont déjà été discutées longuement ; les approches institutionnalistes continuent à influencer nombre de recherches ; les approches cognitives, par les travaux de Pierre Muller en France, de Peter Hall en Grande-Bretagne et de Robert Sabatier aux Etats-Unis, ont également été questionnées et débattues, notamment lors de deux numéros en 2000 et en 2005 de la Revue française de science politique ; les approches inspirées du choix rationnel n'en finissent pas de se développer aux Etats-Unis ; les approches néo-institutionnalistes se diversifient et font l'objet de discussions dans les sciences politiques.

 

En complément de ces cadres théoriques existants, l’enjeu de la rencontre consiste à fédérer un questionnement autour des approches pragmatiques qui s'attellent à analyser l'action publique. Une constellation de recherches se développe, qui portent un regard singulier sur l'action publique. Les travaux du Groupe de Sociologie Politique et Morale (GSPM), à l'EHESS, se trouvent à la pointe de cette dynamique, avec les figures de Laurent Thévenot, Nicolas Dodier ou Danny Trom.

 

Si cette approche pragmatique recouvre des accents différents, des postures et des méthodes plurielles, il n'en reste pas moins qu'un "air de famille" s'en dégage, pour reprendre la formule de Nicolas Dodier. On y retrouve des recherches au carrefour de la science politique, de la sociologie et de la philosophie ; on y voit non seulement le recours à des méthodologies qui permettent de situer le chercheur à proximité de l'action publique en cours de route, mais plus encore une conception et une théorie de l'action qui ne soit pas écrasée par un quelconque stratégisme ; on y décèle des réflexions  sur le rôle actif des objets dans les modalités d’accomplissement et les formes de coordination de l'action publique ; on y observe un intérêt pour les enjeux liés aux temporalités dans la fabrique de l'action publique, à l'instar des pistes explorées dans l'ouvrage Historicités de l'action publique coordonné par Danny Trom et Pascale Laborier en 2003 ; on y prend au sérieux la subjectivité de l'individu. De  manière plus générale, la thématisation des enjeux moraux, liés à la responsabilité, à l'expérience  apparaît cardinale dans ce type d'analyse de l'action publique. Les recherches pilotées par Laurent Thévenot et Marc Breviglieri sur les "politiques au regard du proche" illustrent cet axe particulier de questionnement.  

 

Discuter, interroger et mettre en débat ces approches pragmatiques s'impose. L'objectif poursuivi par ce colloque international est de faire se rencontrer les sciences politiques et sociales afin de tisser ensemble un travail intellectuel collectif sérieux et stimulant visant à continuer le renouvellement des cadres d'interprétation, particulièrement prégnant dans le domaine de l'action publique. Dans cette perspective, la relation et la comparaison avec des approches différentes seront particulièrement bienvenues.

 

Voici cinq axes de discussion non exhaustifs.

 

  1. Les objets dans l'action publique

 

Les machines, les ordinateurs, les technologies jouent un rôle important dans l'action publique mais comment les intégrer dans une démarche qui entend analyser les politiques publiques ? Au-delà du rôle joué par les technologies en général, les objets constituent des instruments de mesure mais aussi de qualification, coordination, jugement et critique dans l’action publique. Que permet une telle perspective par rapport aux analyses classiques centrées sur les institutions ou sur les acteurs ? Comment sortir des cadres déterministes et réductionnistes et rendre compte des équipements de l’action publique ? Peut-on, dans ce cadre, rendre compte des dispositifs juridiques et de ce qu’ils font ? Les communications proposées doivent permettre une mise en débat de cette dimension singulière.

 

  1. Les temporalités dans l'action publique

Les approches pragmatiques ont souvent été critiquées pour leur présentisme. Il s'agit ici précisément d'interroger les temporalités et leur traitement, différencié, dans les approches pragmatiques de l'action publique. Comment introduire les temporalités, le jeu entre elles ? En quoi cette entrée par le temps parvient-elle à éclairer certains traits singuliers de l'action publique ? Comment le chercheur accorde-t-il une attention aux variations temporelles tout en développant une pragmatique de l'action publique ?

