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Publié le samedi 10 mars 2007 par Corinne Cassé

Résumé

Poursuivant notre réflexion sur l’usage et l’institutionnalisation de certaines catégories dans la notion de Patrimoine, il sera question dans cette séance de s’interroger sur la construction de la catégorie de « Monuments historiques ». C’est à partir d’une approche résolument pragmatique en invitant un architecte en chef des monuments historiques que nous tenterons de comprendre quels sont les modes opérationnels appliqués au traitement des mémoires et tenter d'observer et d'évaluer les conséquences tant épistémologiques que pratiques sur ces dernières.

Annonce

Séance du 26 avril 2007 : Les monuments historiques: dans l'air du temps ?

« La conservation patrimoniale se présente comme l’effet conjuratoire d’une catastrophe toujours possible de la mémoire. »

Henry-Pierre Jeudy, La machinerie patrimoniale

 

« Mes vers ont le sens qu’on leur prête. Celui que je leur donne ne s’ajuste qu’à moi, et n’est opposable à personne. C’est une erreur contraire à la nature de la poésie, et qui lui serait même mortelle, que de prétendre qu’à tout poème correspond un sens véritable, unique et conforme ou identique à quelques pensées de l’auteur »

                                                                           Paul Valéry

Nos deux dernières séances consacrées à la muséographie comme miroir des villes amorçaient notre séance du 26 avril que nous consacrons aux monuments historiques. Dans l’une d’elle, nous confrontions la notion de patrimoine à la figure d’exception de la Ville Nouvelle. Julie Guyot Corteville, directrice du musée de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, nous montrait alors que dans une assez large mesure, lorsque les habitants étaient interrogés sur leur patrimoine local, les réponses se portaient sur les éléments les plus visibles de l’espace urbain, c’est-à-dire la (vieille) pierre. Cette position, somme toute assez « classique », au regard du rôle joué par l’Etat dans l’institutionnalisation de certaines notions juste après la Révolution Française, appelait une nuance lorsqu’il s’agissait de rendre compte des références associées aux figures du patrimoine par les habitants. Si les monuments « historiques » tenaient une large place dans les choix évoqués (notamment la Commanderie des Templiers de la Villedieu), les anciennes fermes rurales n’en restaient pas pour autant écartées de la liste des nominés. L’association faite par les habitants entre le patrimoine et la « vieille » pierre semble faire écho à au moins deux des trois notions du père de la réflexion moderne sur le monument historique, Aloïs Riegl, à savoir : la valeur d’ancienneté et la valeur historique. Il nous semblait donc intéressant de revenir au plus près sur cette catégorie de « monument historique » au travers une approche que nous voulions résolument pragmatique. C’est donc de la profession d’Architecte en Chef des Monuments Historiques qu’il sera question pour cette séance. En invitant l’architecte Bruno Decaris, la séance s’émancipe d’emblée des funestes figures dualistes (moderne versus ancien) puisqu’il aime lui-même se définir comme un électron libre au sein d’un petit groupe d’architectes (ils sont 53 en France à exercer cette fonction) que l’on juge habituellement plutôt « conservateur ».

N’ayant que très partiellement abordé la question du politique lors de la seconde séance, nous nous proposerons de la discuter avec l’architecte autour du couple mémoire locale et idéologie politique. La manière dont les architectes en chef des monuments historiques achoppent sur des questions conceptuelles (la question de l’authenticité et de son autorité) pour les régler en intervenant directement sur la transformation du bâti nous éclaire sur l’aspect mesuré et le caractère circonstanciel de la démarche d’une part mais d’autre part, sur la façon dont l’héritage et la représentation de la mémoire d’une collectivité doit constamment se négocier au regard de stratégies économiques et politiques locales.

 

Quelques repères historiques …

 

