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Langage du travail, travail du langage

L’identité professionnelle dans les dispositifs de nomination et d’enregistrement des personnes de l’Antiquité à nos jours

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Publié le jeudi 01 novembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

L'objectif de ce colloque sera d'éclairer la place et les fonctions des éléments se rapportant à l’occupation, au métier, mais aussi au statut ou à l’état dans les systèmes de désignation et les processus d’identification. La confrontation d’études de cas portant sur une pluralité d’espaces régionaux et nationaux saisis dans des temporalités différentes permettra de faire apparaître la diversité des usages et la singularité des lexiques, renvoyant aux dispositifs administratifs à travers lesquels les personnes étaient et sont identifiées, qualifiées et comptabilisées. Une attention particulière sera donc portée au moment même de l’enregistrement, à l’opération d’inscription et à la situation de déclaration. Ces aspects, le plus souvent négligés par la démographie historique ou l’histoire sociale classique, passeront ici au premier plan et les documents qui en sont les supports seront examinés non comme de simples instruments de connaissance mais bien comme les objets mêmes de la recherche.

Annonce

Langage du travail, travail du langage

L’identité professionnelle dans les dispositifs de nomination et d’enregistrement des personnes de l’Antiquité à nos jours

L’histoire sociale s’est longtemps appuyée sur les données socioprofessionnelles, leur exploitation statistique permettant de distinguer des groupes dont la répartition était censée faire apparaître une « structure sociale », selon une terminologie et une approche qui ont perdu aujourd’hui une partie de leur valeur heuristique. Les enjeux de la production des dénominations socioprofessionnelles et des pratiques sociales de nomination correspondantes semblent en revanche essentiels, en particulier si l’on se place dans le cadre d’une approche pragmatique adossée aux travaux récents menés sur la construction des catégories.

Objectifs du colloque

C’est dans cette perspective que les organisateurs du colloque souhaitent éclairer la place et les fonctions des éléments se rapportant à l’occupation, au métier, mais aussi au statut ou à l’état dans les systèmes de désignation et les processus d’identification. La confrontation d’études de cas portant sur une pluralité d’espaces régionaux et nationaux saisis dans des temporalités différentes permettra de faire apparaître la diversité des usages et la singularité des lexiques. Une telle mise en parallèle est un préalable indispensable au repérage des régularités et des inflexions dans l’évolution des pratiques de nomination sociale et professionnelle en Occident de l’Antiquité à nos jours. Celles-ci renvoient dans une large mesure aux dispositifs administratifs à travers lesquels les personnes étaient et sont identifiées, qualifiées et comptabilisées. Une attention particulière sera donc portée au moment même de l’enregistrement, à l’opération d’inscription et à la situation de déclaration. Ces aspects, le plus souvent négligés par la démographie historique ou l’histoire sociale classique, passeront ici au premier plan et les documents qui en sont les supports seront examinés non comme de simples instruments de connaissance mais bien comme les objets mêmes de la recherche.

La mention socioprofessionnelle sera certes utilisée pour comprendre l’activité ou la condition qu’elle est supposée révéler, mais sera surtout prise en considération en tant qu’élément de nomination spécifique et comme vecteur d’une identité. La formulation des occupations ne saurait en effet être considérée comme une opération contingente et formelle faisant apparaître, de façon plus ou moins tronquée, une réalité préexistante. Il faut plutôt y voir des actes de langage résultant de choix plus ou moins délibérés, de négociations et de compromis plus ou moins explicites et générateurs de bénéfices ou de pertes d’ordre matériel ou symbolique. Dans cette perspective la profession semble bien conserver l’empreinte de l’engagement et de la déclaration auxquels renvoie son origine étymologique.

Les procédures d’enregistrement des populations à l’occasion desquelles les administrés déclarent leurs occupations ne donnent pas simplement lieu à une remontée d’informations vers les administrateurs mais participent bien à actualiser les liens qui unissent les populations aux pouvoirs qui les contrôlent. De la sorte, si l’histoire de la statistique a été un guide essentiel dans la conceptualisation du projet, on ne se focalisera pas sur la genèse et le développement de la pensée statisticienne, ni sur le travail de construction des enquêtes, dont la connaissance repose déjà sur de solides acquis. En croisant les perceptions des enquêteurs et des administrations avec celles des administrés, on s’interrogera, non plus seulement sur les conditions intellectuelles d’élaboration des dispositifs de mise en enquête, de production de connaissances et de représentations du social, mais également sur leur réception par les populations et sur la façon dont celles-ci en ont été pour une part les actrices, dont elles en ont infléchi les modalités, dont elles s’en sont appropriées les catégories.

