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Les terroirs

Caractérisation, développement territorial et gouvernance

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Publié le jeudi 03 mai 2007 par Natalie Petiteau

Résumé

Ce colloque international sur les terroirs est itinérant dans les Alpes de Haute-Provence, les Bouches-du-Rhône et le Var. Plus que jamais le mot « terroir » devient magique : après tant d’autres congrès, la tenue de ce colloque à Aix-en-Provence en l’honneur de madame Claudine Durbiano, l’apparition du terme dans le titre même de livres ou d’articles, scientifiques ou non, de plus en plus nombreux, et son inexistence en d’autres langues que le français, et surtout son utilisation commerciale sur-abondante posent évidemment problème, le même à vrai dire que celui d’autres expressions à la mode…

Annonce

 

COLLOQUE INTERNATIONAL AIX-EN-PROVENCE  9-12 Mai 2007

 

Les terroirs : caractérisation, développement territorial et gouvernance


Conférences introductives 9-12 heures

 

 LE TERROIR, MYTHE OU REALITE ?

 

Philippe ROUDIE, Professeur émérite Bordeaux III

 

Plus que jamais le mot « terroir » devient magique : après tant d’autres congrès, la tenue de ce colloque à Aix-en-Provence en l’honneur de madame Claudine Durbiano, l’apparition du terme dans le titre même de livres ou d’articles, scientifiques ou non, de plus en plus nombreux, et son inexistence en d’autres langues que le français, et surtout son utilisation commerciale sur-abondante posent évidemment problème, le même à vrai dire que celui d’autres expressions à la mode… On fera à ce propos quelques remarques, sans doute banales : d’abord sur l’ancienneté péjorative du mot en contradiction totale de son emploi ultra-qualitatif d’aujourd’hui… ensuite sur l’ambiguïté du concept à travers diverses interprétations qui, loin d’être convergentes, sont parfois même contradictoires, opposant les tenants d’un « terroir »-nature, milieu physique au sens étroit, aux défenseurs d’une nature aménagée par l’homme…Ceci permettra de mettre en rapport le concept avec d’autres dénominations, celles de pays, de paysages, d’appellations, de territoire en insistant sur le fait que le mot « terroir » ne s’applique plus seulement au vin, ni même à de simples produits agro-alimentaires et qu’il a dépassé nos frontières ! On évoquera aussi, trop sommairement d’ailleurs, évolutions et transformations à savoir disparition, améliorations, artificialisation en posant aussi la question des terroirs à découvrir encore.

 

 

 

LE TERROIR, UNE CARTE D'AVENIR POUR TIRER PARTI DE LA MONDIALISATION

Jean-Robert PITTE, Université Paris-Sorbonne


La France est sans doute le pays qui, à travers l’histoire a porté à son plus haut niveau d’excellence et de puissance d’évocation le concept de terroir et ce, non seulement dans le domaine agro-alimentaire, mais aussi dans celui d’un certain nombre d’autres productions économiques relevant de l’artisanat, de l’industrie (automobiles, habillement, etc.) et des services (tourisme, par exemple). Elle en a fait un véritable art de vivre, mais celui-ci est fragile ; il n’est en rien un monopole définitif et impossible à détrôner. Beaucoup de pays riches sont en train de découvrir les vertus économiques et culturelles de l’indication géographique de leurs productions. C’est une tendance forte au Québec, par exemple, qui s’est emparé récemment de cette tradition française pour renforcer sa spécificité culturelle au sein d’une Amérique du Nord anglo-saxonne où prévalent les processus d’uniformisation. Les Japonais apprécient depuis longtemps les productions localisées ; ils découvrent aujourd’hui que l’industrie et la recherche des économies d’échelle risquent de tuer les spécificités des productions qu’ils apprécient au plus haut point. Il existe tout un mouvement, en particulier à Hokkaido, visant à introduire le système des appellations d’origine contrôlée provenant de paysages de qualité. Inventées par la France voici un demi-siècle, il est paradoxal que les AOC soient en crise dans leur pays de naissance.


Le terroir est une vieille idée qui mérite d’être revisitée sous toutes les latitudes et de sortir de son acception purement agricole et agro-alimentaire pour gagner toute la vie économique et culturelle. La mondialisation est une chance à saisir car elle facilite les échanges entre les peuples. Or ceux-ci ne peuvent se révéler passionnants et fructueux que si la diversité demeure aussi grande que possible à la surface de la terre. C’est pour cela que, bien loin d’être empreint de la nostalgie du bon vieux temps, le terroir est un concept éminemment moderne, porteur de partage et de joie de vivre, donc de paix.

 

 

 

TERROIR : POUR UNE DEFINITION OPERATIONNELLE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT DURABLE 

 

Claude BERANGER2, François CASABIANCA2, Jean Baptiste COULON2, Gilles FLUTET1, Georges GIRAUD3, Yolande NOEL2, François RONCIN1, Bertil SYLVANDER2, Eric VINCENT1

 

1 : INAO, 51 rue d’Anjou, 57008 Paris, France

2 : INRA, 147 rue de l’Université, 75007 Paris, France

 3: ENITA Clermont-Ferrand, site de Marmilhat, 63 Lempdes, France

 

La définition du terroir présenté dans cette communication est le résultat du travail réalisé sur les notions de terroir et de typicité par un groupe de travail INRA INAO[1]. Ce travail s’est fait dans le cadre de la convention de recherche entre ces 2 organismes.

Ce groupe de travail rassemblait 8 agents de l’INAO ayant des compétences et des responsabilités variées dans le domaine de la reconnaissance et le suivi des SIQO et 9 chercheurs ayant travaillé sur les AOC ou IGP dans les disciplines relevant des sciences humaines et des sciences biotechniques.

L’objectif était d’élaborer des définitions opérationnelles pour l’INAO et recevables au plan scientifique des notions de terroir et typicité.

ð Opérationnelles pour permettre aux praticiens de travailler de manière efficace au service des objectifs propres aux indications géographiques (caractérisation, définition des conditions de production,  délimitation des aires géographiques de production).

ð Recevable au plan scientifique pour permettre aux chercheurs de les replacer dans un contexte général et de contribuer à les revisiter.

 

Au delà des missions de l’INAO, une définition opérationnelle du terroir devient indispensable dans un contexte où les Indications Géographiques (IG) constituent aujourd’hui un enjeu crucial au niveau mondial. Si les accords ADPIC de 1994 les reconnaissent, leur légitimité internationale fait l’objet de vives controverses. Les pays opposants à la protection des IG multiplient les remises en cause devant l’organe de gestion des différents de l’OMC.

Pour argumenter efficacement dans ce contexte, les professionnels des IG, tant en France qu’au plan international, ont besoin de tenir un discours « rationnel » sur le terroir et la typicité, qui puisse être intégré dans les négociations internationales.

En outre, si les IG peuvent légitimement revendiquer un contexte culturel particulier, source de diversité et de biodiversité, elles se doivent de s’inscrire dans un discours pertinent sur leurs caractéristiques essentielles et leurs conditions de production qui leur sont attachées.

 

Mots clés : terroir, typicité, indication géographique, développement durable

 

 

 

Communications du mercredi 9 mai après-midi

MMSH

 

 

 

LE ROLE DES SYNDICATS VITICOLES DANS LA CONSTRUCTION ET LA DEFINITION DES TERROIRS BOURGUIGNONS DURANT L’ENTRE-DEUX-GUERRES

 

Olivier JACQUET, Centre Georges Chevrier, UMR CNRS 5605, Université de Bourgogne

 

A contre-pied d’une perception « naturaliste » refusant l’idée d’une histoire faite de ruptures et de mutations, nous souhaitons montrer l’importance des actions humaines récentes dans l’élaboration de nos perceptions contemporaines de la notion de terroir.

Durant l’entre-deux-guerres, une partie des vignerons, dépendants du négoce et touchés par les crises récurrentes de mévente, cherchent à promouvoir leurs propres normes de production et de commercialisation des vins. En Bourgogne, espace morcelé, ils définissent de nouvelles règles basées sur une mise en avant de la notion d’origine et sur une hiérarchisation juridique des espaces de production.

Les groupements professionnels vont ainsi concomitamment lutter judiciairement contre les fraudes touchant les vins (fausses dénominations essentiellement) et, tenter, en particulier avec la loi du 6/05/1919, de déterminer des espaces géographiques normalisés et  précisément délimitées. Ces processus de définition et de protection du « bon terroir » vont entraîner d’importantes confrontations au sein de la profession, chaque groupe de propriétaires souhaitant imposer sa vision des usages et cherchant à légitimer sa propre définition du terroir bourguignon (définition historique, économique, culturelle ou politique).

Impliquant des phénomènes d’identification et d’appropriation des territoires mettant en scène différents réseaux et jeux d’alliances, ce processus aboutira finalement à la concrétisation, dans le cadre de l’AOC (expression juridique des normes de terroir), de la définition très hiérarchisée et éclatée des terroirs de Bourgogne prônée par les syndicats de propriétaires de cru de Côte-d’Or.

 

 

 

VINS DE MARQUE CONTRE VINS DE TERROIR

Les stratégies d’adaptation et de contournement de l’identification foncière des vins par le négoce de Bourgogne au début du XXe siècle.

 

LUCAND Christophe IHC, Centre Georges Chevrier, UMR-CNRS 5605 Université de Bourgogne

 

L’étude porte sur le passage du modèle triomphant des vins fins de marque en Bourgogne au début du XXe siècle à celui des vins de terroir, dont la valeur et l’identité s’inscrivent dans leur origine foncière, et le rôle ambigu mais prépondérant des négociants locaux.

Si le « terroir » fait aujourd’hui figure de pièce maîtresse de l’édifice complexe qui chapeaute le système des appellations, l’origine de cette identification du vin par le foncier a conduit dans le vignoble de Bourgogne une révolution sans précédent impliquant un renversement des modes de commercialisation et des positions jusqu’alors acquises.

