AccueilLa gouvernance des sociétés contemporaines au regard des mutations de la normativité

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Publié le lundi 19 mars 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

Le laboratoire de recherche sur la gouvernance publique (LARGOTEC-Université de Paris XII) lance un appel à communication en vue d'un colloque qui se tiendra les 13 et 14 décembre 2007 sur le thème de "La gouvernance des sociétés contemporaines au regard des mutations de la normativité" Dans une perspective largement pluridisciplinaire ce colloque interrogera les mutations de la normativité et leurs effets sur la gouvernabilité des sociétés contemporaines et les dispositifs de pouvoir. La date limite de remise des propositions d'appel à communication est fixée au 30 avril

Annonce

Université de Paris XII-Val-de-Marne
Laboratoire de recherche sur la gouvernance publique : territoire et communication (unité de recherche JE 2474)
Programme de recherche : la normativité entre crise et redéploiement (2005-2008)

La gouvernance des sociétés contemporaines au regard des mutations de la normativité

Appel à communications

 La gouvernance est l’objet d’une production scientifique déjà particulièrement abondante. Celle-ci illustre la polysémie d’une notion que nous approcherons imparfaitement et provisoirement en considérant qu’elle désigne l’ensemble des systèmes de négociations généralisées en vue du pilotage d’une organisation et d’une société et qu’elle renvoie à des instruments tels que la négociation, le partenariat et la coproduction.

La plasticité de la notion est évidente et elle s’accroît encore par la généralisation d’un usage censé être pertinent pour analyser les pilotages de l’ensemble des différentes formes d’organisations publiques et privées : les administrations au sens large et l’Etat, mais également les entreprises des secteurs public et privé, les associations et fondations ainsi que les ONG.

Il y a dès lors au moins trois attitudes possibles et également légitimes pour analyser ce phénomène :

La première consiste à voir dans cette généralisation de l’emploi de la notion de gouvernance la preuve d’un effet de mode intellectuel ou scientifique. On s’intéressera alors aux conditions de fabrication et plus particulièrement de co-élaboration de cette notion ainsi qu’à la manière dont elle s’est ensuite diffusée.

La seconde attitude insistera sur la portée idéologique de cette notion qui apparaît concomitante au développement d’une conception libérale du politique, de l’économique et du social, caractérisée notamment par une réduction du périmètre de l’Etat et le renforcement du rôle des acteurs privés dans l’élaboration des décisions politiques.

La troisième attitude est celle que nous privilégions dans cet appel à communication sans qu’elle contredise nécessairement les deux précédentes : il s’agit de prendre en quelque sorte cette notion « au sérieux » en la replaçant dans une problématique à la fois plus large et plus ancienne qui est celle de la gouvernabilité des sociétés modernes, c’est-à-dire « des conditions sociales de l’exercice »[1] du pouvoir : celles-ci sont-elles gouvernables et si oui comment ? Notre propos ne présume pas une réponse positive à la première partie de cette interrogation qui permettrait de se consacrer exclusivement à la question des outils de la gouvernabilité. Nous considérons au contraire que la question mérite d’être réellement posée et que la réflexion sur la gouvernance mérite d’être aussi abordée de cette manière : les réflexions en terme de gouvernance pouvant apparaître tout à la fois comme les symptômes d’un doute sur la gouvernabilité de nos sociétés et une tentative de créer des instruments (nouveaux ?) de gouvernement.[2]

L’intérêt de la question est avéré par les nombreux travaux sur la post-modernité ou plus généralement sur le monde occidental contemporain (on pense notamment aux travaux de Niklas Luhmann et de Michel Freitag) qui soulignent plusieurs difficultés auxquelles se heurte la gouvernabilité contemporaine : individuation et segmentation croissantes des sociétés (auto-normativité) et difficulté à développer des normes communes, mondialisation des problèmes et régulation encore largement nationale, difficulté à fixer des fins communes dans des sociétés sécularisées (aussi bien au regard des religions traditionnelles que des religions civiles ou politiques), poids des idéologies valorisant l’individualisme. Dès lors, il devient nécessaire d’interroger le présupposé selon lequel nos sociétés sont gouvernables et qu’il conviendrait donc « seulement » d’en concevoir et d’en fabriquer les instruments.

Pour préciser cette interrogation qui constitue le point de départ de notre colloque, les organisateurs proposent d’étudier la question de la gouvernabilité de nos sociétés et celle des dispositifs de gouvernementalité, c’est-à-dire des instruments dont la fonction est de rendre gouvernables les organisations et les sociétés, à travers un fil conducteur qui est celui des normes et de la normativité. La notion de gouvernance peut alors être perçue comme désignant tout à la fois l’ensemble des tentatives non autoritaires pour « coordonner » l’action de sous systèmes en élaborant (de manière négociée) un certain nombre de normes communes en même temps que le marqueur de la difficulté de mettre en place ces normes ou référentiels communs.[3]

La problématique centrale du colloque est donc la suivante : de quelle manière les mutations de la normativité modifient-elles les conditions de possibilité de la gouvernabilité et/ou les modes d’exercice de la gouvernementalité ? Réciproquement, de quelle manière les transformations de la gouvernabilité et/ou des modes d’exercice de la gouvernementalité modifient-elles les conditions de possibilité de la normativité ?