Thématiques de recherche

Les sources à notre disposition sont nombreuses, la profession relevant très tôt de la typologie des informations servant à désigner et identifier les individus : inscriptions funéraires ; rôles fiscaux, estimes et décimes ; recensements et montres militaires ; registres paroissiaux et d’état civil ; livres et registres des guildes et confraternités. Pour l’époque contemporaine, le répertoire s’enrichit encore avec la mise en œuvre d’opérations régulières de recensement à l’échelle des États.

Bien que les thématiques dont pourront relever les sujets d’étude soient très diverses et sans préjuger des chemins qu’emprunteront les contributeurs, certaines pistes semblent néanmoins particulièrement fécondes :

  • la place des éléments professionnels dans l’onomastique aux époques antiques et médiévales, le moment et le processus de leur fixation ;
  • l’usage des avant-noms, leur association à certaines professions, à certains états, ecclésiastique ou militaire par exemple ;
  • les désignations de type statutaire dans le monde du travail : maître, patron, garçon, valet, compagnon, etc. ;
  • les liens entre l’appartenance à certains groupes de type professionnel et le statut politique dans des espaces aussi différents que les villes de la fin du Moyen Âge ou les territoires colonisés à l’époque contemporaine ;
  • la refonte des taxinomies socioprofessionnelles par des régimes révolutionnaires à l’instar de ce qui s’est passé en Union soviétique ;
  • la relation entre l’ethnie ou la confession et la profession ou l’activité ; ses manifestations dans les pratiques de nomination et d’identification ;
  • la nomenclature des métiers urbains, sa constitution, son extension, son évolution, ses transformations au cours de l’époque corporative ;
  • la nomenclature des fonctions curiales des monarchies aux époques médiévale et moderne ;
  • les difficultés et les ajustements relatifs à la mise en œuvre de catégories socioprofessionnelles dans les bureaux de statistiques ;
  • l’établissement de la nomenclature et de la taxinomie des filières d’enseignement et de formation techniques et professionnels ;
  • la traduction des désignations socioprofessionnelles, des parlers régionaux aux langues nationales ou inversement et, plus généralement, les correspondances et les discordances des terminologies d’une langue et d’une culture à une autre ;
  • la place des caractères socioprofessionnels dans les dispositifs d’identification et de fixation des identités.

L’analyse des procédures d’enregistrement sera à elle seule un des axes programmatiques du colloque. Elle participe d’une approche renouvelée des pratiques sociales par les historiens. En suivant une démarche pragmatique, il s’agit de « dénaturaliser » les catégories, ici celles qui supportent la nomination professionnelle, en se concentrant sur leur mise en œuvre et leur sens dans le contexte de leur formulation.

Bien que l’on doive se garder des présupposés quant aux tendances générales des évolutions et à la chronologie des articulations, se posera nécessairement la question des liens entre d’une part la genèse, l’émergence et l’affirmation du travail moderne et d’autre part la systématisation et le raffinement des procédures d’enregistrement des hommes par les institutions détentrices du pouvoir. De la sorte, les opérations d’enregistrement, les nomenclatures et les taxinomies seront notamment envisagées en regard des processus de modernisation et d’industrialisation des sociétés. Cette nouvelle approche de l’histoire du travail s’efforcera de mettre en perspective les acquis les plus récents de l’histoire économique avec les nouveaux enjeux de l’histoire sociale.

Le réexamen, dans leur diversité des listes nominatives, des livres d’enregistrement des personnes et des pratiques de nomination implique de mobiliser des historiens spécialistes d’époques et d’aires géographiques variées, en privilégiant ceux qui d’emblée adopteront une démarche comparative. Toutefois l’interprétation globale de données extraites d’un corpus de sources aussi hétérogène passera aussi nécessairement par le croisement des problématiques historiennes avec les outils conceptuels et les grilles de lecture propres à d’autres champs disciplinaires tels que l’anthropologie, la sociologie, la linguistique ou encore l’étude littéraire. Les contributeurs issus de ces disciplines seront donc les bienvenus pour peu qu’ils acceptent de mettre leur compétence au service d’un projet dont les visées restent essentiellement historiques.