 

Le début du XXe siècle est en effet encore marqué en Bourgogne par la prépondérance incontestable d’un négoce qui contrôle, par ses activités et par le cadre réglementaire qui les conforte, l’ensemble de la filière viti-vinicole. Le monopole à l’achat de la quasi-totalité des productions et la maîtrise des réseaux de distribution alimentant les marchés nationaux et internationaux les plus porteurs, forment alors le socle d’un modèle bourguignon dans lequel l’appellation désigne une marque commerciale collective indépendante de toute détermination naturelle.

Pourtant, le choc phylloxérique et les conséquences d’une fraude endémique conduisent les négociants à adopter des stratégies d’adaptation et de contournement qui témoignent brusquement des nouveaux rapports de force qui s’imposent désormais. L’unité de façade d’un monde du négoce complexe éclate laissant entrevoir deux conceptions antagonistes du vin et de son identification ; l’une s’appuyant sur la conviction idéalisée d’un produit librement régulé par les règles du marché, l’autre, soutenant le modèle malthusien et protecteur de vins possédés par des déterminants compris comme objectifs. L’affrontement donne alors naissance à une nouvelle conception hiérarchique du vignoble dont la notion de terroir souligne aujourd’hui la réussite indiscutable et ses limites.

 

 

 

Les Vins du Douro (1700-1756)

 

António BARROS CARDOSO[2] Professeur de la Faculté de Lettres de l’université de Porto. Coordinateur Scientifique au GEHVID – Groupe d’Etudes de l’Histoire de la Viticulture de la région du Douro et du Vin de Porto

 

Il y a deux cent cinquante ans, le 10 Septembre de 1756 Compagnie Générale de l’Agriculture des Vignes du Haut Douro était créée sous le règne de Joseph Ier et son premier ministre Sebastião José de Carvalho e Melo, marquis de Pombal. Ce n’était pas la première tentative. Quelques années auparavant, le biscayen Bartolomé Pancorbo (1752), avait tenté de créer une Compagnie privée, en association avec Joseph Dumont, un Français qui avait quelques connaissances dans les cours russe et autrichienne L’objectif était de diversifier les exportations vers d’autres destinations que le seul marché britannique qui, à cet époque, dominait le commerce des vins du Douro. En fait, à cette époque, les entreprises anglaises de Porto, monopolisaient le commerce extérieur des vins du Douro et faisaient s’agenouiller les grands producteurs devant la dictature des prix qu’elles leurs imposaient Cependant, dans la production, le monopole appartenaient aux grands propriétaires de la région du Douro, dans leur grande majorité résidant dans la ville de Porto. 1755 - Antagonisme entre les détenteurs des monopoles de la production et ceux du commerce – Pourquoi? À cause d’une croissance forte de la demande. La demande commerciale augmentant plus que l’offre de la production, les prix ont augmenté et commerce et production en sont sortis harmonisées. Mais, aux environs des années 40 du siècle, la croissance du marché a commencé à donner quelques signes de ralentissement. Les raisons ? En premier lieu, il faut souligner que la croissance constante des exportations, à laquelle les productions ne pouvaient correspondre, a directement conduit à une diminution de la qualité. Quatre documents explicite cette crise que j’analyse. Ils sont dans l’origine de la charte du 10 Septembre de 1755, qui a créé la Compagnie Générale de l’Agriculture des Vignes du Haut-Douro en tant qu’organisme régulateur de la production des vins dans la région du Douro – on souligne la délimitation des terrains de production des vins de la factorerie. Au même moment, le commerce dans la ville de Porto et son exportation vers l’Angleterre et les ports du Nord de l’Europe se régularise. On garantit les prix minimum à la production comme moyen de régulariser la qualité des vins de Porto.

On crée l’une des plus anciennes régions délimitées et réglementées du monde – Le Douro – qui, en produisant les vins qui sortaient par l’embouchure du fleure qui baigne la région, se virent associer la marque "Vin de Porto".

 

 

 

DIVERSIFICATION DES MODELES DE QUALITE TERRITORIALISEE DES PRODUITS AGROALIMENTAIRES : risque ou opportunité pour les terroirs ?

 

Dominique COQUART, Martine GUIBERT, Valerie OLIVIER, Jean PILLEBOUE, Michael POUZENC, UMR Dynamiques Rurales (UTM, ENFA, INPT-ENSAT)

 

La qualification territoriale est l’une des voies que les acteurs des filières utilisent pour différencier les produits agroalimentaires. Le modèle A.O.C. ~, est certainement celui dans lequel les liens entre la typicité du produit et les caractéristiques de son terroir d’origine paraissent les mieux établies, avec une validation par un tiers certificateur et un engagement collectif des producteurs à respecter un cahier des charges.

 

A côté des démarches sous signes officiels de qualité, parfois en liaison avec elles, acteurs privés de la production, de la transformation, de la distribution et acteurs publics ou parapublics ont développé des démarches de territorialisation de la qualité qui utilisent des références variées aux éléments constitutifs du terroir. Ainsi, se confrontent sur les marches, produits sous marques de fabricants ou de distributeurs, produits sous ((labels)) régionaux, et produits sous signes officiels de qualité. Par ailleurs, un certain nombre d’initiatives telles que les points de vente collectifs ou les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), témoignent de l’émergence d’un modèle dans lequel les acteurs seraient plus sensibles au contenu éthique et citoyen des produits qu’à leur lien au terroir. Beaucoup de ces initiatives valorisent la proximité (circuits courts) qui permet l’interconnaissance et favorise la confiance entre les acteurs.

 

Dans cette communication nous présentons et caractérisons plusieurs ~ « modèles » de qualité territorialisée et interrogeons le rapport que chacun d’eux entretient avec le terroir. Puis, face a la multiplication des références territoriales qui peut rendre plus floue et moins opérante la notion de terroir, d’une part, et face a la montée de la « valeur proximité », d’autre part, nous analysons les risques encourus par le « modèle A.O.C. ». En contrepoint, nous soulignons les opportunités qui pourraient découler de sa capacité d’adaptation et d’une éventuelle convergence des différents modèles présentés.

 

 

 

DEMARCHES DE VALORISATION PATRIMONIALE DES PRODUITS ALIMENTAIRES TRADITIONNELS LOCALISES ET DIFFERENCIATION SPATIALE. Une construction collective de l’ancrage aux lieux

 

S.SCHEFFER (Université d’Angers, CARTA- UMR ESO), B.Lassaut (INRA-Lereco, centre de recherches de Nantes)

 

L’objet de cette communication porte sur l’étude des rapports entre patrimoine et territorialité et plus particulièrement sur le lien entre les démarches de valorisation patrimoniale des produits alimentaires traditionnels localisés (sous signe officiel d’identification de la qualité et de l’origine ou non) et le développement touristique dans une perspective de recherche de différenciation spatiale et de développement durable des territoires.

Les initiatives pour lutter contre la marginalisation spatiale et économique des espaces ruraux sont souvent fondées sur la valorisation des ressources locales, naturelles et humaines. Ces initiatives reposent en partie sur des représentations de l’identité locale ou régionale ainsi que sur une volonté et des actions endogènes qui mettent en œuvre des projets de développement faisant appel à des synergies locales. C’est en ce sens, que la littérature récente sur le sujet établit un lien entre deux notions complexes mais néanmoins opérantes que sont le patrimoine et la territorialité dans une optique centrée sur la production ou la valorisation de territoires. Dans cette perspective, la question de la composante territoriale de la qualité des produits alimentaires est actuellement un enjeu transversal où se cristallisent de nombreux espoirs. Elle constitue notamment un support possible de revitalisation des agricultures appartenant aux zones rurales « défavorisées »  et un des leviers de l’aménagement du territoire en allant à l’encontre des mouvements de désertification des zones rurales dites profondes ou intermédiaires.

Les produits traditionnels localisés entretiennent en effet avec l’espace des liens particuliers dont ils tirent leur originalité, leur réputation. Leur identité est tributaire de ce lien : d’une part la localisation de ces productions s’impose en tant que ressource entrant dans la définition du produit, d’autre part l’inscription spatiale de ces produits résulte d’une élaboration collective d’ancrage territorial qui est spécifique à un produit et à un espace. Les productions traditionnelles sont donc partie prenante des patrimoines locaux et reflètent la capacité des hommes à construire ensemble, à se projeter collectivement dans l’avenir et à se reconnaître mutuellement par le partage d’une identité. En ce sens, ces productions sont aujourd’hui perçues comme de véritables leviers de développement et sont intégrées par les organismes de développement locaux, régionaux et nationaux au sein de projets plus vastes, associant dans le cadre de démarches collectives, attractivité des lieux et ressources patrimoniales, qualité des produits et qualité/identité des territoires. Il en est ainsi en particulier dans le domaine du tourisme, au sein duquel les acteurs tendent à  intégrer les productions agricoles localisées dans leurs démarches de promotion et de production afin de renforcer la qualité des lieux, d’accroître la fréquentation et donc les retombées économiques.

Cependant, l’efficience de ces projets n’est pas toujours évidente. C’est la raison pour laquelle nous proposons d’aborder dans cette communication, à partir d’exemples concrets, les mécanismes à l’origine du développement de tels projets et leurs facteurs de réussite en traitant notamment la question des ressources territoriales dans la structuration, la valorisation et le développement des territoires. En outre, il s’agira de mettre l’accent sur les relations de synergies existantes et valorisables dans le cadre de projets territoriaux entre le développement touristique et les productions agricoles et alimentaires de qualité spécifique.

