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Penser l’obscurantisme aujourd’hui

Formes anciennes et nouvelles d’une notion controversée

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Publié le lundi 02 juillet 2007 par Delphine Cavallo

Résumé

Le terme d'obscurantisme revient régulièrement aujourd’hui dans un contexte où l’on parle beaucoup d’extrémisme religieux, de «choc des civilisations». L’usage de ce mot est associé bien souvent avec la religion. Or, cette association ne se préoccupe ni des pratiques religieuses multiples des individus, ni d’autres phénomènes qui pourraient également être qualifiés d’obscurantistes: le sexisme, le colonialisme, etc. Faut-il pour autant considérer l’obscurantisme comme un concept vide ? Penser l’obscurantisme, c’est engager une réflexion sur la notion elle-même, sur ses origines, son opacité. Mais c’est aussi, à partir de cette réflexion initiale, déterminer s’il est encore possible d’utiliser l’obscurantisme comme une catégorie opératoire pour définir certaines pratiques.

Annonce

Appel à contribution – Ouvrage collectif

Penser l’obscurantisme aujourd’hui
Formes anciennes et nouvelles d’une notion controversée

  • Date limite de proposition : 15 septembre 2007
  • Disciplines concernées : philosophie, science politique, sociologie
  • Editeur : L’Harmattan
  • Coordination : Jean Zaganiaris, Erwan Sommerer

Le terme obscurantisme revient régulièrement aujourd’hui dans un contexte où l’on parle beaucoup de terrorisme, d’extrémisme religieux, où l’on parle aussi depuis le 11 septembre de « choc des civilisations », de « barbarie » et de « guerre des religions ». Si l’usage de ce mot sert parfois à désigner les actes chargés de violences physiques ou symboliques qui refusent l’autonomie de la société civile par rapport aux transcendances religieuses, il est également associé bien souvent sur le mode de l’allant-de-soi avec la religion.

Or, cette association entre « obscurantisme » et « religion » ne se préoccupe ni des pratiques religieuses multiples, hétérogènes et variantes des individus, ni d’autres phénomènes qui ne sont pas forcément liés à la religion et qui pourraient également être qualifiés d’obscurantistes : le sexisme, le colonialisme, le paternalisme, etc. Tout cela mène souvent à des confusions et à des amalgames plus qu’à des réflexions pertinentes.

Ainsi en vient-on presque à se demander si l’obscurantisme existe vraiment en soi. En effet, tout comme ce fut le cas autrefois pour la notion d’idéologie, le terme s’inscrit dans un jeu d’accusations mutuelles où l’on est toujours l’obscurantiste de quelqu’un. Faut-il pour autant s’interdire de l’utiliser et considérer l’obscurantisme comme un concept vide ?

Penser l’obscurantisme, c’est alors engager une réflexion sur la notion elle-même, sur ses origines, son opacité ou sa polysémie, définir ses usages ainsi que les stratégies rhétoriques auxquelles elle renvoie. Mais c’est aussi, à partir de cette réflexion initiale, déterminer s’il est encore possible d’utiliser l’obscurantisme comme une catégorie opératoire pour définir certaines pratiques, certaines visions du monde contemporains et de son évolution : ne pas se contenter d’un travail de définition conceptuelle, mais prendre le risque, ensuite, de désigner ce que peut être l’obscurantisme aujourd’hui.

Le notion d’obscurantisme, tout d’abord, s’inscrit dans une histoire des idées politiques. Il faut donc commencer par interroger cette histoire et se demander quelle a été la nature des premières attaques contre les Lumières, la démocratie et l’humanisme. Peut-être faut-il ainsi cesser d’aborder les doctrines et pratiques obscurantistes à travers les oppositions « ténèbre-lumière » ou « religion-raison », mais plutôt à partir de l’opposition « pluralisme-monisme ».

L’obscurantisme ne serait donc pas l’absence de lumière mais plutôt le refus de l’hétérogénéité, de la co-existence de différentes visions du monde. Loin d’être relativiste, la problématique sur les dangers d’un monde moniste et dogmatique, où prédomine le refus du pluralisme et de la diversité des valeurs – donc de la critique –, semble alors importante pour bâtir cette réflexion sur la nature de l’obscurantisme et sur la possibilité d’utiliser encore aujourd’hui cette notion.

