AccueilJeunes, jeunesse(s) et régulations sociales

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Publié le mardi 13 mars 2007 par Marianne Blidon

Résumé

Alors que dans la société française contemporaine, la jeunesse semble poser problème en tant que groupe qu’il faut à la fois protéger, contrôler, et former à la citoyenneté, l’organisation d’une école thématique privilégiant une approche historique de longue durée mais aussi ouverte au dialogue avec les autres disciplines des sciences sociales semble opportune. Cette école thématique fait le pari de la diachronie comme grille pertinente d’analyse pour relire et réinterpréter les problèmes contemporains. L’école thématique prendra la forme de conférences, d’une table-ronde, de projections, et d’ateliers ouverts au débat. Elle sera organisée autour de 4 axes :1) Jeunesse (s), justice et conflits ; 2) Jeunesse(s), risques et protection ; 3) Jeunesse(s), genre et sexualités ; 4) Jeunesse (s), sociabilité et loisirs

Annonce

Du 20 au 22 juin 2007

Déroulement de l’école thématique

L’école thématique prendra la forme de conférences, d’une table-ronde, de projections, et d’ateliers ouverts au débat. Elle sera organisée autour de 4 axes.
1)      Jeunesse (s), justice et conflits
2)      Jeunesse(s), risques et protection
3)      Jeunesse(s), genre et sexualités
4)      Jeunesse (s), sociabilité et loisirs

Jeunesse(s), justice et conflits

Le stéréotype affirmant la forte propension de la jeunesse à causer désordres, violences et actes délinquants est ancien. Depuis l’Ancien Régime au moins, il existe une tendance à affirmer la surreprésentation de la jeunesse, masculine en particulier, dans de nombreux actes déviants, individuels ou collectifs. La jeunesse semble poser problème tant au sein des communautés qu’à l’intérieur des familles. Au centre de nombreux conflits se trouvent les questions de l’autorité, du pouvoir (social et familial) et de l’autonomie de la jeunesse.  La société semble alors hésiter entre la tolérance pour des comportements considérés comme passagers et la crainte.

A partir du XIXe siècle, conjointement à un processus plus global d’affinement des catégories d’âges (enfance, adolescence, jeunesse), se développe une justice spécifique aux mineurs. Ce phénomène est d’abord visible dans les établissements de correction avant de toucher le système judiciaire, avec la naissance en 1912 du tribunal des enfants et adolescents, puis du juge des enfants en 1945. Parallèlement, tout un personnel « spécialisé » apparaît (assistantes sociales, éducateurs spécialisés, délégués à la liberté surveillée, etc.). Ainsi, ce champ particulier doit être abordé dans une triple dimension : lois et normes, institutions, acteurs. La justice des mineurs représente un exemple particulièrement intéressant d’une justice « socialisée » cherchant à apporter certaines réponses aux questions sociales.

Ce thème permet aussi de percevoir les attentes et les craintes de la société adulte à l’égard de la jeunesse.

Jeunesse(s), risques et protection

La jeunesse est une projection complexe des fantasmes des adultes. Comme entre-deux ou état à part entière, elle est facilement associée à l’idée de dangers et/ou de risques. Plus particulièrement à partir de l’époque moderne, mais ce point mérite d’être discuté, les jeunes deviennent une cible privilégiée des processus de normalisation et d’acculturation d’une société soucieuse de former les adultes de demain. Entre dépendance et autonomie, le jeune est « un danger » ou est « en danger » dans une société qui fait de la jeunesse un objet et un enjeu du processus de modernisation des sociétés occidentales. Double discours ? Double pratiques ? Le dialogue avec le jeune est ambigu et le territoire, celui de la protection de la jeunesse, difficile à cerner entre assistance et répression, entre contraintes et libertés.

Que cherche l’adulte qui veut protéger physiquement, moralement, spirituellement le jeune ?  Que nous disent les dangers de la jeunesse sur les inquiétudes d’une époque, ses normes, ses savoirs ? Comment, historiquement et culturellement, la part de protection dans la socialisation des jeunes construit le sentiment de séparation avec le monde des adultes  et dessine, à sa manière, un ou des statuts des jeunes dans nos sociétés ?

Alors que s’opère une « repensée » de la protection de la jeunesse en termes de droits et libertés, les réflexions attendues participent à un débat plus large sur l’avènement du sujet moderne. Elles devraient également pouvoir nous renseigner sur l’historicité d’un enjeu majeur pour toute société : le « devenir adulte » à l’échelle d’un individu, d’un groupe, d’une société.

