AccueilUne relecture critique de la politique de la France en Afrique : 1995-2007

Une relecture critique de la politique de la France en Afrique : 1995-2007

Numéro spécial de la revue Politique Africaine

*  *  *

Publié le jeudi 02 novembre 2006 par Corinne Cassé

Résumé

La revue Politique Africaine lance un appel à contributions pour un numéro spécial sur la politique de la France en Afrique.

Annonce

Numéro spécial à paraître en mars 2007

 

 Lorsque Jacques Chirac était élu président de la République en mai 1995, la France se remettait difficilement de son implication dans la crise rwandaise. Beaucoup d’observateurs prédisaient alors un retrait français du continent. C’était oublier d’une part qu’avant même la crise au Zaïre, le continent lui-même ne réagissait pas d’une manière univoque vis-à-vis des événements rwandais et d’autre part que l’enracinement de la présence française en Afrique et la diversité de ses intérêts plaidaient en faveur d’un maintien. Traumatisme il y eut pourtant.

 Dix ans plus tard, pour ces raisons et pour d’autres, la France demeure très présente sur le continent, même si elle peut moins que jamais prétendre à elle seule reconfigurer une crise ou imposer ses solutions, qu’il s’agisse de la dette ou de la succession des présidents amis. Ainsi, sous son drapeau ou sous des mandats européens (EUROFOR) ou autres (soutien à l’AMIS au Soudan, par exemple), elle aligne dans des crises africaines plus de soldats que jamais (en Côte d’Ivoire, au Tchad, en RDC). Aujourd’hui comme hier et malgré les variations de son discours « africain », Jacques Chirac prétend se faire l’expression du continent dans les grands fora internationaux (UE élargie, Assemblée générale des Nations unies, G-8, etc.).

 Pourtant, et sans prétendre en faire une clef de lecture unique, on peut dire que les deux mandats chiraquiens auront été caractérisés par une récurrence de dénis : d’abord sur le Rwanda, puis sur les politiques suivies dans un certain nombre de crises où la France officielle a nié son engagement ou affiché une neutralité douteuse (Côte d’Ivoire, Congo–Brazzaville, Tchad, Soudan, Madagascar, Togo). Dans cette ligne d’argument, il nous paraît important de souligner combien ce déni a été le plus souvent (mais avec des nuances) le fait de l’ensemble de la représentation parlementaire,  parti majoritaire et opposition confondus.

 Avec l’arrivée au pouvoir de Lionel Jospin, en 1997, une « nouvelle politique africaine » de la France semblait pourtant se dessiner, fondée sur les ambigus préceptes officiels et ambigus de « non-ingérence / non-indifférence ». Cette nouvelle ligne fut d’abord expérimentée à Brazzaville en 1997 puis à Abidjan lors du coup d’Etat de 1999. La réforme du dispositif de coopération, engagée par le même gouvernement socialiste en février 1998, semblait aller dans le même sens, celui d’une rénovation de la politique française envers le continent. Pourtant, depuis lors, et singulièrement depuis l’intervention des troupes françaises en Côte d’Ivoire en 2002, l’impression prévaut d’un retour au statu quo ante, voire d’une involution de la politique africaine de la France qui demeure prisonnière de vieux tropismes postcoloniaux.

 Ce numéro vise à établir un bilan de cette « décennie perdue » de la politique française en Afrique. Sans pathos ni faux semblants, il entend éclairer d’un nouveau jour cette phase critique des années 1990-2000 où, en France, l’on a vu simultanément s’affronter des velléités de réforme et des tendances lourdes au conservatisme, et où l’on a vu, sur le continent, s’exprimer une critique de plus en plus virulente des héritages et des pratiques de la “Françafrique”, souvent couplée à des revendications portant sur la mémoire coloniale.

 Dans l’Hexagone, le débat public sur la politique française en Afrique, ses orientations et ses échecs, est quasiment inexistant. Porté par quelques associations militantes qui peinent à se faire entendre, il est totalement absent des discussions parlementaires et singulièrement des programmes des candidats à l’élection présidentielle de 2007 en France, sauf bien entendu pour ce qui relève des politiques migratoires. Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur pour l’avenir des relations Nord/Sud. Modestement, ce dossier de Politique africaine entend combler ce déficit de mise en débat en publiant des articles de fond, des témoignages ou des documents qui aident à comprendre les impasses d’une politique qui n’a pas su se réformer.