Car ce sont bien l’intérêt et la fécondité de cet usage qu’il faut évaluer : qu’est-ce que l’obscurantisme contemporain une fois écartées les multiples stratégies d’accusations mutuelles ou les associations mécaniques avec la religion ou toute forme de croyance ? La science politique et la sociologie doivent pouvoir localiser dans le monde social les pratiques et discours qui pourraient relever d’une telle actualité de l’obscurantisme et montrer tout l’intérêt que conserve cette notion dans le cadre d’une recherche scientifique.

Voici les trois axes qui structureront cet ouvrage :

1er partie : Obscurantisme et philosophie

Qu’est-ce que les « contre-Lumières » ? On se demandera ici comment penser l’obscurantisme à partir de la pensée des philosophes, à partir de concepts, de débats théoriques, touchant par exemple à l’école de Francfort, aux thèses d’Isaiah Berlin. Peut-on définir un obscurantisme philosophique ? A quelle conception ou courant des Lumières s’oppose-t-il ? Cette partie ne vise pas à formuler une définition prête à l’emploi et exhaustive à laquelle devraient se plier ensuite les études de cas. Plus modestement, on se propose d’y esquisser un bilan de la pensée actuelle sur l’obscurantisme, notamment – mais non exclusivement – à partir de la distinction entre pluralisme et monisme.

2e partie : Obscurantisme et politique

Il s’agit ici de réfléchir à la nature des obscurantismes liés à la raison d’Etat, que cela touche aux totalitarismes, aux phénomènes coloniaux ou à toutes autres pratiques gouvernementales. Une sociologie des discours et des pratiques politiques, notamment dans des domaines liés à l’immigration, à l’impératif sécuritaire mérite d’être établie afin de penser les formes empiriques de l’obscurantisme. De la même manière, d’autres domaines du champ politique, tels que certaines formes de militantisme politique ou le prétendu obscurantisme des masses par rapport au vote (comme cela a été cité lors du « non » à la Constitution européenne), peuvent être questionnés.

3e Partie : Obscurantisme et  société

Cette partie concerne les différentes formes sociales de l’obscurantisme, que cela touche à la religion, au machisme, au racisme, à toutes formes arbitraires de domination au sein de la société. Le monde social est constitué de certains discours qui se sont imposés, pour reprendre le point de vue de Pierre Bourdieu, sur le mode de « l’allant de soi »  et dont il faudra déconstruire la portée. De même, le prétendu obscurantisme de certaines catégories sociales relève d’une construction de la réalité, notamment impulsées par les médias, qu’il s’agit d’interroger à partir de cas concrets. Ainsi l’obscurantisme peut-il être aussi implicitement normé, intériorisé au quotidien.

Modalités de soumission des propositions:

Les propositions d’articles devront tenir compte de la présentation générale et s’inscrire dans l’un des trois axes de réflexion décrits ci-dessus, qui peuvent être abordés sous l’angle de la philosophie, de l’histoire des idées, de la science politique ou de la sociologie.

La date limite pour l’envoi des propositions est le 15 septembre 2007 au plus tard, sous forme d’un résumé d’une à deux pages comportant également un titre précis ainsi qu’une présentation de la méthodologie et une bibliographie indicative. Les propositions sont à envoyer conjointement aux deux adresses suivantes :

Les auteurs dont les propositions auront été retenues devront ensuite envoyer l’article final avant le 1er février 2008. Les articles ne devront pas dépasser 30 000 signes (notes comprises).

Dates

  • samedi 15 septembre 2007

Fichiers attachés

Mots-clés

  • obscurantisme, racisme, colonialisme, sexisme, terrorisme, religion, Lumières, Isaiah Berlin

Contacts

  • Erwan Sommerer
    courriel : erwan [dot] sommerer [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Erwan Sommerer
    courriel : erwan [dot] sommerer [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser l’obscurantisme aujourd’hui », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 02 juillet 2007, http://calenda.org/193315