AccueilLa prostitution des mineur(e)s et des jeunes

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Publié le mercredi 04 avril 2007 par Corinne Cassé

Résumé

Le comité de rédaction de la Revue d’histoire de l’enfance irrégulière a décidé de consacrer un numéro à la prostitution des mineur(e)s et des jeunes. Ce numéro sera ouvert à toutes les périodes historiques, ainsi qu’à tous les pays. Il concernera aussi bien la prostitution masculine que la prostitution féminine. Parmi les pistes de réflexion souhaitées, non exclusives d’autres thèmes proposés par les auteurs, mentionnons : les pratiques prostitutionnelles des jeunes et leurs évolutions, l’attitude des pouvoirs publics, de la justice et le traitement pénal et administratif des jeunes, l’action des sociétés de reforme sociale et morale, ainsi que des instances internationales (SDN, ONU, etc.), l’observation des prostitué(e)s et la construction des discours savants sur la prostitution.

Annonce

Appel à contribution pour le numéro 10 de la Revue d’histoire de l’enfance irrégulière

Depuis les travaux pionniers d’Alain Corbin (Les filles de noces, 1978), historiens et spécialistes des sciences sociales publient régulièrement des recherches sur la question de la prostitution. Ainsi, à côté de monographies locales (Harsin, 1985 ; Termeau, 1986), assez nombreuses, et couvrant progressivement de nouveaux espaces, on trouve des analyses sociologiques, juridiques, anthropologiques des phénomènes prostitutionnels, des mouvements de réforme sociale luttant contre la prostitution (Brian Donovan, 2006), ainsi que des politiques publiques tendant à la contrôler ou à l’interdire (S. Danet et V. Guienne, 2006). Pour ne prendre que des exemples récents, la prostitution a fait l’objet d’analyse recourant aux outils conceptuels de l’histoire du genre (Clio, n°17-2003) ou a été mise en relation avec le système de domination coloniale (C. Taraud, 2003). Il faut cependant noter que la production historique francophone apparaît bien en retard par rapport à la profusion des publications en langue anglaise (Louise Jackson, 2002 ; A. Brown et D. Barrett, 2002).

Ainsi, il n’existe pas, en langue française, de travaux portant spécifiquement sur la question des mineur(e)s et des jeunes prostitué(e)s. Or, la jeunesse des prostitué(e)s, leur minorité au regard de la loi, posent aux sociétés un certain nombre de problèmes particuliers (moraux, législatifs, hygiénistes, etc.) qui méritent d’être étudiés. La figure fragile du jeune, à qui la société doit protection, ne s’oppose-t-elle pas à la figure inquiétante de la (du) prostitué(e) ? L’acte payant avec un(e) mineur(e) ne doit-il pas être considéré et puni comme un abus ?

D’autre part, alors que la prostitution s’internationalise, que des réseaux bien organisés alimentent le monde occidental en jeunes gens et jeunes filles, les instances de protection de la jeunesse semblent se désintéresser de la question laissant le terrain au monde associatif. En France, les dernières rencontres sur le sujet datent de la fin des années 1980 (CNFEES, 1987 ; IDEF,  1990).

Enfin, il parait utile de revenir une nouvelle fois sur ce thème de la prostitution, alors que se développent, en opposition aux anciennes politiques publiques, réglementaristes ou prohibitionnistes, des théories, qui au nom du libéralisme, font du corps « une marchandise comme les autres » et revendiquent donc le droit de se prostituer librement.

 Ainsi le comité de rédaction de la  Revue d’histoire de l’enfance irrégulière a-t-il décidé de consacrer un numéro à cette question. Celui-ci sera ouvert à toutes les périodes historiques, jusqu’aux temps les plus récents, ainsi qu’à tous les pays. Il concernera aussi bien la prostitution masculine que la prostitution féminine. Les quelques pistes de réflexion qui suivent ne sont pas exclusives d’autres thèmes proposés par les auteurs.

- Il pourrait être utile de s’intéresser aux pratiques prostitutionnelles des jeunes et à leurs évolutions dans la longue durée, en rapport aux définitions morales et légales de la prostitution. Il serait aussi intéressant d’étudier l’évolution de la géographie internationale de la prostitution, la question discutée des filières de trafic, et l’émergence récente de la notion de tourisme sexuel.