 

 

 

Communications du jeudi 10 mai après-midi au lycée agricole d’Hyères (Var)

 

 

VITICULTURE DURABLE ET VALORISATION DU TERRITOIRE AGRICOLE EN ALSACE ET FRANCHE-COMTE

 

Sylvaine BOULANGER

Maître de conférences en géographie, Université d’Orléans

 

Dans quelle mesure une démarche relevant de la viticulture durable valorise-t-elle les terroirs et l’image de ceux-ci en Alsace et en Franche-Comté ? Comment les vignerons parviennent-ils à valoriser concrètement leurs pratiques raisonnées ?

 

Si l’on se tient à la définition proposée par Guy Paillotin auteur d’un rapport sur l’agriculture raisonnée paru en 2000, celle-ci consiste en un ensemble de pratiques qui visent à « maîtriser, de la meilleure façon possible, au niveau de l’exploitation prise dans son ensemble, les effets, positifs et négatifs de l’activité agricole sur l’environnement, tout en assurant la qualité des produits alimentaires et le maintien, voire même l’amélioration, de la rentabilité économique des exploitations ». Il s’agit donc d’une agriculture prenant en compte de manière équilibrée les objectifs économiques des producteurs, les attentes des consommateurs pour des produits de qualité et le respect de l’environnement. De façon plus concrète, la viticulture raisonnée consiste en un ensemble de pratiques culturales (telles la limitation de l’utilisation des produits de traitement phytosanitaire, la lutte contre l’érosion des sols et la limitation de la pollution des sols et des eaux) et de règles de traçabilité (tels le suivi et l’identification des processus d’élaboration du produit, de la vigne à la mise en bouteille).

 

La communication, menée en trois temps s’attache :

 

1 - à souligner, à partir d’exemples concrets, qu’a priori, une démarche liée à la viticulture durable est valorisante pour le vigneron et indéniablement nécessaire pour limiter les impacts négatifs sur l’environnement des pratique viticoles.

2 – à montrer comment, de façon concrète, les pratiques raisonnées sont soutenues et fortement encouragées par de nombreux organismes (ITV notamment) et associations à l’échelle locale, et par l’Europe et le gouvernement à l’échelle nationale (loi d’orientation agricole de janvier 2006 par exemple).

3 – à analyser les limites de la valorisation liée à la viticulture durable. La viticulture durable rend-elle la viticulture plus compétitive ? Ou comment les vignerons parviennent-ils à valoriser leurs nouvelles pratiques vis-à-vis du négoce ou de leurs clients en général ? Par le biais de quelques analyses d’exploitations (étude inévitablement partielle), nous essaierons de montrer les inégalités de situations, du vigneron qui parvient à pleinement tirer parti de ses pratiques sur ses ventes à celui qui, sur un plan économique, peine à les valoriser. Nous soulignerons par ailleurs les obstacles économiques et souvent psychologiques (rarement techniques) à la mise en place des pratiques durables chez les vignerons.

 

 

DES TERROIRS A VOIR ET A BOIRE : les routes du vin méditerranéennes

 

Sophie LIGNON-DARMAILLAC, Paris IV – Sorbonne

 

Alors que l’oenotourisme est fortement développé dans les vignobles américain, sud-africain, australien ou nouveau-zélandais, il ne l’est guère dans les vignobles plus anciens du pourtour méditerranéen. Pourtant, pour faire face à la concurrence accrue sur les marchés viticoles internationaux, nombre de vignobles de l’Europe méridionale, des plus prestigieux aux plus modestes, développent cette nouvelle activité touristique. En Italie d’abord, en France et en Espagne plus récemment, les terroirs viticoles sont devenus des territoires touristiques de plus en plus valorisés. Ainsi des régions pauvres, isolées, des arrières-pays marginalisés face à l’essor de littoraux très prisés par le tourisme balnéaire de masse, des vignobles méditerranéens connaissent à leur tour aujourd’hui une légitimité touristique de premier ordre.

La revalorisation de leur patrimoine paysager et viticole permet de les intégrer à des circuits touristiques culturels et gastronomiques qui répondent aux attentes d’une nouvelle clientèle curieuse de découvrir l’atmosphère, les couleurs et les saveurs de la culture du vin. Dans le cadre de politiques différemment encouragées par les Ministères nationaux ou les offices régionaux du tourisme, à l’initiative ou non des interprofessions du monde du vin, nous nous proposons d’étudier différents terroirs traversés par des « routes du vin » dans le Piémont italien, en Languedoc-Roussillon ou en Catalogne.

 

 

 

LES POLITIQUES DE PROTECTION DES TERROIRS AGRICOLES ASSOCIES A DES PRODUCTION LABELLISEES DANS LE NORD DEL’ESPAGNE: une analyse de cas en Galice et en Castille et León

 

Rubén C. LOIS-GONZÁLEZ, José SOMOZA MEDIDA, Universités de Saint-Jacques-de-Compostelle et de León

 

Comme dans la plupart des pays d’Europe, de nombreux produits issus de la viticulture et de la culture maraîchère espagnoles et généralement rattachés à une appellation d’origine se sont consolidés sur un marché de plus en plus sensible aux labels d’authenticité et de qualité. Dans le secteur du vin, on peut aujourd’hui identifier très précisément un grand nombre de zones d’élaboration tandis que dans le secteur des légumes et des produits maraîchers, même si la réglementation des parcelles et des zones de culture n’est pas aussi stricte, on apprécie particulièrement l’association d’un produit à un lieu ou à une région ou encore l’aspect exclusif d’un certain produit-type. Au cours des dernières années, les appellations d’origine de vin n’ont cessé d’augmenter. Il en va de même pour les légumes et les produits maraîchers de toute nature dont le nombre de produits rattachés à un terroir et à une saison déterminée augmente également en permanence.

En Espagne, ce processus a commencé dans les années 1980 et plus exactement à l’époque où l’urbanisation non contrôlée du territoire a contribué à délaisser une grande quantité de terrains agricoles présentant un grand intérêt. Dans tout le pays, la logique et les plus-values immobilières se sont imposées systématiquement face aux tentatives de préserver sans le modifier de façon exagérée le terroir agricole, le tout dans une dynamique qui favorise toujours la croissance urbaine et la spéculation. Face à cette situation, la législation sur le sol et celle relative à l’aménagement du territoire ainsi que la réglementation issue de plusieurs départements de l’agriculture des régions autonomes, ont essayé de protéger les sols les plus fertiles ainsi que ceux associés à une production spécifique. Les conflits d’intérêts entre les partisans de l’urbanisation et ceux désireux de protéger le terroir ont abouti à des résultats inégaux que nous allons tenter d’analyser. Notre analyse portera essentiellement sur deux régions situées dans la moitié nord de l’Espagne, la Castille et Léon d’une part et la Galice d’autre part. Nous nous appuierons pour cela sur quatre exemples qui nous semblent le mieux illustrer cette problématique : les zones viticoles de la Ribera del Duero et la région du Ribeiro, zone maraîchère et viticole du Bierzo, ainsi que la région de récolte des pimientos de Padrón (petits poivrons verts).

 

 

LE RENOUVEAU DES PRODUCTIONS AGRO ALIMENTAIRES DE QUALITE

Le cas des lentilles blondes en Italie et en France

 

Daniel RICARD, Professeur, Université de Clermont-Ferrand, CERAMAC

 

Les lentilles appartiennent à l’univers des légumes secs et sont universellement cuisinées. En France, la consommation porte sur quelques 25 à 30 000 tonnes /an et en Italie, les volumes concernés sont sensiblement plus importants. Ce marché est largement occupé par des produits d’importation, notamment des lentilles blondes canadiennes, turques ou chinoises, de gros calibre et sans grand intérêt gustatif. Elles sont d’ailleurs achetées essentiellement par les spécialistes des plats cuisinés et de la cuisine industrielle et collective.

Le marché de la qualité est, lui, bien différencié. Il est très fortement dominé, en France,  par la lentille verte du Puy « Anicia » (AOC, environ 4 à 5 000t /an). Les lentilles blondes sont moins connues, mais elles offrent une plus grande diversité de produits. Elles sont confidentielles en France (région de Saint-Flour, Champagne…), plus nombreuses en Italie, dans les Apennins, en Sicile, ou dans les îles (Pantelleria…), mais bénéficient dans les deux pays d’une dynamique incontestablement positive.

L’article se propose d’analyser les démarches de valorisation engagées autour de ces lentilles blondes, à travers, notamment, l’exemple de celles de Saint-Flour (Cantal) et de l’île de Ustica, 60 km au nord de Palerme. Ces lentilles, de qualité, ne concernent que de petits volumes (quelques dizaines de tonnes par an), mais connaissent une phase de renouveau bien marquée, et sont d’ailleurs soutenues par l’association italienne et internationale Slow Food qui s’efforce de promouvoir de telles productions  spécifiques. L’analyse privilégiera la dimension économique des filières, les aspects liés à la protection de ces produits de terroir, et les aspects identitaires qui ont ici une réelle importance. Elle s’efforcera de replacer ces dynamiques dans leur environnement régional. D’une part celui d’une montagne auvergnate qui a largement échoué dans la gestion de ses productions de qualité (fromages notamment) et peine à trouver sa place dans la compétition inter régionale et européenne. D’autre part celui du « Midi » italien, moins concerné par la « révolution productiviste » de l’après guerre, et qui  a mieux conservé certaines spécialités traditionnelles qui représentent  autant d’atouts aujourd’hui.

 

 

 

Valorizzazione ambientale e sviluppo locale. Creare legami con il territorio

 

Margherita AZZARI, Monica MEINI, Laura CASSI, Universités de Florence et de Molise

 

Dalla collaborazione con ARSIA (Agenzia Regionale toscana per lo Sviluppo e l’Innovazione nel settore Agricolo-forestale) è nato alcuni anni fa il gruppo di ricerca “La memoria storica del territorio rurale” a seguito di una serie di indagini che avevano come filo conduttore quello dei legami fra economia e cultura e in particolare il ruolo delle componenti culturali nei processi di sviluppo locale.

