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Les dimensions du terrain en géographie

À travers l'espace de la méthode

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Publié le dimanche 15 avril 2007 par Marianne Blidon

Résumé

Le colloque s’adresse aux géographes pour les inviter à considérer l’éventail des significations que recouvre pour eux le terrain. C’est, en effet, parce que le terrain occupe une grande place dans les représentations que la discipline a d’elle-même et endosse de ce fait une forte dimension identitaire, qu’il nous semble pertinent d’en interroger les fondements dans une perspective non exclusivement méthodologique. Ce colloque propose donc de s’attacher à travailler les différents sens que recèle la polysémie d’un terme qui désigne en même temps : le cadre spatial de l’étude que conduit le géographe, les procédures d’investigation auxquelles il recourt, les objets spatiaux qu’il construit et les lieux du déploiement de ses pratiques. C’est donc dans une approche centrée sur le sujet géographe –ses pratiques, ses médiations et ses construits–, et dans la perspective spatiale qu’implique la méthode, que nous inscrivons la problématique de ce colloque.

Annonce

Les dimensions du terrain en géographie

À travers l'espace de la méthode

Dans un contexte de renouveau des études d’épistémologie de la géographie, le terrain est devenu un objet d’étude à part entière. Alors qu’il est longtemps resté une « boîte noire » des recherches en géographie, à la fois impensé et allant de soi, il fait actuellement l’objet d’un réexamen critique de la part de géographes. Pour la géographie, le terrain a longtemps été une méthode obligée, mimétiquement transmise et implicitement normée : sans terrain, pas de droit à la parole… Il avait constitué, en effet, le moteur de l’invention scientifique de la géographie classique ; et si, pour la « nouvelle géographie » au contraire, le moteur de l’invention résidait dans la loi dite théorique, c’était sous réserve que son énoncé serait mis à l’épreuve des faits –condition de son instauration en tant que loi empirique. Dans ces conditions, le terrain n’a pas disparu de la fabrique du savoir géographique sous la poussée de la préoccupation théorique : il a changé de place et de fonction. Cependant, si le débat classique sur le statut du terrain relevait d’une tension entre empirie et théorie ou d’un choix entre induction et déduction, et se situait dans la problématique générale du régime de scientificité, les termes du débat contemporain révèlent d’autres enjeux. Comme pour d’autres disciplines, ils portent sur les conditions subjectives et sociales de la construction des savoirs scientifiques. En géographie, ils ont été pris en charge par les courants phénoménologiques et post-structuralistes anglophones qui, faisant des méthodes dites qualitatives un instrument privilégié de l’investigation des significations attachées à l’espace, ont objectivé le problème des rapports du chercheur au terrain. Ainsi, l’opposition, qui a longtemps cristallisé le débat dans la géographie française, entre un terrain mythifié – gisement d’un savoir accessible par une démarche inductive – et un terrain démystifié – laboratoire construit pour valider une démarche hypothético-déductive – semble réductrice : elle participe de l’opacification de la « boite noire » ; elle neutralise la question du sujet cherchant, du rapport à soi et à l’autre que le terrain met en jeu ; elle exclut de la réflexion sur la construction du savoir disciplinaire l’ensemble des médiations et significations liées à une pratique / expérience à dimension spatiale. Il ne s’agit donc pas d’interroger plus longuement cette opposition, mais de déplacer la réflexion : se restreindre à la visée cognitive et à la dimension méthodologique ne permet pas d’envisager la richesse et la complexité du terrain. L’éventail de ses dimensions recouvre à la fois les champs de la méthodologie, de la pratique, de l’expérience, de la représentation, etc., champs que le chercheur investit de significations dans une tension entre habitus disciplinaire, action militante et projet de vie.

