AccueilLes sciences sociales dans la société de connaissance

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Publié le mercredi 07 mars 2007 par Inès Secondat de Montesquieu

Résumé

Colloque public sur le rôle et la place des sciences sociales dans la société de connaissance (monde politique, médias, monde économique, etc).

Annonce

Colloque : Les sciences sociales et humaines dans la « société de la connaissance »

23 mars 2007 de 9h à 14h

Auditorium de l’Hôtel de Ville, 5 rue Lobau, 75004 Paris (Métro Hôtel-de-Ville)

 

Chacun reconnaît l’importance économique et sociale de la recherche, de l’innovation, de la production de connaissances et de savoirs. Pourtant, alors qu’on débat beaucoup des politiques d’innovation et technologiques, le rôle des sciences sociales et humaines (SSH) semble négligé par les politiques publiques – notamment par les politiques scientifiques et de recherche. Malgré des différences nationales et en dépit des efforts de la Commission européenne pour inclure des éléments sociaux et culturels dans ses programmes de recherche, le financement des sciences de la vie et de la terre reste prioritaire dans les discussions sur les budgets de la recherche publique. Et à la différence des autres sciences, les SHS doivent sans cesse prouver leur « utilité ».

Le projet européen SSH-FUTURES (« L’avenir des sciences humaines et sociales »), soutenu par le 6ème Programme-cadre de recherche et de développement, se propose d’élaborer à la fois un état des lieux et des préconisations. L’importance des SSH est sociale, économique et politique.  Leur appauvrissement, faute de cadres institutionnels appropriés, appauvrit la société tout entière.

Le colloque Les sciences sociales et humaines dans la « société de la connaissance » est le troisième du cycle prévu par le projet SSH-FUTURES. Il a déjà été question du Rôle des sciences sociales et humaines dans la décision politique : évaluation externe ou coproduction ? (Vienne, 19 juin 2006) et de Gouvernance et démocratie : quelles différences entre la « bonne gouvernance » et la démocratie ? (Tel-Aviv, 31 octobre 2006). Des manifestations suivront sur le Développement durable : dépasser l’approche disciplinaire par la participation publique et sur Repenser la politique sociale : existe-t-il un modèle européen viable ?. Chaque colloque permet à la fois de diffuser les travaux du projet et de permettre à un large public d’y apporter sa contribution. La dernière manifestation, à Bruxelles au printemps 2008, permettra de tirer des conclusions et d’esquisser des perspectives d’avenir.

 

 

 

Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles. Le colloque se déroulera en français et en anglais, sans traduction simultanée. Les présidents de séance pourront assurer une traduction informelle selon les besoins.

 

Inscriptions et renseignements : Béatrice Lemoine, CIR, 01.49.21.20.88 ou b.lemoine@iccr-international.org.


PROGRAMME

 

09:00 - 09:30        Accueil

 

09:30 - 10:15        Ouverture par

Danièle Auffray, Adjointe au Maire de Paris, chargée des nouvelles technologies et de la recherche

Philippe Keraudren, Direction générale Recherche, Commission européenne

Martin Schuppich, Président du Conseil de surveillance, Fondation ICCR Vienne & Paris

 

10:15 - 11:45        Les sciences humaines et sociales et la démocratie

Ronald Pohoryles, ICCR/CIR, « L’avenir des sciences humaines et sociales » (« SSH Futures ») – un projet-clé pour l’Europe

Les sciences sociales et humaines (SSH) sont face à une situation paradoxale : d’un côté, on a de plus en plus besoin des connaissances qu’elles peuvent apporter. Et la crise économique, sociale et culturelle qui accompagne le processus européen d’élargissement et d’approfondissement n’est qu’un problème sociétal parmi d’autres. D’un autre côté, les SSH sont soumises à des pressions (financières) grandissantes qui reposent sur des problèmes croissants de légitimité : quel(s) usage(s) pour les SSH ?

Les sciences sociales peuvent contribuer de manière spécifique à la transformation sociale. Néanmoins, si elles ne subissent pas d’évolution, leur avenir est en péril, à l’instar des sociétés elles-mêmes : le populisme et la xénophobie actuels montrent que l’on a besoin d’autres visions du monde susceptibles de s’appuyer sur les SSH. Cela rappelle ce que Horkheimer (1936), et, avant lui, Mannheim (1929), évoquaient, à la veille du nazisme, sur le rôle des sciences sociales.

