AccueilLa mémoire des villes nouvelles : le musée de Saint-Quentin-en-Yvelines

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Publié le lundi 12 février 2007 par Marianne Blidon

Résumé

Une valorisation du patrimoine est-elle possible dans le cas des villes nouvelles ? Au travers de l'expérience inédite de l'écomusée de la ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines témoin et acteur privilégié de la genèse et de l'évolution de la ville nouvelle, nous tenterons de comprendre quels sont les enjeux associés à cette question et comment ils sont transformés dans les pratiques muséographiques de l'institution.

Annonce

Au tournant des années soixante-dix, les idéologies fonctionnalistes et rationalistes des congrès internationaux d’architecture moderne (les CIAM, dirigés notamment par l’architecte Le Corbusier), librement interprétées dans la pratique par la construction des grands ensembles de logements sociaux, subissent les premières critiques. C’est avec cette toile de fond que l’État décide de réorienter sa politique des grands travaux en proposant un évènement urbain sans précédent : la construction de « villes nouvelles ». Neuf seront réalisées en France, dont cinq en Île-de-France (Évry, Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, Marne-la-Vallée, et Sénart -initialement Melun-Sénart). Sous l’impulsion du Général de Gaulle et des grands commis d’État, d’immenses chantiers vont alors voir le jour en banlieue Parisienne afin de faire sortir de terre : trottoirs, rues, routes, immeubles de logements, équipements publics, parcs et jardins, etc. en seulement quelques années. Ce traitement à grande échelle du territoire est un pari ambitieux et nécessaire selon l’État qui souhaite mettre de l’ordre dans la banlieue et répondre durablement à l’asphyxie de la capitale. Pour réussir cette orchestration, l’État déploie un arsenal législatif faisant des villes nouvelles, un cadre d’exception. Pour chaque ville sera définie : un périmètre d’Opération d’Intérêt National (OIN) – au sein duquel l’initiative des opérations d’aménagement et la délivrance des permis de construire relève de la compétence de l’État -, un Établissement Public d’Aménagement (EPA) et, suite à la loi Boscher de 1970, un Syndicat Communautaire d’Aménagement (SCA) – remplacé en 1983 par la loi Rocard par le Syndicat d’Agglomération Nouvelle (SAN). L’une des villes nouvelles, Saint-Quentin-en-Yvelines va se doter d’une structure originale en créant un écomusée (1977). C’est de cette institution atypique qu’il va être question dans ce séminaire. Si très tôt l’approche militante de la culture souhaitée par l’écomusée lui épargne une certaine forme de mise en ordre des mémoires, il n’en demeure pas moins qu’il devra répondre à des logiques d’acteurs aux intérêts divergents qui privilégieront tantôt une composition historique et un repli sur l’échelle communale, tantôt une écriture plus contemporaine de la ville nouvelle. Est-ce à dire que les muséographies présentées par l’écomusée sont automatiquement soumises à une écriture politique de l’espace ? (Le sociologue Henri-Pierre Jeudy ne traduit-il pas la même idée lorsqu’il dit dans son ouvrage intitulé la machinerie patrimoniale que : « (…) dans les années quatre-vingt, la cristallisation collective autour de la défense des patrimoines permettait de donner une certaine consistance sociale aux programmes politiques » ?) En partageant son expertise avec les habitants, le musée de Saint-Quentin va permettre partiellement de déjouer ce biais. En effet, l’institution muséale n’est plus la seule à produire un « sens » sur la ville. Mais c’est en faisant l’effort de placer le musée en miroir de lui-même comme étant le produit d’une histoire – ce que nous appelons dans la peinture « la perspective inversée » : le point de fuite n’est plus dans le tableau mais dans l’œil de celui qui le regarde – que le musée de Saint-Quentin-en-Yvelines va tirer toute son originalité. Quelle ville se montre alors au musée ? Quels sont les procédés pour rendre compte des constructions que nous projetons sur elle ? Quelles rhétoriques pouvons nous légitimement soutenir lorsque l’on scénographie les composants mobiles de la ville ? En invitant sa directrice, Julie Guyot-Corteville, nous reviendrons sur les grandes étapes qui jalonnèrent l’histoire du musée depuis trente ans puis nous rentrerons plus en détail sur l’objectif pédagogique et scientifique du musée autour d’une exposition temporaire qui se déroule actuellement et qui interroge la construction de la catégorie « patrimoine » de la ville nouvelle à partir de la perception que s’en font les habitants. Pour finir, nous nous interrogerons sur les conséquences pour le musée de la sortie du dispositif d’exception de la ville en 2002 qui lui permet d’accéder un statut historique de « ville nouvelle » et enfin, nous discuterons autour de sa récente accession au label de « ville d’art et d’histoire » lui donnant ainsi une complète légitimité « patrimoniale » qu’elle s’est vu jusqu’à présent raillée et contestée. Comment le musée de Saint-Quentin va prendre la mesure de ces enjeux sans tomber à son tour dans la doxa du tout patrimoine ? À quoi peut répondre finalement le musée dans un jeu qui déborde bien souvent ses prérogatives ?

 

Pour le séminaire, Miguel Mazeri

Doctorant EHESS

Coordinateurs du séminaire « anthropologie, villes et architectures » : Alban Bensa, Antonella di Trani, Miguel Mazeri

Catégories

Lieux

  • 17h/19h, salle 9, 105 bd Raspail, 75006 PARIS
    Paris, France

Dates

  • jeudi 15 février 2007

Mots-clés

  • ville-nouvelle, architecture, ethnographie, musée, patrimoine

Contacts

  • Miguel Mazeri
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] wanadoo [dot] fr
  • Antonella Di Trani
    courriel : Antonella [dot] Di-Trani [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Miguel Mazeri
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La mémoire des villes nouvelles : le musée de Saint-Quentin-en-Yvelines », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 12 février 2007, http://calenda.org/192668