Inscrit dans ce contexte, ce colloque entend contribuer à l’appréhension théorique du « terrain » et s’adresse à tous les géographes intéressés par une approche réflexive de leurs pratiques. Il sera l’occasion d’une réflexion sur les dimensions spatiales du terrain et sur les significations qui leur sont attachées. Dimensions et significations qu’une science de l’espace ou de la dimension spatiale des pratiques ne saurait négliger, et à travers la puissance re-configurante desquelles elle pourrait reconsidérer son projet cognitif. Pour ce faire, ce colloque prendra en compte les débats historiographiques et théoriques menés sur la question au sein d’autres disciplines de sciences sociales et humaines pour re-problématiser le terrain en géographie. Il projette aussi de s’ouvrir à des interdisciplinarités plus inédites (avec la psychologie, la psychanalyse, l’esthétique, etc.) pour dégager d’autres prises sur la perspective subjective de la pratique ou de l’expérience de terrain. Il propose, enfin, de considérer l’histoire longue de la géographie –incluant la période antérieure à son institutionnalisation– pour faire de sa pratique canonique l’objet d’analyses comparables à celles que développe depuis les années 1990 une histoire sociale et culturelle des sciences. Cette dernière, volontiers externaliste, voit en effet dans les pratiques des sciences dites « de terrain » un champ d’expérience et d’expérimentation où se trouvent battus en brèche la clôture habituellement considérée comme constituante de l’activité scientifique, la norme définie par l’institution, les partages entre savant et amateur ou entre disciplines.

Le colloque pourrait s’articuler autour des six axes de réflexion privilégiés ci-dessous. Pour chacun d’eux nous proposons une liste non exhaustive de questions comme autant d’accroches possibles pour une réflexion générale :

1. Géographie de la méthode de terrain :

Quels sont, dans la pratique et la définition du terrain, les rôles respectifs du cadre spatial servant de référent pratique à l’étude, de l’objet de recherche ou du paradigme servant de référent théorique à l’étude, des procédures mises en œuvre pour construire un objet dans un cadre spatial donné ? Où commence et où s’arrête l’être « au terrain » ou « sur le terrain » du géographe ? Peut-on identifier à propos du terrain constitué au travers de la pratique scientifique, des types d’agencements spatiaux, de métriques et d’échelles ? Dans quelle mesure la prise en compte de ces dimensions spatiales de la pratique éclairent-elles le contenu de la production scientifique ?

2. Le géographe de/au terrain :

Qui fait du terrain ? Comment ? Dans quelles conditions ? Les visées scientifique (participation à la constitution du savoir disciplinaire) et académique (adaptation à la norme disciplinaire) constituent-elles les seuls enjeux attachés à la pratique de terrain pour le géographe ? La pratique scientifique est-elle, pour le géographe, l’unique cadre et contexte des conduites de terrain ? L’appartenance institutionnelle influence-t-elle les pratiques de terrain ? La rencontre sur le terrain avec d’autres chercheurs d’autres disciplines scientifiques change-t-elle les conditions et les modalités de la pratique, et partant, les construits cognitifs ? Comment rendre compte de la pratique scientifique de terrain en objectivant les rapports enquêteur/enquêté ?

3. Histoire ou historicisation des pratiques et du statut du terrain :

Qu’est-ce qui a changé dans les manières de faire du terrain en géographie ? Quel est l’impact de l’évolution des médiations (cadre théorique, dispositif technique, attitudes corporelles, etc.) sur celles-ci ? Ces changements ont-ils contribué à faire évoluer la définition, la place, la fonction de cette pratique scientifique ? Quelle est la pertinence d’une périodisation de la discipline à partir du terrain ? Comment et à quelles fins le terrain a-t-il été instrumentalisé dans les stratégies disciplinaires, dans les débats scientifiques ? Que nous apprennent sur la géographie les pratiques de ses chercheurs au terrain qu’une analyse des discours disciplinaires autorisés ne nous permettrait pas de voir ?

4. Récits de terrain :

Quelle restitution et quelle représentation pour le terrain en géographie ? Quelles sont ses formes d’énoncé (textuelles écrites, parlées ou iconographiques fixes, animées, etc.), ses régimes de discours (rapport, témoignage, récit, etc.), ses supports (carnet, journal, album, film, etc.) et ses lieux de présentation (thèse ou ouvrage scientifique, hommage, entretien, exposition, mémoire ou égogéographie, enseignement…) ? Quelle(s) dimension(s) du terrain s’y trouve(nt) restituée(s) et représentée(s) ? Dans quelle articulation avec le discours académique en général ? Inversement, dans quelle articulation avec les mises en formes d’autres projets que cognitifs (militants, biographiques, etc.) ?

