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Dynamiques littorales et frontières maritimes

Les littoraux : charnières ou frontières des territoires ?

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Publié le mardi 03 avril 2007 par Marianne Blidon

Résumé

Les littoraux sont le siège de dynamiques puissantes qui traduisent diversement l’expansion de l’économie mondiale et les processus d’intégration régionale Nord - Sud ou Sud - Sud. Les mers qui mettent en contact des pays et des sociétés aux niveaux de développement inégaux constituent ici un champ privilégié mais non exclusif, d’observation : Méditerranée, « méditerranées » asiatiques, mer Baltique, mer des Caraïbes… Sans occulter les effets de l’ouverture grandissante des économies sur l’évolution des inégalités, sur les ressources humaines et naturelles et les discontinuités spatiales, le colloque a pour ambition de focaliser l’attention sur les innovations sociales qui émergent comme mode d’adaptation à la mondialisation et sur les différents réseaux formels ou informels mis en place par les sociétés bordières. Il s’agira aussi de s’interroger sur la réalité des « partenariats » mis en place entre les différents acteurs en présence et des coopérations transfrontalières initiées…

Annonce

Appel à communications
Colloque international
20 – 21 mars 2008

Dynamiques littorales et frontières maritimes

Les littoraux : charnières ou frontières des territoires ?

 
Le thème central du colloque porte sur la diversité des dynamiques littorales dans un contexte marqué par l’expansion de l’économie mondiale et la formation de blocs politiques et économiques macro-régionaux. L’importance économique des étendues maritimes et des interfaces dans les flux mondiaux n’est plus à démontrer ; le commerce par mer, pour ne prendre que cette composante, représente les quatre cinquièmes des échanges mondiaux passés par 2800 ports. Ce rôle est renforcé par les processus d’intégration régionale depuis une quinzaine d’années, que ce soit en Baltique depuis l’effacement du bloc socialiste, en Méditerranée depuis les accords de Barcelone, en Asie de l’Est (« Asean Plus Three : Chine, Corée, Japon), dans la région Amérique-Caraïbe, etc. La littoralisation des activités prend ainsi des formes de plus en plus nombreuses et diversifiées : enclaves ponctuelles industrialo-portuaires ou balnéaires, relais sur les routes mondiales de conteneurs, hubs arrimés à un réseau mondial participant d’un système de production et d’échanges à la fois régionalisé et globalisé.    

D'une mer à l'autre, les conditions historiques mais aussi les rapports de force actuels, politiques et économiques et technologiques, déterminent le degré et les formes d'intégration, de subordination et parfois de marginalisation des espaces littoraux. Le cas de la Manche montre que les espaces maritimes peuvent être les territoires d’une coopération transnationale, appuyée sur une volonté politique locale et extra-locale porteuse de projets soutenus par l'Union Européenne. L'intégration européenne a approfondi les relations d'interconnaissance, de coopération et d'échanges entre les littoraux de Normandie et du Nord-Pas-de-Calais d'une part et du Sud-Est et du Sud-Ouest anglais d'autre part. Les cas de la Méditerranée ou des Caraïbes font davantage penser à une subordination économique voire politique d'une rive à l'autre. Dans le cas des « méditerranées » asiatiques où les dynamiques littorales reposent en partie sur des délocalisations opérées par des bases économiques puissantes (Le Japon, Hong-Kong, Taïwan, Singapour, la Corée du sud) on devrait sans doute parler d'une dissymétrie dans les échanges transfrontaliers. Mais les relations d'échanges de natures diverses et les coopérations n'en sont pas moins de plus en plus fortes, suscitant de nouveaux réseaux et formes d'interdépendances ou ranimant d'anciens tissus de liens.

