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Le musée du Quai Branly : la fondation d'une institution

Anthropologie, villes et architectures

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Publié le mardi 19 juin 2007 par Sylvain Lesage

Résumé

Le musée du Quai Branly fut le lieu de nombreuses controverses tant sur l’enjeu architectural que celui scientifique. Il s’agira à l’aide de notre invitée, l’anthropologue Christelle Ventura, de rendre compte le plus précisément possible du montage de cette institution, du rôle des différents protagonistes à partir des premières formes d’énonciation du projet en 1995 jusqu’à l’ouverture en juin 2006. Quelles sont les orientations muséographiques qui vont être privilégiées ? Comment s’insère le projet dans les soubresauts institutionnelles et épistémologiques qui traversent la discipline anthropologique ?

Annonce

Sacré musée !

La partie cachée de l’iceberg  

Nous consacrerons notre dernière séance du séminaire « anthropologie, villes et architecture » pour l’année 2006/2007 au dernier grand projet muséographique de l’espace parisien, à savoir le musée du Quai Branly, éponyme du lieu de résidence qui l’accueil, en bordure de Seine.

L’on doit sa réalisation au très courtisé cabinet d’architecture Jean Nouvel (auteur de plusieurs musées dont celui de Reina Sofia à Madrid et du futur musée du Louvre à Abu Dhabi). Nous ne nous attarderons pas directement sur le volet architectural en situant notre problématique bien en amont, à la genèse et aux « fondations » institutionnelles de ce musée. Ce bâtiment quoique amplement et passionnément commenté dans la presse est en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg, un résumé qui occupe une visibilité maximum (car visuellement très attractif) dans l’espace public au détriment d’une réelle lisibilité des politiques culturelles qui sont défendues ici.

Pourquoi donc la communauté scientifique des anthropologues fut-t-elle si partiellement et tardivement associée à la réflexion qui engageait la construction d’un nouveau musée ethnographique ? Pourquoi avoir minimisé le projet à sa seule rhétorique muséographique alors que se jouait insidieusement un enjeu de société à plus grande échelle ? L’autre partie immergée de l’iceberg, dont le ratio avec la partie émergée est à l’échelle des rapports de force sur le terrain, va constituer l’axe principal de cette séance. Moins visible, elle est représentée par l’ensemble des acteurs rassemblés au sein de l’établissement public administratif du Quai Branly.

Au vu du résultat on pourrait lui reprocher d’avoir maintenu à l’encontre de ce projet un positivisme bienveillant et paternaliste de notre histoire coloniale, d’avoir conservé et tacitement reconduit une image d’Epinal dans la mise en scène des cultures non-occidentales (le seul maintien de ce bipartisme assurant la perpétuation tacite de nombreux stéréotypes), d’avoir fait l’amalgame de codes esthétiques et moraux issus du tourisme de masse, à la fois ludique et enchanteur. Le musée du Quai Branly serait-il uniquement ce beau livre d’images exécutives qu’on laisse entre les mains d’un enfant au travers duquel on s’assure un sommeil léger ? Alors qu’au début du XXème siècle Victor Segalen critiquait sévèrement les écrits de Pierre Loti en l’accusant de « proxénète de la sensation du divers », que dire près d’un siècle plus tard de cette entreprise muséographique et de son résultat ? Certes, la finalité architecturale n’explique rien en soi ni l’exaltation du grand public envers cet évènement urbain trouvé « beau » et « mystérieux » mais elles nécessitent cependant toutes deux une prise en compte et une nécessaire analyse du cadre d’énonciation.

C’est ce que nous nous proposons de faire en invitant la jeune anthropologue Christelle Ventura. A quel titre le projet s’est-il formulé ? Par qui et comment fut-il porté ? Comment et sous quelles formes se sont investis les cadres historiques tels que : les politiques étrangères françaises, les fonctions des grands musées nationaux et enfin, la fondation et l’épanouissement de l’ethnologie française, dans le débat du Quai Branly ?

En proposant à notre invitée de faire le point sur les résultats de sa recherche doctorale nous postulons la nécessité d’avoir à notre connaissance une cartographie rigoureuse des acteurs du projet, un éclairage précieux des procédures institutionnelles, une accumulation de matériaux transversaux (je pense notamment à l’analyse méticuleuse de la presse) afin de permettre la construction d’une juste distance critique.

L’ambition est d’éviter un sempiternel exercice amer et désenchanté, fusse-t-il précieux et convaincant (la vision du musée comme un simple constat d’échec), pour œuvrer, par renversement des stéréotypes, à un détournement de l’objet muséographique tel qu’il est proposé (l’affiche proposée pour cette séance, s’inspirant du travail du photographe Nicolas Desmoulin, s’inscrit dans cette dynamique) et de débattre sur la place que doit tenir dans ces murs une anthropologie plus réformatrice.

Lieux

  • 105 bd Raspail
    Paris, France

Dates

  • jeudi 21 juin 2007

Mots-clés

  • quai branly, musée, architecture, jean nouvel

Contacts

  • Miguel Mazeri
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • mazeri #
    courriel : miguel [dot] mazeri [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le musée du Quai Branly : la fondation d'une institution », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 19 juin 2007, http://calenda.org/193262