AccueilLes différentes formes du racisme

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Publié le vendredi 07 décembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Ce colloque se fixe pour objectif de faire comprendre à de jeunes lycéens que le racisme est protéiforme et qu’il existe différentes manières de dire le racisme. Pour les jeunes, le racisme est une question sociale vive, parfois sujette à contradiction de citoyenneté. Elle n’est pas aisée car elle fait référence à des situations difficiles, à des incompréhensions, à des jugements hâtifs, à des préjugés ou des événements vécus. L’ambition des communications proposées à l’occasion de cette journée n’est pas de jeter l’anathème à l’endroit de tel ou tel sympathisant politique, mais de comprendre comment, à un moment donné, l’exaspération, la souffrance ou la méconnaissance peuvent pousser quelqu’un à tenir des propos racistes ou à avoir des agissements hostiles à l’égard des immigrés.

Annonce

Les différentes formes du racisme

Daniel Bizeul
Les sympathisants d’extrême droite : stéréotypes et réalités.

Les sympathisants du FN passent pour racistes, violents, animés par la haine. La familiarité étroite avec certains d'entre eux lors d'une enquête par immersion, entre 1996 et 1999, montre des personnes plus ordinaires, plus diverses et plus complexes que le laissent imaginer les slogans du parti.

Si le FN est un parti doctrinaire dont certains des dirigeants font de la race ou de l'ethnie un critère de gestion des relations sociales, en pratique ses militants ont des perspectives pour partie opposées sur nombre de points, du fait notamment de statuts et d'expériences socio-historiques différents ; de même, la plupart s’adaptent aux circonstances et aux rapports de force et sont soucieux des principes du savoir-vivre, y compris avec les immigrés ou les gens de couleur.

Combattre des idées ou des projets de société n'implique pas de percevoir et traiter leurs tenants selon des stéréotypes conduisant à les assimiler à des agents du Mal, ce qui fait de soi-même un représentant du Bien.

Daniel Bizeul est Maître de conférences en Sociologie à l’université d’Angers. Il est l’auteur notamment d’un ouvrage intitulé Avec ceux du FN : un sociologue au Front national, paru aux éditions La Découverte en 2003 ; il a aussi étudié les populations nomades et a écrit un ouvrage intitulé Civiliser ou bannir, les nomades dans la société française ainsi qu’un livre ayant pour titre Les nomades en France. Il a par ailleurs publié différents textes relatifs aux questions méthodologiques et épistémologiques en relation avec l’enquête de terrain.

Alexandre Quet
Les nouvelles mutations du racisme. De l’inégalité des races à la préservation des cultures.

L’extrême droite ne peut être représentée par un continuum politique et de manière homogène. Il existe néanmoins quelques éléments de cristallisation tels que la condamnation du cosmopolitisme et de l’internationalisme, l’adoption d’un discours anti-étrangers assumé ou plus elliptique, une forte présence de l’élément identitaire national et culturel, une inclinaison pour l’ordre, les discours sécuritaires et la méritocratie, une grande défiance vis-à-vis de la démocratie parlementaire, une valorisation du travail et non du capital.

L’élément fédérateur commun reste l’immigré. A l’égard de ce dernier, on peut penser que l’extrême droite ‘‘institutionnelle’’ a connu, en façade, un aggiornamento discursif (FN, Vlaams Belang) ; ce que dénoncent certains éléments radicalisés. Les entretiens effectués, traduisent cette hétérogénéité idéologique dont on peut tirer un premier bilan. Si nous assistons bien, en Europe, à une survivance du discours xénophobe, on constate néanmoins que les groupes radicaux mobilisent aujourd’hui différentes stratégies pour légitimer leurs desseins, pour les rendre acceptables. La figure de l’immigré y joue toujours une place centrale.

Toutefois, ces nouvelles formes identitaires de mobilisations laissent une large part à un discours basé sur l’altérité. Ce rapport à l’altérité, s’il a longtemps été fondé sur des thèses racistes, s’est peu à peu diversifié, par la récupération des thèses ethno-différentialistes de la nouvelle droite par des mouvements à la recherche de bases idéologiques plus nuancées, plus subtiles aussi. Ces considérations font tour à tour apparaître l’immigré comme la première victime du processus d’immigration, puis comme une menace pour l’intégrité culturelle et l’équilibre socio-économique. On finit souvent par retomber sur des thématiques et une phraséologie classiques adoptées par le racisme en général. Il faut bien avoir à l’esprit que l’argumentaire raciste, en tant qu’idéologie, s’est largement complexifié déplaçant le débat de l’inégalité biologique à l’absolutisation de la différence culturelle. C’est cette pluralité rhétorique qu’il s’agit ici d’éclairer au regard des entretiens et observations effectués sur le terrain.

Alexandre Quet est professeur de Lettres et d’histoire au lycée Victor Hugo de Carpentras. Il est doctorant en science politique rattaché au CEPEL (Centre d’études politiques de l’Europe latine) de Montpellier. Il achève une thèse consacrée au nationalisme et la xénophobie dans le cadre d'une analyse comparée France-Espagne. Il a d'ailleurs récemment publié "Violencia contra los inmigrantes y violencia racista : un intento de comparacion de los casos espanol y francés" dans un ouvrage collectif dirigé par Carlos de Cueto. Il travaille sur la socialisation des militants radicaux et sur leurs mobilisations politiques.

Magali Boumaza
Discriminations et politique : une expérience vécue.

L’enjeu de l’intervention est d’articuler de manière dynamique ces deux notions pour comprendre, au travers d’exemples concrets historiques passés ou contemporains, comment la ou les discrimination(s) peuvent se retrouver au centre de politiques et quelles formes elles revêtent.

Il s’agit donc de penser la manière dont certains gouvernements ont instauré -dans l’histoire- des distinctions, au vu de l’appartenance de certaines communautés à une minorité ou un groupe dominé. Il s’agit aussi de réfléchir, à travers ces éléments, sur la façon dont les identités sont mises à mal. Mon propos se tiendra en trois temps :

Après un bref rappel des différentes discriminations, je reviendrai sur les discriminations raciales qui s’exercent à l’encontre d’un groupe ethnique dans le cadre politique et surtout je vous ferai partager mon expérience vécue à l’intérieur d’un parti raciste où règnent un discours et des pratiques discriminatoires fondées sur l’existence d’une hypothétique race supérieure…

Autrement dit, il s'agit de rendre compte ici du racisme au sein d'un groupe de jeunes militants frontistes.

Magali Boumaza est docteure en science politique et a soutenu en décembre 2002 une thèse de doctorat sur le militantisme des jeunes au Front national. Elle travaille par ailleurs sur les femmes toxicomanes dans l'univers carcéral et s'intéresse aux questions de la précarité. Elle poursuit ses recherches à l'Institut d'Etudes politiques de Strasbourg.

Lieux

  • Lycées Victor Hugo -LGT & LP-
    Carpentras, France

Dates

  • lundi 19 mars 2007

Mots-clés

  • extrême droite, racisme, mutations

Source de l'information

  • Alexandre QUET
    courriel : alexandre [dot] quet [at] ac-aix-marseille [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les différentes formes du racisme », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 07 décembre 2007, http://calenda.org/194017