AccueilReconnaissance, reliance et transactions

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Publié le mardi 23 octobre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Le Centre de Recherche et d’Etude en Sciences Sociales de l’Université Marc Bloch (Strasbourg 2), organise les 22-23 janvier 2009, en liaison avec l’AISLF et son Comité de recherche “Transactions sociales”, un colloque international pour éprouver la fécondité interdisciplinaire du concept de transactions sociales, et des problématiques que ses relations avec d’autres élaborations théoriques (reconnaissance, reliance…, parmi bien d’autres connexions possibles) peuvent générer en sciences sociales.

Annonce

Centre de Recherche et d’Etude en Sciences Sociales (CRESS, EA 1334) Université Marc Bloch de Strasbourg

Appel à communications

Colloque “Reconnaissance, reliance et transactions”

Strasbourg, Université Marc Bloch, 22-23 janvier 2009

Le Centre de Recherche et d’Etude en Sciences Sociales (CRESS, EA 1334) de l’Université Marc Bloch (Strasbourg 2), que dirige le Professeur Maurice Blanc, organise en janvier 2009, en liaison avec l’AISLF (Association Internationale des Sociologues de Langue Française) et son Comité de recherche “Transactions sociales”, et en relation avec l’Université de Nancy 2 et le laboratoire LASURES, un colloque international pour éprouver la fécondité interdisciplinaire du concept de transactions sociales, et des problématiques que ses relations avec d’autres élaborations théoriques (reconnaissance, reliance…, parmi bien d’autres connexions possibles) peuvent générer en sciences sociales.

On sait en effet que toute situation socialement structurée n’en reste pas moins ouverte au changement. Cette proposition qui concerne l’activité quotidienne comme l’action collective régulatrice de l’espace public nécessite un renouvellement des grilles d’analyse. Le concept de transaction sociale participe de cet effort en réactualisant la réflexion autour des notions d’échange, de négociation et de conflit. Au niveau macrosociologique, ce concept analytique éclaire les logiques à l’œuvre dans la régulation sociale en portant une attention particulière sur celles qui nous font passer de l’affrontement à la coopération. Sur un plan davantage microsociologique l’analyse des transactions sociales nous montre comment les relations sociales se nouent autour d’arrangements, d’accommodements ou encore de tactiques (selon l’expression de Michel de Certeau). Enfin, le concept nous renseigne sur ce qui se joue dans l’intermédiarité de la vie sociale en nous montrant qu’en plus de produire des règles de partage et du vivre ensemble les individus sont en mesure de réactualiser des valeurs et de faire évoluer leurs institutions.

La sociologie de la transaction sociale, promue en particulier par Jean Remy, Liliane Voyé et Maurice Blanc[1] est alors d’autant plus susceptible d’enrichir notre réflexion qu’elle a été pensée pour analyser les processus d’élaboration de « compromis pratiques »[2], instables et provisoires, dans les situations de coopération conflictuelle, suivant le couple de l’autonomie et des interdépendances.

Le concept de transaction emprunte à l’économie (la transaction est un échange négocié[3]) et au droit (la transaction est une technique de prévention et/ou de résolution non judiciaire des conflits). La transaction sociale comprend alors, on l’a dit, à la fois de l’échange, de la négociation et de l’imposition (ou rapport de force). Elle s’inspire en cela du sociologue allemand Georg Simmel, selon lequel la vie sociale est structurée par des couples de tensions opposées. En particulier, reprenant le paradoxe de la liberté et de l’égalité d’Alexis de Tocqueville, Simmel montre qu’elles sont antinomiques et que la tension entre les deux est indépassable : « Ce fut peut-être parce qu’instinctivement on a saisi la difficulté de cet état de choses qu’on a joint à la liberté et à l’égalité une troisième exigence, celle de la fraternité », écrit-il[4].

