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Les sociétés européennes du XXIe siècle face à leur passé

Colloque international (Reims 5 - 7 mai 2008)

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Publié le lundi 24 septembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Les enjeux de mémoire ont toujours été fortement présents au sein des sociétés humaines. Il semble cependant que, récemment, nos sociétés aient encore accru leurs soucis de mémoire pour les transformer en exigences de mémoire. Ce colloque veut privilégier l’approche européenne et comparatiste. Il conviendra d’éclairer cette question contemporaine par des regards d’historiens spécialistes d’époques plus anciennes, afin d’examiner aussi comment les sociétés européennes ont, dans le passé, abordé des questions équivalentes ou approchantes.

Annonce

Les sociétés européennes du XXIe siècle face à leur passé

Appel à contribution - Colloque international (Reims 5 - 7 mai 2008)

Les enjeux de mémoire ont toujours été fortement présents au sein des sociétés humaines. Il semble cependant que, récemment, nos sociétés aient encore accru leurs soucis de mémoire pour les transformer en exigences de mémoire. Dans sa monumentale entreprise des lieux de mémoire – relayée d’une façon ou d’une autre dans tous les autres pays européens – Pierre Nora avait souligné que l’éloignement de nos sociétés contemporaines de leurs ancestrales racines rurales se traduisait par l’accroissement des préoccupations mémorielles et patrimoniales, et l’Etat ou les collectivités territoriales sont régulièrement sollicitées pour relayer les nombreuses demandes issues de ces multiples micro-sociétés en quête de continuité et de préservation historiques.
Plus profondément, l’écran mémoriel a été particulièrement sollicité ces dernières décennies pour servir ou légitimer telle ou telle cause historique et, généralement, politique. Pour nous limiter à la France, le bicentenaire de la Révolution française et des guerres de Vendée, l’anniversaire du baptême de Clovis, la polémique sur le génocide imputé à Napoléon, les controverses sur les héritages français de l’esclavage, du colonialisme, de la collaboration et de la participation au génocide des Juifs européens, la polémique inédite opposant en 1998 le président de la République Jacques Chirac à son Premier Ministre Lionel Jospin à propos des mutins de 1917, la mise au jour de l’ampleur du nombre des « Tondues » de 1944 et du caractère également massif de la pratique de la torture en Algérie, nous n’en finirions pas de citer tous ces miroirs du passé qui éclairent nos obsessions présentes. Aujourd’hui, la France est assurément malade de son passé, elle dont la Marine commémore Trafalguar mais qui refuse de faire de même avec Austerlitz. Certes, la France possède une indéniable spécificité dans ce domaine, en raison de sa relation longtemps fusionnelle avec l’Histoire. Même la récente campagne présidentielle ne put faire l’économie d’un procès en instrumentalisation historique à propos des références brandies par Nicolas Sarkozy à telle ou telle figure de la gauche socialiste ou résistante, alors qu’à l’inverse d’autres scrutateurs instruisaient un procès en extrémisme à son encontre en relevant sa dissociation, bien gaullienne au demeurant, entre la République (contingente) et la France (éternelle). Pour autant, la France n’a pas l’apanage de ces combats en apparence historiques mais en réalité politiques. Il suffit de citer le cas du négationnisme européen. Tous les pays d’Europe – et au-delà – ont été touchés au cours des dernières décennies, même à des degrés divers, par cette propagande antisémite à visage historique qui voulait remettre en cause la vérité du génocide passé pour faciliter son travail politique actuel, qu’il s’agisse de servir une rhétorique anticapitaliste chez les négationnistes d’extrême-gauche, de faciliter les expressions racistes chez leurs camarades d’extrême-droite ou de délégitimer Israël et de stigmatiser les communautés juives chez les islamistes.
Cependant, un seuil a été franchi depuis quelque temps par l’intervention de l’Etat non seulement dans la gestion de la Mémoire mais aussi dans la dictée de l’Histoire. Nous avons à l’esprit les multiples lois mémorielles adoptées, définitivement ou non, par l’Assemblée nationale ou le Parlement français, de la loi Gayssot de 1990 sur la répression de la négation du génocide des Juifs à la loi Taubira de mai 2001 sur le crime imprescriptible contre l’humanité que fut l’esclavage, en passant par la reconnaissance du caractère positif de la colonisation par la loi du 23 février 2005, jusqu’à récemment l’adoption en octobre 2006, par analogie juridique avec la loi Gayssot, d’une loi condamnant la négation du génocide arménien, génocide déjà reconnu par une loi de janvier 2001. Dans le même temps, le spécialiste français reconnu de l’histoire de l’esclavage a fait l’objet d’une plainte – déposée en invoquant la loi Taubira — pour avoir relativisé – et donc nié – l’esclavage opéré par les Blancs en l’englobant dans une histoire générale de cette pratique criminelle. Cette frénésie d’écrire l’Histoire qui s’est emparée de nos députés – et de nos juges - n’a pas été sans susciter de houleux débats et de fortes réserves au sein de la communauté historique française – pensons à « la querelle des pétitions » qui nous a divisés – et sans surprendre nombre de nos voisins européens. En réalité, sans atteindre les sommets juridiques français, peu de pays européens ont été épargnés par ces douloureux retours de flamme d’un passé qu’on croyait refroidi. Et le débat sur « la liberté pour l’histoire » est en train de traverser la communauté historienne en Italie sous des formes proches de celles qu’il a prises en France.