L’obiettivo generale del percorso di ricerca è lo sviluppo locale in ambiente rurale; l’obiettivo specifico riguarda l’individuazione di metodologie per la valorizzazione dei territori rurali attraverso i prodotti tradizionali di qualità. Saranno  presentati due casi di studio relativi a due aree della Toscana:  un’area già valorizzata, inserita in circuiti turistici consolidati, in cui alcuni prodotti leader, fortemente legati all’immagine del territorio, riescono a promuovere un ampio paniere di prodotti/servizi (Valdorcia) ed ad un’area da valorizzare, dotata di risorse naturalistiche, storico culturali e di prodotti tradizionali di qualità su cui far leva per attivare opportuni processi di sviluppo sostenibile e durevole in grado di coinvolgere attivamente gli attori locali (Valdera).

 

 

 

TERROIRS PATRIMONIAUX ANDALOUS ET AGRICULTURE FORCEE DE CONTRE SAISON : une cohabitation impossible ?

 

André Humbert, Université Nancy2

 

Depuis plusieurs décennies, les plaines de la Costa del sol et les versants qui les dominent sont occupés par une agriculture de contre-saison, une des plus intensives et des plus commerciales qui soit. Cette agriculture maraîchère et fruitière a attiré les hommes et les investissements, provoquant souvent le vide dans l'arrière pays, à quelques kilomètres seulement du littoral. On peut cependant observer, dans ces terres de l'intérieur, dans des secteurs certes localisés, les manifestations d'une activité agricole bien plus proche des "terroirs". Il est donc légitime de se demander si, face à l'écrasante domination de l'agriculture forcée du littoral, il y a de la place, dans cette "Andalousie de la Méditerranée" pour des productions qui exprimeraient des comportements économiques diamétralement opposés à l'attitude productiviste dominante.

 

 

 

LA MACHE, NOUVEAU VECTEUR IDENTITAIRE DU BASSIN MARAICHER NANTAIS

 

Valérie JOUSSEAUME, Christine MARGETIC, UMR 6590 ESO – CESTAN, Nantes

 

Quels sont les fondements qui régissent l’« effet terroir » du bassin maraîcher nantais ? De prime abord, cette interrogation peut paraître simpliste puisque les déterminants de la spécificité du terroir nantais ont déjà donné lieu à un certain nombre de travaux. Pour autant, l’affirmation d’un nouveau légume depuis le milieu des années 1990, la mâche, réinterroge le lien produit/terroir.

Salade d’hiver produite tout le long de l’année, parfaitement adaptée au contexte climatique océanique local, la mâche est nettement moins exigeante au niveau pédologique que la carotte qu’elle a sur planté. Plus « mouvante » dans l’espace, elle s’affranchit partiellement des données naturelles du milieu dans le même temps où l’innovation touche les pratiques productives et commerciales.

Notre postulat de base – qu’il s’agira de démontrer – est que cette spécialisation productive accélère le glissement spatial du bassin maraîcher nantais vers sa périphérie sud. Phénomène tendanciel qui remonte aux années 1970, il exprime des stratégies de délocalisation de sièges d’exploitation, de multi sites de production, voire de reconversion d’exploitations par mimétisme dans les zones les plus récentes.

Fleuron de la production maraîchère du Val de Loire, les acteurs de la filière ont souhaité s’affranchir des contraintes d’une concurrence éventuelle de la part d’autres bassins maraîchers. Outre une certification conformité produit (CCP) et une indication géographique protégée (IGP), ce légume est commercialisé sous marque collective, Mâche nantaise, dont le logo est systématiquement apposé sur les emballages. Ainsi, sa valorisation fait explicitement référence à une notion d’origine suffisamment « floue » pour ne pas entraver le développement territorial à venir, attendu même par les acteurs.

 

 

 

LES TERROIRS D’ILE-DE-France : LIEUX DE PRODUCTION OU LIEUX DE MEMOIRE

 

Monique POULOT, Thérèse ROUYRES : Université de Paris X-Nanterre- Laboratoire Gecko

 

En Ile-de-France, la notion de terroir a toujours été prégnante tant les contrastes naturels entre les versants de vallées aux orientations multiples et les plateaux ont marqué l’orientation agricole (Brunet, 1960). L’affirmation de ces terroirs a trouvé sa force dans la rencontre entre des lieux possibles de production, des paysanneries entreprenantes, des moyens de communication par routes ou voies d’eau, un marché de consommation représenté par la cour et la grande ville. L’urbanisation, la révolution productiviste et celle des transports ont abouti, plus précocement qu’ailleurs, à la « fin des terroirs  », notamment dans les domaines légumier et fruitier.

Mais depuis les années 90, la Région Ile-de-France a choisi d’afficher ses terroirs dans ses grandes orientations d’aménagement (Atlas rural et agricole de l’Ile-de-France, 2004) ou du moins « ce qui a le goût et la saveur des terroirs ». Loin de reprendre l’acception scientifique du terme, ces terroirs revendiqués renvoient à des lieux de production facilement localisables par le consommateur et souvent chargés d’histoire, bref à des productions territorialisées. Ce retour au terroir répond à la quête d’identité des citadins dans la première région urbaine de France ; il réinvente une agriculture de proximité plus facilement traçable et fait rentrer la campagne dans la ville ; il participe des nouvelles relations entre ville et campagne et de la fabrique de nouveaux territoires, notamment en périurbain, dans le cadre de programmes agri-urbains.

Cette communication se propose d’analyser les différents types de terroirs en Ile-de-France, des derniers terroirs en production aux « terroirs sans produit ». Si les premiers se sont réduits comme peau de chagrin, les volontés de reconstructions, voire de reconstitutions, de terroirs sont multiples aujourd’hui.  Il peut s’agir de démarches de qualité (Bries de Meaux et de Coulommiers autour d’une AOC, poulet de Houdan autour d’une IGP), de traçabilité (pain d’Yveline, bière du Vexin), de rareté (plantes médicinales à Milly)… : le terroir identitaire devient ici un argument de valorisation agricole. Parallèlement, les initiatives patrimoniales se multiplient autour par exemple des murs à pêches de Montreuil ou du chasselas de Thomery près de Fontainebleau : le terroir devient alors un élément de la mémoire des lieux et participe à sa mise en scène (classement au titre des sites, musées, parcours de découverte…).

 

 

 

UN BASSIN DE PRODUCTION SANS TERROIR SPECIFIQUE ? Le cas des productions maraîchères de la Moyenne Garonne

 

Michel LOMPECH, Université Blaise Pascal, CERAMAC

 

La Moyenne Garonne (on traitera essentiellement du Lot-et-Garonne) constitue un bassin de production dense pour de nombreuses productions maraîchères et fruitières (pois, haricots. ail, oignons. fraises raisin de table...) qui a globalement réussi a s’insérer dans les filières de commercialisation de fruits et de légumes grâce à des organismes puissants (MIN, diverses SICA et plusieurs marches an CADRAM). Certains fruits et légumes out une implantation relativement ancienne et bénéficient d’une vraie notoriété comme la tomate de Marmande. Les haricots verts de Villeneuve-sur-Lot on les melons de l’Albret. L’évolution des savoir-faire culturaux a permis leur adaptation aux sauts quantitatifs imposés par les évolutions du marché. On citera parmi les plus importantes l’adaptation aux normes du Marché commun, le contrecoup absorbé par la concurrence exacerbée lors de l’adhésion des Pays ibériques à la Communauté Economique Européenne, la transformation du secteur de la distribution avec la mise en place des centrales d’achat. Pourtant cette dynamique d’adaptation soutenue par les différents acteurs de la filière parait actuellement buter sur la démarche de labellisation des différentes productions et cet obstacle se traduit par la disparition de quelques-unes d’entres elles. Actuellement. En dehors du cas des vignobles (Buzet, Duras, Bruihois). Seule la prune d’ente bénéficie d’une appellation d’origine (IGP des Pruneaux d’Agen) et les autres signes de qualité sont exceptionnels (dossier en cours de label rouge pour la fraise). II semble en fait que les cultures maraîchères aient souffert de leur manque de pérennité due à l’indécision des acteurs sur la stratégie à mener. De plus cette instabilité est aggravée par la profonde mutation des exploitations agricoles de polyculture qui se traduit par leur diminution numérique, leur spécialisation et leur concentration sur les plaines de la Garonne et du Lot aux dépens des terroirs de coteaux. Ces adaptations out conduit a une forte technicisation des pratiques culturales (en particulier pour le cas de la tomate), voire à l’abandon des cultures traditionnelles (petits pois, haricots verts). La production de tomate autour de Marmande est caractéristique de cette évolution. Les producteurs de fruits et de légumes ne parviennent pas a choisir entre la livraison d’une production standardisée pour l’expédition ou l’agro-industrie et une démarche de caractérisation de terroirs spécifiques. La communication portera sur les raisons qui expliquent l’apparente impossibilité de cet espace agricole à faire émerger des terroirs spécifiques et sur les réponses qui lui sont données.

 

 

 


Communications du vendredi 11 mai matin, lycée agricole de Carmejane (Alpes-de-Haute-Pce)

 

 

LES TERROIRS DE L’AOC « HUILE ESSENTIELLE DE LAVANDE DE HAUTE-PROVENCE »

 

René LHENAFF, Professeur honoraire, Université de Savoie, Laboratoire EDYTEM

 

Présente à l’état naturel dans les landes montagnardes du bassin méditerranéen occidental, la lavande (Lavandula angustifolia  Miller) cultivée doit aujourd’hui répondre aux normes de l’AOC « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence » qui en limite l’aire de production de façon stricte. Peu exigeante en matière écologique, la lavande, qui présente des caractères xéromorphiques accusés, peut être cultivée aussi bien en adret qu’en ubac (à condition de disposer d’un ensoleillement suffisant) sur des terrains caillouteux à sols carbonatés (rendzines, sols bruns calciques), peu pentus (plateaux, glacis, épandages détritiques, replats de glissement…). Les plantations s’échelonnent entre 800 et 1400 m d’altitude, à l’écart des fonds de vallées où de fréquentes inversions de température accroissent le risque de gel tardif, tandis qu’à plus forte altitude la qualité de l’essence est de moins bonne qualité. Plusieurs exemples illustrent les différents types de terroirs ainsi caractérisés.