Ainsi, l’idéologie du « choc des civilisations », proclamée, entre autres, par Samuel Huntington, a conduit au succès de thèses anthropologiques qui visent à souligner les différences plutôt que les points communs culturels, surtout depuis le 11 septembre. La biologie entre en jeu, et, à ses côtés, la psychologie individuelle : s’il n’y a, comme l’affirment les néo-conservateurs, pas de sociétés mais seulement des individus et des Etats, les approches individualistes font sens. Cette forme de réductionnisme a pu s’observer tout au long des années 1990 et elle continue d’avoir une audience importante auprès du public. Les sciences humaines et sociales ont donc encore une mission à accomplir.

 

Nico Stehr, Université Zeppelin, Allemagne. La “ liberté ” est-elle fille de la connaissance ? Le regard des SSH sur la démocratie [l’orateur s’exprimera en anglais]

Dans cette présentation seront évoqués les liens, multiples, qui existent entre la connaissance, la gouvernance et la démocratie. Cette série de questions générales sera replacée dans le contexte selon lequel ces liens sont déterminés, ou non, par la capacité de connaissance des acteurs du monde moderne – ce qui augmente les chances d’une coopération et d’une réflexivité de la part de la société civile, des mouvements sociaux, et peut-être aussi l’influence de segments plus larges de la société sur les régimes démocratiques. L’objectif de la communication sera toutefois plus modeste. L’accès à et la maîtrise de la connaissance sont stratifiés : nous examinerons trois des barrières ou des obstacles à l’accès à la connaissance et nous poserons les questions suivantes : (1) Est-il possible de réconcilier l’expertise et la société civile ? (2) Est-il concevable de concilier la société civile, d’une part, et la connaissance en tant que bien privé, d’autre part ? (3) Combien coûte la connaissance et quel doit être le rôle de l’État dans la production du savoir ? Enfin : (4) les SSH permettent-elles la connaissance ?

 

Christopher Caswill, Université d’Oxford, Royaume-Uni. Ancien Directeur de la recherche de l’Economic and Social Research Council. Impliquer les citoyens dans les institutions et les pratiques de sciences sociales [L’orateur s’exprimera en anglais]

La présentation se penchera sur les avantages et les inconvénients de l’implication des citoyens dans les sciences sociales : la connaissance scientifique nécessite en effet d’interagir de multiples manières avec la société civile et avec le savoir qui est propre à cette dernière. Celle-ci possède le droit démocratique de prendre part à la production de connaissances financée par le secteur public, à avoir accès à leurs résultats et à les utiliser pour elle-même. La communication discutera donc des processus et des institutions qu’il est possible de mettre en place pour stimuler et promouvoir les interactions entre les sciences sociales et leurs publics.

 

Luca Maria Scarantino, École des hautes études en sciences sociales, France. Secrétaire général adjoint du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines, La philosophie à l'épreuve des sciences sociales : quelques réflexions sur la violence, la persuasion et le dialogue interculturel

La réflexion philosophique n'a pas toujours bonne presse chez les spécialistes des sciences sociales. Elle apparaît souvent comme trop abstraite et détachée des problèmes concrets qui préoccupent les différentes disciplines de l'homme et de la société. Bien que cette prise de distance puisse paraître justifiée compte tenu du style épistémique qui caractérise certains courants de la pensée contemporaine, on essaiera de montrer que les catégories de la philosophie critique peuvent apporter une contribution importante à l'analyse de certains concepts clés des sciences sociales, tels ceux de violence ou de dialogue interculturel. La philosophie s'inscrit ainsi à part entière dans ce que les auteurs anglo-saxons appellent parfois « embodied knowledge ».

 

Discussion générale

 

11:45 – 12:15   Pause café

 

12:15 - 13:45    Vers un nouveau paradigme

Luk Van Langenhove, Université des Nations Unies, Programme d’études comparées sur les intégrations régionales, Belgique. L’avenir des sciences humaines et sociales et les traditions du système universitaire. Comment les SSH peuvent-elles s’établir comme science transdisciplinaire ?

