AccueilL'État et l'éducation, 1808-2008

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Publié le lundi 12 mars 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

Colloque international organisé par les universités de Paris IV, Lille III et le Service d'histoire de l'éducation (INRP-ENS) sur l'histoire de l'Etat et de l'éducation, de 1808, date de création de l'Université impériale à nos jours.

Annonce

Colloque international
Organisé par l’UMR 8596-Centre Roland Mousnier (Université Paris IV-Sorbonne),
l’UMR 8529 IRHiS (Université Charles de Gaulle-Lille 3) et le Service d’histoire de l’éducation (INRP-ENS)

Responsables scientifiques : Jean-Noël Luc et Philippe Savoie
Conseil scientifique en cours de constitution

Appel à communications

Le décret du 17 mars 1808 organisant l’Université impériale et lui confiant exclusivement l’enseignement public dans tout l’empire, est un des textes fondateurs du système éducatif français. Il a créé le corps enseignant public et établi, à travers lui, le contrôle de l’État sur l’instruction, donné à l’institution scolaire son unité, son organisation territoriale et son encadrement régional (académies, recteurs et inspecteurs d’académie), ses grades (le baccalauréat) et distinctions honorifiques,  son système de formation et de recrutement des enseignants (l’École normale [supérieure], l’agrégation). Le régime universitaire a aussi placé l’enseignement supérieur français dans une position singulière, en interdisant la constitution d’universités autonomes, puissantes et tournées vers la production de savoirs, à l’image de ce qui se passait ailleurs en Europe au XIXe siècle. Une partie de l’exception française en matière d’enseignement trouve donc sa source dans cette institution particulière qu’a été l’Université de la première moitié du XIXe siècle. Cette constatation invite à placer la réflexion historique qu’occasionnera la célébration du bicentenaire de l’Université impériale sous l’angle de la comparaison internationale, en partant précisément des singularités que notre système d’enseignement doit encore à la création napoléonienne. Ce bicentenaire fournira à des historiens français et étrangers l’occasion d’aborder les thèmes suivants  :
Enseignement public-enseignement privé
La création de l’Université introduit le principe du monopole de l’enseignement, confié à une corporation laïque et soumise au pouvoir politique, et met l’accent sur le clivage entre établissements publics et établissements privés. Toutefois, l’Université n’exerce pleinement son monopole qu’en matière de grades et d’enseignement supérieur, et une offre d’enseignement privée existe, complémentaire (institutions et pensions envoyant leurs élèves aux classes du lycée ou du collège voisin) ou concurrente de l’offre publique. Cette offre, lorsqu’elle n’est pas clandestine, est reconnue, intégrée (les collèges particuliers de plein exercice emploient des agrégés), voire encouragée par l’Université (les congrégations enseignantes dans le primaire). Il existe également des petits séminaires qui font souvent fonction d’établissements secondaires ouverts à un public sans vocation ecclésiastique, et dont on peut se demander si, en régime concordataire, ils sont privés ou publics. On s’intéressera aux modalités variées (guerre ouverte, concurrence, complémentarité, collaboration) de la coexistence entre enseignements publics et privés, à l’époque de l’Université et sous les régimes successifs définis par la loi Falloux (1850), la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905) et la loi Debré (1959), qu’on essaiera de confronter aux expériences d’autres pays en la matière. On s’interrogera sur la place des différents facteurs (fonctionnels, pédagogiques, religieux, idéologiques, sociaux, politiques) motivant le développement des offres publiques et privées d’enseignement.

Enseignement et territoires

L’Université est à l’origine de la centralisation scolaire et universitaire française. Mais cette centralisation a-t-elle été depuis deux siècles une réalité historique, un principe absolu de l’action publique ou un modèle à l’usage d’une partie seulement du paysage scolaire ? Serait-elle avant tout une représentation contemporaine, la projection sur le passé d’un travers mille fois dénoncé du système éducatif français ? Des propositions examinant la politique éducative et la dynamique de l’institution scolaire sous l’angle de la dualité niveau central - niveau local (rôles respectifs, convergences, collaborations, tensions, oppositions) seront les bienvenues. On s’intéressera aux signes d’une appropriation par les autorités et la société locales de l’offre éducative distribuée d’en haut (lycées, facultés, etc.), aux initiatives et créations reposant sur des synergies locales, notamment en matière d’enseignements techniques, intermédiaires et supérieurs appliqués, mais aussi à l’attitude des autorités scolaires centrales (opposition, encouragement, sollicitations) à l’égard de ces initiatives. Des comparaisons avec la réalité du fonctionnement d’autres systèmes scolaires, notamment ceux qui sont supposés décentralisés, seraient un apport précieux à la réflexion collective sur cette question typiquement française.

La politique éducative

Entre dynamique institutionnelle et contraintes humaines, financières et matérielles, de quelles marges de manœuvre la politique éducative de l’État a-t-elle disposé depuis deux siècles ? On s’intéressera ici aux objectifs et à la stratégie des autorités politiques et éducatives. On essaiera de définir les présupposés, les schémas d’action, les modèles de référence, récurrents ou occasionnels, généraux ou spécifiques à une partie de l’offre éducative, qui sous-tendent l’action politique et administrative, et de mesurer l’effet du débat public. On se penchera aussi sur la mise en œuvre de la politique éducative : élaboration réglementaire, fabrication d’indicateurs statistiques, circulation de l’information, propagande, contrôle. On accueillera avec intérêt la proposition d’études sur le travail de l’administration centrale, ainsi que sur les finalités, les voies et les moyens d’autres politiques éducatives. On pourra aussi s’interroger sur la contribution de l’enseignement à l’affirmation des consciences nationales et sur la part qui revient, à cet égard, aux différents niveaux d’enseignement.

