AccueilNéo-ritualisations et construction des identifications collectives

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Publié le jeudi 08 novembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Le colloque vise à interroger le développement accéléré dans les sociétés contemporaines d’un ensemble d’activités rituelles dont les référents ne sont plus des figures religieuses au sens strict, mais qui, par delà leur diversité, ont pour objet de donner à voir une identité collective (nationale, ethnique, communautaire, etc.) représentée comme identité culturelle.

Annonce

Appel à communications

Neo-ritualisations et construction des identifications collectives

Montpellier, 2-3 octobre 2008

Colloque organisé par le CERCE (Centre d’Etudes et de Recherches Comparatives en Ethnologie, université Montpellier III, EA 3532) avec le soutien de la MSH Montpellier-Méditerranée et de l’Institut Universitaire de France.

Le colloque vise à interroger le développement accéléré dans les sociétés contemporaines d’un ensemble d’activités rituelles dont les référents ne sont plus des figures religieuses au sens strict, mais qui, par delà leur diversité, ont pour objet de donner à voir une identité collective (nationale, ethnique, communautaire, etc.) représentée comme identité culturelle.

Le phénomène, désormais global, concerne les sociétés occidentales aussi bien que post-coloniales. On peut évoquer, pour ne mentionner que le cas français, les effets du processus de patrimonialisation qui avait déjà conduit à la remise en scène de cérémonies locales anciennes (redécouvertes ou revitalisées), et qui s’étend désormais à la création de fêtes nouvelles centrées sur la célébration des cultures rurales, ainsi qu’à innombrables manifestations par lesquelles sont constituées en spectacle mémoriel les pratiques agricoles ou artisanales jugées emblématiques d’une identité locale. En milieu urbain, c’est également sous forme rituelle et néo-carnavalesque que les différentes « fiertés » affirment la singularité de groupes se présentant comme communautés de culture. Ces manifestations ont en commun d’attirer un vaste public allant bien au delà des groupes concernés, et de faire recours aux ressources spécifiques de l’activité rituelle tout en puisant largement dans un répertoire de valeurs et de dispositions globalisé.

Dans de très nombreuses sociétés post-coloniales sont apparues depuis les indépendances des néo-ritualisations séculières qui ont constitué un élément central du dispositif de construction des identités nationales comme identités culturelles. En Mélanésie par exemple, les festivals d’art et de culture donnant à voir une « coutume » nationale folklorisée furent un des instruments privilégiés par les Etats de la région pour la diffusion d’un sentiment d’appartenance collective et d’unité nationale. La sacralisation par l’Etat des cultures nationales a ouvert la voie au niveau local à de multiples célébrations des traditions souvent mises au service de la légitimation (en termes culturels) des revendications autonomistes ou séparatistes. Mais parallèlement à ces usages politiques de la culture, d’autres formes de néo-ritualisations sont apparues où se profile une conversion du rapport aux traditions, désormais envisagées comme « culture » et aussi, tendanciellement, comme spectacle. La relance actuelle de certaines cérémonies traditionnelles est un de ces phénomènes, qui s’inscrit dans un contexte marqué à la fois par la marchandisation généralisée des échanges et l’apparition de l’ethno-tourisme ou de l’éco-tourisme patrimonial (orienté vers un marché international mais aussi intérieur). Il s’agira, entre autres, d’examiner les effets sur les communautés locales de ces innovations ou de ces changements d’orientation de l’activité rituelle, notamment lorsque la reproduction sociale de celles-ci repose en partie sur la mise en spectacle de performances rituelles devenues ressources économiques. Outre les revivals de rites anciens où certains auteurs ont cru voir des formes d’ « indigénisation de la modernité » (Sahlins), on s’intéressera également à la production de rituels nouveaux, entretenant un rapport à la tradition et à l’autochtonie de nature à répondre aux nouvelles demandes de « biens du salut » en provenance des couches moyennes locales, comme dans le cas du phénomène « néo-indien » en Amérique latine (Galinier et Molinié, 2006).

Les différentes communications présentées lors du colloque permettront d’aborder dans une perspective comparative un ensemble de questions parmi lesquelles :

  • les conditions de l’efficacité symbolique de ces célébrations de la « culture » : rôle de la forme rituelle ainsi que des processus concourant à l’instauration et la mise hors de doute des croyances ;
  • une interrogation sur l’autorité spécifique attribuée aux agents engagés dans la production et la mise en scène des identités collectives, et sur les conditions dans lesquelles ces productions sont reçues, reconnues comme légitimes et réappropriées (ou non) par les groupes concernés ; on tentera notamment de préciser la définition des différentes catégories de producteurs symboliques (leur formation, leur trajectoire, leurs dispositions, leurs relations mutuelles) et d’examiner ce que leurs discours et leurs pratiques doivent aux positions sociales et institutionnelles qu’ils occupent, comme à leurs interactions avec les différents champs politico-administratifs, universitaires, artistiques ou intellectuels ;
  • le rapport de ces néo-rituels identitaires avec les transformations actuelles du champ religieux, où les nouveaux mouvements religieux (pentecôtistes notamment) sont eux aussi producteurs de formes rituelles renouvelées et de communautés de croyants d’un genre nouveau où se poursuit une quête (individualisée) du Salut ;
  • le rapport des néo-ritualisations au politique : les célébrations de la culture apparaissent de plus en plus souvent susceptibles de prendre sens en dehors de la poursuite des objectifs politiques propres aux nationalismes ethno-culturels, aux régionalismes et aux fondamentalismes culturels de tous ordres pour s’inscrire dans le cadre d’une marchandisation généralisée de la culture et d’une individualisation des rapports sociaux. L’examen de ce découplage du lien entre culture et politique, qui ne s’accompagne pas – bien au contraire – d’une désacralisation de la culture et du patrimoine, est également une des pistes à explorer dans le cadre de ce colloque.

Le colloque se tiendra à Montpellier du 2 au 3 octobre 2008. Les propositions de communications, accompagnées d’un résumé d’une page, sont à adresser avant le 15 février 2008 au secrétariat du CERCE par courriel : colloque.cerce@univ-montp3.fr

Site du CERCE : http://recherche.univ-montp3.fr/mambo/cerce/index.html

Appel à communications (version web) :
http://recherche.univ-montp3.fr/mambo/cerce/colloques.htm

Lieux

  • Montpellier, France

Dates

  • vendredi 15 février 2008

Mots-clés

  • rituels, patrimonialisation, culture, identités culturelles, anthropologie religieuse, anthropologie politique

Contacts

  • CERCE (Centre d'Etudes et de Recherches Comparatives en Ethnologie, EA 3532) ~
    courriel : colloque [dot] cerce [at] univ-montp3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Alain Babadzan
    courriel : alain [dot] babadzan [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Néo-ritualisations et construction des identifications collectives », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 08 novembre 2007, http://calenda.org/193854