 Trois thèmes émergent alors parmi lesquels les propositions de communication pourront opter :

 1)      Quelles significations peut-on attribuer à la construction de nouvelles normes ainsi qu’à la transformation des anciens référentiels normatifs ? Quel sens peut-on donner aux transformations de la normativité dans les sociétés contemporaines ? L’angle principal portera sur les sociétés occidentales considérées dans leur globalité ou par « sous champs d’activités » qui déploient également des systèmes normatifs pour fonctionner, mais des travaux ayant pour thème d’autres types de sociétés sont également souhaités. Peut-on donner à ces différentes transformations, une signification globalement homogène ou constate-t-on un éclatement des normativités ? Différents types de normes (juridique, sociale, économique, politique…) tant formelles que fonctionnelles sont susceptibles d’être étudiées, soit sous l’angle de leur fabrication soit sous l’angle de leur réception (contrainte/ressource).

2)      Comment les transformations de normes modifient-elles les modes d’interactions, les rapports de pouvoirs, entre acteurs, institutions et groupes sociaux ? De quelle manière ces transformations de la normativité modifient-elles les conditions de la gouvernementalité ? Les sociétés occidentales sont elles encore gouvernables ? La signification même de la gouvernabilité est-elle modifiée par ces transformations ?

3)      De quelle manière les transformations de la normativité modifient-elles l’exercice de la gouvernementalité, c’est-à-dire les instruments et les dispositifs de pouvoir ? Quelles sont alors les nouvelles formes de pouvoir (contre-pouvoir) qui émergent ? Comment s’exercent-elles ? Une attention plus particulière sera accordée aux politiques publiques, aux techniques de « gouvernement à distance », aux chartes éthiques et déontologiques qui traversent aujourd’hui l’exercice politique, mais aussi l’espace socio-économique.

En avant-propos du colloque, nous consacrerons une demi journée à l’analyse des travaux de Niklas Luhmann qui proposent une mise en relation de la normativité et de la gouvernance. Des propositions de communication pourront donc également porter sur ce thème.

Les autres communications auront naturellement une totale liberté par rapport aux travaux de Luhmann mais pourront se positionner par rapport à eux.

Les propositions de communication devront être adressées avant le 30 avril 2007 à Yves Palau : palau@univ-paris12.fr

Elles ne devront pas dépasser une page. Tous les champs disciplinaires sont les bienvenus et notamment le droit, la sociologie, l’économie, la gestion, la philosophie, l’anthropologie, les sciences de la communication, l’histoire et la science politique.

Une réponse sera donnée le 30 mai par le comité scientifique.

Comité scientifique :
Yves Déloye, politologue, professeur à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, secrétaire général de l’association française de science politique
Chantal Delsol, philosophe du politique, professeur à l’université de Marne-la-Vallée
Jean-Pierre Durand, sociologue, professeur à l’université d’Evry, directeur du centre Pierre-Naville
Altan Gokalp, anthropologue, directeur de recherche au CNRS
Isabelle de Lamberterie, juriste, directrice de recherche au CNRS, directrice scientifique adjointe du département des sciences humaines et sociales du CNRS
Brigitte Piquard, politologue, Senior Lecturer à Oxford Brookes University, Royaume Uni
Noël Simard, philosophe, professeur à l’université Saint Paul, directeur du centre d’éthique de l’université, Ottawa, Canada
Pierre Vercauteren, politologue, professeur aux Facultés universitaires catholiques de Mons, Belgique


 

[1] Jacques Chevallier « Présentation » La gouvernabilité, Paris, PUF, 1996, p.6

[2] Le terme de gouvernement ne renvoie pas là ici seulement aux institutions politiques mais à tous les dispositifs qui ont pour objet ou pour effet de gouverner les comportements individuels ou collectifs : les politiques publiques, l’entreprise, la famille, les associations, etc. sont donc également concernés

[3] Nous empruntons là des réflexions très importantes de Yannis Papadopoulos Complexité sociale et politique publique, Paris, Montchrestien, 1995.

Lieux

  • Faculté d'administration et échanges internationaux
    Paris, France

Dates

  • lundi 30 avril 2007

Mots-clés

  • gouvernance, normativité, pouvoir, société contemporaine

Contacts

  • Yves Palau
    courriel : palau [at] univ-paris12 [dot] fr

Source de l'information

  • Yves Palau
    courriel : palau [at] univ-paris12 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La gouvernance des sociétés contemporaines au regard des mutations de la normativité », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 19 mars 2007, http://calenda.org/192847