Des facultés aux universités

L’Université a coûté aux universités françaises, supprimées en 1793, une éclipse d’un siècle au total, dont la renaissance universitaire du tournant des XIXe et XXe siècles n’a pas effacé tous les effets. Elle a maintenu longuement l’enseignement académique des lettres et des sciences dans la dépendance à l’égard de l’enseignement secondaire et favorisé le rayonnement des grandes écoles. Des communications sur la réalité et l’évolution des facultés de droit, de médecine et de théologie et, plus particulièrement, sur celles des facultés des lettres et des sciences avant la Troisième République – sujet longtemps négligé par l’historiographie française – seront les bienvenues, qu’elles portent sur les contenus et les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, le corps enseignant, la population étudiante, la réalité institutionnelle ou les liens de ces facultés et de leurs personnels avec la production des connaissances. On s’interrogera sur la circulation des hommes et des pratiques pédagogiques entre les facultés et l’enseignement secondaire tout au long du XIXe siècle, et notamment sur l’engagement progressif des premières dans la formation des professeurs du secondaire. On essaiera d’évaluer à quel point les universités ont rompu, depuis la Troisième République, avec cette période d’effacement. Le recours à la comparaison internationale est, ici encore, vivement souhaité, ainsi que les regards étrangers sur la réalité française.

Les statuts et carrières des enseignants : unité, contrastes, oppositions

L’Université a fourni le cadre institutionnel dans lequel s’est développé le premier corps enseignant laïc et national, lequel s’est réduit jusqu’à la Troisième République, si l’on en exclut la hiérarchie nationale et académique de l’Instruction publique, aux administrateurs et enseignants des facultés et des établissements secondaires publics. Ce corps a été longtemps traversé par des clivages profonds : titulaires et non titulaires, agrégés et non agrégés, professeurs et répétiteurs, personnels des lycées et des collèges, de l’enseignement classique et de l’enseignement spécial, de l’enseignement masculin et de l’enseignement féminin. On pourra proposer des études sur la hiérarchie des fonctions et le partage des tâches dans les établissements, sur l’avènement progressif des disciplines nouvelles et de leurs enseignants, ou sur les modalités de la promotion des échelons inférieurs du corps enseignant secondaire. On pourra également s’intéresser à la constitution du corps enseignant primaire sous la Troisième République, à ce que cette construction emprunte au modèle secondaire, aux différences et oppositions dans la construction et la morphologie de ces deux corps, en France et dans d’autres pays.

Corps, métier, profession, discipline : conscience collective et structures du monde enseignant

Malgré son caractère artificiel, qui cache mal la réalité d’une institution soumise au pouvoir politique, la réinvention du corporatisme universitaire par Napoléon semble avoir laissé des traces durables dans la conscience collective des enseignants, notamment ceux du secondaire. La création de l’Université a par ailleurs conféré au corps enseignant secondaire français la plupart des attributs d’une profession, au sens que donne à ce mot la sociologie américaine, sans qu’il ait eu à se battre pour les obtenir. Dans une certaine mesure, un phénomène analogue, quoique plus progressif et plus limité, s’observe dans le cas de l’enseignement primaire. On pourra s’interroger sur la part qu’il faut toutefois reconnaître aux évolutions internes dans l’émergence de ces corps enseignants. On s’intéressera aux supports divers, et éventuellement successifs, de la conscience collective des enseignants : le corps, la catégorie,  la discipline d’enseignement, la profession (voire la « professionnalité ») – sans oublier l’identification à un groupe social plus large (bourgeoisie, classe ouvrière) – et aux éléments d’idéologie associés à ces représentations. On pourra, dans cette optique, analyser le processus de construction de l’image d’un État enseignant garant du service public, de la laïcité et de l’égalité des chances. On se penchera sur l’opposition centenaire et structurelle entre les corps primaire et supérieur et à ses effets prolongés sur le paysage syndical ou sur la politique éducative. La comparaison internationale devrait fournir des éléments pour mesurer ce que ce clivage a de spécifique à la France ou, au contraire, de récurrent.

Propositions de communication

Les propositions de communication devront être reliées à des problématiques générales et éviter les points de vue trop localisés. Les projets, d'une longueur d’une page au maximum, devront donner une indication sur la problématique proposée et les sources mises à contribution. Ils devront être envoyés au plus tard le 15 mai 2007 conjointement aux deux adresses électroniques suivantes :

etat-education-2008@inrp.fr ; christophe.reveillard@paris4.sorbonne.fr

Les auteurs des projets retenus seront avisés avant le 15 juillet et recevront les indications sur la présentation matérielle de leur communication. Le colloque donnera lieu à la publication d’actes.

Catégories

Lieux

  • La Sorbonne
    Paris, France

Dates

  • mardi 15 mai 2007

Mots-clés

  • histoire, education

Contacts

  • Philippe Savoie
    courriel : psavoie [at] inrp [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuelle Picard
    courriel : epicard [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'État et l'éducation, 1808-2008 », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 mars 2007, http://calenda.org/192811