AccueilCultures visuelles de l'urbain contemporain

*  *  *

Publié le jeudi 08 novembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

"Cultures visuelles de l'urbain contemporain" : appel à articles pour Lieux Communs n°11, revue du laboratoire LAUA, à paraître en septembre 2008.

Annonce

Appel à articles pour le n°11 de la revue Lieux communs

Cultures visuelles de l'urbain contemporain

Y a-t-il une crise figurative de l’urbain, y a-t-il un déficit dès lors que l’on pense à l’imagibilité urbaine contemporaine ? Certes les images abondent, elles saturent même parfois notre imaginaire, mais bien des indices témoignent d’un décalage entre nos références d’une part et les réalités contemporaines d’autre part. Ainsi le géographe M.Lussault décrit-il une culture visuelle mobilisant le modèle cognitif et idéologique de la ville, en décalage avec les arrangements urbains d’aujourd’hui qui, de ce fait, ne font pas bonne figure (L’homme spatial, 2007, p.296). L’imagibilité, cela peut s’entendre comme la capacité, pour des objets, espaces, à se faire « quasi-personnage » : comment et à quelles conditions l’espace peut-il être un opérateur liant les qualités des figures et des récits, comment peut-il apparaître comme un personnage en lien avec les actes et actions urbaines qui à la fois l’instrumentalisent et en procèdent ? Les réflexions de B.Latour sont parmi celles qui ont travaillé cet enjeu. On retiendrait volontiers dans son sillage que l’urbain est certes donné à voir via quelques panoramas mais qu’il est avant tout organisé via des objets qui sont autant de centres de calcul, non intégrés dans notre appareillage et notre culture visuelle ordinaire. D’où le projet qui avait amené le sociologue et la photographe Emilie Hermant à l’édition de Paris, ville invisible.

Si l’activité scientifique doit à la fois localiser le global et redistribuer le local, c’est aussi une tâche qui attend ceux qui œuvrent à la production de l’espace. Comment alors actualiser les projets de promenades panoramiques, de « tours du regard » et comment mieux approcher les enjeux spatiaux du moment ? Il s’agit bien de mettre à jour des légendes mais aussi de s’interroger sur ce que l’on attend d’elles : des outils pour mieux découper et arranger le territoire ? De nouvelles formes de distraction des habitants ? Un projet éducatif permettant d’approcher les vertus de la densité et la diversité ?

Le décalage que nous avons évoqué pour commencer peut être imputé à un déphasage entre nos appareils d’observation, de saisie et d’interprétation et les réalités territoriales « sous nos yeux » et « au ras des pâquerettes ». D’une certaine manière, la popularité des vues du ciel et leur rapport à une conscience écologique de plus en plus aiguisée est un signe de ce phénomène : si l’on n’y voit rien au sol, dans les différents arpentages que permettent les unités véhiculaires communes (piétons, vélos, automobilistes…), l’avion et le satellite témoignent à la fois de régularités, d’ordonnancements et de ce que le niveau macro fait peser sur le micro (qu’il s’agisse d’une épée de Damoclès, voilà même ce qui est devenu un lieu commun).

Certains artefacts, machines, édifices ont dans l’histoire répondu à l’enjeu de « voir la ville » (belvédères, panoramas, projet d’« outlook tower » dans un bâtiment de la ville d’Edimbourg par l’urbaniste Patrick Geddes…) et la question panoramique se pose aujourd’hui dans de nouveaux termes, d’autant que de nouvelles technologies modifient potentiellement la visibilité et l’imagibilité de l’espace (Global Positioning System - GPS par exemple mais aussi, bien sûr, le logiciel « google earth »). Ces technologies constituent parfois de véritables dispositifs, « machines de vision » qui construisent et modifient celui que l’on nommera de manière générique « l’observateur ». Qu’ils soient ou non embarqués, partie prenante des corps, ils contribuent à modifier les différents régimes d’attention, ce qui renvoie aux travaux de la microsociologie préoccupés de la visibilité mutuelle (des passants dans la ville pour aller vite) mais aussi de la visibilité de la ville à elle-même dans sa caractéristique de scène d’exposition des différences.

La question que nous voulons explorer dans ce numéro se trouve au croisement de deux champs de réflexion : l’un sur les technologies de vision et de repérage ; l’autre sur les figures urbaines et ce que l’on nommera l’imagibilité de l’urbain - que des contributions peuvent interroger plus à fond. Cette confluence peut recouvrir plusieurs démarches de recherches dont on donnera ici quelques résonnances : la notion de visibilité de la ville est très liée à celle d’édification ou d'éducation des citoyens qui l’habitent ; en quoi des machines à faire voir la ville font-elles des machines à citoyen ? S'agit-il de la construction visuelle d'un sentiment d'appartenance ? Sollicité dans un cours d’action, l'observateur est-il transformé en citoyen ? Est-ce que l’on propose de nouvelles « lectures du paysage » au moment où nos lunettes ne sont plus ajustées pour voir l’urbain et donc la collectivité/communauté que « nous » formons ? Peut-on formuler des liens entre absence de visibilité et absence de relations sociales ? Les cultures visuelles des mondes virtuels sont-elles susceptibles de nous donner des éléments de réflexion à cet égard ?

Les textes attendus travailleront ces enjeux sous des angles pouvant être documentaires, microsociologiques, médiologiques ou encore projectuels (les attentes eu égard à telle ou telle construction spatiale)... Ils privilégieront une réflexion sur des expériences situées et / ou un travail théorique discutant des hypothèses et des références de cet appel à contributions.

Un cycle de conférences aura lieu à l’ENSAN courant 2008 pointant les enjeux de l’imagibilité contemporaine au travers des dispositifs de vision et de visibilité.

Coordination du numéro : Anne Bossé, Laurent Devisme

Comité de lecture : les membres du LAUA et deux chercheurs travaillant sur la question

Modalités et calendrier

Notes d’intention pour le 15 Janvier 2008

Textes attendus pour le 15 Avril 2008

Sortie : septembre 2008



Catégories

Dates

  • mardi 15 janvier 2008

Mots-clés

  • culture visuelle, urbain

Contacts

  • Ertaud #
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cultures visuelles de l'urbain contemporain », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 08 novembre 2007, http://calenda.org/193844