5. Elaboration théorique de la question du terrain en géographie :

Qu’est-ce que le terrain pour la géographie, et pour un géographe ? Quels outils théoriques ont été mobilisés pour se saisir de la question du terrain et en particulier pour traiter de ses dimensions spatiale et subjective ? Quelles nouvelles propositions théoriques pour l’appréhender, mais aussi quels nouveaux outils conceptuels et méthodologiques ? Comment instaurer l’ensemble des restitutions et représentations du terrain en sources et en corpus pour la recherche ? La biographie de géographe est-elle le genre privilégié pour appréhender les relations du chercheur à son terrain ?

6. Rapport avec les autres « disciplines » de terrain :

Quelles convergences peut on déceler, dans la réflexion théorique sur les pratiques comme dans l’évolution des pratiques elles-mêmes, entre la géographie et les autres disciplines de terrain –en particulier celles qui, comme l’anthropologie, se sont interrogées sur la dimension spatiale de l’enquête ? Les pratiques de terrain sont-elles le lieu d’une dissolution des barrières disciplinaires ou d’un renforcement des spécificités ? Les procédures de terrain des artistes contemporains (plasticiens, photographes), des spécialistes de la dérive urbaine, des journalistes, des militaires, etc. offrent-elles aux géographes les conditions d’une mise en perspective et d’une réflexion sur leur propre pratique de terrain et les enjeux qui lui sont attachés ?

Comité d’organisation

  • Anne Volvey (Université d’Artois, EA 2468 DYRT et UMR 8504 Géographie-Cités)
  • Myriam Houssay-Holzschuch (ENS-LSH, UMR 5600 Environnement, ville, société)
  • Hélène Velasco-Graciet (Université Bordeaux 3, UMR 5185 ADES)
  • Isabelle Surun (Université Lille 3, Centre Koyré)
  • Yann Calbérac (Université Lyon 2, UMR 5600 Environnement, ville, société)

Adresse électronique du Comité d’organisation : terrain (arobase) ens-lsh.fr

Comité scientifique :

  • Claude Blanckaert (CNRS)
  • Anne Buttimer (University College Dublin)
  • Jean-Louis Chaléard (Université Paris 1)
  • Béatrice Collignon (Université Paris 1)
  • Jean Copans (Université Paris 5)
  • Denis Cosgrove (UCLA)
  • Felix Driver (Royal Holloway, University of London)
  • Isabelle Lefort (Université Lyon 2)
  • Michel Lussault (Université de Tours)
  • Hervé Régnauld (Université Rennes 2)
  • Marie-Claire Robic (CNRS)
  • Michel Sivignon (Université Paris 10).

Organisation :

  • Dates : mercredi 18 au vendredi 20 juin 2008.
  • Lieu : Université d’Artois (Arras, France).
  • Date du rendu des résumés de proposition de communication: 15 décembre 2007.
  • Langues de communication : Français et anglais.
  • Site Internet du colloque : http://terrain.ens-lsh.fr
  • Adresse à laquelle faire parvenir les résumés : terrain arobase ens-lsh.fr

Vous pouvez envoyer vos propositions de communications (problématique + résumé en une page) avant le 15 décembre 2007 à l'adresse : terrain@ens-lsh.fr

Toutes les informations utiles seront progressivement mises en ligne sur le site bilingue du colloque : http://terrain.ens-lsh.fr

Publication des Actes envisagée à l’issue du colloque, sur la base d’une sélection des communications, sous la forme soit d’un ouvrage soit d’un numéro spécial de revue.

Lieux

  • Université d'Artois
    Arras, France

Dates

  • samedi 15 décembre 2007

Mots-clés

  • géographie, épistémologie, terrain

Contacts

  • Le comité d'organisation du colloque ~
    courriel : terrain [at] ens-lsh [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Yann Calbérac
    courriel : yann [dot] calberac [at] univ-reim [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les dimensions du terrain en géographie », Appel à contribution, Calenda, Publié le dimanche 15 avril 2007, http://calenda.org/192975