De cette somme de constatations a surgi l’idée d’organiser un colloque européen pour examiner comment ce passé a-t-il été réactivé, par qui et pour quels enjeux, et quelles furent les réponses apportées à ces interrogations mémorielles par les sociétés comme par les Etats.
Même si nous souhaitons que tous les « nœuds mémoriels » soient examinés par notre colloque, en première approche, il nous semble que dans la dernière décennie, trois gestions du passé occupent le devant de la scène : l’héritage colonial dans toutes ses dimensions (esclavage, bilan de la colonisation, répression…), la Seconde Guerre mondiale avec tous ses « trous noirs » (l’or et les réfugiés juifs en Suisse, les enfants de soldats allemands en Norvège, le débat « victimes ou complices » en Autriche, le dédommagement des déportés spoliés, la tardive reconnaissance des soldats coloniaux par la France, les rapatriés allemands de l’Europe orientale…) et le passé dictatorial (les dictatures de droite en Espagne – le débat «démographique» sur le nombre des victimes – et au Portugal, les dictatures communistes en Europe de l’Est – la collaboration avec la Stasi en ex-RDA, la loi de 2007 sur la «décommunisation» en Pologne).

Toutefois, par delà un utile recensement et une nécessaire typologie des questions mémorielles soulevées, notre colloque voudrait privilégier le prisme des réponses sociales :
- Qui sont les acteurs concernés (individus, communautés, forces politiques, religieuses ou autres, administrations et Etat, voire institutions européennes) ?
- Quelle est la profondeur sociale de ces débats mémoriels ? Quelles sont l’ampleur et la nature de ces réactions ? Sont-elles structurées par des déterminants, politiques ou autres ?
- Quelles sont les politiques de gestion étatique du passé : les réponses sont-elles financières, symboliques, monumentales ou autres ?
- Peut-on dégager des lignes de force à l’échelle de l’Europe ou chaque situation nationale réagit-elle à son contexte particulier seulement, sans interférer avec ses voisins européens ? Sommes-nous toujours dans l’ordre de la juxtaposition de cas nationaux ou la présence et la gestion du passé sont-elles devenues des faits culturels européens ?

Ce colloque veut privilégier l’approche européenne et comparatiste. En outre, il conviendra d’éclairer cette question contemporaine par des regards d’historiens spécialistes d’époques plus anciennes, afin d’examiner aussi comment les sociétés européennes ont, dans le passé, abordé des questions équivalentes ou approchantes.

Ce colloque est organisé par les Rencontres internationales d’histoire culturelle de Reims.

Le comité d’organisation du colloque – auquel doivent être adressées les propositions de communication (3 pages maximum) – est formé du Comité scientifique de ces Rencontres d’histoire culturelle : Jean-Jacques Becker (Paris-X), Philippe Buton (Reims), Franck Collard (Paris-X), Robert Gildea (Oxford), Heinz-Gerhard Haupt (IUE Florence), Pieter Lagrou (Bruxelles).

Les propositions de communication (3 pages maximum) doivent être adressées au secrétaire scientifique du colloque : jerome.malois@univ-reims.fr.

La date limite pour adresser les propositions de communication est fixée au 1er novembre 2007.

Lieux

  • Reims, France

Dates

  • jeudi 01 novembre 2007

Mots-clés

  • mémoire, guerre, histoire

Contacts

  • Jérôme Malois
    courriel : jerome [dot] malois [at] univ-reims [dot] fr

Source de l'information

  • Jérôme Malois
    courriel : jerome [dot] malois [at] univ-reims [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les sociétés européennes du XXIe siècle face à leur passé », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 24 septembre 2007, http://calenda.org/193545