Jeunesse(s), genre et sexualités

On ne régule pas de la même manière les garçons et les filles : les uns et les autres mènent des vies souvent séparées dans des institutions et/ou des groupes non mixtes. La mixité, qui n’était encore qu’une utopie dans la France du XIXe siècle, reste d’ailleurs une réalité inachevée de nos sociétés contemporaines. Le questionnement sur la différence des sexes (perçue et construite), autrement dit, sur le genre, est essentiel si l’on cherche à comprendre à quelles régulations sociales « la » jeunesse est mêlée. On a envie de dire : soumise. Il y a des jeunesses… et celle des filles est, par exemple, plus courte. On marie dans les cités grecques des filles pré pubères... (Pierre Brûlé). Âge crucial pour l’intériorisation des normes de genre, l’adolescence est le temps de l’apprentissage des rôles sexués, géré et contrôlé par la famille, la communauté villageoise, mais aussi par l’école, l’armée… Une préoccupation majeure domine cet apprentissage : contrôler la sexualité juvénile, dans ses expressions les plus variées. Des normes s’imposent et imposent le genre ; la « vocation » conjugale et maternelle est l’horizon des futures femmes, tandis que les futurs hommes sont préparés à des devoirs civiques et sociaux. Pour quels résultats ? (les déviances et leurs traitements). A quel prix ? (travaux sur la souffrance masculine). Peut-on, avant les années 1968 marquées par l’aspiration d’une large partie de la jeunesse occidentale à la « libération sexuelle », identifier d’autres moments de protestation des jeunes contre l’ordre moral ?

Jeunesse (s), sociabilité et loisirs

L’étude des sociabilités juvéniles et, en particulier, celles du groupe des jeunes hommes, représente un thème classique de l’historiographie. Ainsi, si la fonction sociale du groupe des jeunes hommes, en tant qu’organisateurs des festivités locales et régulateurs des « débordements » des communautés semble bien connue, il reste à s’interroger sur l’historicité de ces formes de sociabilités, sur leur émergence, leur relation à la société adulte, ainsi que leur disparition progressive au profit d’autres formes de sociabilité. Reste aussi posée la question des jeunes filles.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, conjointement à la déstructuration de la sociabilité juvénile traditionnelle se mettent en place de nouvelles pratiques de loisirs (associations d’éducation populaire, sportives, artistiques, etc.), qui favorisent l’émergence de nouvelles formes d’encadrement, ainsi qu’une certaine mise sous tutelle de la jeunesse. La première moitié du XXe siècle représente l’âge d’or des mouvements de jeunesse les plus variés. Elle voit aussi l’émergence des politiques publiques visant la jeunesse et la mise en place d’une co-gestion, Etat/Collectivités territoriales/Association, des questions concernant la jeunesse. Parallèlement coexistent des formes non structurées de sociabilités juvéniles qui souvent inquiètent (phénomène des bandes). Les organisations de jeunesse et leur fonctionnement sont largement remis en cause par les jeunes eux-mêmes dans les années 1960. De nouvelles pratiques culturelles (importance de la musique) apparaissent alors, ainsi que de nouvelles façons de se conduire.

Table ronde : Jeunesse(s), sciences et pouvoir

« La jeunesse » a été de longue date érigée en objet scientifique, d’abord sous l’angle des dangers qu’une fraction d’entre elle représentait (les mineurs déviants et délinquants) mais aussi parce que, en tant que porteuse de l’avenir d’une nation, elle constitue un enjeu éminemment politique. Dès lors, ce sont les rapports entre science et pouvoir qu’il convient d’interroger : en ce domaine, la réflexivité liée aux pratiques professionnelles des uns et des autres apparaît indispensable. Les modalités de diffusion, d’imprégnation et d’appropriation des élaborations savantes parmi les milieux politiques et médiatiques méritent tout autant d’être analysées, pour mieux saisir ce qu’induisent de transformation voire de dénaturation leur circulation et leur vulgarisation, entendu au sens strict du terme.

Catégories

Lieux

  • Centre culturel de l'ouest à l'Abbaye de Fontevraud
    Fontevraud-l'Abbaye, France

Dates

  • mercredi 20 juin 2007
  • vendredi 22 juin 2007

Mots-clés

  • jeunesse, régulations sociales, histoire, justice, protection, genre

Contacts

  • Eric Pierre
    courriel : eric [dot] pierre [at] univ-angers [dot] fr

Source de l'information

  • Eric Pierre
    courriel : eric [dot] pierre [at] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Jeunes, jeunesse(s) et régulations sociales », Informations diverses, Calenda, Publié le mardi 13 mars 2007, http://calenda.org/192814