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Ville et santé mentale

Projections, politiques, ressources et symptômes

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Publié le mardi 14 novembre 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Les premières expériences de psychiatrie « de secteur » qui ont eu lieu en France après la deuxième guerre mondiale avaient pour point de départ le rejet de l’asile psychiatrique. En déplaçant les fonctions de refuge au sein de la ville, elles ont modifié le rapport entre ville et projet thérapeutique, en articulant l’offre de soins aux lieux d’ancrage de la géographie urbaine (hôpital de jour, accueil, prise en charge modulée).

Annonce

COLLOQUE interdisciplinaire :

VILLE et SANTE MENTALE : projections, politiques, ressources et symptômes.

PARIS, 29 et 30 mai 2007

Fédération de recherches Sciences de la ville

Université Paris 7/EAPVS

Les premières expériences de psychiatrie « de secteur » ou « dans la communauté » qui ont eu lieu en France après la deuxième guerre mondiale avaient pour point de départ le rejet de l’asile psychiatrique. En déplaçant les fonctions de refuge au sein de la ville, elles ont modifié le rapport entre ville et projet thérapeutique, en articulant l’offre de soins à une géographie urbaine (hôpital de jour, accueil, prise en charge modulée).

Depuis, les mutations urbaines, l’évolution de la psychiatrie, enfin l’ouverture d’un champ de la santé mentale qui interroge la souffrance « sociale », invitent à faire la somme de ces expériences et à engager une nouvelle réflexion sur la ville que permet le prisme de la santé mentale. Ce colloque, organisé par la Fédération de Recherche des Sciences de la Ville (Paris 7/ EAPVS), vise à croiser les approches de la psychiatrie, de la psychanalyse, de l’architecture-urbanisme et des sciences sociales sur les mutations urbaines contemporaines.

Le colloque s’organisera autour de trois axes interdisciplinaires : l’accueil de la folie dans la ville, la santé mentale comme champ politique, la ville à travers le symptôme.

1) ACCUEIL DE LA Folie dans la ville.

La démarche de la psychiatrie de secteur - inscrire le soin dans le milieu de vie du patient – mise sur l’importance d’une continuité des lieux psychiques et physiques et tend à l’établir elle-même en travaillant explicitement sur la formation d’un réseau de santé mentale qui associe les travailleurs sociaux comme tous les types d’intervenants en ville (école, police, etc). Hôpitaux de jours, réseaux socio-sanitaires, jouent sur le continuum socio-urbain. Toutes ces démarches ont donné lieu à plusieurs expériences et plusieurs types de bilans, qui tous mettent en scène la fabrique du tissu urbain.

Quarante ans après « Programmation, Architecture et Psychiatrie », le numéro spécial de Recherches publié en juin 1967, quelles réflexions, notamment architecturales et urbaines peut-on mener sur l’exclusion et l’insertion dans la porosité ou l’inscription des bâtiments psychiatriques, de soins et d’accueil dans la ville ? A quelle mise en scène du tissu urbain cela renvoie-t-il ?

Comment les fous investissent-ils la ville, l’espace commun, l’espace public ? où et comment peut avoir lieu la mixité, et dans quel projet thérapeutique ? Comment faire refuge ? Comment faire accès ? Comment faire passage ? Enfin, comment la souffrance psychique peut-elle être accueillie au sein d’une communauté urbaine ? Quelle histoire urbaine se dessine à travers l’évolution de cet accueil ?

2) La santé mentale comme champ politique

Le terme de « psychiatrie dans la communauté », qui fut le cœur du projet de psychiatrie de secteur notamment celle de Philippe Paumelle dans le treizième arrondissement de Paris en 1960, implique l’existence d’une communauté sociale mais aussi politique capable de mettre en oeuvre des ressources collectives pour prendre en charge les pathologies et les souffrances d’une partie de ses membres. De la notion d’hygiène sociale, point de départ des politiques publiques de santé mentale dans les années trente, au secteur actuel, le champ de la santé mentale révèle, à travers ses échecs, ses remises en question et ses enjeux, l’évolution des communautés politiques et de leurs pratiques, ainsi que celle des acteurs institutionnels et sociaux. A travers les questions de l’accès aux soins, de la prévention, des politiques de réadaptation ou de réinsertion, la santé mentale permet de questionner et de projeter les réseaux, les territoires et les parcours socio-institutionnels, convoquant ainsi une géographie de la ville. De même, elle permet de s’interroger sur la place du patient dans le champ politique local, et son inscription dans un territoire qui se réfère à une communauté urbaine, un «quartier » ou à la « ville » de « politique de la ville ».

