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Énergie et société

Sciences, gouvernances et usages

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Publié le dimanche 22 octobre 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

La résolution des problèmes liés à l’énergie passe essentiellement par un questionnement de type technique ou économique, qui ne permet pas d’apporter de réponses à toutes les questions soulevées, ni de comprendre et analyser les relations entre nos manières de vivre en société et la question énergétique. Nous proposons lors de ce colloque de nous questionner, dans une perspective interdisciplinaire, sur la manière dont les différentes disciplines scientifiques "pensent" l'énergie, , ainsi que sur le contexte social et culturel au sein duquel s’inscrit la production et la consommation de cet élément.

Annonce

APPEL A COMMUNICATIONS

Énergie et société.

Sciences, gouvernances et usages

XIXèmes journées de la Société d’écologie humaine

Institut de l’homme et de la technologie - Nantes –

29-31 août 2007

Pourquoi ce colloque ?

Le monde contemporain se situe actuellement dans un contexte de forte crise énergétique, qui s’exprime par les menaces sur la disponibilité de certaines ressources (pétrole), la contestation forte de certaines énergies (nucléaire), l’existence d’effets secondaires liés à la quantité d’énergie consommée (le réchauffement climatique). L’énergie joue un rôle majeur au sein de nos sociétés, au point que certains auteurs ont pu les qualifier de sociétés « thermo-industrielles » (N. Georgescu-Roegen, 1979). Doit-on chercher à remplacer le pétrole ? Est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? Quelles seront les répercussions des alternatives sur la biosphère ? Sur le développement des pays émergents et du tiers-monde ?

S’éclairer en actionnant un simple interrupteur, prendre une douche chaude en ouvrant un robinet, réchauffer un café en quelques secondes grâce à un four à micro-onde, monter dans sa voiture pour aller faire les courses au supermarché. Ces multiples petits gestes de notre quotidien font partie, comme les nomme D. Desjeux (1996), desévidences invisibles de notre vie. Ils accompagnent des modes de consommation rendus possibles grâce à l’accès que nous avons à des sources d’énergie. Cependant, ces évidences sont relativement récentes et peuvent être remises en cause dès lors que les énergies qui les rendent possibles viendraient à manquer sans être remplacées par d’autres. De plus, si l’on sort du cadre des sociétés occidentales aisées, ces évidences cessent d’en être.

Les acceptions du terme « énergie » sont vastes. Elles dépendent de la provenance, de la qualification qui en est faite, du champ dans lequel on utilise le mot. On évoquera l’énergie mécanique, physique, ou bien l’énergie psychique. On distinguera l’énergie naturelle de celle produite par l’homme. Pour les psychanalystes, la libido désignera le moteur du désir. La « nature » de l’énergie (énergie naturelle du rayonnement lumineux ou énergie produite par l’homme), l’usage humain volontaire qui en est fait (pour la cuisson par exemple) ou involontaire (l’explosion du gaz), l’effet produit (qu’il soit souhaité, induit ou inattendu), les conditions techniques, sociales ou culturelles de leur production et de leur utilisation seront autant de manières de classer l’énergie. Les représentations dont les énergies sont l’objet de la part des groupes humains ou bien la variation de l’usage ou de l’intérêt qu’il en est fait dans l’histoire des sociétés humaines, le rôle qu’elles jouent pour définir des contextes socio-économiques (qu’il s’agisse de l’utilisation de l’eau, du charbon, du pétrole, de l’atome) sont des thématiques sur lesquelles il est pertinent de se questionner.

Les conceptions de l’énergie varient selon les époques, selon les sociétés, et, notamment selon la nature des relations que ces dernières entretiennent avec leur environnement. Dans la tradition chinoise, tout est énergie (le « Qi »). Dans l’histoire occidentale, il a fallu attendre le début du 17e pour, qu’à travers l’apparition de la machine à vapeur, soient associées expérimentalement chaleur et force motrice. Le développement de l’industrialisation en Occident doit vraisemblablement beaucoup à la manière de distribuer l’énergie (invention du transformateur électrique en 1881), mais aussi à la manière de la stocker pour l’utiliser. Emerge progressivement une nouvelle conception de l’énergie, basée non plus sur quelque chose à réguler de manière collective, mais quelque chose qu’il s’agit d’emprisonner, de s’approprier en grandes quantités pour ensuite la redistribuer (A. Gras, 2002). Aujourd’hui, c’est à la fois le renouvellement de l’énergie et la manière raisonnable de la consommer qui fait question.

