AccueilL'empathie en anthropologie

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Publié le mardi 03 avril 2007 par Corinne Cassé

Résumé

Appel à contribution, Numéro thématique Journal des Anthropologues : L'empathie en Anthropologie. Les contributions seront dirigées vers trois interrogations. Comment l'empathie se construit-elle au cours de l'enquête ethnographique ? L'empathie contribue-t-elle à la production des connaissance ? Quels problèmes éthiques soulève l'empathie ?

Annonce

L’empathie en anthropologie

Appel à contribution pour le Journal des Anthropologues

 

La première difficulté pour traiter de la notion d’empathie vient d’une confusion implicite ou explicite entre empathie et sympathie. Les deux « chemins » se suivent pendant un certain temps, se croisent parfois, mais ne sauraient se confondre. Dans le champ des sciences sociales, l’ethnologie est considérée comme une discipline qui utilise les relations humaines pour pratiquer l’observation directe avec intensité. Chacun sait que la différence ethnologique provient de l’exigence de vivre au sein du groupe étudié, de le fréquenter sur une longue durée, d’en apprendre la langue. Pourtant la question de l’empathie concerne les conditions, les ressources, les moyens et les limites de l’implication dans la démarche de terrain. Les motifs de l’empathie, donc sa signification variable selon les objets, sont rarement interrogés.

D’invention récente, le terme d’empathie connaît plusieurs sources, sinon plusieurs étymologies. Il a été élaboré sous le terme allemand einfühlung au XIXe siècle pour qualifier l’appréhension intuitive des œuvres d’art. C’est à l’œuvre de Theodor Lipps que l’on doit le glissement de signification de l’esthétique vers la psychologie et la philosophie. On attribue à E. B. Titchener l’invention de la notion d’empathie (en anglais). Dans un tout autre contexte, l’empathie a trouvé un champ privilégié d’expression dans la réflexion sur la relation entre soignant et soigné. Si pathos et pateïn renvoient (à partir du grec) à l’idée de souffrance, l’empathie serait une tendance à appréhender la souffrance d’autrui, la pénétrer, et dans une certaine mesure la comprendre par intériorisation. La médecine l’a inscrite dans son code de déontologie tout en essayant d’en cerner les limites du double point de vue de la connaissance et de l’acte thérapeutique. Au terme de cette genèse sémantique relativement complexe s’exprime la possibilité d’une empathie qui s’écarte radicalement de la sympathie, doit pouvoir cohabiter avec l’antipathie ou la dispathie, perspective particulièrement riche pour l’ethnographie.

Ni neuve ni usée, cette question est centrale dans de nombreux travaux contemporains. Malinowski promoteur de « l'observation participante » avait dévoilé les ruses de l’ethnographe dans son journal. Geertz aussi l’a abordée il y a quelques années lorsqu’il mettait en cause la prétention de l’anthropologue à restituer « le point de vue de l’indigène ». De nombreux travaux contemporains explicitent les conditions dans lesquelles les ethnologues initient puis organisent leurs enquêtes. Bien que l’entreprise soit semée d’embûches, il est possible de mettre en relation les conditions sociales (et psychologiques) d’enquête avec le processus de construction du sens dont l’œuvre ethnographique est le résultat. Cette exigence vient au moment où une relance de l’interrogation est perceptible dans des travaux qui mettent l’accent sur des formes d’altérité caractéristiques des sociétés industrielles et urbaines. La dimension polémique prend une place prépondérante dans les choix, la démarche, les objectifs d’enquête. L’émergence de cette préoccupation commune centrée sur l’empathie, au sens large, est l’un des révélateurs des déplacements de champs et des constructions de nouveaux objets dans lesquels l’ethnologie se trouve aujourd’hui engagée.

Dans le choix des textes attendus nous prendrons le parti de situer cette réflexion dans le contexte de recherches récentes. Les contributions seront dirigées vers plusieurs interrogations directrices.

 

Comment l’empathie se construit-elle au cours de l’enquête ethnographique ?

La question de l’empathie ne saurait être confondue avec celles de l’immersion et de l’observation participante. On admet aisément que certaines études de technologie exigent à un degré variable l’expérience directe et personnelle des matières, des gestes, des opérations qui caractérisent une activité. Cependant cette posture méthodologique n’est pas généralisable à tous les champs et objets de recherche.

S’il s’agit de comprendre des pratiques sociales ou culturelles porteuses de valeurs d’altérité, quelles ressources d’intelligence analytique, de langage et de relations sont mobilisées ? Comment cette posture méthodologique est‑elle mise en œuvre dans certaines recherches actuelles sur les identités sexuelles, les sociabilités de banlieues, le monde de l’entreprise et du travail, les cultures d’exclusion, les situations de huis‑clos, de nouveaux paradigmes de l’altérité ou de revendications « culturelles » ? Au prix de quelles confrontations, concessions et négociations s’institue l’empathie ?

 

L’empathie contribue-t-elle à la production de connaissances ?

La notion d’empathie peut être connotée idéologiquement par des idées d’identification, de compréhension fusionnelle et d’expérience « personnelle » (auto‑analyse). Elle peut apparaître comme une formule trompeuse et paradoxale se résolvant dans la fiction littéraire d’une société qui se révélerait à elle-même sous le regard de l’ethnologue. J. Clifford en tire argument pour démystifier les textes et l’écriture ethnographiques. L’effet d’empathie est l’une des cibles privilégiée des critiques déconstructionnistes de l’ethnographie. L’empathie est‑elle une ressource indispensable à la production du savoir anthropologique ? Si, au-delà du langage, l’empathie ouvre la voie à une certaine compréhension du non‑verbal suggérant l’impression ou l’illusion d’accéder à l’implicite, voire à l’intime, quelles en sont les modalités pour chaque champ de recherche ?

 

Quels problèmes éthiques soulève l’empathie ?

Un large bilan doit être fait de réflexions critiques sur les normes et limites éthiques de la recherche par rapport à de nouveaux objets et champs. Il est indispensable de s’interroger sur l’incidence de processus invasifs à partir d’éléments de la culture étudiée tels que les pratiques langagières, les relations vécues, les représentations ou l’imaginaire de l’autre dans la relation ethnographique. Si l’empathie est la raison d’être du terrain, il s’agit de déterminer ses effets et ses conséquences dans la construction de discours et des connaissances à tous les étages de la démarche de la recherche.

 

Coordination : Ghislaine Gallenga, Bruno Martinelli.

Les propositions d’articles (résumés) sont à envoyer avant le 1er juin 2007 et les articles complets (30 000 signes) avant le 1er février 2008.

 Afin de préparer ce numéro, une journée et demi d’étude sur le thème de l'empathie sera organisée à l'antenne de l’Association française des anthropologues d'Aix-en-Provence à l'issue de la sélection des résumés, le 12 et 13 octobre 2007.

 

Contacts : 

Ghislaine Gallenga : gallenga@mmsh.univ-aix.fr

Bruno Martinelli : martinelli@mmsh.univ-aix.fr

 

Dates

  • vendredi 01 juin 2007

Mots-clés

  • empathie, ethnographie, anthropologie, implication, terrain

Contacts

  • Ghislaine Gallenga
    courriel : ghislaine [dot] gallenga [at] univ-amu [dot] fr
  • Bruno Martinelli
    courriel : bruno [dot] martinelli [at] univ-amu [dot] fr

Source de l'information

  • Ghislaine Gallenga
    courriel : ghislaine [dot] gallenga [at] univ-amu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'empathie en anthropologie », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 03 avril 2007, http://calenda.org/192923