Il existe bien d’autres couples de tensions opposés : tradition et modernité, identité et altérité, etc. Une tâche et un intérêt de l’analyse sociologique est alors de « repérer les oppositions structurantes », notamment lorsqu’il en va de principes de légitimité d’égale valeur, mais qui tendent à s’exclure mutuellement. Et justement, le concept de transaction sociale renvoie ici à la fois à des conflits d’intérêt, mais aussi à des conflits de valeur, peut-être plus difficiles à résoudre encore, quand entrent en jeu des conceptions intériorisées, diverses en fonction des acteurs en jeu. Enfin, il en va aussi de dynamiques interculturelles, qui passent par les jeux du formel et de l’informel, de la confiance et de la méfiance. Ces oppositions forment des couples de tension qui structurent la situation, et sans doute plus encore lorsqu’il en va de partenariats multiples et transversaux entre un grand nombre d’acteurs (potentiels ou avérés) et d’échelles d’action, qui ne coïncident pas nécessairement en totalité (quartier, ville, agglomération, enjeux trans-frontières…).

Il importe dès lors de susciter débats et controverses autour d’avancées heuristiques réalisées grâce à des travaux portant sur différents terrains institutionnels. Nous pensons notamment aux problématiques liées aux nouvelles formes de gouvernance s’instituant dans les organisations et à celles qui s’inscrivent dans les espaces locaux territoriaux.

Il est, par exemple, utile de saisir les modalités de l’échange et comment se vit son impossibilité. Nous pourrions alors également vérifier cette idée selon laquelle la souffrance serait « l’aspect affectif d’une cassure transactionnelle »[5] ou encore le fait que « certaines transactions consistent en dialogues avec soi-même »[6].

C’est pourquoi nous proposons de réunir à Strasbourg les enseignants et chercheurs, des différents horizons des sciences sociales, intéressés par des échanges au cours de cette manifestation de deux jours sur la thématique “Reconnaissance, reliance et transactions”, faisant librement écho au triptyque formulé par Renaud Sainsaulieu : reconnaissance, reliance et réflexivité, dans son ouvrage Des sociétés en mouvement, dans lequel l’auteur souligne que la société française est soumise à des processus de changements rapides, qui mettent à mal la capacité d'intégration et produisent des crises, marquées par la souffrance et l'exclusion, comme excès ou insuffisance de régulation. Les institutions intermédiaires, telles les entreprises ou les associations, qu’il étudie, faciliteraient la résolution de ces crises en aidant à la reconstruction des identités des individus et de la légitimité des institutions, suivant une continuation approfondie de l’hypothèse durkhémienne de la socialisation[7].

Un certain nombre de pistes sont ainsi suggérées :

  • la reconnaissance renvoie entre autres à l’identité et à l’intégration, mais aussi à l’altérité – et dès lors aux problématiques de l’interculturalité, que l’on peut aborder sous différentes focales : "ethnique", transfrontalière, etc. Dans le cadre de mobilisations pour la reconnaissance, par exemple, comment fait-on appel à la transaction ?
  • la reliance évoque les échanges et la citoyenneté, c’est-à-dire la régularité et la régulation ;
  • la réflexivité évoque quant à elle notamment la participation et les expressions participatives.
  • et les transactions sociales permettent de penser les métiers et les processus de professionnalisation, les médiations interculturelles et la résolution de conflits, en particulier autour de questions qui se posent aujourd’hui avec acuité dans les espaces urbains (logement, violence, politique de la ville, « nouveaux » métiers de l’urbain…). Et là n’est pas tout : le concept de transaction permet aussi de questionner des enjeux comme la formation continue, par exemple, si l’on pense notamment à la "double transaction", biographique et relationnelle, relevée par Claude Dubar dans ses travaux sur la socialisation.

Ces propositions invitent ainsi aux croisements disciplinaires et thématiques, et ne se veulent pas strictement limitatives, mais plutôt source d’un dialogue construit entre les participants à partir d’un certain nombre de fils directeurs. Rappelons par exemple que la sociologie de la traduction de Bruno Latour et Michel Callon met également en lumière les phénomènes d’hybridation ou de métissage, nombreux ici[8], ou encore les travaux de Pierre Lascoumes, qui préfère parler de « transcodages »[9].

