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Formes et pratiques de l’activité de recherche

Appel à article pour le n°10 de "Lieux Communs", revue du LAUA

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Publié le vendredi 17 novembre 2006 par Natalie Petiteau

Résumé

Attentif à l'évolution des conditions des pratiques de l'activité de recherche, le Laua (Langages, Actions Urbaines, Altérités, laboratoire de recherche en sciences sociales dédiées à l'espace, ensa Nantes) consacrera le n°10 de sa revue "Lieux Communs", à paraître en septembre 2007, aux formes et pratiques de l'activité de recherche. La création d'un doctorat en architecture a relancé un certains nombre de questions au sein même d'une discipline où la notion de projet est fortement ancrée. Au-delà de ce questionnement disciplinaire, il s'agit de contribuer à évaluer les conséquences des engagements financiers, des découpages temporels sur les conditions d'exercice de la recherche, tout en évoquant aussi bien les conditions de déploiement d'une recherche se faisant expertise, que la production de la recherche dans le cadre d'un collectif.

Annonce

Attentif à l'évolution des conditions des pratiques de l'activité de recherche, le Laua (Langages, Actions Urbaines, Altérités, laboratoire de recherche en sciences sociales dédiées à l'espace, ensa Nantes) consacrera le n°10 de sa revue "Lieux Communs", à paraître en septembre 2007, aux formes et pratiques de l'activité de recherche. La création d'un doctorat en architecture a relancé un certains nombre de questions au sein même d'une discipline où la notion de projet est fortement ancrée. Au-delà de ce questionnement disciplinaire, il s'agit de contriubuer à évaluer les conséquences des engagements financiers, des découpages temporels sur les conditions d'exercice de la recherche,  tout en évoquant aussi bien les conditions de déploiement d'une recherche se faisant expertise, que la production de la recherche dans le cadre d'un collectif.


Lieux communs
n°10 – Formes et pratiques de l’activité de recherche

Recherche-action, recherche-développement, recherche académique, recherche appliquée, impliquée, « transductive », fondamentale… Les types de recherche que l’on rencontre « sur le marché » renvoient à une pluralité de postures et de modalités et témoignent d’une variété des manières de voir les rapports entre science et monde social, plus ou moins compatibles entre elles. Dans les sciences humaines et sociales, les débats à ce sujet renvoient globalement aux manières de se situer par rapport au binôme « critique – utilité ». Outre les discussions propres aux enjeux disciplinaires (critique du monologue, du radicalisme académique…), les formes et pratiques de l’activité de recherche sont aussi largement imputables aux modalités de financement de la recherche, à son organisation au sens large et aux rapports envisagés entre producteurs et récepteurs de l’activité de connaissance. Les différentes postures évoquées sont aussi largement liées aux temporalités de travail, selon les temps impartis au déploiement de tel ou tel savoir : de plusieurs années pour un ouvrage à quelques mois pour une recherche contractuelle, en passant par les trois ans, durée formelle, pour une thèse de doctorat en France.

Dans la recherche architecturale et urbaine, ces trois aspects (discipline, financement, temporalité) prennent notamment les contours suivants. En termes disciplinaires, et pour parler de la situation française, la création d’un doctorat en architecture a permis de reposer des questions quant aux spécificités de cette recherche en regard des disciplines existantes (situation qui pourrait être rapprochée de ce qui s’est passé au moment de la création de la discipline aménagement-urbanisme « s’émancipant » de la géographie). La volonté du projet peut-elle être considérée comme une activité de recherche ? Comment se pratique une recherche qui vise l’énonciation d’un projet ? Les réponses à ces questions sont décisives au moment de la mise en place de la réforme dite LMD dans les écoles d’architecture. Sans l’existence d’un espace de discussions à ce propos, il serait inconvenant d’accorder beaucoup de crédit au coup de force disciplinaire.