 

 

 

LES APPELLATIONS D’ORIGINE PROTEGEE D’HUILE D’OLIVE DE L’UNION EUROPEENNE : une analyse comparative (Espagne, France, Grèce, Italie et Portugal)

 

Stéphane ANGLES, Maître de Conférences en Géographie, Université Paris Diderot

 

L’huile d’olive est une denrée dont les qualités gustatives ont toujours été appréciées par les populations méditerranéennes et la renommée de certaines régions pour l’excellence de leurs huiles est très ancienne. Depuis bien longtemps, certains secteurs oléicoles se sont orientés vers une approche qualitative mais leur reconnaissance n’avait guère de fondement hormis une haute réputation et des prix plus élevés.

La mise en place des appellations d’origine pour l’huile d’olive constitue un véritable tournant dans l’orientation qualitative du secteur oléicole en offrant une base formelle et un cadre juridique reconnu. L’Espagne joua un rôle pionnier dans la création des appellations d’origine oléicoles dès 1974 mais il faut attendre la décennie 1990 pour voir éclore une multitude d’appellations au sein de l’Union européenne dans le cadre du règlement 2081/92 instituant les AOP. Aujourd’hui, l’Union européenne compte plus de 80 AOP d’huile d’olive et ce produit dispose ainsi d’une reconnaissance qualitative effective.

Désormais, la mise en place d’une appellation constitue le modèle de développement privilégié pour le secteur oléicole. Toutefois, des contrastes apparaissent entre pays oléicoles en ce qui concerne le nombre d’appellations et la localisation de ces AOP offre également des différences régionales notables. Malgré la multiplication des AOP, la production d’huile sous ce label demeure réduite au regard de la production totale ce qui montre le faible impact des appellations dans le marché huilier, en particulier en Espagne, principal pays producteur d’huile d’olive.

Une analyse comparative des AOP d’huile d’olive permet de mettre en évidence les différences entre les appellations oléicoles de 5 pays de l’Union européenne (Espagne, France, Grèce, Italie et Portugal) en se fondant sur 3 grands groupes de critères (critères géographiques, oléicoles et huiliers). L’analyse comparative s’appuie sur un tableau précis énumérant les règles requises pour l’appellation dans le cas de 5 appellations européennes (Sierra Magina pour l’Espagne, Nyons pour la France, Finiki Lakonias pour la Grèce, Valdemone pour l’Italie et  Norte Alentejano pour le Portugal).

De cette comparaison,  deux conceptions de l’AOP d’huile d’olive semblent émerger : une approche s’attache plus à l’olivier (modèle français) et une approche s’intéresse plus à l’huile d’olive (modèle espagnol). Cette nuance reflète bien la différence de la place et du rôle occupés par l’oléiculture dans les pays méditerranéens de l’Union européenne.

 

 

 

LE PROCESSUS DE RETERRITORIALISATION EN QUESTIONS : l’exemple de l’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône

 

Cécile PRALY, ISARA-Lyon, doctorante au LER-SEREC de l’Université Lyon 2

 

Sur le thème des formes de gouvernance des terroirs, ou plus largement des systèmes de production ayant mis en place des formes de valorisation liées à leurs spécificités territoriales, la manière dont se construit, se reconstruit et évolue le rapport au territoire n’a pas souvent été décrite pour des bassins de production habitués à fonctionner selon une logique sectorielle.

C’est cette question que nous proposons de traiter à travers l’exemple de l’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône. Cette production, centenaire dans les départements de la Drôme et de l’Ardèche, a suivi le modèle de développement productiviste des années 70, et se trouve aujourd’hui confrontée à ses limites, avec un prix des fruits trop bas pour être viable. Elle n’en a pas moins conservé différents liens à son milieu : historiques, physiques, socio-économiques, culturels et symboliques (Praly et al., 2006). Au vu de la crise, ces liens sont redécouverts, revalorisés, porteurs d’espoirs et de perspectives pour les acteurs de ce bassin de production qui cherchent de nouvelles formes de valorisation de leurs productions à travers les circuits courts, la qualité territorialisée, la mise en avant du patrimoine local, l’organisation locale d’une offre adaptée aux consommateurs régionaux, etc. Dans le même temps, l’accroissement des compétences et des moyens des collectivités territoriales constitue des opportunités pour l’arboriculture…à condition que les acteurs agricoles et territoriaux parviennent à établir les termes d’un partenariat nouveau. Ce processus de reterritorialisation, loin d’être monolithique et reproducteur des stratégies connues, se construit par une multitude d’initiatives, réflexions et tâtonnements divers, complémentaires ou concurrents, modifiant à la fois les réseaux locaux, les échelles d’action et le rapport des arboriculteurs à leurs territoires (espaces vécus, territoires administratifs).

 

Comment se construit, se reconstruit et évolue le rapport au territoire pour des bassins de production habitués à fonctionner selon une logique sectorielle ? Après avoir dressé un rapide état de la littérature sur cette question, nous présenterons les résultats, issus de la recherche en cours, montrant que le processus de reterritorialisation suppose de nombreuses remises en questions pour les acteurs du bassin. Tout d’abord, la conception même du métier d’arboriculteur évolue : il ne s’agit plus de seulement produire, mais de produire de la « qualité », de produire en réponse à des demandes, de ne pas produire que des fruits (du paysage, du service, du patrimoine). Ensuite, l’échelle et les représentations de l’espace vécu dans le cadre de l’activité professionnelle sont remodelées, le regard porté sur l’espace environnant change, y recherche des attributs valorisants pour la production et l’activité arboricole. Les collectivités territoriales apparaissent comme de nouveaux acteurs, incontournables, avec lesquels il faut apprendre à travailler malgré des échelles d’action et des conceptions de l’agriculture différentes. Enfin, ces évolutions ne se produisent pas isolément, mais se construisent, se transmettent et s’apprennent généralement à travers les réseaux sociaux des acteurs, soit dans les réseaux préexistants, obligés de s’adapter ; soit dans de nouveaux réseaux, issus de la recherche de nouvelles formes de valorisations pour l’arboriculture locale.

 

Mots clefs : arboriculture fruitière, rapport aux territoires, réseaux sociaux, collectivité territoriale, valorisation territoriale

 

 

 

PRODUITS D’APPELLATION ET TERROIRS EN NORMANDIE

 

Pierre BRUNET,  Université de Caen

                     

Le terroir est fréquemment invoqué à l’appui de la qualité des produits agricoles. Mais le terme est d’un emploi ambigu. Pour les géographes ruralistes européens il se définit comme un espace caractérisé par son relief, ses sols et son micro-climat, éventuellement modifié par l’action humaine et doté d’aptitudes agricoles variables selon les techniques utilisées. L’usage actuel le rapproche d’une référence géographique qui évoque pour les consommateurs des souvenirs d’histoire et de paysages. Enfin le terroir n’entraîne pas la qualité. Dans la définition des AOC il est seulement le support, qui permet une délimitation géographique, d’une typicité des produits.

Cette relation complexe entre produits d’appellation et terroirs est analysée entre quatre productions de Normandie. L’agneau de pré salé semble étroitement dépendant des « herbus » et de leur végétation halophile sur tout le pourtour de la baie du Mont-Saint-Michel. Cependant les disparités sociales des exploitations d’élevage freinent sa reconnaissance. La carotte cultivée sur les plates-formes littorales sableuses ou les dunes épargnées par le gel hivernal, est éloignée de cette référence au terroir par une marque de produit transformé  pour la grande distribution. Les producteurs de poiré de Domfront ont compris que le paysage original de leur poiraie était plus facile à faire identifier que des caractères gustatifs. Pour le camembert de Normandie un essai difficile est en cours pour le rattacher, via l’alimentation à l’herbe des bovins de race normande, à des terroirs de sols et de climat favorables à la croissance estivale de l’herbe.

 

 

 

LES PROCESSUS D’IDENTIFICATION DES TERROIRS SAVOYARDS PAR LE BIAIS DES FROMAGES AOC

 

LASLAZ Lionel, EDYTEM (Environnements, DYnamiques et TErritoires de la Montagne), CNRS UMR 5204, Université de Savoie, Chambéry

 

Cette communication s’intéresse aux effets de la labellisation des produits laitiers dans les deux départements savoyards, principalement les fromages, dont l’identification au territoire montagnard est très forte. « Beaufort, le fromage qui n’a pas eu à s’inventer une légende. Son histoire est authenticité, valeur et convivialité, indissociable de la Savoie éternelle » annonce le slogan du Syndicat des Producteurs de Beaufort. L’élevage bovin s’est ainsi vu attribuer, outre son rôle d’entretien des alpages attribué dès la deuxième moitié du XXe siècle, un rôle d’icône de la société montagnarde « traditionnelle » et de parangon de « l’authenticité » et du terroir. La forte fréquentation touristique hivernale, et dans une moindre mesure estivale, n’a fait que renforcer l’attachement consubstantiel entre ces denrées alimentaires et une forme de mythification du territoire nord-alpin. C’est ce qui explique la localisation stratégique des coopératives laitières et fromagères sur le passage des grands flux récréatifs, les primes accordées aux troupeaux dont les cornes ne sont pas coupées (lutte contre l’écornage des vaches jugé inesthétique), qui participent de cette logique. Mais la labellisation répond aussi à des impératifs économiques visant à payer au producteur plus cher le lait que s’il était produit en plaine. C’est une reconnaissance, comme diverses primes, outre les qualités gustatives des produits, de l’inégalité des conditions de production entre montagne et le reste du territoire national, voire européen. Cette présentation s’appuiera sur les cas du Reblochon (A.O.C. 1958), du Beaufort (A.O.C. 1968), de l’Abondance (A.O.C. 1990), du Chrevotin des Aravis (A.O.C.), de l’Emmental de Savoie (I.G.P.), de la Tome de Savoie (I.G.P.) et de la Tomme des Bauges (A.O.C. 25/10/2001).

