AccueilHistoire de l’immigration, traces et mémoires (Europe-Amérique, XIXe siècle à nos jours)

Histoire de l’immigration, traces et mémoires (Europe-Amérique, XIXe siècle à nos jours)

Appel à contributions pour le prochain numéro de la revue Amnis

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Publié le samedi 17 février 2007 par Corinne Cassé

Résumé

Le nouveau numéro d’Amnis propose d’établir un état des lieux concernant l’histoire de l’immigration et sa mémoire. Le spectre considéré est large : il propose de mener une réflexion sur la mémoire de l’immigration dans sa dimension tant familiale et communautaire, que nationale et transnationale.

Annonce

Une histoire « pauvre », est-ce bien l’adjectif qu’il convient d’employer pour qualifier l’histoire de l’immigration ? Différents spécialistes l’affirment. Abdelmalek Sayad, auteur de La double absence, Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, déclare par exemple : les groupes déjà « les plus pauvres culturellement » sont aussi « les plus “pauvres en histoire” — parce que leur histoire est réputée “histoire pauvre” en ce qu’elle est l’histoire “des pauvres” ». Histoire pauvre, parce qu’histoire « des pauvres », l’argument paraît certes convaincant. Un autre phénomène peut toutefois également expliquer la place longtemps demeurée périphérique des études migratoires dans le champ historique. En privilégiant l’édification d’une mémoire prioritairement nationale, tant la patrie quittée que le pays d’accueil ont souvent relégué le passé des migrants — ces hommes et ces femmes « ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs » — dans les marges de leur histoire. La langue, d’ailleurs, ne s’y trompe pas : bien que l’émigration et l’immigration soient l’avers et l’envers d’un même phénomène, concernent les mêmes hommes, elle scinde, coupe — ex/in — comme pour mieux signifier la bipolarité quasi irréductible des points de vue. Seraient-ce la difficile suture de ce bord à bord, voire l’impasse de la transmission qui se révèlent ici ? La question est à envisager.

Partant de ces constats — mais cherchant aussi à les interroger —, le nouveau numéro d’Amnis propose d’établir un état des lieux concernant l’histoire de l’immigration et sa mémoire. La question pourra être abordée sous de multiples angles. Assiste-t-on, par exemple, à une différence radicale dans le traitement de l’histoire de l’immigration entre les pays de la « vieille Europe » et les jeunes nations au sein desquelles la population est en majeure partie issue de l’immigration (comme aux États-Unis, au Canada ou en Argentine) ? Quelle est l’incidence des différents modèles sur l’élaboration de cette mémoire : modèle français d’intégration, qui s’interdit, conformément à la Constitution, de distinguer les citoyens selon leur « race », origine ou religion, et systèmes anglo-saxons qui accordent volontiers un statut officiel à la différence ethnique, voire « raciale » ?

Loin de s’en tenir à une approche purement historienne de la question, on ouvrira également la réflexion à d’autres champs disciplinaires. Comment, par exemple, ne pas interroger la fonction de la vaste mouvance des Cultural et Postcolonial Studies dans la reconnaissance de cette mémoire ? On questionnera, du même coup, les nouvelles pratiques tant autobiographiques que romanesques qui participent à la constitution de mémoires alternatives. En poursuivant cette perspective plus intimiste, on pourra également s’interroger sur les traumatismes que produisent les silences, les déficits de transmission au sein de l’histoire familiale des immigrés.

On le voit le spectre considéré est large : il propose de mener une réflexion sur la mémoire de l’immigration dans sa dimension tant familiale et communautaire, que nationale et transnationale. En guise de récapitulatif, on retiendra donc pour principaux axes :

 

• Constitution de la mémoire : de quelques interrogations spécifiques

- Quelles communautés immigrées le traitement historique tend-il à privilégier, pourquoi ? Quels sont les facteurs qui suscitent un réveil de la mémoire ? (Cf. par exemple, le travail mené, en France, par Yamina Benguigui dans Mémoires d’immigrés, L’héritage maghrébin).

- Une démarche fréquente à interroger : comment / peut-on « être l’ethnographe de [s]a propre tribu » (Ahmed Boubeker) ?

- Retracer la vie culturelle, sociale et politique d’une communauté (tissu associatif, lieux de vie communautaire, réseaux de solidarité, etc.).

 

• Les formes de la mémoire institutionnalisées par l’école et l’université

- Place accordée à l’histoire de l’immigration dans le pays d’accueil et dans le pays d’origine.

- Comment penser le succès des Cultural et Postcolonial Studies dans les pays anglo-saxons et leur état embryonnaire en France ?

- Type de reconnaissance de l’apport des « travailleurs coloniaux ». (D’un point de vue littéraire, on songe, par exemple, au succès d’un texte comme China Men de Maxine Hong Kingston au sein de l’institution universitaire nord-américaine, roman qui rend hommage aux hommes d’une même famille chinoise, ayant immigré en Amérique au siècle dernier).

 

• Politiques mémorielles : effets de reconnaissance (musées, lieux de mémoires, ou encore, comme en Argentine depuis 1949, célébration du 4 septembre comme « jour de l’immigrant » — Día del Inmigrante) ou, à l’inverse, pratique de l’effacement (destruction des bidonvilles en France, par exemple, soit d’un territoire qui constitue une « forme de mémoire, de conscience historique d’avoir vécu ensemble »).