Là où, comme en Méditerranée éponyme, la mer demeure une barrière pour la circulation des hommes, les échanges déséquilibrés entre États impliquent des liens entre quelques points forts, dont les ports, à travers les échanges commerciaux ou la sous-traitance industrielle. Mais cela ne s’accompagne pas d’échanges structurants notamment entre collectivités littorales, y compris là où elles sont très proches : de part et d'autre du détroit de Gibraltar, des mers d'Alboran ou de l'Adriatique, de la mer Rouge - quand elles ne sont pas en conflit ouvert (Golfe d'Aqaba) ou latent (étendues ou détroits séparant Turquie et Grèce). La présence d’enclaves territoriales littorales, comme dans le Nord du Maroc, génère tensions, échanges, flux illicites. Là, comme dans les autres territoires traversés par une barrière maritime, les échanges informels prospèrent et produisent des réseaux d'acteurs isolés ou structurés en organisations : commerce multiple dans le golfe arabo-persique entre les monarchies pétrolières abritant des hubs aériens ou portuaires et des pays subissant ou ayant subi des embargos (Iran, Iraq), contrebande, migration clandestine et trafic de drogue entre Maroc et Espagne, entre Turquie et Europe de l'Est et au delà l'Europe de l'Ouest, migration clandestine en Adriatique... voire commerce d'armes entre l'Europe et l'Afrique impliquant des réseaux divers. Bref, les littoraux sont un excellent marqueur du degré et de la nature des relations qui unissent – ou opposent – les pays bordiers. 

Les détroits tiennent une place de choix dans cette réflexion : après avoir été des espaces d’affrontement, au mieux de transit de la navigation maritime en expansion depuis les grandes découvertes, ils constituent des lieux privilégiés de coopération entre sociétés littorales et donc de construction de liens qui peuvent être de nature autre que celle des échanges économiques internationaux. Ils sont par excellence les lieux par lesquels se nouent les relations culturelles, sociales, environnementales, contenues dans les accords commerciaux régionaux et qui s’élargissent à d’autres domaines que celui du seul commerce. Mais les détroits sont également, dans un contexte mondial marqué par le retour de l’expansionnisme militaire et la recrudescence du terrorisme, des lieux très sensibles du fait de leur place dans les flux stratégiques mondiaux : ainsi le quart du commerce mondial et la moitié de la consommation mondiale du pétrole transite par le détroit de Malacca.

La variété des dynamiques littorales et des articulations entre littoraux  invite ainsi à travailler sur des exemples diversifiés (Europe, Méditerranée, Asie, Afrique, Amériques…), à partir de l’ensemble des notions attachées aux logiques économiques et politiques d’intégration, partenariat, réseaux, coopération…, mais aussi de compétition et de dépendance.

Les mers qui mettent en contact des pays aux niveaux de développements inégaux offrent toutefois des champs d’observation privilégiés : Méditerranée, « méditerranées » asiatiques, mer des Caraïbes, mer Baltique. S’y constituent des ensembles régionaux « Nord –Sud » (pays industriels – pays en développement ou en transition), parfois Sud – Sud, dans un contexte d’ouverture grandissante dont il convient d’apprécier les effets non seulement économiques sur la réduction ou le creusement des inégalités mais également sur les sociétés.

Le colloque se focalisera moins sur les inégalités de développement en soi que sur les innovations sociales qui émergent comme mode d’adaptation à la mondialisation. En dépit – ou à cause – des inégalités de développement, des sociétés civiles et des administrations publiques établissent des collaborations transfrontalières, fondées sur la proximité, sur les traditions d’échanges voire l’identité culturelle commune. Dans d’autres configurations, des échanges économiques, souvent initiés par des entreprises transnationales, peuvent être intenses, sans effet bénéfique sur les sociétés, et s’accompagner ou recouvrir une ghettoïsation culturelle, ethnique et sociale très forte, parfois porteuse de violence.

