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Justice et religion

Regards croisés. Nouvelles approches

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Publié le mardi 17 avril 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

L'actualité internationale montre le lien encore étroit qui unit justice et religion ; les deux notions étant au fondement l'une de l'autre. Nier que la justice d'aujourd'hui ait encore des liens étroits avec la religion (dans ses multiples acceptions), pour se confondre ou pour s'en démarquer, n'a guère de sens au regard de la construction historique de la justice, dans ses fondements éthiques, ses rapports aux textes sacrés, sa prise en charge par les institutions religieuses ou assimilables, sa finalité pénale ou réparatrice, etc.

Annonce

Colloque sous l'égide du Laboratoire "Biens, normes, contrats" et du Centre Georges Chevrier, UMR 5605 CNRS / Université de Bourgogne, "Ordre et désordre dans l'histoire des sociétés" 

Justice et religion
Regards croisés. Nouvelles approches

Colloque international, Avignon - octobre 2008

Projet :

De quelque angle qu'on les saisisse, justice et religion sont, chacune, au fondement de l'autre. L'actualité internationale nous le rappelle plus que jamais. Le moratoire des exécutions capitales qu'a connu au début des années 1990 le Japon - seul autre pays dit « riche », avec les Etats-Unis, à appliquer encore la peine de mort - ne fut pas lié à une volonté politique, mais bien aux convictions religieuses du ministre de la justice : bouddhiste, il s'était alors refusé de signer les décrets d'exécution. Plus récemment (2006), quelque autorité musulmane s'est exprimée en ces termes, après l’exécution décidée par un tribunal islamique de Mogadishio et appliquée à l'arme blanche par le plaignant lui-même, un adolescent de 16 ans, sur le meurtrier de son père : « Nous avons appliqué la justice d'Allah et il n'y a pas meilleure justice ». Triple dimension religieuse de la justice en terres fondamentalistes : d'abord celle qui entoure le fondement théologique, voire théocratique, du droit  revendiqué ; ensuite sa prise en charge par un tribunal composé d'oulémas et d'imams ; enfin, le rituel d’exécution, marqué par l'absence de recours en grâce, même si la peine appliquée sort du strict cadre de la Charia pour solliciter les us et coutumes, qui peuvent eux-mêmes être empreints d’une dimension sacrée. Dans un contexte bien différent, celui d'une république française dont les principes de laïcité sont pourtant normes constitutionnelles, le « procès Charlie Hebdo », pour « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de sa religion », à la suite de la publication par ce journal de caricatures du prophète Mahomet (avec le soutien de personnalités de diverses confessions), démontre que si le blasphème n'a plus l'heur de pénétrer nos tribunaux, la justice sécularisée n'a pour autant pas fini de jongler entre liberté d'expression et sensibilités religieuses. Pas plus dans la Corne de l'Afrique qu'en Europe, berceau de la liberté de conscience où le « droit [ne vient plus] des Cieux » (Jean Gaudemet), le rapport de la justice à la religion ne peut se résumer à des procès que d'aucuns ont volontiers et anachroniquement qualifiés de « médiévaux ». Dans un essai sur le rapport entre « le juge et l'historien », le spécialiste des procès en sorcellerie à l'époque moderne C. Ginzburg n'a cependant pas hésité à affirmer, dans son commentaire d'une affaire politico-judiciaire, avoir retrouvé des reliquats des méthodes de l'Inquisition dans le fonctionnement de la justice italienne contemporaine. Plus récemment, l'historien R. Muchembled a pu établir lui aussi un parallèle entre le scandale d'Outreau (la mise en accusation pour viols d'un prétendu réseau pédophile dans le nord de la France) et les procès en sorcellerie des temps modernes.