 Ce dossier ne pourra pas, à l’évidence, couvrir tous les aspects de cette problématique. Sans exclure aucun thème a priori, il paraît important de s’interroger sur les points suivants :

 

Dispositifs institutionnels et sociologie de la décision : comment s’élabore la politique africaine de la France ?

 Dans cette partie, on peut imaginer au moins deux textes :

-          un papier sur la réforme de la coopération et les nouvelles orientations de l’aide, incluant une réflexion sur les relations de pouvoir au sein de l’administration et la place de l’Afrique dans le champ de l’APD et la multilatéralisation de l’aide française. Il faudra sans doute également consacrer quelques paragraphes à l’évitement d’une idée et d’une institution : le Haut conseil de la coopération internationale…

-          un article sur la modernisation du ministère de la Défense et l’impact des grandes décisions (fin de la conscription en 1996, redéfinition du système de projection en Afrique et ailleurs, guerre contre le terrorisme, etc.) sur les engagements français en Afrique. Contrairement à l’entendement commun, c’est sans doute le ministère qui s’est le plus transformé dans la période considérée et le plus modernisé. L’Afrique de ce point de vue offre un angle d’analyse intéressant.

  

De l’informel, du lobbying et du personnel politique

 Une politique, c’est aussi des hommes. Dans cette section, on pourrait imaginer plusieurs types de papiers sur :

-          Le personnel politique et son devenir professionnel (par exemple, la singularité d’un Pierre Vimont, ou le devenir des conseillers diplomatiques comme George Serre, etc. sans parler des honorables membres de la cellule africaine). Un tel papier pourrait évoquer également les transformations du métier de diplomate et la perception de l’Afrique par ceux qui entrent ou sont dans la carrière diplomatique.

-          La fin des réseaux ( ?) : avec un double accent d’une part, sur les réseaux d’affaires des grandes entreprises française (cf. section 4), et d’autre part, sur les réseaux des “minorités agissantes”, tels les Corses, les Libanais et autres toujours disposés à (re)prendre du service. Beaucoup de choses ont été écrites sur les réseaux de la “Françafrique”, leur permanence ou leur disparition. Un papier très empirique sur ce thème, ciblant, par exemple un type de réseau, permettrait de tester ces hypothèses et, par ailleurs, de lier la politique française en Afrique avec celle mise en œuvre au Proche-Orient.

-          En contrepoint, il serait fort utile d’avoir un texte sur les réseaux et les formes de mobilisation qui luttent contre la “Françafrique” et/ou pour une refondation de la politique africaine de la France : une analyse de l’association Survie, par exemple, ou d’autres structures militantes (dans le champs de l’aide : Coordination Sud ; ou de la revendication mémorielle : les Indigènes de la République) permettrait de mieux comprendre la difficulté de ces approches alternatives à se faire entendre et à peser sur le processus décisionnel.

  

La France et “ses” crises

 Les situations de crise sont souvent celles où se révèlent au grand jour les contradictions d’une politique. Il faudrait plusieurs études de cas. Il faudrait ici dans cette partie ou ailleurs (cf. notamment le point 5) évoquer la RDC et le Togo, où il y a eu une réelle distance avec la dimension européenne.

Les quatre crises qui nous paraissent intéressantes à considérer sont :

-          la Côte d’Ivoire à condition de ne pas refaire le papier de Ruth Marshall-Fratani paru dans le numéro « Pax Africana » de juin 2005 : il faudrait ici plutôt mettre l’accent sur les mécanismes internes à l’administration française et la manière dont les instances de décision ont travaillé ensemble et concurremment.

-          le Congo-Brazzaville dans ses différents moments (la guerre de 1997, le massacre du Beach, etc.). Cette crise est intéressante car il y a une tentative de décharge vers le secteur privé et aussi parce que le comportement subséquent des autorités françaises a été en totale contradiction avec les exigences affichées ailleurs (notamment la CPI)

-          le Tchad/Darfour avec l’opération « il faut sauver le soldat Déby » qui est sans doute la gestion de crise la plus anachronique de ces temps de « multilatéralisation ».

-          Le Togo, qui permettrait de mettre en lumière les incohérences et les compromissions de la France en matière de démocratisation. Cette thématique majeure de la France face à la question démocratique en Afrique pourrait aussi faire l’objet d’un papier plus transversal.