Les choix effectués en matière de sources, de consommation et de « gestion » de l’énergie sont liés à l’organisation sociale et culturelle des sociétés humaines et à l’évolution du milieu dans lequel elles vivent : répartition sexuée de la corvée de bois dans les sociétés africaines, « étatisation » de formes d’énergie fossile ou nucléaire, disparition de sociétés locales par la création d’un barrage hydroélectrique, aménagement du territoire (infrastructures, mines etc.). La production de l’énergie, sa consommation et son usage s’inscrivent comme des modalités de la structuration de l’espace social, l’espace rural et l’espace urbain, mais aussi des espaces comme ceux de l’entreprise, de l’univers domestique, et induisent les formes des interactions entre eux. La question sur les choix renvoie aussi aux formes de la décision en matière de politique énergétique et aux cadres collectifs dans lesquels ces décisions se prennent : décisions administratives, engagement militant, expression des « solidarités » Nord-Sud, etc. Il est par exemple intéressant de remarquer le décalage existant entre les discours, prônant d’économiser l’énergie dans les pays occidentaux, et le fait que la consommation d’énergie continue d’augmenter dans les pays de l’OCDE (H.Wilhite, 2001).

D’une manière générale, la question de l’énergie s’inscrit toujours dans une histoire à la fois écologique, physique, sociale, économique, politique, culturelle. Y répondre nécessite la mise en œuvre de démarches pluridisciplinaires. Pourtant, la sociologie comme l’anthropologie demeurent peu présentes dans les débats concernant l’énergie (voir Wilhite, 2005). Les approches techniques et économiques, écologiques, voire géostratégiques semblent plus familières. Pourquoi ces disciplines demeurent-elles en retrait alors que les modalités d’utilisation et de gestion de l’énergie débouchent directement sur nos manières de vivre en société, qu’elles s’inscrivent dans des pratiques sociales et sont l’objet de multiples représentations ? Il paraît donc intéressant de revisiter la nature de ces controverses et leurs modalités d’organisation au regard de ces disciplines, et de préciser quelles contributions elles pourraient y apporter. On s’interrogera également sur ce que nous apprend ce relatif retrait sur le rapport que nous entretenons avec l’énergie dans les sociétés occidentales. Par exemple, dans quelle mesure les théories dominantes sur l’usage de l’énergie illustrent-elles l’idéologie dominante de sociétés qui privilégient la poursuite de la croissance économique, établissant ainsi une conception particulière de la relation homme-nature ? (Flipo, 2004).

Un questionnement technique et économique est nécessaire et les théories s’affrontent déjà dans l’espace public depuis des décennies. Les théories du développement, qui se proposaient d’enrôler des quantités croissantes de forces naturelles au service des sociétés humaines via la division du travail et l’automatisation, sont mises en question depuis le sommet de Stockholm en 1972 par les sciences de l’environnement. Et ces deux domaines, dominés par l’ingénierie matérielle et sociale, ne sont plus suffisants. De nouvelles formes de débat public tendent à se développer, proposant des alternatives et des solutions là où les différentes rationalités semblaient ne pas pouvoir être conciliées. Dans cette perspective, anthropologie, sociologie, ethnologie, philosophie etc. nous offrent des analyses originales qui peuvent contribuer à éclairer les défis de l’avenir.

Fidèle à ses objectifs d’animer des lieux de réflexion interdisciplinaires, et d’observer et d’analyser la vie humaine à l’interface entre le milieu et la société, la Sociétéd’écologie humaine propose donc de faire un détour par les sciences humaines afin d’accéder à une meilleure compréhension des relations que nos sociétés entretiennent avec l’énergie. Les outils que ces disciplines ont élaborés peuvent être une aide précieuse pour comprendre, analyser les enjeux, mais aussi les freins et les leviers liés à un contexte de changement global, et fournir des pistes de réflexion pour engager des actions liées à la question énergétique.

Thématiques proposées

Introduction

Dans un premier temps, il paraît intéressant de préciser ce qu’on entend par énergie, de resituer les différentes techniques de maîtrise et d’utilisation de l’énergie et de quelle manière elles s’inscrivent dans une histoire des sociétés humaines ainsi que de préciser quelques unes des différentes conceptions de l’énergie qui existent.

Comment les disciplines traitent l’énergie ? Quelles approches interdisciplinaires ?

Des interventions sont attendues sur les approches disciplinaires opérées pour aborder la question de l’énergie. Quel intérêt les différentes disciplines accordent-elles à la question de l’énergie et sous quel angle l’abordent-elles ? Quels sont les points aveugles de ces approches disciplinaires, quels sont leurs présupposés ? De quelle manière les sciences humaines et sociales traitent-elles la question de l’énergie ; pour quels problèmes énergétiques sont-elles sollicitées ; à quels problèmes énergétiques s’intéressent-elles ; à partir de quels paradigmes ?

Des interventions d’historiens, de géographes, de sociologues, ethnologues et anthropologues, de démographes et de médecins sont notamment particulièrement attendues.