Plus largement, l’analyse pourra aussi porter sur les comportements se situant aux marges de la prostitution. Par exemple, des jeunes filles s’étant enfuies du foyer paternel et poursuivies devant les tribunaux de l’Entre-deux-guerres utilisent souvent les mots de « noce » ou de « fêtes » pour parler de faits qui peuvent être considérés, par les adultes, comme de la prostitution. L’usage de ces vocables a-t-il un sens particulier dans leur bouche : simple euphémisme pour ne pas parler ouvertement de prostitution ou revendication d’une libération, au moins temporaire, du pouvoir des adultes. La parole des jeunes devant les tribunaux, parole « captive » (Chauvaud) de l’appareil judiciaire, mérite cependant d’être écoutée.

- Il faudrait aussi s’intéresser à l’attitude des pouvoirs publics et de la justice. Dans le système réglementariste en particulier, la prostitution des mineur(e)s se trouve au cœur d’une contradiction entre la tolérance accordée aux activités prostitutionnelles et la nécessaire protection des jeunes. La prostitution n’étant pas poursuivie par la loi, comment gérer alors les cas des jeunes prostitué(e)s ? Dans les pays dirigés par le Code pénal français, il est bien connu que le délit de vagabondage a largement été utilisé, instrumentalisé, pour réprimer la prostitution des jeunes filles. Plusieurs lois ont tenté de remédier à ce phénomène. Si celle de 1908 est bien connue (Yvorel, 2002), il pourrait être utile de revenir sur la genèse et les effets sociaux de celle de 1921 (qui crée la notion de débauche) ou encore sur les décrets-lois de 1935 (dépénalisation du vagabondage).

- Si la prostitution ne relève qu’incidemment de la loi, par le racolage entre autres, il existe, en revanche, toute une prise en charge administrative de cette activité. Quelle est l’attitude des services de police (Berlière, 1992), puis des services d’hygiène à l’égard des jeunes prostitué(e)s ? Quels types de traitement leur applique-t-on ? Quels établissements les prennent en charge ? Dans quels objectifs ? Et avec quelles garanties en ce qui concerne les libertés individuelles ? En France, une affaire médiatique récente montre toutes les ambiguïtés des services de police confrontés à une situation complexe mettant en scène client majeur et prostituée mineure.

- Récemment, plusieurs pays se sont lancés sur la voie de la pénalisation de la clientèle, en particulier en ce qui concerne les prostitué(e)s mineur(e)s. Sur ce point, la Suède, à l’opposée du système néo-réglementariste adopté par les Pays-Bas, présente un modèle exemplaire qui influence les débats internationaux et nationaux sur le sujet.

- De Parent-Duchâtelet au docteur Le Moal les prostitué(e)s ont été observé(e)s, étudié(e)s, mesuré(e)s classifié(e)s. Tout un discours savant s’est développé tendant à rechercher les stigmates physiques, les penchants héréditaires, plus rarement, les causes sociales, pouvant éclairer  les débuts du jeune dans la prostitution. Si les théories anciennes sont bien connues (Lombroso, Lacassagne, etc.), il existe toute une production « scientifique » plus récente qui n’a pas encore fait l’objet d’analyses historiques.

- Si l’histoire des sociétés de réforme et des groupes de pression luttant contre la prostitution a largement progressé dans de nombreux pays, il faudrait étudier quelle a été l’attitude de ces mouvements à l’égard des mineur(e)s et des jeunes. De même, il faudrait étudier l’attitude d’autres mouvements, tels les courants féministes ou les sociétés de protection de la jeunesse.

- Il faudrait également prendre en compte l’action des instances internationales (SDN, ONU, etc.). La SDN, par exemple, lance toute une réflexion autour de la traite des « blanches », propose aux Etats un certain nombre de recommandations pour lutter contre ce fléau, met en place des conventions internationales. Certains Etats suivent ces indications, alors que d’autres refusent.

 Pour prévoir une publication en 2008, il est nécessaire de réunir les textes pour le 1er septembre 2007. Ceux-ci ne devront pas dépasser 50.000 signes. Conformément aux usages de la revue, les textes sont soumis à une double évaluation anonyme. Il est possible de proposer un texte dans une autre langue que le français, mais celui-ci devra être traduit avant publication.

 Pour toute proposition d’article, envoyer avant le 1er mai 2007, un résumé à Eric Pierre : eric.pierre@univ-angers.fr ou Christine Machiels :  machiels@chdj.ucl.ac.be

Dates

  • mardi 01 mai 2007

Mots-clés

  • prostitution, histoire, sexualité, genre, politiques publiques

Contacts

  • Eric Pierre
    courriel : eric [dot] pierre [at] univ-angers [dot] fr
  • Christine Machiels
    courriel : machiels [at] chdj [dot] ucl [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Eric Pierre
    courriel : eric [dot] pierre [at] univ-angers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La prostitution des mineur(e)s et des jeunes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 avril 2007, http://calenda.org/192936