Les sciences humaines et sociales ont besoin d’un changement fondamental de paradigme pour que l’avenir des disciplines qu’elles représentent soit garanti. Dans une carrière académique, la manière dont la connaissance est produite par les SSH traditionnelles contraint le chercheur à ne pas sortir du champ de sa discipline. Comme les « grandes théories » du siècle dernier ne donnent pas de réponses aux problèmes contemporains et comme aucune grande théorie nouvelle ne semble émerger, une crise des sciences sociales est perceptible. Les responsables de cette situation sont le scientisme et ses paradigmes. Les sciences humaines et sociales, et le savoir qu’elles produisent, ne peuvent trouver des directions et avoir un impact sur les sociétés que si elles se développent dans la transdisciplinarité, par exemple en impliquant des acteurs sociaux.

Il existe des obstacles majeurs à une telle évolution. Les structures universitaires ne permettent pas l’interdisciplinarité, et encore moins les approches transdisciplinaires ; la carrière des jeunes chercheurs est soumise à des procédures d’évaluation qui suivent des voies traditionnelles. Si les sciences humaines et sociales ont un avenir, il faut donc un changement profond de paradigme.

 

Claire Lévy-Vroelant, Université Paris 8, France. Les sciences sociales sont-elles un sport de combat ?

La question de l’utilité des sciences sociales soulève des quantités de questions dans un contexte contradictoire : d’un côté les sciences sociales sont sur la défensive, fragilisées par les réductions de crédits et un déficit de crédibilité, de l’autre une vaste recomposition des organismes a cours au niveau national (université et CNRS en France) et international. De nouvelles questions s’ouvrent (relations entre le public et le privé, évaluation) tandis que des questions plus anciennes (relations avec le politique, « vulgarisation » ou transmission des résultats de la recherche, place des sciences sociales dans la formation) sont interrogées avec une nouvelle vigueur.

Dans cette communication, nous voudrions seulement développer quelques points ayant trait à la posture du chercheur « engagé », c’est-à-dire qui entretient une relation avec le politique ou le décideur, ou simplement l’espace public. Nous examinerons de plus près, à travers quelques exemples pris dans le champ de la sociologie urbaine, les conditions qui permettent une bonne communication et la transmission/traduction de connaissances. Nous verrons aussi pourquoi ce transfert est nécessairement limité en termes opérationnels, mais que cette limite n’entame en rien l’utilité sociale des sciences sociales, qui est peut-être avant tout de cultiver la réflexivité et l’altérité.

 

John Crowley, CIR, Pluralité des savoirs, unité de la connaissance ?

Tous les acteurs sociaux, tous les êtres humains sont, ès qualités, des « social scientists » amateurs. De ce constat banal résulte une oscillation dans les débats sociaux et savants sur le statut des sciences du social.  D’un côté de l’opposition polaire, puisque tous sont savants, tous les savoirs se valent ; la science n’a aucun privilège épistémique et ses incontestables privilèges sociaux sont au mieux arbitraires, au pire nocifs. De l’autre côté, puisque la reconnaissance de la pluralité des savoirs met sur le même plan astronomie et astrologie, numérologie et théorie des nombres, racisme phénotypique et génétique des populations, et a fortiori sens commun et science du social, il faut défendre à tout prix le privilège épistémique du savoir professionnel. On admettra aisément qu’il faut sortir de ce face à face stérile. Mais pour ce faire, aucune pirouette épistémologique ne suffit : c’est le processus social de production des connaissances sur le social qui doit être repensé, y compris dans ses articulations institutionnelles. Il s’agit d’associer pluralité des modes de production des savoirs – avec ce que cela implique pour les structures et les financements de la recherche – et cohérence sociale du processus continu et toujours inachevé d’évaluation réciproque.

 

Jean-Claude Arditti, Directeur des relations internationales, Institut supérieur de mécanique de Paris. Président de l’Association pour la valorisation des relations internationales, scientifiques et techniques. Commentaire : la perspective de l’innovation

 

Discussion générale

 

13:45 - 14:00    Clôture par Ronald Pohoryles, ICCR/CIR

Catégories

Lieux

  • Auditorium Mairie de Paris 5 rue Lobau 75004 Paris
    Paris, France

Dates

  • vendredi 23 mars 2007

Contacts

  • Béatrice Lemoine
    courriel : b [dot] lemoine [at] iccr-international [dot] org

Source de l'information

  • Béatrice Lemoine
    courriel : b [dot] lemoine [at] iccr-international [dot] org

Pour citer cette annonce

« Les sciences sociales dans la société de connaissance », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 07 mars 2007, http://calenda.org/192798