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La déportation pour motif d'homosexualité en France

Débats d'histoire et enjeux de mémoire

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Publié le mardi 24 juillet 2007 par Delphine Cavallo

Résumé

La déportation pour motif d'homosexualité reste encore un inconnu de la recherche universitaire. Malgré de récentes études, nos connaissances sur cet évènement tragique sont encore trop partielles. L'objet de cette journée d'étude sera de dresser un bilan transdisciplinaire sur cet aspect tabou de la déportation, tant dans le domaine de l'histoire, de la mémoire, que de la commémoration

Annonce

Le 27 octobre 2007
IUT de Dijon (bâtiment principal) : Bd du Dr. Petitjean, 21000 Dijon

Un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre...

            La déportation pour motif d’homosexualité a fait l’objet de multiples réflexions, tant au niveau universitaire, que militant et associatif.

            Le journal Gai Pied tout d’abord, a consacré plusieurs centaines de pages au sort des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement dans les camps de concentration. Son fondateur, Jean Le Bitoux, s’est d’ailleurs toujours intéressé à ce sujet puisqu’il a créé le Mémorial de la Déportation homosexuelle (MDH) en 1989, qu’il a rédigé le témoignage de Pierre Seel, seul déporté français pour motif d’homosexualité reconnu officiellement, et qu’il a étudié plus précisément la question dans un ouvrage à vocation historienne, Les oubliés de la mémoire.

            Quelques universitaires ont également consacré quelques unes de leurs recherches à cette question. Jean Boisson débroussaillait le sujet dès 1988 dans un ouvrage précurseur, mais Guy Hocquenghem avait déjà consacré en 1981 une remarquable préface pour l’édition française du témoignage de Heinz Heger, Les hommes au triangle rose. Journal d’un déporté homosexuel, 1939-1945. Plus récemment, quelques universitaires ont retravaillé cette thématique, réinterrogé les sources, et remis en question les conclusions antérieures. Florence Tamagne d’abord, a insufflé une nouvelle impulsion à ce champ de recherche dans sa thèse qu’elle a consacré à l’histoire de l’homosexualité en Europe, 1919-1939.  Elle y évoque les prémices de la répression des homosexuels à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Michel Celse et Pierre Zaoui ont également publié une excellente réflexion sous le titre « négation, dénégation : la question des triangles roses » en 2000. Ce sont probablement de tels écrits qui ont suscité l’intérêt et la curiosité de jeunes étudiants tels que Régis Schlagdenhauffen, sociologue qui consacre sa thèse à la commémoration des groupes de victimes du nazisme, plus particulièrement sur les mobilisations collectives en souvenir des victimes homosexuelles, ou bien Mickaël Bertrand, qui termine son cycle de master d’histoire contemporaine sur la construction mémorielle française de la déportation pour motif d’homosexualité.

... susciter bien des discours et des images.

            La recherche scientifique n’a cependant pas un monopole éditorial et médiatique en France. Par conséquent, la déportation pour motif d’homosexualité a davantage été popularisée par les prises de position politiques et une œuvre télévisée au cours de ces dernières années. Ainsi, le 26 avril 2001, le Premier ministre Lionel Jospin rappelait lors d’une cérémonie aux Invalides l’importance pour la France de reconnaître « pleinement les persécutions perpétrées durant l'Occupation contre certaines minorités : les réfugiés espagnols, les Tziganes ou les homosexuels ». Il avait alors encouragé la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) a entreprendre une étude sérieuse sur la réalité de la déportation pour motif d’homosexualité à partir de la France. Depuis cette déclaration historique, peu d’hommes politiques omettent de signaler à l’occasion des cérémonies de commémoration le sort réservé aux homosexuels. Le président de la République, Jacques Chirac, l’a d’ailleurs rappelé récemment lors de son discours en hommage aux Justes de France le 18 janvier 2007 : « Innombrables sont celles et ceux que les nazis condamnent à mort a priori, à cause de leur origine, comme les Tziganes, à cause de leurs convictions religieuses ou politiques, de leurs préférences sexuelles, ou de leur handicap ». Enfin, le 7 mars 2005, France 2 diffusait le téléfilm « Un amour à taire » de Christian Faure qui fut un succès d’audience et de critique. Pour la première fois, par l’intermédiaire de la fiction historique, la déportation pour motif d’homosexualité faisait l’objet d’un intérêt public et populaire.

            L’ensemble de ces acteurs n’a bien évidemment pas délivré le même message. Les propos passionnés des journalistes de Gai Pied ont peu à peu laissé la place aux analyses plus modérées et objectives des universitaires. Cependant, c’est toujours dans une optique militante que les hommes politiques ont été amenés à prendre position sur ce sujet, s’inscrivant alors dans les polémiques d’intégration républicaine ou de tolérance communautaire.

 Problématique

            Cette journée d’étude entend répondre à plusieurs interrogations suscitée par la multiplicité des protagonistes qui y ont pris part :

            - d’abord, quelle est notre connaissance exacte sur la réalité historique de la déportation pour motif d’homosexualité en France ? Quelles sont les dernières recherches menées sur ce thème ? Quelles en sont les conclusions ?

            - ensuite, quels sont les enjeux identitaires issus de cette réflexion ? Quelles ont été les utilisations militantes de la mémoire de la déportation pour motif d’homosexualité en France ? Et quels en étaient les objectifs politiques ? sociaux ? économiques ?

            - enfin, à partir de cet exemple, quel est le traitement de la question homosexuelle dans l’historiographie française ? Quel est l’avenir de ce champ de recherche (s’il en constitue un) au sein des sciences sociales ?

Intervenants

1°) Jean Vigreux (maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne) propose une intervention introductive sur la mémoire de la déportation et la concurrence mémorielle dans ce domaine.

2°) Florence Tamagne (maîtresse de conférence en histoire conteporaine à l'Université de Lille III, spécialiste de l'histoire de l'homosexualité) conduit une réflexion sur les dernières recherches et découvertes historiques dans ce domaine. Elle nous permettra d'adopter une dimension européenne et d'envisager les différences nationales dans la persécution des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale.

3°) Marc Boninchi (chercheur post-doctorant en droit et chargé d'enseignement à l'Université de Nantes) permet par son étude sur l'article 331 du Code pénal (introduisant une discrimination homosexuelle en 1942) d'intégrer une dimension juridique qui dépasse les strictes bornes chronologiques du régime de Vichy.

4°) Arnaud Boulligny, au nom de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, nous fera part des dernières découvertes inédites sur la déportation pour motif d'homosexualité à partir de la France. Ces conclusions remettent largement en question les résultats jusqu'alors incontestés du rapport Mercier à ce sujet.

5°) Mickaël Bertrand (étudiant en Master d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne) nous proposera une réflexion sur la construction mémorielle de la déportation pour motif d'homosexualité en France, et notamment sur la question précise d'un éventuel fichage à l'origine des arrestations.

Lieux

  • IUT de Dijon (bâtiment principal) : Bd du Dr. Petitjean, 21000 Dijon
    Dijon, France

Dates

  • samedi 27 octobre 2007

Mots-clés

  • déportation, homosexualité, histoire, mémoire

Contacts

  • Mickaël Bertrand
    courriel : bertrand [dot] mickael [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Mickaël Bertrand
    courriel : bertrand [dot] mickael [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La déportation pour motif d'homosexualité en France », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 24 juillet 2007, http://calenda.org/193387