Sur ce plan, et pour favoriser précisément l’ouverture et les échanges, les jeunes chercheurs – doctorants, docteurs… – sont fortement invités à proposer une communication, au même titre que des chercheurs confirmés.

Les entrées liées à cette thématique pourraient être les suivantes :

  • 1. Retours sur le concept de transactions sociales : genèse, usages, discussion par rapport à d’autres théorisations permettant de penser les phénomènes sociaux visés, dans le but de favoriser des démarches réflexives.
  • 2. Participation, citoyenneté et démocratie locale.
  • 3. La ville : gouvernances, transformations de l’espace, aménagement et développement régional, mixité sociale, métiers et professions de la ville.
  • 4. Formation des adultes, formation continue et apprentissages de la citoyenneté.
  • 5. L’international et l’Europe, vis-à-vis de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne par exemple, mais aussi les différentes formes de coopération trans-frontière : la coopération transfrontalière, la coopération décentralisée, la coopération Nord-Sud (par exemple trans-méditerranéenne).

Comité scientifique

La manifestation s’articulera sous l’égide :

– d’un comité scientifique international, composé de 18 membres :

  • Catherine Bidou, Directrice de recherche CNRS, IRISES, Université de Paris Dauphine
  • Maurice Blanc, Professeur de sociologie, UMB, Strasbourg 2, Directeur du CRESS (EA 1334) et de l’Ecole Doctorale des Humanités
  • Michel Casteigts, Professeur associé à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, Inspecteur Général de l’Administration
  • Jean-Yves Causer, Maître de conférences de sociologie, UMB, Strasbourg 2, Directeur-adjoint du CRESS
  • Viviane Claude, Professeur de sociologie et architecture, INSA, Strasbourg
  • Brigitte Fichet, Maître de conférences de sociologie et démographie, UMB, Strasbourg 2
  • Christophe Gibout, Maître de conférences de sociologie, UFR STAPS, Université du Littoral-Côte d'Opale ; animateur CR Transactions sociales – AISLF
  • Philippe Hamman, Maître de conférences de sociologie, UMB, Strasbourg 2
  • Hartmut Haüßermann (Pr.Dr.), Professeur de sociologie à la Humboldt Universität de Berlin
  • Juan Matas, Maître de conférences de sociologie, UMB, Strasbourg 2
  • Eric Navet, Professeur d’ethnologie, UMB, Strasbourg 2
  • Florence Rudolf, Maître de conférences de sociologie, UMB, Strasbourg 2
  • Odile Saint-Raymond, Secrétaire générale adjointe de l’AISLF
  • Jean-Marc Stébé, Professeur de sociologie, Université Nancy 2.
  • Josiane Stoessel-Ritz, Maître de conférences de sociologie, Université de Mulhouse
  • Tom Storrie, Directeur honoraire des Colleges of further and higher education, United Kingdom.
  • Jean-Yves Trépos, Professeur de sociologie, Université de Metz
  • Maurice Wintz, Maître de conférences de sociologie, UMB, Strasbourg 2, Directeur du Département d’urbanisme et aménagement régional

– d’un secrétariat scientifique issu de ce comité et composé de cinq membres :

  • Maurice Blanc
  • Jean-Yves Causer
  • Viviane Claude
  • Philippe Hamman
  • Jean-Yves Trépos

En particulier, la sélection des communications au colloque, puis des contributions aux publications collectives qui en seront issues, est de la responsabilité décisionnelle de ce secrétariat ; chaque proposition fera auparavant l’objet de deux rapports, par l’un de ses membres et par un membre du comité scientifique extérieur au secrétariat.

