AccueilLes archives judiciaires en question, du Moyen Âge à nos jours

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Publié le vendredi 01 juin 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

Pratique historienne, la lecture des archives judiciaires a suscité de nombreux travaux. L'habitude acquise donne aujourd'hui le recul nécessaire pour tenter bilan et réflexions collectives. Ouverte aux jeunes chercheurs et aux doctorants, ces journées d'étude ont pour but de confronter les expériences de recherche et les problèmes soulevés par l'utilisation de ces sources.

Annonce

Depuis plusieurs années, la lecture des archives judiciaires est devenue une pratique historienne. Elle a suscité des travaux et investigations différents concernant une masse d’individus populaires qui sinon n’auraient pas, ou peu, laissé de traces. L’habitude acquise donne aujourd’hui le recul nécessaire pour tenter bilan et réflexions collectives. Centrées sur cette question des sources judiciaires,  ces journées d'étude souhaitent réunir  les jeunes chercheurs qui doivent avancer dans un champ réflexif traversé de différents courants et de tensions.

S’agissant de la période moderne, ce sont les partisans de l’histoire sérielle qui ont découvert dans les années 1960 le potentiel de ces archives. Les historiens de la criminalité ont pu induire à travers le traitement statistique des données des hypothèses de travail comme le recul de la violence au profit de l’augmentation des vols. Si leur approche a pu ultérieurement être remise en cause, ils incitaient les historiens à se tourner vers cette masse de documents sur laquelle des regards plus qualitatifs se sont multipliés. S’ouvrait un immense champ d’investigation historique, rendant possible de nouveaux travaux sur les “crimes et “criminels” qu’il s’agisse de sorcellerie, d’infanticide, des galériens, des mendiants. Ainsi, d’autres chercheurs, plus proches de l’anthropologie, ont cherché à comprendre et à interpréter cette violence qui aurait caractérisé les comportements populaires. L’hypothèse de Norbert Elias sur la civilisation des mœurs constituait alors un grand récit qui cautionnait ces descriptions, en avançant l’idée d’un processus de domestication de la violence. Se démarquant du positivisme dominant, certains travaux ont insisté sur la part de stratégie inhérente aux récits retrouvés dans les archives judiciaires, construction narrative par excellence. Par ailleurs, existent des recherches qui tout en soulignant la compétence de chacun à agir pour la résolution des conflits explorent des aspects méconnus de la culture juridique, telles les pratiques de la justice sommaire. Ce sont là plusieurs facettes d’utilisation de documents des diverses instances de justice pour comprendre le passé.

Face à l’accumulation des travaux, d’une part, et à la multiplicité des systèmes d’interprétation, d’autre part, il serait intéressant d’interroger ces diverses pratiques historiennes et de réfléchir sur la place et le statut même de ces archives dans leur contexte, d’en comprendre le sens. Les sources criminelles sont parfois critiquées comme “biaisées” ; la question de la représentativité a posé problème chez les historiens de la criminalité, puis  le climat généré par le ‘linguistic turn’ aidant,  le lien avec le réel fut menacé comme en témoigne le titre d’un livre de Natalie Zemon Davis, Fiction in the Archives.  Sur toutes ces questions, une mise en commun pourrait être fructueuse.

Comment analyser les archives judiciaires ? A quels types de travaux peuvent-elles servir (linguistique, histoire, sociologie, etc.) ? Quels sont les pièges posés par l’interprétation ? Quels objets historiques peut-on leur faire révéler ? Quelles sont leurs limites ? Se pose également la question de la confrontation avec d’autres types de sources, afin d’en éprouver la véracité. A travers ces problèmes, il s’agira également de réfléchir sur la dimension orale de ces archives, qui à la différence des autres sources administratives ou littéraires, leur donne un statut particulier.

Objectifs des journées

Ces journées d’études s’adressent aux doctorants et post-doctorants qui dans le cadre de leur recherche,  ont à travailler sur les sources judiciaires (pénales, civiles, religieuses, militaires, etc), à toutes les époques et dans toutes les aires culturelles. Les contributions en dehors de la discipline historique sont également les bienvenues. Chacun à partir de cas concrets de recherches est invité à mener une réflexion méthodologique et épistémologique sur ces matériaux. A travers cet exercice, il s’agit de rechercher, tout en s’inscrivant dans un courant, et grâce aux travaux existants, un nouveau chemin, un nouvel objet.

Pour mieux cerner le débat, seront proposés cinq axes thématiques :
1°) corps et affect, 2°) normes et transgressions , 3°) l’oralité et l’écrit ;
4°) le politique et l’institution ; 5°) activité économique et réseaux.

Calendrier

  • Les propositions, d’environ 1 page, seront envoyées au plus tard le15 août 2007, sous forme électronique (fichier rtf), à l’adresse suivante : archives.judiciaires@free.fr, ou par courrier à Naoko Seriu, 73 avenue Philippe Auguste, 75011 Paris
  • Les réponses aux propositions seront données fin septembre.
  • Les textes des interventions devront être soumis pour le 30 novembre 2007.

Comité scientifique : Simona Cerutti (EHESS), Arlette Farge (CNRS-EHESS),
Dominique Godineau (Université de Rennes II), Georges Vigarello (EHESS).
Comité d'organisation : Maria  Eugenia Albornoz-Vasquez, Matteo Giuli, Naoko Seriu.

Lieux

  • EHESS
    Paris, France

Dates

  • mercredi 15 août 2007

Contacts

  • Maria Eugenia Albornoz-Vasquez, Matteo Giuli, Naoko Seriu ~
    courriel : archives [dot] judiciaires [at] free [dot] fr

Source de l'information

  • Naoko Seriu
    courriel : naoko [dot] seriu [at] univ-lille2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les archives judiciaires en question, du Moyen Âge à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 01 juin 2007, http://calenda.org/193193