En termes financiers, la pluralité des financeurs est notoire, liée aux enjeux professionnels, pratiques et politiques de l’activité de transformation des espaces bâtis. En France, outre le ministère de la recherche et le CNRS (dont les actions conjointes ont connu bien des aléas dans les dernières années), on peut mentionner le PUCA, la DIV jusqu’à une période récente, l’ADEME et quelques autres ministères (Culture et Communication, Environnement…). On assiste surtout à une montée des financements régionaux et locaux et au développement de grands programmes de recherche européens. Globalement, dans ce secteur comme pour l’ensemble des politiques publiques d’ailleurs, le maître mot est celui du partenariat, qui amène de plus en plus à des montages assez complexes visant à un intéressement multi-actoriel. En témoignent des structures de type fédérations, groupements d’intérêt public… Cette évolution est parfois en phase avec un mouvement idéologique de critique de la « recherche inutile ». Les temporalités de recherche sont bien sûr indexées aux financeurs, à leurs attentes. Mentionnons à cet égard les effets de fractionnement du travail de recherche via les nombreux rapports intermédiaires attendus et conditionnant la rémunération ; pointons également des attentes de point de vue dans le « juste à temps », selon telle ou telle préoccupation. Subsistent d’autres temporalités comme un financement quadriennal pour une activité de laboratoire ou celles beaucoup plus longues permises par un statut de fonctionnaire au CNRS, opposées aux cycles saccadés et bien peu maîtrisés que connaissent quelques « intellos précaires »…

Enfin, au croisement entre questions financières et disciplinaires, on peut repérer le déploiement d’un ensemble de chercheurs-experts-consultants, témoignant d’un brouillage assez fort (ou d’une hybridation si l’on veut positiver) entre recherche et expertise. Les chercheurs d’institution et intellectuels de gouvernement pour les uns sont les experts attentifs, décloisonnés et non académiques pour d’autres… Mais il ne s’agit pas ici de choisir son camp ! D’autant que les parcours de recherche sont souvent assez longs et que ces postures s’objectivent la plupart du temps a posteriori. Cela n’empêche pas d’y réfléchir, d’essayer d’y voir plus clair, voire d’anticiper afin de se construire (chacun mais aussi chaque collectif en charge de faire de la recherche, songeons aux laboratoires), sans épouser benoîtement un quelconque « mainstream » dans le seul but de drainer davantage de financement ou d’augmenter sa surface sociale. Mais la critique de ce brouillage n’a pas grand intérêt non plus si elle se ramène à un retour à l’homo academicuset aux formes les plus dégagées de l’élaboration des savoirs[1].

Le LAUA cherche à travailler autour d’une dialectique entre voie autonome et voie contractuelle, estimant précisément que l’interrogation sur les formes de l’activité de recherche est indispensable. Il est en outre engagé dans plusieurs recherches contractuelles posant chacune des questions quant aux rapports d’implication. A l’occasion de Lieux communs n°7 « vertiges et prodiges de l’interdisciplinarité », nous avions interrogé la productivité des croisements entre disciplines. Par ce nouvel appel à contributions, nous voulons élaborer un dossier argumenté sur les conséquences de telles ou telles structurations d’engagement et de distanciation en termes d’écriture de recherche, de positionnement dans le champ de la pratique, de types de connaissances attendues. Aussi bien les retours sur longue expérience (dans la recherche incitative notamment) que les témoignages de jeunes chercheurs sont attendus : quelle part les jeunes (et/ou précaires) chercheurs prennent-ils à l'élaboration et au développement d'une recherche ? Jusqu'à quel stade ? Sur quels types de travaux ? Quelle conception se font-ils du « métier » ?

La question des collectifs est aussi directement posée : comment se cimente une collectivité de travail dans un univers qui valorise fortement la singularité et l'originalité ?


Les textes sélectionnés privilégieront des études de cas, des récits d’expérience sollicitant un travail de terrain, en France ou ailleurs. Ils pourront relever d’une sociologie des sciences mais sans exclusivité paradigmatique ou réduction disciplinaire. Les aspects propositionnels (manières de faire, petits arrangements, formes peu visibles) seront bienvenus. Seront exclus les essais et considérations trop générales sur le sujet.

Notes d’intention attendues pour le 1er Décembre 2006

Réception des textes : 15 février 2007

Publication : septembre 2007

Responsable du numéro : Laurent Devisme

Comité de lecture : Pascal Amphoux, Jean-Louis Violeau, les membres du LAUA.

Envoi de votre texte sous forme électronique, format RTF, aux deux adresses suivantes simultanément :
laurent.devisme@nantes.archi.fr
guillaume.ertaud@laua.nantes.archi.

[1] Certains aspects ici mentionnés ont déjà été abordés dans les n°74 (« recherches sur la recherche », septembre 1988), 141-142 (« science », Mars 2002) et 164 (« économies de la recherche », Septembre 2006) des Actes de la Recherche en Sciences Sociales, ainsi que dans le n°101-102 d’Espaces et Sociétés(« 30 ans : anciens débats, nouvelles questions »).

Catégories

Dates

  • vendredi 01 décembre 2006

Contacts

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Formes et pratiques de l’activité de recherche », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 17 novembre 2006, http://calenda.org/192288