Calendrier prévisionnel

- Réponses à cet appel à communications attendues pour le 15/01/2008

- Information aux auteurs des décisions prises (examen et sélection des communications au sein du Comité scientifique) : le 15 mars 2008

- Rendu par les auteurs retenus d’un texte de support à l’intervention au colloque, de format compris entre 20 et 25 000 signes (espaces inclus), destiné à une diffusion aux participants sur CD-Rom : 1er novembre 2008

- Tenue du colloque : 22-23 janvier 2009 à l’UMB de Strasbourg

- Notification aux communicants par le comité de sélection des textes retenus (moyennant des remarques et invites à des modifications ou compléments le cas échéant) pour la publication d’ouvrage(s) collectif(s) de valorisation scientifique de la manifestation : fin mars 2009

- Remise du manuscrit par les auteurs : 30/09/2009

- Publication de l’ouvrage/des ouvrages au premier semestre 2010.

Organisation

Les propositions de communication (4 000 signes ou 2 pages maximum) devront être envoyées avant le 15 janvier 2008 aux deux adresses suivantes : phamman@umb.u-strasbg.fr et maurice.blanc@umb.u-strasbg.fr

Elles comprendront obligatoirement :

  • le titre de la communication et son positionnement en regard d’un des axes sus-mentionnés
  • une présentation du communicant : nom, prénom, coordonnées complètes (postales, téléphoniques, électroniques), parcours de recherche, statut actuel
  • les principales publications récentes en rapport avec la problématique proposée, s’il y a lieu
  • la problématique générale de la communication
  • la méthodologie et les données utilisées

Contact

Centre de Recherche et d’Etude en Sciences Sociales (CRESS)
UFR des Sciences Sociales, Pratiques Sociales et Développement
Université Marc Bloch
22 rue René Descartes 67084 Strasbourg Cedex
Téléphone : 03 88 41 74 10 (secrétariat) / 74 23 (bureau) – Fax : 03 88 61 15 92
Directeur du CRESS : Maurice BLANC – Maurice.blanc@umb.u-strasbg.fr
Contact pour le colloque : Philippe HAMMAN : phamman@umb.u-strasbg.fr


[1] On pense notamment à : Jean Remy, Liliane Voyé et alii, Produire ou reproduire ?, Bruxelles, De Boeck, 1978 ; Maurice Blanc et alii, Pour une sociologie de la transaction sociale, Paris, L’Harmattan, 1992 ; Maurice Blanc et alii, Vie quotidienne et démocratie. Pour une sociologie de la transaction sociale (suite), Paris, L’Harmattan, 1994 ; Maurice Blanc et alii, Les transactions aux frontières du social, Lyon, Chronique Sociale, 1998.

[2] Au sens de Raymond Ledrut, L’Espace en question, Paris, Anthropos, 1976, p. 93.

[3] L’économie institutionnelle introduit notamment l’analyse des « coûts de transaction » (Williamson…).

[4] Georg Simmel, Sociologie et épistémologie, Paris, éd. PUF, 1981, pp. 144-145 (1ère éd., 1917).

[5] Jean Foucart, Sociologie de la souffrance, Bruxelles, éd. De Boeck, 2003, p. 68.

[6] Anselm Strauss, Miroirs et masques. Une introduction à l’interactionnisme, Paris, Métailié, 1992, p. 60.

[7] Renaud Sainsaulieu, Des sociétés en mouvement : la ressource des institutions intermédiaires, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.

[8] Voir notamment Bruno Latour, Les Microbes, Paris, Métailié, 1984 ; et Michel Callon, « Eléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L’Année sociologique, 36, 1986, pp. 169-208.

[9] Pierre Lascoumes Pierre, « Rendre gouvernable : de la “traduction” au “transcodage”. L’analyse du changement dans les réseaux d’action publique », in : CURAPP, La gouvernabilité, Paris, PUF, 1996, pp. 325-338.

Catégories

Lieux

  • Université Marc Bloch Strasbourg 2
    Strasbourg, France

Dates

  • jeudi 15 janvier 2009

Contacts

  • Philippe Hamman
    courriel : phamman [at] unistra [dot] fr

Source de l'information

  • Philippe Hamman
    courriel : phamman [at] unistra [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Reconnaissance, reliance et transactions », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 23 octobre 2007, http://calenda.org/193742