 

Mots clés : Alpes du Nord, Savoie, fromages, terroirs, Appellation d’Origine Contrôlée, identification territoriale, développement territorial, valorisation touristique, plus-value économique.

 

 

 

LES TRIBULATIONS D’UN BIEN COMMUN : L’AOC OSSAU IRATY

 

Pascale Maizi, CNEARC, Montpellier, France, Virginie Amilien, SIFO, Oslo, Norvège

 

Cet article repose sur l’appréhension d’une AOC -Appellation d’origine contrôlée- comme un bien collectif, né d’un processus dynamique, il y a une vingtaine d’années, et produit d’une action collective d’envergure régionale pour le maintien d’une agriculture de petite montagne. L’AOC Ossau Iraty évolue actuellement vers un système de renforcement des règles et des liens à l’origine. L’objectif de ce changement est de mieux certifier la qualité et d’améliorer les interactions locales entre acteurs de la filière "lait" de brebis ; mais cette nouvelle étape de son histoire semble remettre en cause l’essence même de la dynamique associative. Dès lors que la défense ou le renforcement de l’origine sont mises en avant comme de nouveaux impératifs, la diversité des paysages, des systèmes de production, des savoir-faire et des acteurs, fondatrice au départ d’un accord et d’un bien commun, devient problématique et conflictuelle: le contrôle de l’appellation d’origine représente un enjeu, autour duquel se cristallisent différents intérêts et modèles de production rurale.

          Fondé sur une approche mélangeant les méthodes ANT —Action Network Theory- et les théories des conventions, cet article interroge tous les actants du réseau de façon à mieux comprendre quand et comment se forment les propositions, les accords, les conflits et les consensus. Il souhaite mettre en valeur les conventions selon lesquelles un capital social et culturel collectif se crée, s’établit et évolue.On se demandera alors si l’habitude et le temps long, si l’intériorisation d’un signe de qualité, de ses territoires et de son terroir de référence, ou des règles qui fondent la construction collective d’une AOC, facilitent ou freinent, l’évolution d’un Cahier des Charges.

L’appellation d’origine comme bien commun apparaît finalement comme support de nouvelles idéologies et positions dans le champ politique et professionnel de la production agricole. Les évolutions des contenus réglementaires mettent en valeur des oppositions fortes entre acteurs, sur des modèles d’action et d’évolutions des pratiques qui définissent finalement de nouvelles dynamiques territoriales. Ce n’est pas tant le terroir qui fonde sans doute au départ la naissance d’un produit spécifique comme l’Ossau Iraty que le territoire comme espace politique, qui est aujourd’hui au coeur des interactions qui se construisent autour de l’AOC et de son Cahier des Charges...

Ce papier s’intéressera particulièrement au rôle du syndicat de l’AOC et de l’lNAO, et aux pouvoirs en jeu dans le réseau local. De manière genérale l’INAO rappelle la situation de la politique agricole vis-à-vis de l’OMC, ainsi que la suspicion des USA sur les AOC françaises et demande la révision des cahiers des charges pour être plus précis et crédibles aux yeux des consommateurs et des importateurs. Dans quelles mesures cela influence-t-il les négociations au sein du syndicat ? Comment ces informations sont-elles perçues, traduites et retransmises au chercheur-enquêteur par le discours des différents acteurs ?

A partir d’un tel cadre, on montrera comment dans son histoire, l’AOC Ossau Iraty constitue un nouvel enjeu politique local qui oblige à repenser les limites et le sens d’un territoire de référence, à reconsidérer la valeur d’une appellation d’origine contrôlée, à re-prendre en compte les métiers et les rapports de force ainsi que les interactions économiques entre différentes catégories d’acteurs.

 

Mots clé : AOC ; Ossau Iraty; Territoire; réseau; développement.

 

 

 

LA VALORISATION DES PRODUITS DU TERROIR DANS LES ALPES DE HAUTE-PROVENCE COMME OUTIL DE DIVERSIFICATION DE L’OFFRE TOURISTIQUE

 

Christel BARDE, docteur en Géographie, UMR PACTE, laboratoire Territoires, Université de Grenoble I

 

Le tourisme rural, qui fait référence à la campagne, regroupe toutes les activités de récréation et de séjour hors des villes. Cependant, le tourisme rural ne totalise que 20% des dépenses touristiques alors que par sa surface, 85% du territoire national, la campagne représente le 1e espace touristique en terme de séjours. Comme dans les autres secteurs touristiques, on constate par ailleurs que la clientèle de tourisme rural est de plus en plus diversifiée et s’oriente vers des séjours de plus en plus courts. Les personnes recherchent, dans l’offre touristique de la campagne, une rupture avec leur vie quotidienne, un lien social, une authenticité et un art de vivre. Cette offre doit donc s’adapter et évoluer en tenant compte de ces nouveaux comportements tout en conservant ses spécificités et son identité. C’est dans cette logique, que le département des Alpes de Haute-Provence, département à la fois touristique et rural, et plus particulièrement les services de la Chambre d’Agriculture ont mis en place plusieurs programmes de valorisation des productions agricoles locales. Le programme des « campanades » propose ainsi, dans les exploitations agricoles, lieux de vie et de travail, le temps d'une soirée des repas festifs. Le public (locaux et touristes) tout en dégustant un repas composé de produits de qualité, profite d'un spectacle digne des programmations urbaines. Le succès rencontré par ces repas, instants de partage et de communication entre les « gens du pays » et les touristes, nous a incité à nous interroger sur les modes et outils de valorisation des produits du terroir comme complément de l’offre touristique locale marquée par une forte pression saisonnière mais également géographique. Nous avons ainsi analysé cette offre innovante des « campanades », inspirée par l’expérience des « fermades » organisées depuis 2003 par le Parc Naturel Régional du Vercors, et la conception et la répartition des Maisons de Pays des Alpes de Haute-Provence. Enfin nous avons étudié le concept de vente directe des produits du terroir, complétée par l’organisation de journées des saveurs ou des alpages permettant de découvrir et d’apprécier les produits locaux et les paysages de Haute-Provence.

 

Mots clés : valorisation, produits du terroir, tourisme rural, campagne, maison de pays.

 

 

 

SAVOIR-FAIRE ALIMENTAIRES ET DEVELOPPEMENT TERRITORIAL. Le difficile passage de la tradition aux démarches collectives innovatrices. Etudes de cas en Grèce rurale

 

ANTHOPOULOU Théodosia, Koutsou STAVRIANI, Universités de Pantéion (Athènes) et ISET Thessalonique*

 

En Europe, la fin du modèle productiviste, les problèmes agri-environnementaux et la crise des marchés agricoles au sein de la « globalisation », placent les ruraux face à de nouvelles contraintes et enjeux d’ordre socio-économique; produire de manière compétitive sur des bases diversifiées afin d’assurer la reproduction de l’exploitation-ménage rural. D’autre part, la « tertiarisation » des espaces ruraux et le « quality turn » de la consommation des produits et services de l’espace rural placent les territoires dans un nouveau contexte de compétitivité en fonction des « économies de qualité ». Dans ce cadre, de plus en plus complexe et instable, les politiques publiques pour le développement local visent –justement- à la revitalisation des zones rurales à travers les stratégies de la diversification des structures productives et de la qualité. Dans ce sens, les produits de terroir sont considérés comme un des leviers importants pour le développement des zones rurales.

En Méditerranée, plus spécialement, l’existence d’un riche patrimoine agroalimentaire et des savoir-faire traditionnels constituent une composante fondamentale des identités culturelles, susceptibles à être valoriser économiquement grâce à la création de synergies locales et d’importantes valeurs ajoutées: produits de terroir, gastronomie, agritourisme et.c. Or, dans les zones rurales méditerranéennes, les faiblesses structurelles (manque d’infrastructures, de capitaux suffisants et de main-d'œuvre qualifiée) et socio-institutionnelles (conflit entre tradition et innovation, absence d’organismes interprofessionnels) ainsi qu’un certain individualisme des acteurs locaux découragent souvent la naissance d’initiatives innovatrices et d’autant plus de démarches collectives pour la revendication/ négociation dans le marché de la qualité spécifique des produits de terroir.

Dans notre communication nous allons aborder -à travers l’etude des cas concrets de la Grèce rurale (huile d’olive d’IGP et fromages d’AOP dans l’île de Lesvos, pâtes alimentaires et gâteaux traditionnels dans le Peloponnèse et Grèce du Nord)- la question du passage difficile des savoir-faire artisanaux et des coordinations tacites à des démarches innovatrices, engagées sur le plan collectif par les acteurs impliqués dans les différentes filières agroalimentaires. Dans ce but, nous allons repérer comment les acteurs locaux s’organisent autour de la valorisation/ promotion des produits identitaires afin de créer des valeurs ajoutées significatives et finalement, dans quel dégré les produits alimentaires de terroir peuvent déclencher des synergies et de développement territorial à travers la mobilisation des ressources patrimoniales.  

 

 

Un possible effet-terroir ?