 

• La multiplication des récits d’inspiration autobiographique, des témoignages et des fictions tant littéraires que cinématographiques

- Pourquoi une telle explosion ? Du point de vue littéraire, un courant éditorial porteur ?

- Tandis que cette veine est souvent la forme employée pour un premier livre (Le Gone du Chaâba d’Azouz Begag, Drown de Junot Díaz), comment expliquer aujourd’hui la participation à ce courant des élites — universitaires et intellectuels de renom — qui produisent des ouvrages prenant la forme de mémoire, mêlant récit familial, récit de vie, et récit de vocation (Edward Said, Amin Maalouf, etc.) ?

- Par-delà le phénomène littéraire, comment considérer ces récits : une forme d’historicisation de la mémoire ? Un mémorial à sa communauté, à son histoire qui provoque toutefois un sentiment de transgression (cf. Richard Rodriguez : « je prends pour sujets des choses que ma mère m’a demandé de ne pas révéler ») ?

- Si on accepte l’idée que la nation est le fruit d’un certain nombre de narrations (cf. Homi Bhabha, The Location of Culture), ces récits participent-ils à une progressive transformation de l’ethos national ?

- Le traitement cinématographique — et plus largement artistique (chansons, bandes dessinées) — de l’immigration : quelle forme de mémoire ?

 

• Mémoire de l’immigration et reliques : transmission familiale et incorporation nationale

- Les reliques matérielles familiales (objets, photographies, etc.) conservées. On comprendra également le terme de « relique » au sens de détails marquant une appartenance : « Des systèmes référentiels d’hier […], il ne reste souvent que les “reliques” : des gestes, des récits, des signes détachés de l’ensemble auquel ils appartenaient […]. Dans cette évolution, l’identité culturelle prend une forme “métonymique”» (Michel de Certeau). Dans cette optique, on pourra interroger les pratiques culinaires, vestimentaires ou verbales.

- On pourra également réfléchir au phénomène d’incorporation — soit l’adoption, mais aussi l’adaptation — d’un élément importé par les migrants, désormais perçu comme élément du patrimoine national.

 

 

• La perception nationale de tel ou tel groupe : origines ressenties comme prestigieuses ou, à l’inverse, « dangereuses », voire « honteuses », et du même coup cachées (cf. dans le film de Franco Brusati, Pane e cioccolata, la tentative d’invisibilisation du protagoniste, qui se décolore les cheveux pour se fondre dans la blondeur suisse…). Les facteurs d’évolution et de modification de cette perception.

 

• Immigration, dénis et non-dits : les événements (longtemps) occultés de l’histoire nationale (le génocide arménien en Turquie ; le traitement des Américains d’origine japonaise aux États-Unis pendant la seconde guerre mondiale ; les camps du sud-ouest de la France où les républicains, fuyant l’Espagne franquiste, furent enfermés par les autorités françaises).

 

• Mémoire urbaine de l’immigration

- La métropole comme terrain d’étude privilégié pour le sociologue et l’anthropologue urbains (cf. les travaux de l’École de Chicago). Comment poursuivre ce travail aujourd’hui ? 

- Les changements de physionomie de certains quartiers (la Goutte d’Or à Paris, Kreuzberg à Berlin ; les vagues successives de migrants dans certains quartiers des métropoles nord-américaines, leurs transformations).

- La reconnaissance (touristique par exemple) de l’existence de ces quartiers (les Chinatowns des villes nord-américaines, opposés au statut du XIIIe arrondissement de Paris ; Little Italy à New York, ou les vestiges d’un quartier en voie de disparition).

- Les lieux de « pèlerinage » et de centralité de certaines communautés (le Barbès maghrébin, par exemple), tandis que d’autres lieux ne sont pas ressentis comme lieux d’appartenance (« la grande majorité des immigrés algériens ne se reconnaissent pas dans la Grande Mosquée de Paris inaugurée en 1926, essentiellement fréquentée par les notables des affaires coloniales », écrit Benjamin Stora).

 

 

Les propositions devront parvenir avant le 15 mai 2007 et être accompagnées d’un curriculum vitæ  (voir les recommandations sur le site de la revue http://www.univ-brest.fr/amnis/). Après acceptation des propositions, les articles devront être adressés avant le 30 octobre 2007 à :

-disquette :
M. Severiano Rojo Hernandez
Revue Amnis
Faculté des Lettres et Sciences Sociales Victor Segalen
20 rue Duquesne
BP 814
29285 Brest Cedex, France


-e-mail :
- severiano.rojo-hernandez@univ-brest.fr
- amnis@univ-brest.fr 

 

Les auteurs recevront courant 2008 un exemplaire papier de la revue Amnis.

 

Crystel Pinçonnat, Université Paris 7-Denis Diderot

Severiano Rojo Hernandez, directeur de la revue

Dates

  • mardi 15 mai 2007

Mots-clés

  • immigrations, migrations, migrants, mémoire

Contacts

  • Severiano Rojo Hernandez
    courriel : amnis [at] revues [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Revue Amnis
    courriel : amnis [at] revues [dot] org

Pour citer cette annonce

« Histoire de l’immigration, traces et mémoires (Europe-Amérique, XIXe siècle à nos jours) », Appel à contribution, Calenda, Publié le samedi 17 février 2007, http://calenda.org/192703