AccueilPenser et vivre l'honneur à l'époque moderne

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Publié le mercredi 04 juillet 2007 par Natalie Petiteau

Résumé

Dans les sociétés de l'Europe moderne, l'honneur forme une injonction impérieuse qui peut inciter les individus à lui sacrifier leur vie. Le duel et les comportements guerriers n'en sont que les manifestations les plus spectaculaires, car l'honneur structure les identités collectives et individuelles, depuis le monde des métiers jusqu'à celui de l'aristocratie. C'est pourquoi Montesquieu le considère comme le principe même du gouvernement monarchique. Ce colloque se propose d'évaluer la portée de ce constat en confrontant le cas français à d'autres exemples européens et en étendant le champ de l'honneur à tous les secteurs de la société moderne.

Annonce

Appel à communications (date limite : 30 septembre 2007)

Penser et vivre l'honneur à l'époque moderne

Colloque prévu pour le mois de novembre 2008 à Metz

Recevoir un capital d’honneur par le sang, l’acquérir par son mérite et sa vertu, le défendre au risque de sa vie : sous l’Ancien régime, aucun sentiment social n’est aussi enraciné et impérieux que l’honneur. Le « tout est perdu, fors l’honneur » de François Ier inaugure le premier siècle de la modernité et trouve son prolongement dans L’Esprit des lois, qui fait de l’honneur le principe du gouvernement monarchique. Que ce soit le bretteur invétéré ou le bourgeois vétilleux, l’artisan ou le prince de l’Eglise, la communauté villageoise ou le parlement, les individus et les corps se parent de leur honneur comme de leur ornement le plus précieux. Ne parle-t-on pas, selon les contextes, de l’honneur du genre humain ? de l’honneur de l’Eglise et de ses évêques ? du roi ? de la patrie ? de la noblesse ? de la ville ? de la corporation ? jusqu’à l’honneur de chacun ? Il existe autant d’honneurs que d’entités sociales dotées de conscience d’elles-mêmes. Le lien social et politique se brise si l’on rompt le respect croisé de tous pour ce sphinx dont on parle constamment, ce monstre chéri -dirait Fontenelle- pour lequel on vit, on tue et on meurt.

Ce colloque se propose de fournir un premier bilan des travaux réalisés et de s’interroger sur les nouveaux chantiers de recherche que la notion et le sentiment de l’honneur peuvent offrir à l’histoire sociale, mais aussi politique, culturelle et intellectuelle de l’Europe moderne (Empire inclus). Si les élites nobiliaires restent, bien évidemment, au cœur de toute réflexion sur l’honneur, celle-ci doit aller plus loin : d’une part, l’honneur constitue une clef pour pénétrer dans la conscience collective, dans l’auto-représentation de l’ensemble des différentes fractions de la société, mais aussi dans l’infinie diversité des trajectoires individuelles ; d’autre part, l’honneur est un des principes de régulation du système social, politique et culturel, comme Montesquieu n’a cessé de nous le rappeler depuis 1748.

Ainsi se dégagent au moins deux axes de réflexion. Tout d’abord, un effort renouvelé de définition conceptuelle s’impose. Que pensent les philosophes, les hommes de lettres, les artistes de l’honneur (y a-t-il, par exemple, une iconographie de l’honneur) ? quelle place tient-il dans les théorisations politiques et sociales, des traités sur la noblesse du XVIe siècle aux traités politiques de la Restauration, en passant par Hobbes et Montesquieu ? La Déclaration d’indépendance américaine ne s’achève-t-elle pas sur le célèbre « we mutually pledge to each other our Lives, our Fortunes and our sacred Honor » ? Quel rapport entretient la notion d’honneur avec celle de vertu, de gloire, en premier lieu, mais aussi de dignité, d’égalité, de patrie, de nation, notamment aux XVIIe et XVIIIe siècles ? Une place devra être faite aux critiques de l’honneur, à cette préférence du paraître sur l’être qui heurte les moralistes, à commencer par Pascal.

Ensuite, les codes de l’honneur vécu. En effet, il ne s’agit pas uniquement de compiler la liste des conditions d’acquisition ou de perte de l’honneur, mais d’étudier le vécu de ces codes, parfois implicites et changeant, les aménagements et les modifications qu’ils subissent dans la réalité historique contingente. Il faudra bien revenir au duel du point d’honneur, mais pour étudier surtout l’attitude ambiguë de la monarchie qui réprime sans véritablement réprimer, de l’Eglise et des philosophes éclairés qui prêchent dans le désert, lorsqu’ils n’approuvent pas discrètement. L’honneur vécu est celui qui influence les décisions de justice (en quoi l’honorabilité du témoin influence la crédibilité du témoignage ?) et régit la vie militaire (à ce propos, il faudrait enquêter sur les rapports d’honneur de tous les soldats, officiers ou pas, vis-à-vis du régiment, du roi et de la patrie). L’honneur vécu est celui des femmes, de la reine à la paysanne, colonne portante de l’honneur clanique et familial, mais dont les usages sociaux et judiciaires reconnaissent difficilement l’autonomie.

Enfin, l’honneur vécu comprend également les rites du déshonneur qui, comme ceux dont ils sont l’inversion, concernent la tête, que l’on couronne, que l’on tranche, que l’on gifle.

Le colloque est prévu pour le mois de novembre 2008 à Metz.

DIEGO VENTURINO, Centre Régional Universitaire Lorrain d’Histoire (EA 3945), Université de Metz, Régional Universitaire Lorrain d’Histoire
HERVÉ DRÉVILLON, Groupe d’Etudes et de Recherches sur l’Histoire du Centre-Ouest Atlantique (EA 2625), Université de Poitiers

Les propositions de communication sont à transmettre à : diego.venturino@club-internet.fr hd.drevillon@wanadoo.fr

Lieux

  • Metz, France

Dates

  • dimanche 30 septembre 2007

Mots-clés

  • histoire, honneur, époque moderne, Europe

Contacts

  • Hervé Drévillon
    courriel : Herve [dot] Drevillon [at] univ-paris1 [dot] fr
  • Diego Venturino
    courriel : diego [dot] venturino [at] club-internet [dot] fr

Source de l'information

  • Hervé Drévillon
    courriel : Herve [dot] Drevillon [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Penser et vivre l'honneur à l'époque moderne », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2007, http://calenda.org/193329

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