Espoirs et incertitudes dans la filière ovine de Provence et des Alpes du Sud

 

Laurent RIEUTORT, Maître de Conférences HDR en géographie, CERAMAC - Université Blaise Pascal Clermont II

 

La communication pose le problème de la valorisation des terroirs et des Signes Officiels de Qualité (SOQ) dans les filières animales, notamment pour la viande. Elle s’interroge sur les stratégies déployées dans une filière ovine française menacée tout à la fois par la concurrence internationale et par ses carences internes. Les producteurs de viande peuvent-ils alors jouer sur la valorisation de la qualité et sur des effets-terroir dont on connaît les retombées positives dans d’autres spéculations ? Pour répondre à cette question le choix du Sud-Est méditerranéen s’imposait par l’importance de la filière ovine (3ème foyer français de production, 2ème bassin de consommation avec un fort déficit de la collecte régionale) et par la puissance traditionnelle de l’aval (forte capacité d’abattage avec des savoir-faire hérités et transmis), alors même que les processus de valorisation de la qualité des produits s’accélèrent dans une région qui tente d’imposer une nouvelle « agriculture de territoire » privilégiant les qualités « spécifiques », les aspects culturels, gastronomiques ou paysagers.

La réflexion débutera par une analyse des relations complexes entre terroir et élevage, permettant de revenir sur la définition des concepts clés de terroir, de combinaison de terroirs et de territoires. Dans le cas d’une filière animale, les terroirs classiques des géographes et les nouveaux territoires agroalimentaires peuvent-ils se superposer ? Une typicité territoriale peut-elle être mise en avant et comment s’opère alors la reconnaissance des terroirs ?

Dans un deuxième temps, l’analyse des transformations contemporaines (restructuration et concentration de la filière ovine ; recherche d’une meilleure insertion territoriale de l’élevage) permettra de comprendre la montée en puissance de signes officiels de qualité déjà fortement territorialisés (label rouge et IGP Agneau de Sisteron, projet d’AOC Agneau du pays d’Arles). Ces démarches réellement novatrices dans le contexte régional témoignent de la recherche d’une rente de qualité territoriale, même si cette dernière reste encore hypothétique et mérite d’être discutée car elle pose de redoutables problèmes spatiaux et technico-économiques sur lesquels les géographes doivent porter un regard critique.

Etablissant un bilan provisoire, la dernière partie montrera à la fois les différentes stratégies spatiales qui sous-tendent les initiatives actuelles liées aux SOQ : valorisation des combinaisons de terroirs « classiques » à l’échelle locale (type AOC), affirmation des logiques de transformateurs soucieux d’être solidaires d’une demande sociale, de respecter l’environnement et les paysages, bref de développer harmonieusement des territoires d’échelle moyenne (type bassin de production et IGP), politique de marque, de traçabilité et de transparence vis-à-vis des consommateurs conduisant à la complémentarité géographique entre bassins de collecte (type CCP). Ces stratégies sont souvent contradictoires et les acteurs locaux répondent diversement à ces sollicitations. Des tensions existent selon que l’on met l’accent sur le pôle macro-économique, le pôle territorial ou le pôle des acteurs de la filière; la stratégie de type AOC étant à notre avis la mieux à même d’assurer l’équilibre recherché et une véritable action collective.

La perspective des agricultures de territoire est donc bien de retrouver cet équilibre entre les différentes composantes du système, ce qui suppose notamment de rénover les systèmes d’élevage dans une approche globale, davantage multifonctionnelle, « du produit vers le paysage et le territoire » ; de réelles qualifications techniques sont alors nécessaires afin de maintenir la qualité des produits tout en travaillant toujours sur la sélection animale, sur de nouvelles références ou matériels pour l’exploitation des pâturages et des espaces marginaux sans effondrement de la production. Sans revenir en arrière, il s’agit bien de nouveaux itinéraires qui tiennent comptent des territoires et des exigences des filières ; la différenciation des produits, la valorisation des paysages et des environnements étant source de valeur ajoutée, de politiques de « marketing territorial », de nouvelles attractivités mais aussi d’enrichissement du métier d’éleveur à un moment où il faut bien parler de crise d'identité.

 

 

 

Samedi 12 mai

Matinée en rapport avec le salon de l’agriculture du Pays d’Aix

 

 

PAUL VIDAL DE LA BLACHE : LES PAYSAGES ET LES HOMMES DES ALPES DU SUD

 

Roland COURTOT, UMR TELEMME, Université de Provence

 

Avant de rédiger son Tableau de la géographie de la France (Introduction à l’Histoire de France d’Ernest Lavisse, 1903) Paul Vidal de la Blache s’est astreint à parcourir à la fin du 19e siècle, carnet à la main, le territoire français du nord au sud et de l’est à l’ouest. C’est ainsi qu’il a réalisé 9 voyages en Provence, dont 6 ont concerné les Alpes du Sud, du Pelvoux aux Alpes Maritimes, et du col de Montgenèvre à la clue de Mirabeau. En partant de quelques paysages emblématiques décrits dans ses carnets de voyage, nous verrons comment il a privilégié l’étude des rapports entre les hommes et leur milieu et comment il a posé les bases de ce qui serait plus tard l’analyse des terroirs.

 

 

 

L’AVENIR DU TERROIR : LA GESTION DE LA COMPLEXITE PAR LA GOUVERNANCE LOCALE

 

Jean-Claude HINNEWINKEL, professeur Université Michel Montaigne de Bordeaux, CERVIN

 

Quelles modalités de prise en compte du fonctionnement des terroirs pour leur assurer un avenir ?

Dans cette communication nous poserons comme postulat que le terroir est une construction sociale plus qu’un espace naturel exceptionnel dont les potentialités ont été révélées par les hommes.

Le terroir est aujourd’hui un des quatre scénarii agricoles possible qui cohabiteront sans doute dans l’avenir, une des modalités de cette « autre vision de la cohérence nécessaire des acteurs que sont le territoire, l’économie, le socio-culturel et le politico-adminsitratif … [un lieu] d’invention des médiations entre organes et organismes, unité et diversité, présent et durée, économie et société, village et espace rural, local, national et mondia[3]», car l’agriculture de terroir repose en grande partie, non pas sur des milieux exceptionnels, mais sur des organisations sociales dont il s’agit de renforcer le fonctionnement démocratique dans le cadre d’une nouvelle gouvernance mondiale.

Pour assurer l’avenir du terroir, la condition première nous paraît être la prise en compte de la complexité de cet espace géographique. Le terroir n’est pas seulement un sol viticole dont il faut s’inquiéter du devenir face aux agressions des modes de mise en valeur. Le terroir n’est pas seulement un climat dont il faut anticiper les modifications dans les décennies à venir. Il n’est pas davantage la seule mise en relation de ces deux facteurs, mais interactions de ceux-ci avec les savoir-faire et donc les hommes, tout du moins selon l’INAO.

Mais le terroir est avant tout un espace de production organisé, structuré par des hommes et au delà des avantages comparatifs qui ont présidé à leur création, la permanence des grands terroirs est dépendante de la valorisation de la rente territoriale par les sociétés qui les exploitent, plus sûrement que des terroirs d’exception souvent mis en exergue par les agronomes. C’est donc la complexité du système géographique « terroir » qu’il nous prendre en compte pour en mobiliser tous les ressorts.

Parmi ceux-ci il en est un, bien peu souvent mis en exergue, le système d’action concret, lieu des jeux conflictuels entre les acteurs du terroirs. Ce sont les acteurs qui structurent véritablement le terroir car ils gèrent les interrelations entre toutes les composantes du système. La question de l’avenir du terroir ne devient-elle pas dès lors celle de la gouvernance locale de la production dans le cadre d’une politique publique qui, de nationale, est devenue européenne et qui demain sera sans doute mondiale ?

 

 

 

LA VENTE DIRECTE ET LE TERROIR

 

Claire DELFOSSE, Professeur Université Lyon 2, LER

 

Si, dans la relation de proximité qu’établit la vente directe, il semble qu’il ne soit pas nécessaire de revendiquer le lien au terroir, il apparaît qu’aujourd’hui les nouvelles formes de vente directe et les formes « traditionnelles » renouvelées le font de plus en plus. Cela peut prendre différentes formes : revendication de la proximité, de la provenance « campagne », de la commune d’origine qui a une certaine renommée pour un produit, voire création de boutiques dites de terroir, ou de marques collectives faisant références à un terroir ou un pays… Il s’agira donc dans cette communication d’envisager l’évolution des modes de vente directe, la façon dont elles mobilisent le « terroir » (et lequel), les médiateurs ou formes de gouvernance qui permettent cette revendication (associations, parcs naturels régionaux, collectivités territoriales…).

 

 

 

VALORISATION DES PRODUITS AGRICOLES : Nouvelles contraintes réglementaires ou opportunité pour mettre en valeur les terroirs (apports de la dernière Loi d’orientation agricole et des textes qui en découlent)

 

Pascal LAVILLE, chef de centre INAO Hyères

 

La Loi du 5 janvier 2006 d’orientation agricole et les textes qui en découlent bouleversent l’organisation professionnelle et les outils d’accompagnement et de contrôle de tous les produits reconnus pour leur lien au terroir et plus particulièrement les Appellations d’origine contrôlées.

 

Les grandes évolutions concernent ainsi :

-         la mise en place de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), reprenant notamment les missions de l’Institut des Appellations d’Origine et de la CNLC

-         la représentation professionnelle par la mise en place des Organismes de défense et de Gestion

-         l’organisation des contrôles par l’intervention d’organismes tiers, indépendants et impartiaux.

 

Ces évolutions et leurs corollaires, dont une nécessaire réforme des procédures d’agrément pour l’ensemble des appellations, fondent-elles un nouveau poids réglementaire et administratif ou bien ouvrent-elles de nouvelles perspectives, de nouvelles opportunités pour mettre en valeur le terroir et les produits qui en sont issus ?

 

Partant des données essentielles contenues dans les textes législatifs, nous pourrons, de façon pratique illustrer :

-         Le renforcement des organisations professionnelles dites de défense des signes d’identification de la qualité et de l’origine par une reconnaissance officielle de missions d’intérêt général par le biais des Organisme de défense et de gestion.