Quoi qu'il en soit, nier que la justice d'aujourd'hui ait encore des liens étroits avec la religion (dans ses multiples acceptions), pour se confondre ou pour s'en démarquer, n'a guère de sens au regard de la construction historique de la justice, dans ses fondements éthiques, ses rapports aux textes sacrés, sa prise en charge par les institutions religieuses ou assimilables, sa finalité pénale ou réparatrice, etc. Quelques rappels peuvent montrer tout l'intérêt du sujet. En Occident pour le moins, la justice et le religieux ne peuvent assurément se penser l'un sans l'autre. La civilisation chrétienne repose sur un procès et le Christ, autant que d'être offrande ou chose sacrifiée selon la tradition, est aussi un condamné à mort. Avec la conversion de l'Antiquité tardive au christianisme, avec les différentes relations qu'entretiennent progressivement Athènes, Rome et Jérusalem, avec, notamment, la relecture de la Loi juive par les chrétiens puis la transformation des rituels sacrificiels, l'État et la justice subissent alors d'extraordinaires mutations. Rapidement l'Occident médiéval inverse la représentation du procès pour placer la sainteté du côté du tortionnaire : le chrétien cesse d'être martyr et devient bourreau. L'État n'est alors plus seulement le comptable de l'ordre mais exerce la justice, au sens où le christianisme l'entend et l'impose ; au sens où le salut induit instantanément la présence d'un tribunal et d'un jugement dernier ; au sens aussi où le pouvoir de juger est d'essence divine. La peine capitale peut-elle se saisir comme sacrificielle ? Le châtiment comme acte de piété religieuse ? Et si aux paramètres suggérés par Max Weber, entre culture marchande et confession religieuse, nous préférions ceux récemment proposés par Marcel Hénaff pour associer plutôt la fracture confessionnelle à la tradition juridique des communautés : non pas divergences doctrinales, non pas opposition tranchée entre individualisme urbain et solidarité paysanne, mais « césure dans la formation du lien social », entre une Réforme qui repose sur l'interdépendance et la logique des besoins, et un catholicisme empreint de droit romain fondé sur la reconnaissance des statuts et l'engagement des personnes ?

A l'instar de cet heureux repositionnement historiographique, ce colloque aura vocation à proposer des voies nouvelles et à privilégier la confrontation des idées entre spécialistes issus de traditions différentes : juristes, historiens, anthropologues… sous les auspices de l'interdisciplinarité et de l'approche diachronique. Quelques thèmes peuvent dès à présent être retenus, sans exhaustivité toutefois : la théologie politique des Etats (la fonction de juger ou d'absoudre et leur légitimation, le contrôle des institutions religieuses par les instances laïques ; la sécularisation de la justice comme fruit de la modernité (?) ...) - les crimes religieux (du péché au crime, du crime au péché ; le mal dans les réflexions théologiques ; la lutte contre les déviances religieuses...) - les fondements religieux des normes et des rituels judiciaires (justifications religieuses de la peine et de l'abolition ; anthropologie du sacrifice ; exécution capitale et exclusion du condamné ; peine et pénitence ; les cérémonies autour de l'action judiciaire...) - les institutions et le personnel religieux au coeur de l'administration de la justice (tribunaux ecclésiastiques ; influence des normes et pratiques religieuses sur la justice séculière...), etc. On s'attachera ainsi à saisir la justice dans ses rapports avec les religions (comme phénomènes globaux) - sans limite confessionnelle - en privilégiant les évolutions en ce domaine, du Moyen Age jusqu'à l'époque contemporaine, tant sur le plan des canons juridiques que des pratiques judiciaires.

Pour le comité d'organisation,

Eric Wenzel

Comité scientifique :

G. AUDISIO (Professeur émérite d'histoire moderne à l'Université de Provence) ; B. BASDEVANT-GAUDEMET (Professeur d'histoire du droit à l'Université Paris XI, canoniste) ; J. CHIFFOLEAU (Directeur d'études à l'EHESS) ; B. GARNOT (Professeur d'histoire moderne à l'Université de Bourgogne) ; R. JACOB (Directeur de Recherches au CNRS) ; M. PORRET (Professeur d'histoire moderne à l'Université de Genève) ; X. ROUSSEAUX (Chercheur qualifié au FNRS - Université de Louvain-la-Neuve).

Comité d'organisation :

P. BASTIEN (Professeur d'histoire moderne à l'Université du Québec à Montréal) ; C. GROSSE (Maître-assistant d'histoire moderne à l'Université de Genève) ; H. PIANT (Professeur agrégé et docteur en histoire, chargé de cours à l'Université de Bourgogne) ; E. TAWIL (Maître de conférences de droit public à l'Université Paris II) ; J. THERY (Maître de conférences d'histoire médiévale à l'Université Montpellier III) ; E. WENZEL (Maître de conférences d'histoire du droit, Université d'Avignon).

Information pratiques :

Les propositions de communications (1000 signes max.) seront adressées à Eric Wenzel, MCF, UFR droit, UAPV, 74 rue Pasteur 84029 Avignon Cedex 1, sur le modèle accompagnant cette annonce.
Les propositions seront soumises à une sélection exercée par les comités scientifique et d'organisation. Un vingtaine de travaux seront retenus.

Lieux

  • Université d'Avignon et Pays de Vaucluse
    Avignon, France

Dates

  • vendredi 15 février 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • justice, religion

Contacts

  • Eric Wenzel, maître de conférences ~
    courriel : eric [dot] wenzel [at] univ-avignon [dot] fr

Source de l'information

  • Eric Wenzel
    courriel : eric [dot] wenzel [at] univ-avignon [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Justice et religion », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 avril 2007, http://calenda.org/192983