Types de sociétés et modalités de maîtrise et d’utilisation de l’énergie

Il s’agit de s’interroger dans une perspective pluridisciplinaire sur les modalités des relations qui s’élaborent entre les formes de sociétés et les modalités d’appropriation de l’énergie. Par exemple, à travers une approche historique, pourraient être revisitées, par le vecteur de l’énergie, les modalités du changement dans les sociétés humaines, les interactions entre les aspects sociaux et culturels et les aspects technologiques liés à la maîtrise de l’énergie, de celle du feu à celle du nucléaire. Le choix des techniques énergétiques a des implications sur l’écologie autant que sur l’organisation sociale et culturelle : conséquences foncières de l’appropriation des matières premières, répartition de la production d’énergie par certaines catégories d’acteurs sociaux etc. Les choix techniques sont des régulateurs sociaux d’ordre politique tout comme le droit ou la morale, ils structurent l’espace public et ont des conséquences directes sur les inégalités et la liberté. Des apports en termes de sociologie de l’innovation et de transfert de technologie seraient intéressants. Ils permettraient de comprendre les mécanismes par lesquels des groupes sociaux s’approprient de nouvelles technologies liées à l’énergie et les effets que cela induit sur les modalités d’organisation sociale.

Énergie et mode de vie : Pratiques, perception et représentation de l’énergie et de son utilisation

L’utilisation d’énergie favorise un bien-être en nous procurant du chauffage l’hiver, ou de la fraîcheur par la climatisation en été. Elle nous permet aussi de nous déplacer facilement sur de longues distances. Les acteurs ont-ils conscience des liens qui unissent ces nouvelles libertés aux nouvelles servitudes que sont les risques géopolitiques qui vont grandissants, les changements climatiques etc. ? Quelles sont les représentations qui structurent l’utilisation des énergies ? Quels sont les liens entre représentations et maîtrise collective de l’énergie ? En quel sens peut-on parler de « maîtrise » de l’énergie ? Le recours à l’énergie se présente-t-il comme une libération ou une contrainte supplémentaire ? Y a-t-il des contradictions entre les différents usages ? Ont-ils évolué au cours de ces dernières années, de ces dernières décennies ? Quelles sont les spécificités de la structuration des usages et des représentations dans nos sociétés ? Il s’agit de questionner la place occupée par l’énergie dans la vie quotidienne, à travers les pratiques qui en structurent le devenir.

Une approche interdisciplinaire est attendue, mais il paraît aussi important d’ouvrir les approches à des non-scientifiques et d’impliquer aussi des élus, des entrepreneurs, des militants, et pourquoi pas, des écrivains ou des artistes.

Fabrice Flipo, Marie-Jo Menozzi, Dominique Pécaud

Bibliographie

Desjeux Dominique et al, 1996,Anthropologie de l’électricité. Les objets électriques dans la vie quotidienne en France, ed l’Harmattan, coll Logiques sociales, Paris, 200p.

Flipo Fabrice, 2004, “Energie: réenchaîner Prométhée? Une approche conceptuelle”, Vertigo, vol 5 N°1.

Georgescu-Roegen N . , 1994, La décroissance, Editions Sang de la Terre, Ed. orig. 1979.

Gras Alain, 2002, Fragilité de la puissance. Se libérer de l’emprise technologique, ed Fayard, Paris, 310p.

Wilhite Harold, 2001, « What can energy efficiency policy learn from thinking about sex ? », Proceedings from the ACEEE 201 summer study on energy efficiency.

Wilhite Harold, 2005, “Why energy needs anthropology”, Anthropology today, vol 21, n°3, june 2005.

Organisateurs scientifiques

Fabrice Flipo (INT, Evry)fabrice.flipo@int-evry.fr

Marie-Jo Menozzi, consultantemarie-jo.menozzi@wanadoo.fr

Dominique Pécaud (IHT, Nantes) dominique.Pecaud@univ-nantes.fr

Comité scientifique (en cours de constitution)


Daniel Bley, anthropologue biologiste, CNRS, Arles

Dominique Desjeux, anthropologue, Paris V

Fabrice Flipo , philosophe, INT, Paris

Alain Gras, anthropologue, Sorbonne

Françoise Lafaye, anthropologue, ENPTE, Lyon

Marie-Jo Menozzi , anthropologue, Cintré

Dominique Pécaud, sociologue, IHT, Nantes

Véronique Van Tilbeurgh, sociologue, Rennes2

Contact/Secrétariat du colloque

Les propositions d’intervention en français ou en anglais sont à adresser avant le 31 janvier 2007 par courrier électronique en fichier attaché (maximum 1 page soit 3000 caractères) ou par courrier postal au secrétariat du colloque.

Frais d’inscription

Ils seront fixés ultérieurement.

Secrétariat du colloque

Journées 2007 de la SEH

M-Jo Menozzi - 12 rue Jules Soufflet, 35 310 Cintré

Tel/fax : 02 99 64 00 14

colloque-seh-2007@orange.fr


Catégories

Lieux

  • Nantes, France

Dates

  • mercredi 31 janvier 2007

Contacts

  • Marie-Jo Menozzi
    courriel : colloque-seh-2007 [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Marie-Jo Menozzi
    courriel : colloque-seh-2007 [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Énergie et société », Appel à contribution, Calenda, Publié le dimanche 22 octobre 2006, http://calenda.org/192130