AccueilAgents des services publics face au(x) politique(s)

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Publié le dimanche 01 avril 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

Cet appel précède l'organisation, le 25 septembre 2007, d'une journée d'études qui réunira des chercheurs, juniors et confirmés, de plusieurs disciplines des sciences sociales, autour d'une intérêt commun pour les rapports entre agents publics et politique(s). Cette journée se tiendra à l'Ecole Normale Supérieure (Paris). Elle bénéficie du soutien de l'Ecole Doctorale de l'EHESS et du Centre Maurice Halbwachs (CNRS, EHESS, ENS, UCBN).

Annonce

Journée d’étude organisée par Émilie Biland (ETT-CMH), Sarah Mazouz (ETT-CMH/Iris) et Étienne Pénissat (ETT-CMH), doctorant-e-s à l’EHESS

Les recherches sur les rapports entre administration et politique se sont jusqu’ici principalement intéressées à la Haute Fonction Publique. La tradition de recherche sur les « petits fonctionnaires », qui s’est largement renouvelée depuis une dizaine d’années (Vincent Dubois 1999, Marie Cartier 2003, Yasmine Siblot 2006), et l’ouverture, plus récente, d’un champ de recherche sur les agents intermédiaires des administrations (Alexis Spire 2005) ne prennent que marginalement pour objet la dimension politique des trajectoires professionnelles de ces agents, ou encore leurs relations avec le personnel politique qui encadre leur activité.

Pourtant, c’est aussi à ces niveaux subalternes et intermédiaires (des agents d’exécution aux attachés et chefs de bureau des trois fonctions publiques en passant par les chargés d’études et de mission) que se construisent et s’appliquent les politiques publiques : établissement de dossiers, travail de catégorisation, relations aux usagers, mise en adéquation de cas individuels et de règles administratives, production de connaissances et d’évaluations sectorisées. Ces agents sont donc en position d’infléchir voire de déterminer le contenu d’une politique donnée alors même que les modalités de leur recrutement et du déroulement de leur carrière se sont construites autour d’un modèle de neutralité et que certains de ces groupes professionnels légitiment leur position par cette séparation entre politique et administratif (Roubieu 1999).

Dès lors, afin d’étudier les logiques de porosité (Jean-Michel Eymeri 2003) ou, à l’opposé, de délimitation des frontières entre politique et administration, deux niveaux d’analyse semblent pertinents. Le premier serait celui de la socialisation administrative, au travers de la formation et des procédures de recrutement mais aussi tout au long de la carrière ; le second, celui des pratiques professionnelles des agents de l’État et des collectivités territoriales.

Les politiques et pratiques de recrutement révèlent la manière dont les administrations sélectionnent et forment leurs personnels. La généralisation des concours est emblématique du mouvement d’autonomisation des fonctionnaires vis-à-vis des gouvernants qui a caractérisé le processus de bureaucratisation (Françoise Dreyfus 2000). Une approche historique permettrait d’examiner les conditions socio-historiques de production de ces concours et plus généralement, des différents modes de recrutement des agents publics. En effet, les modes de recrutement plus directs et moins protecteurs (contrats de droit public ou privé, vacations, emplois fonctionnels…) sont souvent associés, par les syndicats de fonctionnaires, au risque de politisation des profils et risquent d’accroître les effets des alternances politiques sur les carrières. Les mécanismes de politisation n’ont en outre vraisemblablement pas la même ampleur et ne prennent pas la même forme selon que le type d’employeur, État ou collectivité territoriale (Patrick Le Lidec et Nicole de Montricher 2004). Il serait intéressant de voir comment certains militants peuvent reconvertir leurs compétences politiques au sein de l’administration et comment celle-ci peut être amenée à privilégier ce type de profils pour certaines fonctions. Plus encore, il conviendrait de voir comment, dans certains cas, l’administration contribue à produire des profils militants. Au-delà des stratégies individuelles et collectives, l’évolution des structures de recrutement liée à la modernisation de la fonction publique et au développement de la contractualisation a un impact sur les liens de subordination politique entre l’agent et ses employeurs. Le recrutement passé, les logiques qui président à l’évolution des carrières renseignent elles aussi sur la politisation des parcours. Dans quelles conditions l’engagement politique ou la proximité, pratique si ce n’est idéologique, aux décideurs politiques, peuvent-ils constituer des ressources pour l’avancement professionnel ?

 Se pose alors la question de la politisation des pratiques professionnelles des personnels. Dans quelle mesure le contact régulier avec des élu-e-s informe-t-il les pratiques et amène-t-il à s’approprier les catégories de l’entendement politique ? On chercherait à identifier les modes de légitimation (affiliation politique ou apolitisme) et les types de compétences (techniques administratives ou savoir-faire militants) que les agents utilisent dans leur travail de relation aux usagers et dans leurs productions écrites (notes, rapports). Il conviendrait en outre d’analyser le rôle de l’idéologie ou des croyances politiques personnelles dans la mise en œuvre concrète des politiques publiques. Plus largement, il s’agirait d’établir comment et dans quelles conditions les agents peuvent conquérir ou se voir octroyer des marges de manœuvre politiques. Les cas d’euphémisation, de détournement, ou même de refus, des directives données aux agents sont particulièrement intéressants pour analyser leurs marges de jeu, lesquelles peuvent aller jusqu’à l’offre de nouvelles solutions politiques.

Longues d’une à deux pages, les propositions de communication devront s’attacher à présenter de façon développée les matériaux utilisés ainsi que les terrains, les lieux, institutions et catégories d’agents étudiés. Elles devront en outre préciser dans lequel des deux axes proposés elles s’inscriront. Dans un souci de cohérence des communications, les organisateurs privilégient les enquêtes sur des terrains français (sans exclure les études comparatives incluant la France). La journée d’étude s’adresse prioritairement à des doctorants ou jeunes docteurs en science politique, sociologie, histoire, ou encore anthropologie. Les papiers seront discutés par des chercheurs confirmés.

Calendrier d’organisation de la journée d’études :

  • Début février 2007 : envoi de l’appel à communications
  • 22 avril 2007 : date-limite de l’envoi des propositions de communication
    Les propositions sont à adresser par courriel aux trois adresses suivantes : emilie.curinier (at) ens.fr, sarah.mazouz (at) ens.fr, etienne.penissat (at) ens.fr
  • Fin mai 2007 : sélection des communications
  • 31 juillet 2007 : date limite de l’envoi des supports écrits des communications
    Longs de 30 000 signes environ, les papiers devront inclure un résumé en 200 et 300 mots, qui sera mis en ligne sur le site du Centre Maurice Halbwachs.
  • Mardi 25 septembre 2007 : journée d’études à l’École Normale Supérieure, 48 bd Jourdan, 75014 Paris.

Lieux

  • Ecole Normale Supérieure (campus Jourdan)
    Paris, France

Dates

  • dimanche 22 avril 2007

Mots-clés

  • politique, public, recrutement, carrière, travail

Contacts

  • Emilie Biland
    courriel : emilie [dot] biland [at] ens [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emilie Biland
    courriel : emilie [dot] biland [at] ens [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Agents des services publics face au(x) politique(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le dimanche 01 avril 2007, http://calenda.org/192916