Les enjeux qui se jouent à de petites échelles (concurrence entre territoires, barrière, éventuellement barbelés entre continents pour contenir le flot migratoire…) sont-ils, peuvent-ils être infléchis par des coopérations entre collectivités ou par l’initiative d’autres acteurs sociaux ? Les cas sont divers allant de la constitution de réseaux de villes à des territoires qui s’ignorent voire qui se tournent le dos, en passant par les jumelages formels ou effectifs, ou l’organisation, par les populations, de véritables réseaux économiques ou sociaux formels ou informels. Des échanges de diverses natures impliquent des acteurs aussi bien privés que publics en même temps qu’émerge et se renforce une coopération décentralisée qui redéfinit les rôles entre pouvoirs centraux et pouvoirs locaux.  

 La littoralisation comme phénomène de concentration et d’enchevêtrement d’activités et d’occupation humaine étant fréquemment étudiée, l’attention pourrait-être focalisée sur les fonctions qui renseignent sur les articulations au « dehors » : simples enclaves de production ou de loisirs dominés par des lieux extérieurs, littoraux ou non, « fer de lance » de l’articulation des espaces nationaux à l’économie mondiale, intégration à une économie régionale étendue… Quels espaces produisent-elles ? Quels effets ont-elles sur les territoires rétro-littoraux, sur les « arrière-pays », sur les ressources naturelles et humaines ? Comment évoluent les discontinuités spatiales ?  Quelle place y tiennent les sociétés littorales, quelles sont leurs réactions face à l'ouverture maritime et quelles relations tissent-elles avec les acteurs de l'économie transnationale ?

On s’attachera aussi aux représentations que les sociétés littorales se font de ce maillage territorial complexe. Différents cas (« méditerranées » asiatiques, mer Baltique, Méditerranée, Manche…) témoignent inégalement du dépassement des représentations négatives hérités de décennies ou de siècles d’hostilité voire d’affrontements avec les pays voisins ou d’« en face ».

L’analyse d’exemples concrets de territoires littoraux, d’activités économiques (chaîne de logistique, tourisme, énergie, pêche, activités industrialo-portuaires, infrastructures…), de coopérations de différentes natures ou de partenariats entre acteurs privés ou /et publics, éclairera le décalage entre réalité et sémantique, et permettra de mesurer la réalité des « partenariats » qui sont sensés rapprocher les territoires mondialisés, et en particulier les littoraux. S’agit-il de véritables leviers d’une croissance dont les fruits sont partagés ou une manière différente de décliner, dans le contexte de la nouvelle mondialisation, l’échange inégal ?

 

Dates et lieu

 20 - 21 mars 2008 au Département de géographie, UFR Territoires, Environnements, Sociétés, Université Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis (Métro Saint-Denis Université)

 

Comité scientifique

 Pierre Beckouche ( Université Paris I ), Alain Miossec ( Université de Nantes, Recteur de l’Académie de la Guadeloupe ), Catherine Paix ( CNRS Ladyss ), Françoise Plet ( Université Paris 8, Ladyss ), Jean-Pierre Renard ( Université d’Artois ), Thierry Sanjuan ( Université Paris I ), Bouziane Semmoud ( Université Paris 8, Ladyss )

 

Calendrier 

Les propositions de communications accompagnées de la fiche ci-joint et d’un résumé de 2000 caractères environ en format Word ou RFT, sont attendues jusqu’au 30 mai 2007  ( à adresser à bsemmoudz @yahoo.fr )
-  Les réponses du comité scientifique seront transmises aux auteurs avant le 30 juin 2007.   
-  Les textes des communications retenues devront être envoyés avant le 15 décembre 2007, sous format Word ou RTF en vue de leur publication dans des actes. Leur longueur ne saurait excéder 30 000 caractères. Les formats des illustrations seront précisés avec les auteurs.

Catégories

Lieux

  • Saint Denis
    Saint-Denis, France

Dates

  • mercredi 30 mai 2007

Mots-clés

  • littorale, frontières

Contacts

  • Moellic Béatrice
    courriel : moellic [at] u-paris10 [dot] fr

Source de l'information

  • Béatrice MOELLIC
    courriel : moellic [at] u-paris10 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Dynamiques littorales et frontières maritimes », Colloque, Calenda, Publié le mardi 03 avril 2007, http://calenda.org/192926