De nombreux historiens s’accordent à faire apparaître la notion de « monument historique » juste après la Révolution française. André Chastel dans le pointillisme méthodologique qu’on lui connaît y trouve même le nom d’un auteur à l’origine de la notion: Aubin-Louis Millin dans son recueil d’antiquité nationale, 1790. L’époque qui caractérise le début du dix-neuvième siècle est alors plutôt à l’insurrection et au mépris des édifices-symboles qui rappellent la monarchie. Le rapport Guizot de 1830 montre bien l’urgence de sauvegarder et de conserver certains édifices qui marqueraient, de part leur valeur artistique et historique, le prestige de la nation. Mais l’intérêt pour les monuments historiques ne repose pas sur un simple constat d’urgence même s’il est incontestable que la Révolution Française constitue un accélérateur notoire sur la question. Cet intérêt pour le patrimoine national et son incarnation dans la monumentalité est également le long héritage du siècle des Lumières, d’une vision positiviste de l’histoire et d’une foi inébranlable dans l’idée de progrès. L’historien André Chastel insiste bien sur le fait que ce paradigme ambiant « (…) forme une attention concrète à la vue historique, dont les repères sont précisément les édifices, les œuvres d’art, qu’on ne peut plus dépendre des caprices des possédants ». C’est en 1880 qu’est mise en place le corps des architectes en chef des monuments historiques et il faudra attendre le début du XXème siècle, 1913 exactement, pour avoir la première grande loi de protection des monuments historiques qui fixera les grandes lignes du régime actuel. Pour bien comprendre sur quoi achoppe une bonne partie des débats contemporains, il faut revenir aux critères que va se fixer le législateur. Dans son petit essai sur La notion de patrimoine, Dominique Audrerie en retient six, pour certains très teintés de l’idéologie du moment. Il s’agit des caractères : artistique, pittoresque, historique, légendaire, naturel et enfin plus récemment celui qui consiste à prendre en compte : « l’intérêt architectural d’un monument soit du fait de son constructeur, soit du fait de l’activité qui a généré un certain type d’architecture ». D’une certaine manière, ce dernier critère est le seul à intégrer la dimension sociale du bâtiment comme élément constitutif de ce qui fait sa valeur. C’est sans équivalent l’approche la plus innovante qui dépasse la résolution très académique et résolument autiste du monument-objet. La plus grande qualité du monument historique finalement c’est paradoxalement son impermanence, cette fonction essentielle de se surajouter au temps qui passe par petites touches tout en résistant aux apologues du temps court comme à ceux du temps long pour trouver l’équilibre d’un entre-deux. Entre ethnographie des pratiques et histoire du monument historique nous tenterons à l’aide de notre invité de nous initier à l’accommodation de cet « entre-deux ».

 

Pour le séminaire « anthropologie, villes et architectures », Alban Bensa, Antonella Di Trani et Miguel Mazeri

Miguel Mazeri,
Doctorant EHESS,

IRIS, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux
                Sciences sociales, politique, santé
        UMR 8156 CNRS-Inserm-EHESS-Université Paris 13

 

Séance du 15 mars 2007 : Muséographie et logement social.

En partant de l’histoire de la ville, du Musée depuis sa création en 1926 et de l’évolution de sa collection, il s’agira de montrer,  comment  le  patrimoine local historique et ethnographique de la ville de Suresnes a été « transposé » dans l'espace muséal. Au-delà des éléments de collection liés au patrimoine industriel, nous allons porter une attention particulière à la partie qui s’est développée durant ces dix dernières années. Celle-ci est consacrée à l’histoire urbaine de Suresnes,  à l’urbanisme social de l’entre-deux-guerres et plus spécifiquement à la cité–jardin.  

Conservatrice du patrimoine et directrice du  Musée de Surenes depuis 1996, Marie-Pierre Deguillaume, nous expliquera comment se sont posées les problématiques liées à  la construction de ce nouvel objet. Quels sont les outils qui ont été mobilisés dans le travail d'élaboration de celui-ci,  à  partir de la vision globale de la  collection du Musée et du patrimoine de la ville.  Il s’agira donc de mettre en évidence le processus de muséification d’un élément urbain spécifique,  à savoir  la cité–jardins. Figurant parmi les projets futurs du Musée, l’exemple de l’aménagement d’un appartement-témoin dans la cité-jardins sera particulièrement éclairant. Il donnera lieu à l’énonciation d’un questionnement :  selon  quels critères va-t-il être représenté, décrit ou encore reconstitué ? 

 En attendant la réouverture du Musée, il s’agira aussi d’élucider les orientations de ses nouveaux projets et montrer comment se présente l’articulation entre un centre d’interprétation et une collection. Enfin à plus grande échelle et dans le projet de l’expansion du Musée hors de ses murs, nous étudierons l’implantation du futur parcours du patrimoine dans le maillage de la ville.

Antonella Di Trani , doctorante (EHESS), pour l'atelier "Anthropologie, villes et architectures". Coordinateurs: Alban Bensa,  Antonella Di Trani, Miguel Mazeri.

Lieux

  • EHESS,17-19h, salle 9 , au 105 Boulevard Raspail, 75006 PARIS
    Paris, France

Dates

  • jeudi 15 mars 2007
  • jeudi 26 avril 2007

Mots-clés

  • anthropologie, monument historique, architecture, ethnographie, mémoire, patrimoine

Contacts

  • Antonella Di Trani
    courriel : Antonella [dot] Di-Trani [at] ehess [dot] fr
  • Miguel Mazeri
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Miguel Mazeri
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Anthropologie, villes et architectures », Séminaire, Calenda, Publié le samedi 10 mars 2007, http://calenda.org/192808