Axes structurels

Au-delà de la multiplicité des approches possibles, trois orientations principales ont été dégagées en fonction desquelles seront prioritairement réparties les communications au cours des trois journées de travail du colloque.

- Nomenclatures et identités professionnelles

Il s’agit d’étudier les noms et les mots formulés par les acteurs, en considérant l’ensemble des termes à leur disposition et les façons dont ils sont utilisés et agencés en fonction de stratégies diverses. On s’efforcera de saisir les rapports entre la production et la mise en œuvre de nomenclatures et la construction ou l’affirmation d’identités professionnelles spécifiques. L’analyse des dénominations des métiers, professions, occupations et activités conduira à l’étude des évolutions lexicales et sémantiques dans des temporalités plus ou moins longues ainsi qu’à celle des écarts et correspondances entre différentes aires culturelles et linguistiques. Un des objectifs majeurs poursuivis est de progresser dans la compréhension des conditions économiques et juridiques ainsi que des enjeux politiques, sociaux, ou liés au genre, de la production, de la diffusion, de la réception et de l’appropriation des désignations socioprofessionnelles et des taxinomies qui les accompagnent.

- Enregistrement et déclaration des occupations : micro-analyse des pratiques et des discours

Il s’agit essentiellement d’analyser les dispositifs et les procédures d’enregistrement des personnes, en prenant en considération leur caractère performatif. On portera attention au lieu de l’enregistrement (institution, rue, domicile), aux acteurs (enregistreur, déclarant, témoins) qui y interviennent, au moment et à la situation de la déclaration, au déroulement de la procédure.

La démarche, qui s’appuie clairement sur les acquis de la sociologie pragmatique, s’attachera autant à la matérialité des dispositifs qu’aux discours de justification des acteurs. Il s’agira d’établir comment les dénominations professionnelles étaient produites, dites et définies, mais aussi reçues, acceptées ou appropriées, voire au contraire rejetées ou subies par ceux auxquels elles étaient appliquées. Dans quelle mesure l’agent enregistreur dictait-il aux déclarants les termes visant à définir leur métier et leurs statuts professionnels ? Si tel était le cas, d’où provenait la liste des termes disponibles ? Comment les recensés se glissaient-ils dans les rubriques qui leur étaient proposées et les investissaient-ils ? Si au contraire les déclarants avaient le choix des mots, comment ceux-ci s’imposaient-ils à eux ? Quelles étaient les parts respectives de l’enculturation et des traditions locales ?

- Éléments socioprofessionnels de la nomination des personnes

On recherchera quelle était la place des termes socioprofessionnels dans les systèmes de nomination des personnes, en s’appuyant sur l’anthroponymie, l’étude des titulatures, des appellations et des avant-noms. Cette démarche vise à comprendre comment les désignations liées à un état, à une fonction, à une activité s’insèrent dans des formes nominatives, à quels moments leur usage se fait ou se défait, quels liens elles entretiennent avec d’autres aspects de la nomination, comme ceux relevant de l’âge ou du genre. Il s’agira donc à partir des acquis de l’anthroponymie historique et des questionnements de l’anthropologie de revisiter les systèmes et les pratiques de nomination et de désignation des personnes.

Date limite d’envoi des propositions de communication : 15 janvier 2008

Responsables :

Contacts :

Université Toulouse-Le Mirail
Maison de la Recherche - FRAMESPA
5 allées Antonio Machado
31058 Toulouse Cedex 2
05.61.50.35.69
http://w3.framespa.univ-tlse2.fr/

Catégories

Lieux

  • Université Toulouse II-Le Mirail
    Toulouse, France

Dates

  • mardi 15 janvier 2008

Mots-clés

  • Histoire du travail, pragmatique, enregistrement, nomination

Contacts

  • Claire Judde de Larivière
    courriel : judde [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Claire Judde de Larivière
    courriel : judde [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Langage du travail, travail du langage », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 01 novembre 2007, http://calenda.org/193804