Quels sont ces territoires, quelles villes dessinent ces parcours et pratiques des patients, quelles sont les ressources « urbaines » des politiques de santé mentale ? A quelles responsabilités renvoient-elles ?

3) La ville à travers les souffrances psychiques

D’autre part, la souffrance mentale permet une perception aiguisée de l’environnement urbain et des configurations sociales, politiques, matérielles qu’il propose à l’organisation du psychique. Ce diagnostic sur la ville, déchiffré à travers les souffrances mentales, constitue un matériel précieux pour l’analyse des phénomènes urbains. De même, la réaction des individus à travers leur souffrance met en lumière les stratégies psychiques que les configurations urbaines provoquent : l’errance, les lieux de désocialisation ou de resocialisation, analysés empiriquement par rapport au contexte urbain, révèlent les processus productifs du tissu urbain, ainsi qu’elles restituent les impacts de ces configurations : comment les interpréter en dehors d’une clinique empirique ? Comment les questions d’isolement, de solitude, de dépendance, peuvent-il traduire une organisation de la société urbaine et caractériser des phénomènes urbains ? Y a-t-il, à l’inverse, des ressources urbaines, telles que les repèrent les praticiens du secteur dans une visée thérapeutique (bibliothèques, supermarché, lieux de restructuration du lien social, etc), qui peuvent alimenter une réflexion urbanistique, politique, sociologique sur la ville contemporaine ? L’usage de la ville par les cliniciens, comme l’usage de la ville par les régulations/dérégulations psychiques à l’œuvre dans les souffrances mentales, nous donnent ainsi de nouveaux éléments de réflexion que les sciences sociales et architecturales n’ont pas encore appréhendés : comment peuvent-elle le faire, avec quelles précautions et avec quelle ambition ?

Quelques références :

Assoun, Paul-Laurent/Zafiroupoulos, Marrcos, 2005 : Psychanalyse et sciences sociales. Universalité et historicité, Economica, Paris

Bresson, Maryse 2003: « Le lien entre santé mentale et précarité sociale : une fausse évidence » in Cahiers internationaux de sociologie volume CXV, 2003 :

Ehrenberg, Alain et Lovell, Anne 2001, La maladie mentale en mutation : psychiatrie et société, Odile Jacob, Paris.

Fourquet, François et Murard, Lion, 1980 Histoire de la psychiatrie de secteur, Paris, Recherches,

Kovess-Masféty, Viviane, Donato Severo, David Causse, Jean-Charles Pascal , 2004 : Architecture et psychiatrie, Ed. Le Moniteur, Paris

Kovess-Masféty, Viviane, 2001 : Précarité et Santé Mentale, Doin.

Joseph , Isaac: « Les urgences psychiatriques en ville, la relation de service et la gestion des urgences psychiatriques », Les Annales de la recherche urbaine, n°73, 1996, pp. 108-109, 113

Joubert, Michel (dir), 2003 : Santé mentale, ville et violences, Eres, Paris

Lepoûtre , Raymond / Kersvasdoué, Jean de, (dir) 2002 : La Santé mentale des Français, Odile Jacob Paris.

Martin, Jean-Pierre, 2000 : Psychiatrie dans la ville : pratiques et clinique de terrain, Erès Paris

Recherches, numéro spécial juin 1967, « Programmation, Architecture et Psychiatrie », Paris, C.E.R.F.I.

Appel à communiquer :

Les propositions attendues de la part de chercheurs de toutes disciplines, de une à deux pages (préciser nom, prénom et organisme de rattachement), devront être reçues avant le 22 décembre.

La sélection par le comité scientifique aura lieu en janvier et les communications complètes (30 000 signes maxi) devront être remises le 15 avril.

Propositions à l’attention de Aurélia MICHEL : aureliamichel@wanadoo.fr et en copie à pole-scdelaville@paris7.jussieu.fr

Comité Scientifique :

Paul-Laurent ASSOUN (psychanalyste, Université Paris 7)

Evelyne COHEN (historienne, Université de Paris 7)

Catherine DESHAYES, (psychologue, EVCAU, EAPVS)

Françoise GAILLARD, (philosophe, Université de Paris 7)
Michel JOUBERT, (sociologue, Université de Paris 8)

Viviane KOVESS-MASFETY (psychiatre, Université de Paris 5)

Donato SEVERO (historien et architecte, EAPVS)

Colloque organisé par Aurélia Michel avec la collaboration de Marcela Garbalena et Gabrielle Viennet

Catégories

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • vendredi 22 décembre 2006

Contacts

  • Aurélia Michel
    courriel : aureliamichel [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Aurélia Michel
    courriel : aureliamichel [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ville et santé mentale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 14 novembre 2006, http://calenda.org/192275