 

  1. La dimension morale dans l'action publique

La subjectivité et l'expérience au même titre que l'éthique et la morale continuent à être l'objet de lourds soupçons en science politique. Comment leur accorder un statut au-delà d'un certain irénisme ou d'une tradition intellectuelle habituée à les dénoncer comme de la "poudre aux yeux" ? Par quels instruments de connaissance le chercheur parvient-il à saisir – sans le sous-estimer ni le surestimer – le rôle joué par cette dimension morale ? Quelle place accorder dans nos analyses à de concepts comme la reconnaissance, la responsabilité ou encore la capacitation ? Surgit ainsi la question du dialogue (critique) avec les cadres d’analyse proposés par la philosophie, la psychologie, l’anthropologie et aussi l’économie. Ces dimensions de l'action publique, pourtant cardinales, apparaissent relativement peu interrogées dans la littérature.  

 

  1. Les enjeux méthodolgiques et épistémologiques

Les analystes de l'action publique explicitent rarement les enjeux épistémologiques de leur recherche. Il s'agit ici d'un axe transversal car il renvoie aux méthodes et aux théories de la science autour desquels s’organisent les approches pragmatiques. Pour ces dernières, « suivre les acteurs » - slogan souvent mal interprété - consiste à user de méthodes qui permettent de suivre et surtout de décrire ce qu’ils font, comment ils se coordonnent, par quels appuis, via quels instruments et au moyen de quels vocabulaires… Plus que de nouvelles méthodes, il s’agit surtout de se donner les moyens d’explorer la singularité et la pluralité des engagements, des activités et des arguments. Il importe ici de mesurer et d’expliciter la distance qui s’établit avec les épistémologies, de Pierre Bourdieu à Michel Crozier, axées sur la domination et le calcul stratégique. Plus largement, que permet une telle entrée dans l’action ? Une telle conception de l'acteur ? Quelles en sont les forces et les faiblesses dès lors qu’on entend procéder à une analyse de l’action publique et de ses arrangements ?

 

  1. Les articulations micro/macro

 

Souvent confondues avec une micropolitique, en quoi ces approches pragmatiques concilient-elles les coordinations locales et la régulation publique à un niveau macroscopique ? Ces approches déclarent ne plus effectuer de différence entre micro et macro, toutefois quelles variations introduisent-elles pour donner à voir et penser des entités de portées spatiales et temporelles variables ? A l'intérieur de la galaxie pragmatique, quels sont les accents et les différences d’échelle prises en compte en fonction des terrains (travail social, militantisme, administration, médecine, etc.) et des questions de recherche ? Dans ce jeu d’échelle, quelles sont les articulations possibles avec les perspectives cognitives développées en France, à partir de Pierre Muller ? En quoi les approches pragmatiques centrées sur les modes de coordination peuvent-elles être éclairées par les analyses de l'action publique de Jean-Claude Thoenig, Jacques Commaille ou Patrice Duran ?

 

 

Les propositions de communication sont à envoyer pour le 1er décembre 2006 à Fabrizio CANTELLI  (fcantell@ulb.ac.be). Elles précisent l'axe de discussion privilégié et ne dépassent pas deux pages, présentent la démarche, les outils, les dimensions et les enjeux qui seront particulièrement interrogés. Merci également d’y inclure votre mail, statut ainsi que le centre de recherche.

 

La sélection des propositions se fera début janvier 2007.

 

Les textes sont à envoyer pour le 20 avril 2007.

 

Ce colloque constitue une activité de l’Ecole doctorale en sciences politiques de la Communauté française de Belgique. C’est pourquoi les propositions de doctorants et de jeunes chercheurs sont particulièrement encouragées.

 

Les actes de ce colloque seront publiés dans un ouvrage scientifique.

Catégories

Lieux

  • Bruxelles, Belgique

Dates

  • vendredi 01 décembre 2006

Source de l'information

  • Fabrizio Cantelli
    courriel : fcantell [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Les approches pragmatiques de l'action publique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 octobre 2006, http://calenda.org/192054