  

Y a-t-il une politique française sur le continent ? Des « intérêts économiques », des tropismes politiques et des rentes postcoloniales

 Dans cette partie, il s’agit d’interroger un point trop souvent admis comme allant de soi dans l’analyse des politiques étrangères et singulièrement de la politique des grandes puissances en Afrique : à savoir que cette politique est d’abord et avant tout guidée par des intérêts économiques et financiers. La question qui se pose ici est : n’y a-t-il pas une disjonction croissante entre les vieux tropismes politiques (essentiellement dans le pré carré francophone) et les intérêts économiques réels des entreprises françaises sur le continent ? Plusieurs papiers peuvent être envisagés sur cette problématique :

-          Un texte sur le discours d’énonciation et la construction politique des « intérêts de la France en Afrique » : Comment ceux-ci sont-ils énoncés et par qui et comment sont-ils définis ?

-          Un texte sur la présence économique française sur le continent avec une description un peu diachronique en précisant quels en sont les vecteurs (firmes coloniales, multinationales, CFA, jeux d’influence des ambassades, etc.)

-          Une étude de cas portant sur une firme, un secteur ou une filière – la Sodefitex, Total, Bouygues ou Bolloré étant de beaux objets.

  

La France et l’Europe : le contrôle migratoire et l’interventionnisme comme mode de construction ou comme succédanés à des politiques africaines en crise

 Si l’Europe politique a beaucoup de problèmes à exister et à fonctionner collectivement sur/pour l’Afrique, il y a deux thèmes où elle a fait des progrès majeurs dans sa construction :

-          la « citadelle » avec une capacité de réaction inhabituelle (malgré des désaccords) sur la question migratoire (du visa Schengen aux camps de rétention)

-          l’interventionnisme militaire à partir d’une vision stratégique construite sur la passivité internationale lors du génocide rwandais (« à problèmes africains, solutions africaines, sauf quand… »).

Sur ce thème, on peut envisager plusieurs types de papiers :

-          un texte sur l’européanisation des politiques de contrôle migratoire et leur influence dans les orientations nouvelles et les conditionnalités de l’ « aide au développement »

-          un texte plus ethnographique ou de témoignage sur la délivrance des visas au guichet d’un consulat.

  

La politique de la France vue d’Afrique

 Ce dossier, on l’aura compris, est d’abord conçu comme une analyse des mécanismes internes de production d’une politique étrangère, en l’occurrence ici africaine. A l’approche du scrutin présidentiel de 2007, il est aussi une forme de positionnement d’une revue française, éditée majoritairement par des citoyens français, à l’égard d’une politique gouvernementale que ne fait jamais l’objet de débats publics. Mais il est évident que la réflexion sur ce thème ne peut s’effectuer sans la participation des Africains eux-mêmes à cette entreprise d’analyse critique.

 

Les papiers attendus ici peuvent être de diverse nature : analyse académique d’une crise ou, au contraire, d’une politique routinière telle qu’elle est perçue dans tel ou tel pays ; témoignage sur tel ou tel fait ; documents, etc. L’idéal serait de pouvoir croiser les analyses et les points de vue en provenance de pays francophones, anglophones et lusophones.

 

----------------------

 

Format des textes : selon la nature des papiers, la taille de ceux-ci pourra varier. Elle n’excèdera pas 30 000 signes, espaces et notes compris.

 Méthode : Ce numéro est conçu véritablement comme un travail collectif, porté par l’équipe de rédaction et deux ou trois coordinateurs. Il fera l’objet d’une concertation étroite entre les contributeurs. Est proposée une première réunion de type « workshop » le mardi 5 décembre 2006 avec les auteurs pressentis et les personnes intéressés afin de préciser la problématique

 Calendrier : les propositions de texte devront parvenir à la rédaction le 24 novembre 2006 au plus tard. Les hypothèses de chaque papier seront discutées lors du workshop du 5 décembre. Les textes finalisés seront remis dans la 1ère quinzaine de janvier. Après évaluation du comité de lecture, une dernière “navette” pourra s’effectuer dans la 3ème semaine de janvier pour que le travail éditorial puisse débuter en février.

 Les propositions de textes sont à envoyer à Roland Marchal (marchal@ceri-sciences-po.org) et Richard Banégas (richard.banegas@noos.fr).

www.politique-africaine.com

Catégories

Dates

  • vendredi 24 novembre 2006

Contacts

  • Roland Marchal
    courriel : marchal [at] ceri-sciences-po [dot] org
  • Richard Banégas
    courriel : richard [dot] banegas [at] noos [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Vincent Foucher
    courriel : v [dot] foucher [at] sciencespobordeaux [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Une relecture critique de la politique de la France en Afrique : 1995-2007 », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 02 novembre 2006, http://calenda.org/192186