-         La valorisation de chaque intervenant dans une filière au travers de son adhésion directe obligatoire à cet organisme et par conséquent de la voix qu’il pourra y faire entendre.

-         L’amélioration de la définition des produits par l’établissement d’un cahier des charges plus complet que les décrets en vigueur jusqu’alors.

-         L’amélioration de l’implication des intervenants dans une filière (opérateurs selon les textes) par une nécessaire identification et habilitation à produire.

-         La valorisation des contrôles effectués par une meilleure crédibilité et surtout par les conséquences d’une réflexion et d’une répartition des tâches grâce à la mise en place d’un plan de contrôle précis et complet, comprenant les missions des opérateurs, de l’organisme de défense et de gestion, de l’organisme de contrôle et de l’INAO.

-         L’intérêt, dans ce contexte, à « inventer » une nouvelle procédure d’agrément des produits.

-          

Mots-clés : Valorisation des produits agricoles – origine –  réglementation – terroir

 

 

 

LES COOPERATIVES VINICOLES EN FRANCE : ENTRE MARQUE ET TERROIR

 

Raphaël SCHIRMER, Maître de Conférence, Université Paris 4 Sorbonne

 

Avec près de 800 entreprises en France, une centaine de milliers d’adhérents, la coopération vinicole est un acteur majeur de la filière viti-vinicole. Fondée sur un principe d’économie solidaire, elle a largement participé à la modernisation de nombreuses régions _ sinon même impulsé de nouvelles dynamiques _, de l’Alsace à la Champagne, de la Loire à  Buzet.

Et pourtant, son image auprès du grand public est restée assez négative _ on ne trouve pas ou peu de vins de coopératives chez les cavistes _ et la demande en vins individualisés _ par un nom de domaine ou la mise en avant d’un terroir particulier _ se heurte à sa logique même. D’ailleurs, s’orienter vers la qualité rime souvent pour la jeune génération de viticulteurs, en particulier dans le Sud de la France, par le fait de quitter la cave coopérative. Cave coopérative à laquelle adhéraient leurs parents, et qu’avaient souvent contribué à fonder leurs grands-parents…

La logique de « terroir », intrinsèquement individuelle, serait-elle rédhibitoire avec celle, foncièrement collective, de la coopérative ? Rien n’est moins certain. De nombreuses coopératives proposent aujourd’hui des vins issus d’une poignée de parcelles sélectionnées, avec ici un nom de château, là un nom de domaine. Les productions « bio », respectueuses par essence des terroirs, se développent de plus en plus. La sélection de parcelles dans une logique de terroir oblige ainsi les entreprises à se réorganiser, à porter davantage leur attention sur la qualité, enfin à ne plus rémunérer les coopérateurs en fonction des volumes ou des degrés-alcool. De nouveaux paramètres de suivi de la qualité se mettent progressivement en place. La logique de terroir paraît primer.

Ce qui n’empêche pas les coopératives, du fait de leur puissance, de se tourner aussi vers des productions de « marques », bien en vogue à présent. De « Red Bicyclette » vendu sur le marché américain à la récente marque Chamarré, les coopératives ont pu répondre à une demande en forts volumes à destination de la grande distribution. Quitte à davantage ressembler à des entreprises classiques _ phénomène déjà observé par Jean-Pierre Peyon[4] pour le reste de la coopération agricole _ engagées dans une logique presque industrielle. Quitte, peut être aussi, à perdre leur âme… Ces puissants volumes supposent une logistique, un personnel, et des équipements sans commune mesure ; ils tendent à éloigner la coopération de ses adhérents, et à la faire davantage ressembler à un simple industriel de l’agro-alimentaire.

 

Entre « marque » et « terroir », la coopération vinicole fait figure d’atout majeur dans le paysage viti-vinicole français. Tant pour rivaliser avec le Nouveau Monde que pour vendre des vins de qualité aux particuliers lors de leurs vacances. Car cet acteur, avec les 2000 salariés qu’il emploie en France, a la capacité de développer des encadrements poussés (grâce à l’emploi de techniciens, d’agronomes, d’œnologues), des structures de ventes étoffées (marketing, publicité, cellules d’exportation), et de vente directe (avec un accueil privilégié du consommateur). Bref, un accompagnement et un suivi de la démarche du viticulteur qu’il est le seul à pouvoir proposer.

 

 

 

LA PATRIMONIALISATION DE LA CAMPAGNE EN PROVENCE ET EN TOSCANE : frein ou accélérateur de l’étalement urbain ?
 
Coline PERRIN, Allocataire de recherche à l’UMR Telemme n° 6570, Université de Provence
 
Comme les peintres de la Renaissance italienne ont érigé les collines florentines en un paysage idéal, la Sainte-Victoire est devenue grâce aux tableaux de Cézanne un haut lieu culturel et touristique. En comparant les communes du Tholonet, en Provence, et de Fiesole, en Toscane, nous nous proposons de montrer comment la valorisation culturelle de certaines campagnes périurbaines a influencé la gestion des espaces agricoles depuis les années 1960. Dans les deux cas, la prégnance des paysages picturaux et la proximité de la ville ont favorisé une villégiature prestigieuse transformant la plupart des espaces agricoles en parcs et jardins d’agrément. La patrimonialisation a d’abord accéléré l’étalement urbain sous forme d’habitat diffus.
Au Tholonet, la commune encourage aujourd’hui la reconquête de terres cultivées sur les espaces naturels, tant pour servir de coupe-feu en cas d’incendie que pour offrir de nouvelles superficies à la petite AOC viticole Palette fortement valorisée. A Fiesole, une réglementation très stricte en matière d’urbanisme a favorisé une muséification des espaces agricoles, notamment des oliveraies à la productivité marginale. Les quelques exploitations restantes ont su diversifier leurs activités et vivent davantage aujourd’hui du tourisme que de l’agriculture. 

Ces deux communes posent avec acuité la question de l’avenir d’une agriculture périurbaine dont la fonction productive passe fréquemment après les enjeux paysagers, environnementaux et patrimoniaux.

 

 

 

CHEFS ETOILES, PRODUCTEURS LOCAUX, COLLECTIVITES TERRITORIALES : la Sainte Alliance autour du terroir dans les Alpes-Maritimes

 

Aline BROCHOT, Ingénieur de recherche CNRS, UMR 7533 – LADYSS, PARIS

 

Octobre 2000 : une vingtaine parmi les plus grands chefs étoilés des Alpes Maritimes sont réunis au Château musée du Haut-de-Cagnes pour signer une Charte dans laquelle ils demandent solennellement aux pouvoirs publics de « soutenir les producteurs locaux ». Si cette déclaration est largement guidée par leurs propres intérêts et la crainte de ne plus pouvoir « disposer de produits agricoles de haute qualité qui sont les éléments essentiels de [leur] cuisine », elle traduit aussi une prise de conscience générale de la menace de plus en plus forte qui pèse sur le maintien des espaces agricoles du département. Depuis les années 1960, c’est en effet une urbanisation continue et parfois massive qui a colonisé les plaines littorales et les coteaux de l’arrière-pays. En outre, les grandes orientations de la Directive Territoriale d’Aménagement qui entre alors dans la phase finale de son élaboration (elle sera approuvée en 2003) ne pousse pas à l’optimisme quant à la pérennité de l’agriculture locale, les priorités étant nettement données à d’autres formes d’occupation du territoire.

 

C’est donc, dans un jeu d’intérêts bien compris que cette initiative doit être replacée : Les chefs étoilés de la Côte d'Azur dépendent des producteurs locaux pour leur approvisionnement en produits très spécifiques du terroir autour desquels ils ont, depuis une vingtaine d’années, construit une cuisine « méditerranéenne » qui a fait leur succès et leur renommée. De leur côté, les producteurs ont beaucoup à gagner d’une telle association et du statut de fournisseur attitré d’un grand chef, assurant ainsi la régularité et le niveau de leurs revenus. Quant aux collectivités territoriales, la présence de chefs internationalement réputés, et pour lesquels une clientèle choisie et à fort pouvoir d’achat n’hésite pas à « faire le voyage », est un facteur d’attractivité touristique et de promotion à ne pas négliger.

 

Au-delà d’une seule « utilité économique », c’est aussi à la préservation de tout un système de références sociales et culturelles que la défense des producteurs locaux participe. La cuisine régionale traditionnelle (provençale et niçoise), certains plats et produits emblématiques constituent autant de marqueurs identitaires et d’éléments patrimoniaux autour desquels se sont structurées la culture régionale et l’image globale de la Côte d'Azur.

 

Les produits du terroir se trouvent donc au centre d’un « cercle vertueux » dont la dynamique, fondée sur des alliances et convergences d’intérêts, participe au maintien d’un système socio-spatial et de paysages menacés par la pression urbaine.

 

 

 



[1]  Composition du groupe de travail :

INAO : F. Morales, C. Mercier, P. Cellier, G. Flutet, P. Laville, F. Roncin, C. Sarfati, E. Vincent.

INRA : E. Guichard Y. Noel, C. Beranger, F. Casabianca, J.B. Coulon, J.P. Lequeré, J. Salette, B. Sylvander,

ENITAC : G. Giraud, L. Lagrange.

 

* Géographe, Professeur assistante, Université de Panteion, Athènes, antho@panteion.gr

Géographe, Professeur assistante, Institut Supérieur d Education Technologique de Théssalonique, kalkou@acn.gr

[3] Edgar Pisani, Introduction au colloque de Châteauroux

[4] PEYON, J.-P., La Coopération agricole en France : étude géographique des grands organismes, 1983.

Catégories

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mercredi 09 mai 2007

Fichiers attachés

Mots-clés

  • viticulture, AOC, oléiculture, vignoble

Contacts

  • Claudine DURBIANO
    courriel : durbiano [at] romarin [dot] univ-aix [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • L. Lablache
    courriel : lablache [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les terroirs », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 03 mai 2007, http://calenda.org/193042